VIII

Pendant plus d’une heure Gédéon erra sans but à travers les rues de

Saint-Urbain. Se présenter à ce régiment qu’il avait choisi avec joie

lui semblait maintenant au-dessus de ses forces. Le cœur serré par

une horrible angoisse, il marchait la tête basse, essuyant de temps à

autre une larme que lui arrachait la conscience de son isolement,

l’anxiété de l’avenir, et le regret de sa vie passée, dont les souvenirs

charmants se présentaient en foule à son esprit.

Enfin à force de raisonnements, il parvint à surmonter ce qu’il appelait

un accès de lâcheté indigne d’un homme. Apercevant un hussard de l’autre

côté de la rue, il marcha vers lui, et d’une voix qu’il essayait de

rendre assurée:

--Camarade, lui demanda-t-il, voudriez-vous m’enseigner le chemin de la

caserne de votre régiment?

Le hussard, à ces mots, regarda le bourgeois de travers; il semblait

tout prêt à se fâcher.

--Mon régiment, répondit-il enfin, d’un ton blessé, il ne loge pas dans

une caserne, c’est bon pour de l’infanterie.

Gédéon fit un geste de surprise.

--Les hussards, vous devriez être susceptible de le savoir, ils logent

dans un quartier, comme toute cavalerie; à preuve que c’est comme qui

dirait une distinction qui les différencie ensemble et séparément du

fantassin. Donc le quartier il est là, devant vous.

Gédéon leva les yeux, et, en effet, à peu de distance, au fond d’une

impasse très-étroite, il aperçut une grande porte cintrée s’ouvrant sur

une voûte assez obscure.

Au-dessus de la porte, un drapeau noirci par la pluie et effiloqué par

le vent, pendait tristement le long de sa hampe retenue par un crampon

de fer enfoncé dans la muraille.

Au-dessous du drapeau, et pour que nul n’ignorât la destination du

bâtiment, on avait écrit en lettres d’un demi-pied:

Le 13e Hussards, types, profils, esquisses et croquis militaires... á pied et á cheval · 第 16 / 85 题