Il passa, dans le voisinage, une troupe foraine qui donna des
représentations de la _Passion_. Après enquête, l’_entertainment_,
d’irrévérencieux qu’il avait paru tout d’abord, se trouva être fort
édifiant. Toute la famille, qui s’y porta, revint enthousiaste. Et
Mademoiselle résolut de reproduire en diminutif les phases du Sacré
Drame. A cet effet, elle fit venir de Villers-Cotterets, où on les
fabrique, un fort lot de poupards en carton, sans bras ni jambes, avec
trois cailloux dans le ventre. Ce fut à ces grossières marionnettes
qu’elle confia le soin de figurer les saints personnages. Non
seulement elle n’y mettait pas d’irrespect, mais haussait la visée
jusqu’à la théorie. Il lui semblait (peut-être pas à tort) que la
disparate entre la fin et les moyens, si l’édification n’en résultait
pas moins, ne ferait que mieux ressortir la suréminence de l’action,
et son inspiration surhumaine. Elle fabriqua donc, à grand renfort de
veilles, toute une garde-robe de prétoire et de sanhédrin, laquelle
tenait du Rembrandt et du Bida, du Tissot et du Munkaczy.
Cette fois, pourtant, une imprudence éventa la mèche. La Directrice
insista auprès du maître d’hôtel pour qu’on lui procurât du sirop de
groseille. La chose était de trop d’importance pour qu’il n’en fût pas
référé à la Patronne. Celle-ci voulut savoir. Mademoiselle avoua que
ce liquide devait, à la scène du Calvaire, gicler hors d’un fétu de
paille, qui représenterait le roseau, et simuler le sang du Sauveur.
Miss Winter se vit signifier qu’on lui savait gré de l’intention, mais
qu’elle eût à ne pas s’obstiner dans son entreprise.