Avec la délicatesse qui était en elle, et lui faisait pardonner
certains travers, Mademoiselle tint à renseigner Demelly sur les motifs
de son abdication. Ce qu’elle avait énoncé au Pacifiste, elle l’écrivit
au hobereau.
Une autre chose que l’insurgée ne pardonnait pas à ses nouveaux
maîtres, sympathiques mais irréfléchis, c’était ce qu’elle dénommait
du titre irrespectueux de «chambardement»; à savoir: remuer de
vénérables objets, les déloger des places que le propriétaire décidé,
mais décédé, avait, il semble, résolument et pour toujours, assignées
à ses richesses presque sacrées, ou de leur associer des trouvailles
insuffisamment authentiques. C’est ainsi que, dans un angle, rendu
naguère presque pythien par la solennité d’un portrait de Sibylle, on
voyait se suspendre impudemment la ceinture de chasteté de Lucrèce
Borgia.
Une fois narré le détail de cette aventure, la correspondante changea
de sujet. Une Troupe Italienne triomphait alors à Paris. Miss, qui
l’était allée voir, donna son avis sur le spectacle composé d’opéras
démodés, montés avec luxe, et qu’elle se permit de comparer à ces repas
du Siège, tout du long desquels l’art des cuisiniers et l’astuce des
coulis rendaient supportables la dureté du cheval, l’impureté du rat et
la médiocrité du chien.
Puis, elle fit encore un brusque saut de côté dans la Littérature,
grâce auquel l’épître se terminait ainsi (empressons-nous de l’ajouter)
avec une irrévérence plus encore à plaindre qu’à blâmer:
«Et pendant ce temps-là, Madame Guillaume Beer fait l’éloge de Monsieur
Charles de Pomairols, en attendant que Monsieur Charles de Pomairols
fasse l’éloge de Madame Guillaume Beer. _Vicinus vicinum fricat._»
Enfin Mademoiselle revenait à la musique, en guise de _coda_. Au cours
de ce rapide passage dans la Ville Lumière, sa bonne étoile la fit
assister à une Matinée Artistique; elle y entendit Madame Charles Max,
vêtue de son éternel fourreau esthétique, et zézayant du Widor.