LXVII

L’année suivante, les anciennes élèves de Mademoiselle s’approchèrent

de la Sainte Table. Personne ne fut admis à remplacer l’Institutrice.

L’expérience avait averti. On avait bien pensé à prendre une Suissesse,

Kettly Schiffli; mais quelqu’un objecta qu’elle ne devait savoir que

le _ranz des vaches_; cela refroidit. Henriette suffisait, grâce à un

échange de lettres avec les Demoiselles de Bonduwe et un programme

châtié, fourni par l’Institution Bellemanières. Cette combinaison

économique et prudente, qui réussit fort bien, accrut les regrets de

ne pas s’en être avisé plus tôt; ce qui aurait épargné des ridicules

scandaleux et jusqu’à des accidents de personnes.

Cependant la Marquise achevait de se remettre et le gentil visage

de Noémi cessa de porter les traces de ce qui avait paru être un

commencement d’hémiplégie.

Une satisfaction d’amitié s’unit à ces bonheurs intimes: Jacques

Demelly se maria. Il épousa une Angevine qui partageait ses goûts et,

selon l’expression même d’Henriette, devint «une charmante recrue».

Quelques semaines après cet heureux événement, le nouvel époux reçut

un colis postal recommandé, qui contenait une fort jolie édition des

_Baisers_ de Dorat. Comme il se demandait qui avait bien pu lui faire

ce cadeau approprié, il reconnut l’écriture de la Gouvernante, sur la

feuille de garde, où se rythmait encore un quatrain de la _Chanson des

Rues et des Bois_:

«Pancrace entre au lit de Lucinde

Et l’heureux hymen est bâclé,

Quand le Maire a mis le coq d’Inde

Avec la fauvette, sous clé...»

Il en rit avec sa compagne, qu’il avait initiée aux extravagances de la

Donatrice; mais ne crut pas devoir parler, au Vert-Marais, de ce drôle

de présent nuptial.

La petite mademoiselle · 第 108 / 129 题