VII

Vers la fin de la journée, tout d’un coup, la Gouvernante arriva.

Aucune nouvelle n’étant venue d’elle, depuis la veille, la voiture ne

l’attendait pas au train. Elle accomplit donc à pied le trajet de la

gare au château. Un paysan la suivait, qui s’était offert pour porter

des colis à main, encore assez nombreux, parmi lesquels une caisse

de raisin et un étui à parapluies, lequel ressemblait à une gaine de

trombone.

L’Étrangère picorait une grappe de chasselas, quand elle fit son

entrée dans la cour. Une telle familiarité impressionna mal, car

l’arrivante eut tout de suite autant de témoins que de juges. Chacun,

à cette heure-là, rentrait de la promenade. La voyageuse s’expliqua,

sans embarras, avec volubilité. Elle était rassérénée et ne parlait

plus de se plaindre. Non, elle avait profité de sa mésaventure pour

recueillir des souvenirs de Rabelais, dont elle était enchantée.

Incontinent, sortirent d’un Guide Joanne, qu’elle tenait ouvert, des

cartes postales à l’effigie du Curé de Meudon; et, sous prétexte qu’il

était ecclésiastique, elle en offrit aux enfants, pour mettre dans leur

catéchisme.

On en conclut qu’elle était troublée et feignait une assurance qui

était loin de son cœur. En conséquence, ordre fut donné de conduire,

à son appartement, la nouvelle venue. Elle alla donc y ôter son

chapeau, lequel, tenant du boléro, du chapska et du bourdalou de

voyage, semblait sortir de chez le même faiseur qui avait confectionné

la casquette de Bovary enfant, ce couvre-chef dont Flaubert a écrit:

«Une de ces pauvres choses dont la laideur muette a des profondeurs

d’expression comme le visage d’un imbécile.»

La petite mademoiselle · 第 11 / 129 题