--------
48,000
Le Roy gagne sur ma garde-robe 100,000
Sans co_n_ter le reste, en ôtant 48,000
Il y gagnera encore 52,000
--------
100,000
Il y a encore les gens payés par la garde-robe et la chambre, dont je
n'ai pas fait mention, mais que je prie le Roy de payer; voulez-vous
bien, ma chère, vous charger d'en parler.
SOPHIE.
* * * * *
_Lettre de Madame Sophie à sa soeur Madame
Victoire-Louise-Marie-Thérèse._
Je ne sais, ma chère Thérèse, si mon testament est bon. S'il ne l'est
pas, je vous prie, si vous héritez de moi, de donner entre vous deux
les pensions et les legs aux personnes qui y sont nommées, et surtout
je vous recommande l'article de mon enterrement; qu'il soit sans
aucune cérémonie et que je ne sois point ouverte, cela me tient bien
au coeur.
Je vous recommande toutes mes dames, mais particulièrement mesdames
de Montmorin et de Riantz; vous savez l'amitié que j'avois pour elles;
je voudrois bien que vous prissiez madame de Ganges, elle vous plaît,
et vous me feriez grand plaisir. Je joins à cette lettre une petite
note de ce que je demande au Roi. Je vous prie, ma chère Thérèse, de
faire tout votre possible pour que le Roi l'accorde; parlez-en à la
Reine de ma part, et faites bien voir au Roi qu'il y gagnera encore
beaucoup. Je ne vous dis rien de moi, je sais qu'il faut me taire; je
me recommande à vos prières et à celles de madame de Narbonne; qu'elle
pense quelquefois à _M. Pontassin_ (illisible).
Je vous recommande en particulier le petit de Tanne; vous n'ignorez
pas les malheurs de son père, ne l'abandonnez pas, je vous demande en
grâce; j'espère qu'il sera bon sujet.
Je vous recommande M. le chevalier de Talleyrand et madame Martin, ma
femme de chambre; elle est bien malheureuse.
Je vous prie qu'on ne me fasse pas de service ici. Faites-moi dire des
messes de temps en temps lorsque vous aurez un petit écu de trop.
SOPHIE.
Ce quatorze janvier 1781.
* * * * *
_Lettre de Madame Sophie au Roi Louis XVI._
C'est avec la plus grande confiance, mon cher neveu, et du fond de mon
coeur, et je puis dire du fond du tombeau, puisque vous ne recevr_ai_
cette lettre qu'après ma mort, que je viens vous renouveller toutes
les demandes que je vous ai faites dans mon testament, et y ajouter
celles-cy; je vous recommande M. et madame de Montmorin et leurs
enfants, et vous prie instamment, mon cher neveu, de donner à madame
de Montmorin une pension de vingt mille livres; au petit de Tanne, son
neveu, une de dix; vous savés les malheurs de son père, il n'a
d'autres ressources que vos bontés, j'espère qu'il s'en rendra digne;
à madame de Ryantz une pension de six mille livres, et trois qu'elle
a, cela fera neuf; et la promesse du premier logement va_qu_ant aux
Thuileries ou au Louvre, c'est-à-dire si madame de Narbonne est logée:
je sais qu'Adélaïde en demande un pour elle; à madame de Boursonne et
à madame de Ganges chacune six mille livres de pension; elles en ont
grand besoin toutes les deux. Ne soyez pas effrayé, mon cher neveu, de
toutes ces demandes; pensez que vous gagnerez encore beaucoup à ma
mort; pensez aussi, je vous prie, à l'amitié dont je me suis toujours
flattée que vous aviez pour moi, mais plus encore à celle que j'avois
pour vous, qui étoit bien tendre, je vous assure, et que ce sont les
dernières grâces que je vous demanderai à jamais, et auxquelles je
m'intéresse bien vivement; enfin, mon cher neveu, je vous demande pour
la dernière de toutes, et vous en prie instamment, de ne pas m'oublier
et de me faire dire des messes de temps en temps.
SOPHIE.
À Versailles, ce 12 janvier 1781.
XVII
NOTES
SUR LE VOYAGE DE M. LE COMTE ET DE Mme LA COMTESSE DU NORD EN FRANCE
AU MOIS DE MAI 1782.
M. le grand-duc et madame la grande-duchesse de Russie, héritiers
présomptifs de ce thrône, le mari, de la maison d'Holestein régnante
alors en Russie, et la femme de la maison de Virtemberg, sont arrivés
à Paris le 18 mai 1782, voyageant incognito[199], sous le nom de comte
et comtesse du Nord; ils ont été le 20 à Versailles, où l'appartement
de M. le prince de Condé[200] avoit été préparé pour les recevoir. M.
le comte du Nord a été chez le Roi en arrivant, accompagné des
officiers chargés de la conduite des princes étrangers et
ambassadeurs; on ne sait pas s'il s'est trouvé des officiers des
cérémonies à sa visite chez le Roi; une chaise à porteurs de la Reine
a été prendre madame la comtesse du Nord à son appartement;
accompagnée de la livrée de la Reine qui l'a conduite chez Sa Majesté,
cette princesse a été accompagnée par madame de Vergennes, femme du
ministre des affaires étrangères. M. le comte et madame la comtesse du
Nord ont vu de suite toute la famille royale et ont dîné avec elle,
dans la pièce qui précède la chambre de la Reine où Leurs Majestés ont
coutume de manger le dimanche. Il ne s'est trouvé ni princes ni
princesses du sang chez le Roi et chez la Reine, ils ne se sont point
trouvés non plus à un concert qu'il y a eu le soir chez la Reine, le
tout parce qu'ils ne devoient pas être nommés à M. le comte et à
madame la comtesse du Nord, et qu'on a cru qu'il étoit difficile
qu'ils fussent dans la chambre sans être connus d'eux. Madame la
princesse de Lamballe avoit demandé dispense de se trouver au concert
à cause de son rang, mais la Reine a voulu qu'elle y fût relativement
à sa place de surintendante de la Maison de Sa Majesté. Au reste, la
Reine a eu la bonté de concerter les choses de manière que tout s'est
passé sans que le rang fût compromis. M. le comte et madame la
comtesse du Nord ont envoyé dans l'après-midi, à l'appartement de
madame la princesse de Lamballe, des cartes qu'on trouvera attachées à
ces notes, et madame la princesse de Lamballe en a renvoyé chez eux de
pareilles; moyennant cette précaution, la connoissance s'est trouvée
faite quand M. le comte et madame la comtesse du Nord sont venus chez
la Reine; et Sa Majesté a simplement montré à madame la comtesse du
Nord que madame la princesse de Lamballe étoit auprès de la dernière
de Mesdames, alors madame la comtesse du Nord a été à Madame Victoire,
la pria de la présenter à madame la princesse de Lamballe; cette
dernière s'est avancée pour répondre comme elle le devoit à cette
politesse, et elles se sont dit réciproquement qu'elles avoient été
l'une chez l'autre; M. le comte du Nord et madame la princesse de
Lamballe ne se sont point parlé. Ce même jour M. le comte et madame la
comtesse du Nord sont retournés à Paris, et le lendemain 21 ils ont
envoyé des cartes à la porte des princes et princesses, c'est-à-dire
M. le comte du Nord à la porte des princes et princesses, et madame la
comtesse du Nord à la porte des princes seulement. Les princes[201] et
princesses ont renvoyé des cartes pareilles chez M. le comte et madame
la comtesse du Nord; on dit indéfiniment M. le comte et madame la
comtesse du Nord, parce que les princes ont envoyé des cartes chez la
femme comme chez le mari, quoiqu'elle ne fût pas venue chez eux par
égard pour son sexe; madame la princesse de Lamballe a renvoyé des
cartes, quoiqu'elle eût été écrite à Versailles, parce que M. le comte
et madame la comtesse du Nord en avoient envoyé chez elle à Paris. La
carte qui a été envoyée à la porte de M. le duc de Penthièvre par M.
le comte du Nord se trouve attachée à ces notes.
[Note 199: M. le comte du Nord avoit quitté tous ses ordres, à
l'instar de l'Empereur, qui en use de même dans ses voyages; les
gardes du corps ne prenoient point les armes pour lui et on ne lui
ouvroit point les deux battants chez le Roi; il y a eu plusieurs fêtes
et promenades à Versailles, Marly et Trianon, auxquelles les princes
et princesses n'ont point été invités; ils n'ont été avertis que pour
le bal.]
[Note 200: L'appartement de M. le maréchal de Duras a été prêté à M.
le prince de Condé pour le temps que le sien seroit occupé par M. le
comte et madame la comtesse du Nord.]
[Note 201: M. le prince de Condé et M. le duc de Bourbon ont été en
personne chez M. le comte et madame la comtesse du Nord, à
Versailles.]
Le 23[202], il y a eu opéra à la Cour, auquel les princes et
princesses n'ont point accompagné Leurs Majestés, parce qu'elles ont
été dans une loge. La famille royale et les princesses[203] ont aussi
été dans les loges. Le spectacle étoit dans la grande salle.
[Note 202: Il y avoit eu souper dans les cabinets le 22, où M. le
comte et madame la comtesse du Nord se sont trouvés; on ne sait s'il y
a eu des princes et princesses du sang, tous n'y ont pas été.]
[Note 203: Madame la duchesse de Chartres étoit dans la première loge,
à gauche de celle du milieu de la salle occupée par la famille royale.
(Le Roi et la Reine étoient au-dessus de cette loge du milieu de la
salle, dans une loge grillée.) Et madame la princesse de Lamballe,
dans la loge après et à côté de celle de madame la duchesse de
Chartres; elles n'étoient qu'elles deux de princesses au spectacle.
Les uns disent que M. le duc d'Angoulême étoit dans la loge à droite
de celle de la famille royale, d'autres prétendent qu'il étoit dans la
loge du bout de la salle, toujours à droite, auprès de celle des
gentilshommes de la chambre; M. le prince de Condé et M. le duc de
Bourbon ont été dans cette dernière loge, c'est-à-dire celle des
gentilshommes de la chambre; on croit qu'il n'y avoit qu'eux deux de
princes au spectacle.]
Le 27, toujours du même mois de may, M. le comte du Nord est venu en
personne[204] chez M. le duc de Penthièvre à dix heures du matin,
accompagné de M. le Prince de Bariatinsky, ministre de Russie, et ils
ont laissé à la porte de l'hôtel de Toulouse les cartes qu'on trouvera
attachées à cette note. On trouvera encore attaché à ces notes le
papier qui a été envoyé à M. le duc de Penthièvre, alors à Sceaux, par
le suisse de l'hôtel de Toulouse, ce même jour 27. L'invitation au bal
que le Roi devoit donner pour M. le comte du Nord a été apportée
encore à l'hôtel de Toulouse à Paris, elle est attachée à ces notes.
Le lendemain 28, M. le duc de Penthièvre a retourné en personne chez
M. le comte du Nord, et a demandé aussi madame la comtesse du Nord. Il
a laissé à leur porte le billet dont la minute est attachée à ces
notes, en priant de le remettre à M. le prince de Bariatinsky.
[Note 204: Madame la comtesse du Nord est revenue en personne chez
quelques princesses, mais pas chez toutes. Deux se sont trouvées dans
le cas de n'avoir point reçu de visite de sa part en personne. On
croit que M. le comte du Nord est revenu en personne chez tous les
princes.
_Depuis cette note écrite, madame la comtesse du Nord a été en
personne chez toutes les princesses._]
Le 29 may, il y a eu un second opéra auquel le Roi, la Reine et la
famille royale ont assisté de la même manière qu'à celui du 23.
L'arrangement des loges des princesses a été mauvais encore: madame
la duchesse de Chartres, madame la duchesse de Bourbon occupoient les
trois premières auprès de celles où étoit la famille royale à la
gauche, et mademoiselle de Condé la première à la droite; M. le duc
d'Orléans a été dans la loge de madame la duchesse de Chartres.
Le 1er juin au soir, M. le duc de Penthièvre a été instruit que M. le
comte et madame la comtesse du Nord devoient venir dîner à Sceaux le
surlendemain 3. En conséquence, il a envoyé sur-le-champ des billets
d'invitation aux Russes dont la liste est ci-jointe; on trouvera dans
cette liste la formule des billets qui ont été envoyés: on trouvera
encore ci-joint la liste des Russes qui avoient été invités par M. le
duc d'Orléans[205], contenant la formule du billet qu'il a envoyé et
la liste générale des personnes de la nation russe se trouvant à
Paris, que M. le duc de Penthièvre avoit fait demander à M. le prince
de Bariatinsky, ministre de Russie, par l'entremise de madame la
duchesse de Chartres. M. le duc d'Orléans en avoit usé de même par
l'entremise d'une autre personne. M. de Bariatinsky a été invité
verbalement par un valet de chambre; ce ministre s'est chargé de
distribuer tous les billets des Russes[206]. M. le duc de Penthièvre a
invité en outre M. le maréchal et madame la maréchale de Noailles, M.
le maréchal et madame la maréchale de Mouchy, madame la duchesse de la
Vallière, seconde douairière, madame la comtesse de la Marck, M. le
duc d'Estissac, M. et madame d'Aubeterre et M. le duc de Crussol; il y
avoit en outre plusieurs personnes, hommes et femmes, qui sont venues
à Sceaux ou qui s'y sont trouvées accidentellement sans doute. Les
premiers officiers et les dames de la maison de M. le duc de
Penthièvre, et M. le vicomte de Lastic, son ancien premier gentilhomme
de la chambre, madame la princesse de Conty et madame la princesse de
Lamballe ne se sont point trouvés à ce dîner, parce que madame la
comtesse du Nord n'étoit pas venue chez elles en personne. Le 3,
lorsque M. le comte et madame la comtesse du Nord sont arrivés à
Sceaux, M. le duc de Penthièvre a reçu madame la comtesse du Nord à la
descente de sa voiture[207], par égard pour son sexe. M. le duc
d'Orléans l'avoit rencontrée à la porte de la dernière antichambre
lorsqu'elle a été au Raincy, c'est-à-dire de l'antichambre la plus
près de la Cour; elle a dit des choses très-honnêtes à M. le duc de
Penthièvre en le traitant d'Altesse, et M. le comte du Nord qui a été
nommé à M. le duc de Penthièvre par M. de Bariatinsky, en a usé de
même en ajoutant le mot de Monseigneur pour mieux marquer son
incognito. M. le duc de Penthièvre lui a nommé ses trois premiers
officiers, et ensuite il a conduit M. le comte et madame la comtesse
du Nord dans l'appartement du rez-de-chaussée en leur donnant le pas
qu'ils ne vouloient point prendre, surtout M. le comte du Nord.
Arrivés dans le salon, M. le duc de Penthièvre a nommé à madame la
comtesse du Nord les dames titrées ou non titrées qui n'étoient point
connues d'elle, et ses premiers officiers, ainsi que tous les hommes
qui étoient dans la chambre. Il a aussi nommé tous les hommes à M. le
comte du Nord et lui a indiqué quelles étoient les dames qu'il voyoit.
Il n'a point été question de fauteuils, tout le monde, princes,
princesses et autres, s'est assis sur des chaises. Lorsque le moment
de se mettre à table est venu, madame la comtesse du Nord a passé avec
madame la duchesse de Chartres se tenant par la main, mais cependant
madame la duchesse de Chartres laissant le pas à madame la comtesse du
Nord; toutes les dames ont passé ensuite, puis M. le comte du Nord
avec M. le duc de Chartres, à peu près comme madame la comtesse du
Nord et madame la duchesse de Chartres, ensuite M. le duc de
Penthièvre, et puis tous les hommes; on s'est placé à table, hommes et
femmes, sans rang. M. le comte et madame la comtesse du Nord étoient à
peu près au milieu de la table, M. le duc de Penthièvre entre eux
deux; madame la duchesse de Chartres étoit à côté de madame la
comtesse du Nord, à sa droite, puis une dame et ensuite M. le duc de
Chartres; les princes et princesses ont été servis par des pages, et
les autres personnes par la livrée; il va sans dire que M. le comte et
madame la comtesse du Nord ont été compris parmi les princes et
princesses, et par conséquent servis par des pages. Les gentilshommes
de M. le duc de Penthièvre n'ont point mangé avec madame la comtesse
du Nord; Sceaux étoit excepté du nouvel usage établi à l'égard de ces
messieurs, à l'instar de Saint-Cloud.
[Note 205: C'est au Raincy que M. le duc d'Orléans a donné à dîner à
M. le comte et à madame la comtesse du Nord; ses gentilshommes n'ont
point mangé à la table où étoit cette princesse, mais ils ont mangé à
une autre table tenue par M. le duc de Chartres, dans une pièce
différente. Le Raincy étoit un lieu dans lequel M. le duc d'Orléans
avoit réglé que les gentilshommes mangeoient avec les princesses.
Saint-Cloud étoit la seule maison où il avoit maintenu l'ancien usage
de ne point admettre les gentilshommes à la table des princesses.]
[Note 206: M. le duc et madame la duchesse de Chartres sont venus à
Sceaux pour ce dîner. Madame la duchesse de Chartres n'avoit point de
dames à elle, par raison d'absence ou de maladie. Elle a mené avec
elle madame la baronne de Talleyrand.]
[Note 207: Il étoit environ deux heures après midy. M. le duc de
Chartres, M. le duc de Penthièvre et les hommes qui étoient à Sceaux
n'avoient point d'épée. M. le comte du Nord et les personnes
étrangères avoient la leur. M. le comte du Nord quitta la sienne et on
la porta dans l'appartement qui lui étoit préparé. M. de Bariatinsky
quitta aussi la sienne. Madame la comtesse du Nord et les dames
étoient en lévite ou en polonoise. Il y avoit un appartement préparé
pour madame la comtesse du Nord. Les ecclésiastiques étoient en habit
de campagne.]
Après le dîner, on a été à la promenade dans les calèches et
différentes voitures. M. le duc de Penthièvre a mené[208] M. le comte
et madame la comtesse du Nord dans une petite calèche à un cheval;
madame la comtesse du Nord et madame la duchesse de Chartres étoient
dans le banc du fond, et M. le comte du Nord et M. le duc de
Penthièvre étoient sur le banc en avant. M. le comte et madame la
comtesse du Nord ont monté en calèche avant madame la duchesse de
Chartres et M. le duc de Penthièvre. Il s'est trouvé une collation
sans table ni apparat au pavillon de la ménagerie, et après cette
collation, madame la comtesse du Nord a voulu absolument que madame la
duchesse de Chartres passât avant elle pour remonter en calèche, et M.
le comte du Nord a terminé les compliments à cet égard en donnant la
main à madame la duchesse de Chartres, et passant avec elle. Madame la
comtesse du Nord a passé ensuite donnant la main à M. le duc de
Penthièvre. M. le comte du Nord voulut que M. le duc de Penthièvre
montât en calèche avant lui, mais ce dernier fit le tour de la calèche
et monta par le côté opposé à celui par lequel M. le comte du Nord y
montoit. On revint au château, et après avoir resté un moment dans le
salon, M. le comte et madame la comtesse du Nord s'en retournèrent à
Paris; il étoit environ sept heures du soir. M. le comte du Nord
voulut s'échapper sans être vu, mais M. le duc de Penthièvre s'en
étant aperçu, alla le reconduire; madame la comtesse du Nord vint
ensuite, l'un et l'autre ne voulurent pas absolument que M. le duc de
Penthièvre passât la porte de la dernière antichambre, où il avoit
joint M. le comte du Nord, lorsqu'il avoit voulu s'échapper. M. le duc
de Penthièvre ayant sçu que M. le duc d'Orléans avoit retenu M. le
comte et madame la comtesse du Nord à souper le jour qu'ils avoient
été au Raincy, fit proposer la même chose à madame la comtesse du Nord
par madame la duchesse de Chartres, mais les arrangements de M. le
comte et de madame la comtesse du Nord ne leur ayant pas permis
d'accepter l'offre de M. le duc de Penthièvre, la discrétion l'empêcha
d'insister.
[Note 208: Le reste de la compagnie a été dans différentes calèches ou
voitures. M. le duc de Chartres menoit celle qui alloit immédiatement
après celle de madame la comtesse du Nord; il avoit avec lui la
principale dame de cette princesse et madame de Bariatinsky. M. de
Guebriant, premier gentilhomme de la chambre de M. le duc de
Penthièvre, menoit une petite calèche dans laquelle se trouvoient les
filles d'honneur de madame la comtesse du Nord; M. le duc de Crussol
menoit une petite voiture dans laquelle se trouvoient madame la
duchesse de la Vallière et d'autres dames.]
Le lendemain 4, M. le duc de Penthièvre a retourné chez M. le comte et
chez madame la comtesse du Nord, ses arrangements ayant demandé qu'il
ne différât pas cette visite: il les a trouvés chez eux à l'hôtel de
M. le prince de Bariatinsky, où ils se logeoient; il étoit accompagné
de M. le chevalier du Authier, son capitaine des gardes; M. le prince
de Bariatinsky et un autre monsieur l'ont reçu à peu près à la
voiture, et l'a conduit à l'appartement de madame la comtesse du Nord,
où il a trouvé les battants ouverts. Madame la comtesse du Nord étoit
en pied, et après quelques mots de politesse, elle a proposé à M. le
duc de Penthièvre de s'asseoir et a pris une chaise pareille à celle
qu'elle lui a proposée; elle a prié M. le chevalier du Authier et M.
le prince de Bariatinsky de s'asseoir aussi, mais ils sont restés
debout. La principale dame de madame la comtesse du Nord étoit assise
vis-à-vis d'elle, sur une chaise pareille à celle de la princesse. M.
le comte du Nord est arrivé par l'intérieur de l'appartement, pendant
la visite de M. le duc de Penthièvre, et après des compliments il
s'est assis sur un canapé qui se trouvoit à portée des chaises
occupées par madame la comtesse du Nord et M. le duc de Penthièvre, et
hors de rang; lorsque la visite, qui a duré quatre ou cinq minutes, a
été finie, M. le comte du Nord s'est avancé pour reconduire M. le duc
de Penthièvre: ce dernier lui a dit qu'il désiroit avoir l'honneur de
lui rendre ses devoirs dans son appartement; M. le comte du Nord après
avoir répondu des honnêtetés générales, a encore insisté pour
reconduire M. le duc de Penthièvre, mais ce dernier lui ayant demandé
de ne point prendre garde à lui, M. le comte du Nord est resté à la
porte de la pièce où s'étoit passée la visite: les mêmes personnes qui
avoient reçu M. le duc de Penthièvre et qui avoient pris les devants
pendant les compliments avec M. le comte du Nord, se sont trouvées à
peu près à la même place où ils étoient venus le recevoir, et se sont
retirés un moment avant que la voiture de M. le duc de Penthièvre
partît d'après ses instances.
Le 5 de juin, M. le comte et madame la comtesse du Nord ont été en
personne à l'appartement de madame la princesse de Lamballe à
Versailles; elle a retourné chez eux le lendemain 6, et les a priés à
souper pour le samedi 8, jour du bal donné par le Roi à M. le comte et
à madame la comtesse du Nord.
Le 8, jour du bal, les princes[209] se sont rendus chez le Roi vers
cinq heures trois quarts du soir, et les princesses chez la Reine, et
ont accompagné Leurs Majestés à la salle du bal; les Enfants de France
se sont aussi rendus chez le Roi, chacun de leur côté. La salle du bal
étoit arrangée comme pour celui des gardes du corps donné en 1782, à
l'occasion de la naissance de M. le Dauphin, dont le plan est dans les
cartons des cérémonies, excepté qu'on n'y avoit point mis de buffets
et qu'il y avoit un fort grand nombre de lumières. La famille royale
et les princes étoient placés dans le fond du quarré de la danse, en
face de la porte d'entrée, sur des pliants, ainsi que toutes les
danseuses, d'abord par rang, madame la comtesse du Nord étant placée
entre Madame et madame la comtesse d'Artois, et ensuite sans rang
pendant le cours du bal. Les princesses avoient leurs dames derrière
elles, pas exactement dans le rang où elles auroient dû être placées,
mais toujours de manière à marquer qu'elles devoient être derrière
elles. Le Roi et les princes alloient et venoient dans le bal, ainsi
que M. le comte du Nord. Le Roi s'est assis quelquefois auprès de
madame la comtesse du Nord. M. le prince de Condé et M. le duc de
Penthièvre se sont assis un moment sur les pliants destinés aux
danseuses, derrière une quantité d'hommes qui se trouvoient dans le
milieu du quarré de la danse, et pendant que la Reine dansoit une
contredanse, M. le comte du Nord s'est assis, ayant M. le prince de
Bariatinsky à côté de lui sur un gradin au haut de la salle à gauche
en entrant, derrière deux rangées de dames et à peu près derrière
madame la comtesse du Nord, un peu sur le côté; les ambassadeurs
étoient placés à droite, eu égard à la porte d'entrée de la salle,
derrière les dames, qui étoient à droite en entrant dans le quarré de
la danse; Madame, fille du Roi, étoit dans une loge donnant sur
l'avant-scène, lorsque la salle est arrangée pour un spectacle, à
droite en entrant dans la salle, et M. le duc d'Angoulême et
Mademoiselle dans la loge vis-à-vis celle de Madame. Le bal a été
ouvert par une contredanse dans laquelle la Reine dansoit avec M. le
comte d'Artois: les autres danseurs et danseuses étoient des personnes
de la Cour, titrées ou non titrées. Les pages du Roi ont fait les
honneurs du bal, pour offrir les rafraîchissements aux dames, ce qu'on
a dit être conforme à l'usage. Le bal a fini vers neuf heures. Les
princes ont reconduit le Roi chez lui, et ensuite s'en sont retournés
chez eux.
[Note 209: Les princes ont été invités au bal par un gentilhomme
ordinaire, suivant l'usage accoutumé. Voici les termes du billet
d'invitation: