Cet avantage, Sire, elle le tient des Rois vos prédécesseurs, mais

elle le tient aussi de sa naissance. Il est fondé sur un droit pour

ainsi dire national, qui fait loi pour la noblesse dans tous les États

de l'Europe.

Nulle distinction n'y est admise pour les princes étrangers. Ceux

mêmes de votre sang à Londres, à Madrid, à Vienne, ne jouiroient pas

de la distinction honorable qui fait aujourd'hui l'objet de notre

juste réclamation.

Vous ne détruirés pas, Sire, ce raport direct et immédiat de Votre

Majesté à la noblesse de votre Royaume, et vous ne permettrés pas

qu'il soit interrompu dans une monarchie qui doit ses conquêtes et sa

gloire aux exploits de vos augustes ayeux, à vos propres victoires,

ainsi qu'à notre fidélité et à la bravoure de nos ancêtres.

* * * * *

SIRE,

Les grands et la noblesse du Royaume, honorés dans tous les tems de la

protection particulière de Votre Majesté et des Rois vos

prédécesseurs, déposent avec confiance au pied du Trône les justes

allarmes qu'ils ont conçues des bruits qui se sont répandus que Votre

Majesté étoit sollicitée d'accorder un rang à la maison de Lorraine

immédiatement après les princes du sang, et qu'il avoit été réglé,

qu'au bal paré du mariage de M. le Dauphin, Mademoiselle de Lorraine

danseroit avant toutes les Dames de la Cour. Honneur si distingué que

dans votre auguste Maison il n'est pas accordé aux branches aînées sur

les branches cadetes, et qu'il ne l'a jamais été qu'aux filles

Princesses du sang sur les femmes de qualité.

Ils croyent, Sire, qu'ils manqueroient à ce qu'ils doivent à leur

naissance, s'ils ne vous témoignoient combien une distinction aussi

humiliante pour eux qu'elle est nouvelle, ajouteroit à la douleur de

perdre l'avantage qu'ils ont toujours eû de n'être séparés de Votre

Majesté et de la famille royale par aucun rang intermédiaire, et s'ils

ne vous représentoient avec le plus profond respect les [raisons?] qui

s'opposent à des prétentions qui ne blessent pas moins la dignité de

la nation et de votre Couronne, que les prérogatives de la noblesse

françoise. Ils se flattent qu'elles toucheront Votre Majesté, et que

sa bonté ne lui permettra pas de souscrire à une demande dont l'effet

ne pourroit que mortifier un corps qui a toujours été le plus ferme

soutien de la monarchie et qui n'a cessé de prodiguer son sang et sa

fortune pour en augmenter la gloire et la grandeur.

Il n'y a point d'honneur, Sire, dont la noblesse françoise soit plus

jalouse que d'approcher de ses Rois, et elle croit défendre le plus

précieux de ses avantages en défendant le rang qu'elle tient auprès de

Votre Majesté. Attachée au Trône dès le commencement de la monarchie,

elle n'en a jamais été séparée par qui que ce soit. C'est un ordre que

les Rois vos prédécesseurs ont toujours maintenu, et lorsque François

Ier, _pour faire honneur au duc d'Albanie_, frère du Roi d'Écosse, qui

étoit en France, le fit placer entre un Prince du sang et un Pair du

Royaume, il crut devoir déclarer que c'étoit pour _cette fois

seulement_ et ordonner _que les Pairs se séeroient doresnavant en ses

Cours et Conseils les premiers et les plus prochains de sa personne et

commander d'en faire registre_. Les puisnés de Clèves dont la maison

précédoit en Allemagne celle de Lorraine; ceux de Luxembourg qui

comptoient quatre Empereurs et six Rois de Bohême parmi leurs

ancêtres; ceux de Savoye issus d'une maison qui régnoit souverainement

depuis cinq cents ans, se sont conformés _à l'ordre ancien du Roy_.

Ils n'y ont pris d'autres titres que ceux qui sont communs à toute la

noblesse, et se sont honorés de marcher au rang des Comtés, Duchés et

Pairies qu'ils y ont obtenus.

La maison de Lorraine elle-même a tellement reconnu cet ordre, qu'elle

a voulu se prévaloir des dignités de l'État pour précéder les Princes

du sang.

C'est cet ordre ancien que Charles IX voulut être suivi à la cérémonie

de son mariage. Après la discution la plus scrupuleuse qu'il en fit

faire dans un Conseil tenu à Soissons en 1570, il y régla les rangs

par l'ancienneté des Duchés, _comme avoient fait les Rois passés_, et

répondit au duc de Nevers, de la maison de Mantoue, qui s'en

plaignoit, _qu'il ne vouloit suivre que ce qu'il avoit trouvé_ et ne

pouvoit faillir en ce faisant[194].

[Note 194: Manuscrit de la Bibliothèque impériale, coté 8698 de ceux

appelés Béthune, fol. 38. C'est un Mémoire écrit de la main du duc de

Nevers lui-même. Il y en a une copie au dépôt des Pairs.]

Quel titre, Sire, pourroient vous présenter Messieurs de Lorraine qui

pût changer un ordre si respectable, qui put leur donner le droit de

se placer entre Votre Majesté et les Grands du Royaume et d'abbaisser

au-dessous d'eux les premières dignités de la nation, les dignités

dont ils se sont eux-mêmes servi, afin de plus décorer, élever et

exalter eux et leur Maison[195]; les dignités par lesquelles ils ont

cru devoir précéder les Princes de votre sang, qu'ils ne pouvoient

incontestablement pas précéder par leur naissance.

[Note 195: Termes de la lettre d'érection du comté de Guise en

duché-pairie en faveur de Claude de Guise, en 1528.]

S'ils ont joui de quelques préférences momentanées sur les Grands du

Royaume, c'est dans des tems où la faveur et les circonstances leur

assuroient les succès de toutes leurs prétentions; doivent-ils les

faire revivre dans des tems où la sagesse et la justice de Votre

Majesté font le bonheur de tous ses sujets et la gloire de son règne?

La grandeur des premières dignités dans tout État marque celle des

nations, et la grandeur des nations fait celle de leurs Rois. De là

vient, Sire, qu'aucun de nos voisins ne souffre que des étrangers,

même Souverains, ayent chez eux la préférence sur les Grands de

l'État. Aucune duchesse en Angleterre ne voulut céder, en 1763, à la

duchesse de Modène, qui y menait sa fille, depuis Reine d'Angleterre,

pour épouser le duc d'York.

Les Grands d'Espagne n'ont fait au duc de Lorraine d'autre honneur que

celui de le laisser asseoir à l'extrémité du même banc qu'eux.

Messieurs de Lorraine n'ont pu obtenir à la Cour de Vienne même, où

règne le chef de leur Maison, d'autres honneurs que ceux qui sont

communs à tous les Princes de l'Empire.

Les Grands de votre Royaume, Sire, ne sont point inférieurs à ceux de

tant d'États qui regarderoient comme une offense pour eux et pour leur

nation la prétention de les précéder chez eux; ce seroit douter de la

prééminence de ceux qui, au terme d'un de vos ancêtres, _font partie

de son honneur et du propre honneur de ses Rois_[196].

[Note 196: Lettre de Philippe le Bel au pape Clément.]

La noblesse françoise ne cède, Sire, à aucune du monde entier par son

ancienneté, par l'éclat de ses actions, par les grands hommes qu'elle

a produits; elle compte parmi ses membres des descendants d'Empereurs,

de Rois et d'autres Souverains. Elle y compte des maisons à qui leurs

alliances ont ouvert des droits sur plusieurs Trônes de l'Europe. Elle

ne connoît en un mot au-dessus d'elle que le sang de ses Rois, parce

qu'elle ne voit que dans ce sang auguste ceux qui, par les lois de la

monarchie, peuvent devenir ses Souverains.

Ce sentiment, qui fait le caractère propre de la nation et qui dans la

nation distingue surtout votre noblesse; cet amour inaltérable pour

nos Rois, que les vertus de Votre Majesté ont encore augmenté, ne nous

rend que plus sensibles les moindres atteintes que l'on peut donner au

rang que nous avons toujours tenu auprès du Trône. Mais, Sire, votre

bonté et votre justice nous rassurent. Si Votre Majesté a voulu donner

des preuves de sa complaisance dans une occasion qui fait le bonheur

et l'espérance de toute la France, elle ne voudra pas qu'un si beau

jour soit une époque de douleur pour la noblesse françoise, et

daignera dissiper ses craintes en déclarant que son intention est de

conserver l'ordre établi dans le Royaume depuis le commencement de la

monarchie, maintenu par tous ses prédécesseurs et dont elle a bien

voulu elle-même, en 1718, garantir la durée, en consacrant par ses

propres édits _les anciennes Constitutions de cet État_ qui ont donné

aux premiers officiers de la Couronne, _auprès des Rois, le rang

immédiat après les Princes du sang_. Elle comblera la reconnoissance

des plus fidèles et des plus soumis de ses sujets, et d'une noblesse

qui n'est pas moins prête que ses ancêtres à sacrifier sa vie et ses

biens à la défense de sa patrie et à la gloire de votre Couronne.

À Paris, ce 7 may 1770, et ont signé sans distinction de rangs et de

maisons.

IV

COPIE DE LA RÉPONSE DU ROI

AU MÉMOIRE QUI LUI A ÉTÉ PRÉSENTÉ.

L'ambassadeur de l'Empereur et de l'Impératrice Reine, dans une

audience qu'il a eue de moi, m'a demandé de la part de ses maîtres (et

je suis obligé d'ajouter foi à tout ce qu'il me dit) de vouloir

marquer quelque distinction à mademoiselle de Lorraine à l'occasion

présente du mariage de mon petit-fils avec l'archiduchesse Antoinette.

La danse au bal étant la seule chose qui ne puisse tirer à

conséquence, puisque le choix des danseurs et danseuses ne dépend que

de ma volonté, sans distinction de places, rangs ou dignités

(exceptant les Princes et Princesses de mon sang qui ne peuvent être

comparés ni mis en rang avec aucun autre François), et ne voulant

d'ailleurs rien changer ni innover à ce qui se pratique à ma Cour; je

compte que les Grands et la noblesse de mon Royaume, se souvenant de

la fidélité, soumission, attachement et même amitié qu'ils m'ont

toujours marqués et à mes prédécesseurs, n'occasionneront jamais rien

qui puisse me déplaire, surtout dans cette occurrence où je désire

marquer à l'Impératrice ma reconnoissance du présent qu'elle m'a fait,

qui, j'espère ainsi que vous, fera le bonheur du reste de mes jours.

Bon pour copie, signé: SAINT-FLORENTIN.

V

L'abbé et les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, les religieux

de l'ordre royal et militaire de Notre-Dame de la Merci, le général et

les chanoines réguliers de la Sainte-Trinité pour la rédemption des

captifs, dits _Mathurins_, les chanoines réguliers de Saint-Louis de

la Culture, l'abbesse de Panthemont, faisaient célébrer dans leurs

églises le service solennel pour le salut du Roi.

Informé de la mort du monarque dès le 11, le chapitre de Melun fit

sonner toutes les cloches de son église pour l'annoncer au peuple,

conformément aux prescriptions que saint Louis a posées dans sa charte

de 1257: _Capicerius, mortuo Rege, fratribus suis, Regina, filiis

eorum, natis aut mortuis, debet pulsare cum omnibus campanis diurne;_»

et dans cette même église, le samedi 14 mai, une grand'messe fut

chantée par l'abbé de Mauroy, chantre en dignité, pour le repos de

l'âme du Roi, abbé et premier chanoine de ce chapitre.

Le 14 mai ramenait précisément l'anniversaire de la mort de Henri IV,

et les ordres royaux, militaires et hospitaliers de Notre-Dame du

Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem faisaient célébrer dans la

chapelle du château du vieux Louvre le service annuel en commémoration

du trépas du grand Henri, fondateur de l'ordre de Notre-Dame du

Mont-Carmel.

Le comte de Provence, grand maître de ces mêmes ordres, voulut qu'à

cette cérémonie fussent ajoutées des prières particulières à

l'intention de son aïeul Louis XV.

Le 17, le cardinal de la Roche-Aymon et les religieux de son abbaye de

Saint-Germain des Prés célébrèrent, pour le même motif, un service

solennel auquel assistèrent beaucoup d'évêques. Le cardinal officia

pontificalement.

Les 18 et 20, à Versailles, les curés et marguilliers des églises

royales de Notre-Dame et de Saint-Louis firent célébrer le même

office, auquel assistèrent le comte de Noailles, gouverneur de la

ville, ainsi que les différents corps militaires de la maison du Roi.

Le régiment de Noailles cavalerie, en garnison à Vendôme, prit les

armes le 18 et se rendit à l'église collégiale située au château et

dans laquelle reposent les cendres de plusieurs princes et princesses

de la maison de Bourbon, assista à l'office célébré pour le repos de

l'âme de Louis XV, et fit distribuer ensuite des aumônes aux pauvres.

Le 21, conformément aux ordres et en la présence du grand prieur et de

la plupart des baillis, commandeurs et chevaliers du prieuré de

France, on célébra pour le même objet un service solennel dans

l'église de Sainte-Marie du Temple. Cet exemple fut suivi par les

grands prieurs et chanoines réguliers de l'abbaye royale de

Saint-Victor de Paris, par les religieuses hospitalières de la rue

Mouffetard, l'abbesse et les religieuses de l'abbaye royale du

Val-de-Grâce, les curé et marguilliers de la paroisse de

Saint-Sauveur, le prieuré et les dames chanoinesses du chapitre noble

d'Alix en Beaujolais, etc., etc.

VI

DISCOURS DE GRESSET,

DIRECTEUR DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE,

ADRESSÉ AU ROI LOUIS XVI À SON AVÉNEMENT AU TRÔNE.

SIRE,

L'éloquence la plus noble ne seroit pas aujourd'hui moins insuffisante

que ma foible voix pour offrir à Votre Majesté le premier hommage de

son Académie françoise et nos plus profonds respects. La seule idée

qui me rassure, c'est qu'en ce moment, Sire, toutes les voix de vos

sujets sont égales; il n'est qu'une même éloquence, ce cri unanime de

tous les coeurs, ces tendres acclamations universelles, ce signe le

plus sûr de l'amour des peuples, le plus éloquent éloge des

souverains.

Si nous ne craignions, Sire, de renouveler la douleur de Votre

Majesté, l'Académie françoise acquitteroit au pied du trône le tribut

de reconnoissance que nous devons à la mémoire d'un monarque plein de

bonté, ami de la paix, ami des beaux-arts, et qui honora toujours

l'Académie de ses regards et de ses grâces. Mais le coeur sensible de

Votre Majesté nous commande le silence. Qu'elle est intéressante cette

sensibilité si précieuse qui annonce le père du peuple, et combien

vivement elle nous retrace l'âme sublime, l'âme céleste qui vous l'a

transmise! L'auguste auteur de vos jours, Sire, ce prince adoré qui

par toutes les vertus régna sur tous les coeurs, ce génie immortel

respire tout entier dans l'âme de Votre Majesté, dans votre amour pour

la religion, pour la vérité, pour la félicité publique. Les brillantes

destinées dont ce grand prince fut privé vont être remplies par le

règne fortuné de Votre Majesté sur la plus noble des monarchies, sur

cette nation généreuse, franche, sensible, si distinguée par son amour

pour ses maîtres, pour laquelle cet amour est un besoin, une gloire,

un bonheur, nation si digne par ses sentiments de l'amour de son Roi.

VII

À cette époque il était bruit de deux nouveaux chants que Gresset

avait ajoutés à ce petit chef-d'oeuvre de plaisanterie; l'un de ces

chants, intitulé _les Pensionnaires_, devait prendre dans le poëme la

place du chant troisième; et l'autre, ayant pour titre _l'Ouvroir ou

le Laboratoire de nos Soeurs_, devait former le quatrième.

Malheureusement ces nouveaux chants, qui ne furent connus que par le

récit qu'en fit de mémoire l'auteur à quelques-uns de ses amis,

n'ayant jamais été écrits, sont morts avec lui.

VIII

De Paris, le 29 juillet 1774.

Le 27 de ce mois, service solennel à Saint-Denis pour le feu roi Louis

XV. Le corps avoit été descendu dans le caveau quelques jours après sa

mort, suivant l'usage observé pour les rois qui meurent de la petite

vérole. Mais la représentation étoit placée sur un magnifique

catafalque, sous un pavillon, au milieu d'une chapelle ardente

éclairée par un grand nombre de cierges. M. le cardinal de la

Roche-Aymon, grand aumônier de France, avoit assisté la veille aux

vespres des morts, chantées par la musique du Roi et par les religieux

de l'abbaye. Le clergé, le parlement, la chambre des comptes, la cour

des monnoyes, le Châtelet, l'élection, le corps de ville et

l'Université s'y rendirent, suivant l'invitation qui leur en avoit été

faite.

_Monsieur_ et M. le comte d'Artois ayant pris leur place, ensuite M.

le prince de Condé, la messe fut célébrée par M. le cardinal de la

Roche-Aymon. À l'offertoire, _Monsieur_, conduit par M. le marquis de

Dreux, grand maître des cérémonies, alla à l'offrande après les saluts

ordinaires; Mgr le comte d'Artois y fut conduit par M. de Nantouillet,

maître des cérémonies en survivance de M. Desgranges, et M. le prince

de Condé par M. de Watronville, aide des cérémonies.

Après l'offertoire, l'évêque de Sénez prononça l'oraison funèbre.

Lorsque la messe fut finie, M. le cardinal de la Roche-Aymon et les

évêques de Chartres, de Meaux et de Lombez firent les encensements

autour de la représentation. Le roi d'armes, après avoir jeté sa cotte

d'armes et son chaperon dans le caveau, appela ceux qui devoient

porter les pièces d'honneur. M. le marquis de Courtenvaux apporta

l'enseigne des Cent-Suisses de la garde, dont il est le

capitaine-colonel; M. le prince de Tingry, M. le duc de Villeroy et M.

le prince de Beauvau apportèrent les enseignes de leurs compagnies, et

M. le duc de Noailles, capitaine de la compagnie des gardes

écossaises, apporta celle de la sienne. Quatre écuyers du Roi

apportèrent les éperons, les gantelets, l'écu et la cotte d'armes. M.

le marquis d'Endreville, écuyer ordinaire du Roi, faisant les

fonctions de premier écuyer, apporta le heaume timbré à la royale; M.

le marquis de Rougemont, premier écuyer tranchant, apporta le pennon

du Roi, et M. le prince de Lambesc, grand écuyer de France, apporta

l'épée royale. M. le duc de Bouillon, grand chambellan, apporta la

bannière de France, M. le duc de Béthune la main de justice, M. le duc

de la Trémoille le sceptre, et M. le duc d'Uzès la couronne royale. M.

le duc de Bourbon, grand maître de France, en survivance de M. le

prince de Condé, mit le bout de son bâton dans le caveau, et les

maîtres d'hôtel y jetèrent les leurs, après les avoir rompus. M. le

duc de Bourbon cria ensuite: «_Le Roi est mort!_» et le roi d'armes

répéta trois fois: «_Le Roi est mort! Prions tous pour le repos de son

âme._» On fit une prière, et le roi d'armes cria trois fois: «_Vive le

roi Louis XVI!_» ce qui fut suivi des acclamations de toute

l'assemblée, et les trompettes sonnèrent dans la nef.

Les princes, le clergé, les ducs, les officiers et les compagnies

furent ensuite traités magnifiquement en différentes salles de

l'abbaye.

Cette pompe funèbre a été ordonnée par M. le duc d'Aumont, pair de

France et premier gentilhomme de la chambre du Roi en exercice, et

conduite par M. Papillon de la Ferté, intendant et contrôleur général

de l'argenterie, menus plaisirs et affaires de la chambre de Sa

Majesté, sur les dessins du sieur Michel-Ange Challe, chevalier de

l'ordre du Roi, dessinateur ordinaire de sa chambre et de son cabinet;

et la sculpture a été exécutée par le sieur Bocciardi, sculpteur des

menus plaisirs du Roi.

(_Gazette de France_ du 29 juillet 1774.)

* * * * *

DESCRIPTION

DU MAUSOLÉE ÉRIGÉ DANS L'ABBAYE ROYALE DE SAINT-DENIS POUR LES

OBSÈQUES DU FEU ROI.

L'extérieur de ce temple auguste, consacré depuis plusieurs siècles

aux tombeaux de nos Rois, étoit tendu de deuil. Des voiles lugubres

qui s'élevoient jusqu'aux tours étoient traversés au milieu et aux

extrémités par trois litres de velours noir, couverts des armes et des

chiffres de Sa Majesté. Au-dessus de l'entrée principale s'élevoit,

sous une voussure de marbre gris veiné de noir, le double écusson des

armes de France et de Navarre, couvert d'une couronne royale.

Plusieurs anges les arrosoient de leurs larmes, et les ornoient de

guirlandes de cyprès. Des termes de bronze soutenoient aux deux côtés

le couronnement de cette voussure, dont les compartiments étoient

ornés de roses antiques. Le dessus étoit terminé par une urne

cinéraire de lapis-lazuli que des génies célestes de marbre blanc

entouroient de festons et de branches funèbres. Les portes latérales

étoient couronnées, au-dessus du litre inférieur, par de riches

encadrements de marbre gris, terminés par des tympans sur lesquels

étoient des lampes funéraires. Ces ornements renfermoient des

cartouches dorés au milieu desquels, sur des fonds d'azur, les lettres

initiales du nom de Sa Majesté étoient relevées en or. Le sombre

appareil de ce portique conduisoit dans le camp de douleurs. Le deuil

qui l'environnoit s'étendoit jusqu'à la voûte et renfermoit, entre des

litres ornés et placés comme les précédents, de grands et magnifiques

cartouches soutenus par des anges. Ces supports des armes révérées de

nos Rois étoient occupés à les suspendre et à les orner de lugubres

cyprès. Les chiffres de Sa Majesté qui les accompagnoient, renfermés

pareillement dans de riches ornements, étoient comme les précédents

relevés en or sur des fonds d'azur et de même soutenus par des génies

célestes qui les entouroient de rameaux funèbres. Le camp de douleurs

étoit terminé par une grande pyramide de porphyre rouge, placée à son

extrémité. Elle présentoit dans son soubassement de granit gris

l'entrée du sanctuaire et du choeur. La forme de cette entrée, élargie

par le bas, portoit le caractère consacré à ces tristes monuments;

elle étoit couverte d'un fronton sous lequel on lisoit ces paroles de

l'Écriture sainte, écrites en lettres d'or sur un fond de pierre de

parangon:

DIES TRIBULATIONIS ET ANGUSTIÆ,

DIES CALAMITATIS ET MISERIÆ,

DIES TENEBRARUM ET CALIGINIS,

DIES NEBULÆ ET TURBINIS.

La Vie de Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI, Volume 1 · 第 41 / 47 段