Vers la fin de la journée, tout d’un coup, la Gouvernante arriva.
Aucune nouvelle n’étant venue d’elle, depuis la veille, la voiture ne
l’attendait pas au train. Elle accomplit donc à pied le trajet de la
gare au château. Un paysan la suivait, qui s’était offert pour porter
des colis à main, encore assez nombreux, parmi lesquels une caisse
de raisin et un étui à parapluies, lequel ressemblait à une gaine de
trombone.
L’Étrangère picorait une grappe de chasselas, quand elle fit son
entrée dans la cour. Une telle familiarité impressionna mal, car
l’arrivante eut tout de suite autant de témoins que de juges. Chacun,
à cette heure-là, rentrait de la promenade. La voyageuse s’expliqua,
sans embarras, avec volubilité. Elle était rassérénée et ne parlait
plus de se plaindre. Non, elle avait profité de sa mésaventure pour
recueillir des souvenirs de Rabelais, dont elle était enchantée.
Incontinent, sortirent d’un Guide Joanne, qu’elle tenait ouvert, des
cartes postales à l’effigie du Curé de Meudon; et, sous prétexte qu’il
était ecclésiastique, elle en offrit aux enfants, pour mettre dans leur
catéchisme.
On en conclut qu’elle était troublée et feignait une assurance qui
était loin de son cœur. En conséquence, ordre fut donné de conduire,
à son appartement, la nouvelle venue. Elle alla donc y ôter son
chapeau, lequel, tenant du boléro, du chapska et du bourdalou de
voyage, semblait sortir de chez le même faiseur qui avait confectionné
la casquette de Bovary enfant, ce couvre-chef dont Flaubert a écrit:
«Une de ces pauvres choses dont la laideur muette a des profondeurs
d’expression comme le visage d’un imbécile.»