Il tombait, ce matin-là, une jolie petite pluie, bien fine, bien serrée,
bien glaciale.
--Habit bas! commanda le maître d’armes.
Alors, tandis que Gédéon et son adversaire se mettaient en tenue de
combat, il appela leur attention, par quelques paroles bien senties, sur
l’avantage immense des armes, qui substituent l’adresse à la force, et
égalisent les chances entre le fort et le faible. En terminant il leur
recommanda d’éviter autant que possible le coup de pointe.
Au 13e, en effet, dans les duels ordinaires, le coup de pointe n’est
pas admis. Si, emporté par l’ardeur de la lutte, un des combattants se
fend la pointe en avant, le maître d’armes, qui a une épée à la main
pare le coup, et le coup est jugé nul.
Le colonel permet l’estafilade, mais il ne veut pas, autant que
possible, la mort du hussard, excepté dans les cas très-graves--fort
rares au régiment.
Après ça, on peut fort bien être descendu par un coup de banderole.
Essayez.
Lorsque Gédéon se vit le torse nu devant le grand sabre de son
adversaire, il sentit courir dans ses veines ce petit frisson taquin
qu’une fois au moins en leur vie ont connu les plus braves.
--Suis-je niais! se disait-il; bien évidemment une chemise ne serait pas
un bouclier, eh bien! il me semble que le plus léger tissu sur mes
épaules me donnerait de l’assistance.
Les adversaires étaient placés, les fers croisés.
--Partez! dit le maître d’armes.
Gédéon avait recouvré tout son sang-froid. Tant bien que mal il para les
trois ou quatre premiers coups. Il voulut alors attaquer à son tour, se
fendit, et... le sabre de son adversaire lui dessina proprement sur le
bras un magnifique _chevron_ de quinze centimètres.
--Assez! prononça le maître d’armes en relevant les sabres.
Et il engagea les combattants à se donner une poignée de mains «loyale
et sincère,» et l’accolade fraternelle, gage d’oubli des «torts de l’un
et de l’autre et réciproquement.»
--Parce que, ajouta-t-il, entre deux braves qui ont croisé le fer, et se
sont mutuellement donné des preuves de courage, il doit y avoir amitié à
la vie à la mort.
Donc, on s’embrassa, et une goutte à la cantine acheva l’œuvre de
réconciliation si heureusement commencée par le bancal.