Mademoiselle eut la migraine, le lendemain. Elle n’en donna pas moins
ses leçons; seulement, avec une casserole sur la tête. C’était un vieux
remède bimétallique, dont elle vantait l’usage et préconisait les
effets.
Le soir, elle se sentait mieux et, se trouvant seule, s’offrit un
plaisir, celui de revêtir un costume de bain qu’elle avait apporté,
à tout hasard, en prévision d’un stage à la mer. Blouse et _trouses_
en fine serge, contournée de galons, bonnet de caoutchouc, sandales
à cothurnes, peignoir rayé, rien n’y manquait; et la baigneuse
platonique, la naïade sèche n’était pas loin de ressembler ainsi à la
figure principale de l’affiche qui, dans les gares, au temps de l’été,
reçoit pour mission de diriger le citadin suffocant, vers Veulettes ou
vers Le Tréport.
Elle s’admirait, devant la glace tachée de son trumeau, lorsque
brusquement la porte s’ouvrit. Trois cris retentirent, sans compter le
cri d’effroi poussé par Diane surprise. Les trois autres venaient de
la Comtesse et de ses filles, remontées pour prendre des nouvelles de
la Gouvernante, et qui s’étaient approchées, sur la pointe du pied,
craignant de réveiller la malade, qu’elles croyaient endormie.
La baigneuse s’expliqua. La chose n’en fit pas moins mauvais effet.
Cependant la Comtesse offrit à l’Institutrice de faire préparer, pour
elle, la baignoire du château, laquelle, depuis longtemps, n’avait
plus qu’un usage de fruitier, débordant de coings et de pommes. Miss
accepta pour le jour suivant.
Un peu avant l’heure marquée pour le plongeon, une femme de chambre
vint demander à l’Institutrice, au nom du pouvoir, si elle était dans
l’usage de prendre un «bain simple» ou d’y mélanger quelque ingrédient.
La chambrière repartit, avec cette note de l’écriture de Mademoiselle:
«_Serpolet, romarin, origan, marjolaine, lavande, sauge, pouillot,
basilic, menthe sauvage, hysope, mélisse, anis, fenouil, six poignées
de fleurs de bouillon blanc, une noix muscade et un gros clou de
girofle._»
«C’est bien,--dit la Comtesse,--qu’on lui porte _un sac de son_.»