L’année suivante, les anciennes élèves de Mademoiselle s’approchèrent
de la Sainte Table. Personne ne fut admis à remplacer l’Institutrice.
L’expérience avait averti. On avait bien pensé à prendre une Suissesse,
Kettly Schiffli; mais quelqu’un objecta qu’elle ne devait savoir que
le _ranz des vaches_; cela refroidit. Henriette suffisait, grâce à un
échange de lettres avec les Demoiselles de Bonduwe et un programme
châtié, fourni par l’Institution Bellemanières. Cette combinaison
économique et prudente, qui réussit fort bien, accrut les regrets de
ne pas s’en être avisé plus tôt; ce qui aurait épargné des ridicules
scandaleux et jusqu’à des accidents de personnes.
Cependant la Marquise achevait de se remettre et le gentil visage
de Noémi cessa de porter les traces de ce qui avait paru être un
commencement d’hémiplégie.
Une satisfaction d’amitié s’unit à ces bonheurs intimes: Jacques
Demelly se maria. Il épousa une Angevine qui partageait ses goûts et,
selon l’expression même d’Henriette, devint «une charmante recrue».
Quelques semaines après cet heureux événement, le nouvel époux reçut
un colis postal recommandé, qui contenait une fort jolie édition des
_Baisers_ de Dorat. Comme il se demandait qui avait bien pu lui faire
ce cadeau approprié, il reconnut l’écriture de la Gouvernante, sur la
feuille de garde, où se rythmait encore un quatrain de la _Chanson des
Rues et des Bois_:
«Pancrace entre au lit de Lucinde
Et l’heureux hymen est bâclé,
Quand le Maire a mis le coq d’Inde
Avec la fauvette, sous clé...»
Il en rit avec sa compagne, qu’il avait initiée aux extravagances de la
Donatrice; mais ne crut pas devoir parler, au Vert-Marais, de ce drôle
de présent nuptial.