Page 150. A l'Assemblée nationale, des citoyens vinrent réclamer contre

le jugement qui acquittait M. de Montmorin. Ils furent renvoyés au

ministre de la justice. «Ils se rendirent chez lui, raconte le _Courrier

des 85 départements_; M. Danton leur remit un ordre provisoire pour ne

point relaxer M. de Montmorin; munis de cette pièce, ils revinrent au

greffe. Enfin, un d'eux, dont on ne peut faire trop l'éloge, est monté

sur un banc dans le couloir du Tribunal; il a rendu compte à ses

concitoyens de ce qui avait été fait, et après avoir lu la note du

ministre de la justice dont ils connaissaient le patriotisme, il les a

invités, au milieu des plus vifs applaudissements, à attendre dans le

calme une décision légale. Son voeu a obtenu le succès qu'il méritait.»

(Tome XII, page 8.)

Quoi qu'il en soit, le lendemain encore, le peuple n'était pas bien

remis de son émotion: il se porta à la Conciergerie, et parut croire à

une évasion de M. de Montmorin. Il fallut que des commissaires,

autorisés par le Tribunal, vinssent rassurer la foule, pour qu'elle se

retirât paisiblement. C'était le 1er septembre.

Page 160. _Voir à la fin du volume le récit de l'accusation Réal._ (Note

au bas de la page.) D'abord, c'est _l'accusateur_ et non _l'accusation_

qu'il faut lire.

En 1795, Réal fit paraître un journal qu'il intitula: _Journal de

l'opposition_; le deuxième numéro contient un long article à propos de

l'organisation du Tribunal révolutionnaire. Sur la question des

délibérations à haute voix, il cite les faits relatifs au procès de

Backmann:

«J'étais accusateur public au Tribunal du 17 août; c'est le premier

Tribunal révolutionnaire qui ait été établi. Le 2 septembre 1792,

_excidat!_ j'étais sur le siége; Mathieu présidait. Le Tribunal jugeait

Backmann, major des Suisses. L'instruction durait depuis trois jours et

deux nuits. Un coup de canon fait tressaillir tout l'auditoire: c'était

le canon d'alarme. Nous continuons tranquillement l'instruction. Elle

était terminée; les jurés se rendaient dans la chambre des

délibérations, lorsque des cris affreux, etc., etc.

»Backmann se réfugie au fond de la salle; nous le couvrons de nos corps.

Nous voulons parler à ces furieux; c'est en vain que nous approchons

d'eux; les cris: «A bas!» nous empêchent d'entendre. _Nous remontons_

avec précipitation sur nos siéges; là, debout, couverts, la main tendue,

nous renouvelons le serment de mourir à notre poste. Ce mouvement, cette

action nous obtiennent le silence de l'étonnement; nous en profitons

pour faire entendre à ces furieux que les jurés délibèrent dans ce

moment sur le sort de l'accusé, qu'ils doivent attendre avec respect

leur décision, et que dans tous les cas, nous périrons plutôt que de

souffrir qu'il soit fait la moindre violence à l'accusé. Chose étrange!

on nous écoute...

»Les jurés disent qu'ils sont prêts à donner leur déclaration. Ils sont

obligés d'aller aux voix en présence les uns des autres, dans la salle

des délibérations qui restait libre. Déjà une boule blanche était en

faveur de l'accusé; trois sur douze pouvaient l'acquitter. Un autre juré

se présente, et, après avoir déclaré le fait constant, saisit une boule

blanche pour prononcer sur la question intentionnelle. Quelques-uns des

jures frémissent.--Que faites-vous? lui dit-on; quand même un troisième

juré serait de votre avis, vous ne sauveriez pas l'accusé; il serait mis

en pièces, et vous feriez égorger avec lui les juges et les jurés!

«Les réflexions, les bruits affreux qu'on répandait, les hurlements

qu'on entendait, le firent hésiter un instant; mais bientôt:--Je n'ai

qu'une conscience, dit-il, et je sais mourir. Puis, après avoir mis la

boule blanche:--S'il s'en trouve un troisième, ajouta-t-il avec émotion,

soyez tranquilles, j'irai déclarer au peuple que c'est moi qui ai sauvé

l'accusé!

»J'aurais bien quelque envie de dire ici comment le Tribunal empêcha les

septembriseurs de sabrer le condamné; comment Backmann remerciait bien

naïvement, bien sincèrement le Tribunal de ce qu'il le faisait

guillotiner; mais tout cela me mènerait trop loin.»

Page 179. Le lendemain des massacres de Septembre, on écrivit sur la

porte de l'Abbaye la strophe suivante:

Toi que l'avenir fera naître,

Fille du Temps, Postérité,

Toi qui seule un jour dois connaître

L'impartiale vérité;

A ton tribunal redoutable

Tu démasqueras le coupable,

Tu feras briller la vertu.

Mais quand tu verras tant de crimes,

Tant de bourreaux, tant de victimes,

Postérité, que diras-tu?

L'auteur de ces vers était un pauvre cordonnier, nommé François.

(_Arabesques populaires._ Paris, 1832.)

Page 171. _J'avoue que j'hésite à adopter cette version monstrueuse._

Une lettre, datée de Saint-Germain et signée de M. le baron de

Saint-Pregnan, insiste sur la triste épisode du verre de sang bu par

Mlle de Sombreuil, épisode que pour l'honneur de l'humanité j'avais

essayé de révoquer en doute. M. de Saint-Pregnan a eu l'obligeance de me

transmettre sur cette horrible scène des détails qui devront faire

autorité. «Vous semblez douter, écrit M. de Saint-Pregnan, que Mlle de

Sombreuil ait bu du sang, au 2 septembre, pour racheter la vie de son

digne père des mains des bourreaux. J'ai beaucoup connu Mlle de

Sombreuil, alors qu'elle était mariée à M. le comte de Villelume. Après

le baptême du duc de Bordeaux où j'étais député, je partis avec elle

pour Avignon, où M. de Villelume commandait l'Hôtel des Invalides; au

moment où nous changions de chevaux dans une petite ville de Bourgogne,

le sous-préfet du lieu se présente à notre voiture, et, après le

compliment d'usage, il offre à Mme de Villelume, qu'il connaissait,

trois ou quatre bouteilles de vin blanc. A peine en route, je lui fais

cette demande:--Pourquoi ne vous a-t-on offert que du vin blanc dans un

pays où le vin rouge est si bon?--C'est, me répondit-elle, parce que

quand je fus forcée de boire du sang pour sauver mon père, il était mêlé

avec du vin rouge, et que depuis lors je ne puis en boire.--Cette

réponse me parut si simple qu'il ne fut plus question de ce fait le

reste du voyage, ni dans aucune occasion pendant que j'ai été de la

société habituelle de Mme la comtesse de Villelume-Sombreuil.»

Le respectable signataire de cette lettre, qui fixe un point historique

jusqu'à présent incertain, a été maire d'Avignon sous l'Empire, sous la

Restauration et sous Louis-Philippe. Il en remplissait encore les

fonctions en 1835.

La poésie a célébré sous plusieurs formes le dévouement de Mlle de

Sombreuil.--Citons un beau vers de Legouvé:

Faut-il qu'au meurtre, en vain, son père ait échappé?

_Des brigands l'ont absous, des juges l'ont frappé!_

Mais soit qu'il ne crût point au verre de sang, soit qu'il désespérât de

rendre une pareille image en termes supportables, Legouvé se tait sur

cette circonstance.--Dans ses premières odes, M. Victor Hugo n'a pas

reculé devant cette difficulté:

S'élançant au travers des armes:

Mes amis, respectez ses jours!

--Crois-tu nous fléchir par tes larmes?

--Oh! je vous bénirai toujours!

C'est sa fille qui vous implore;

Rendez-le moi qu'il vive encore!

--Vois-tu le fer déjà levé?

Crains d'irriter notre colère;

Et, si tu veux sauver ton père,

Bois ce sang...--Mon père est sauvé!

Rendue à la liberté après le 9 thermidor, Mlle de Sombreuil reçut de la

Convention nationale un faible secours de mille francs. Plus tard, elle

quitta la France et épousa à l'étranger M. le comte de Villelume à qui

sa main avait été promise par son père. Mme de Villelume-Sombreuil a

terminé ses jours à Avignon, en 1823, laissant un fils capitaine dans

les chasseurs de la garde.

Page 238. Au nombre des lettres que j'ai reçues et qui me sont

précieuses à plusieurs titres, j'en dois mentionner une de M. Cazotte

fils. Cette lettre se termine par ces mots:

«En conservant au vénérable Cazotte et à son héroïque fille leur

touchant caractère, M. Monselet s'est acquis des droits à la gratitude

du fils aîné de Jacques et des enfants dont sa vieillesse est entourée.

_Signé_: Jacques-Scévole Cazotte, rue du Cherche-Midi, 44.»

De tels témoignages sont la meilleure récompense de l'écrivain, auquel

ils apportent la confirmation d'un travail accompli avec conscience; et

c'est pour lui un grand bonheur que de se voir rendre par les fils la

sympathie qu'il a vouée aux pères.

IMPRIMERIE CENTRALE DE NAPOLÉON CHAIX ET Cie, RUE BERGÈRE, 20.

TABLE.

PAGES.

INTRODUCTION 1

Chap. 1er.

I. Le peuple aux Tuileries 29

II. Le peuple à l'Assemblée 37

III. Robespierre 45

IV. Théophile Mandar.--Intimidation. Journée du 17.--La

Commune l'emporte 51

Chap. 2.

I. Nuit du 17 au 18.--On nomme les membres du

Tribunal.--Robespierre refuse la présidence 59

II. Installation au Palais de justice 65

III. Un sybarite de la démocratie.--Nicolas Osselin 69

IV. Mathieu.--Pepin Dégrouhette.--Laveaux.--D'Aubigni.

--Coffinhal.--Dubail 73

V. Les deux accusateurs publics.--Réal, Lullier 79

VI. Leroi.--Bottot.--Lohier.--Loyseau.--Caillère de

l'Etang.--Boucher-René.--Maire, etc. 83

VII. Fouquier-Tinville 87

VIII. Dispositions 91

Chap. 3. Episodes de la vie privée d'alors

I. Les roses de Fragonard.--La fille de Cazotte 95

II. La maison de Cazotte, à Pierry.--Correspondance.

--Arrestations 107

Chap. 4.

I. Première audience.--Première condamnation à mort.

--Première exécution 115

II. Arnaud de Laporte.--Une femme assommée 123

III. Troisième exécution.--Le journaliste de Rozoy 127

IV. Premier acquittement 139

V. Episode.--Pompe funèbre en l'honneur des citoyens morts

le 10 août 144

VI. Encore Vilain d'Aubigni.--Procès de M. de Montmorin.

--Murmures du peuple 148

VII. Le charretier de Vaugirard 152

VIII. Backmann, major général des Suisses.--On voit commencer

les massacres de Septembre 156

Chap. 5.

I. Tribunaux souverains du peuple 162

II. Le Tribunal du 17 août reparaît 186

Chap. 6.

I. Les diamants de la couronne 189

II. Jugements rendus par la seconde section.--Nicolas Roussel 219

Chap. 7. Cazotte.--Son dernier martyre 223

Chap. 8. Pierre Bardol 239

Chap. 9. Episode des treize émigrés.--Une commission

militaire.--La triple alliance.--Costume du bourreau 269

Chap. 10.

I. Emeute de la place de Grève.--Délivrance d'un condamné 279

II.--Le valet de chambre du roi et la sentinelle du Temple.

--Double arrestation 283

III. Décadence du Tribunal.--Il cherche à se justifier 286

IV.--Le _Tribunal redoutable_ 293

V. M. de Sainte-Foy.--Barère, témoin 299

VI. Suppression du Tribunal criminel du 17 août 303

NOTES, DOCUMENTS JUSTIFICATIFS ET ERRATA 309

FIN.

Histoire anecdotique du tribunal révolutionnaire · 第 15 / 15 段