aussi admirables par leurs proportions grandioses que par les détails

raffinés de leur construction.

Il se construisit encore quelques châteaux en Albigeois, en Auvergne, en

Limousin, en Guyenne, en Vendée, en Provence, notamment à Tarascon; les

donjons de Trèves en Anjou.

Au XVᵉ siècle, la Bretagne se couvrit de châteaux importants, comme ceux

de Combourg, de Fougères, de Montauban, de Saint-Malo, de Vitré,

d’Elven, de Sucinio, de Dinan, de Tonquédec, etc.

Vers la fin du XVᵉ siècle, on construisit un grand nombre de châteaux

remarquables par leurs dispositions et la richesse de leurs décorations;

mais si ces beaux ouvrages sont dignes de l’attention des artistes, ils

échappent à nos recherches, qui avaient pour but d’étudier par les

monuments les principaux caractères de _l’architecture militaire_ à

l’époque dite _gothique_.

CHAPITRE III

PORTES ET PONTS.

D’après les études qui précèdent sur les enceintes de villes, les

châteaux, les donjons, on peut, sans remonter aux époques romaines et en

se bornant à circonscrire les recherches historiques à la période de

l’architecture dite _gothique_, se faire une idée de l’importance que

les architectes attachaient à la construction des portes qui défendaient

l’enceinte et à celle des ponts qui précédaient l’entrée ou les abords.

_Portes._--A l’exemple des forteresses élevées en Syrie par les Francs

après les premières croisades et qui paraissent avoir exercé une grande

influence dès leur origine, les architectes du temps de Philippe-Auguste

et de saint Louis avaient réduit autant que possible le nombre des

entrées dans les forteresses ou les enceintes fortifiées; leur

construction était sévèrement calculée, afin de déjouer toute tentative

d’envahissement par un coup de force; aussi, la plupart du temps, les

places de guerre étaient enlevées par surprise, ruse ou trahison plutôt

que par un siège en règle.

Les portes construites dans les enceintes du XIIᵉ siècle, et

principalement dans celles du XIIIᵉ, sont les ouvrages de la place les

plus fortement défendus; elles étaient précédées d’un pont traversant

les fossés pour donner accès à la porte et dont le passage pouvait être

interrompu immédiatement en avant de la porte même par l’enlèvement d’un

pont mobile. Le passage de la porte, fort étroit, s’ouvrait entre deux

tours saillantes, percées d’archères, réunies par une courtine,

l’ensemble étant un châtelet qu’il fallait traverser pour pénétrer dans

l’intérieur de la forteresse. Ce passage était défendu par une ou deux

herses entre lesquelles de larges ouvertures, vastes mâchicoulis,

permettaient d’assommer l’assaillant pendant le temps qu’il essayait de

forcer les herses composées d’une forte charpente bardée de fer, dont

les tiges verticales reliant les traverses étaient armées de pointes à

la partie basse.

La porte du château, à Carcassonne, construite vers 1120 et qui existe

encore, donne un exemple de cette disposition.

On peut même étudier sur cet ouvrage les précautions minutieuses prises

par les architectes pour éviter les surprises qui réussissaient parfois,

surtout si elles étaient facilitées par les défenseurs mêmes.

Les architectes accumulaient les obstacles dans les passages par des

herses dont les treuils étaient placés à des étages différents, afin

d’éviter toute entente entre les soldats, mercenaires pour la plupart,

qui étaient au plus offrant. A la porte du château de Carcassonne, la

première herse en entrant était levée ou baissée par des chaînes, munies

de contrepoids, s’enroulant sur un

[Illustration: Fig. 186.--Cité de Carcassonne.--Porte du château.]

treuil qui était placé au deuxième étage du châtelet, tandis que la

seconde herse était manœuvrée, par le même procédé, du premier étage

dans un local n’ayant aucune espèce de communication avec celui du haut,

auquel on n’accédait d’ailleurs que par un escalier en bois placé à

l’intérieur dans la cour du château.

Au XIIIᵉ siècle, les constructeurs augmentèrent encore les précautions

contre les surprises par des ouvrages extérieurs; la porte de Laon, à

Coucy, si bien décrite par Viollet-le-Duc, en est une preuve célèbre.

Ces ouvrages,

[Illustration: Fig. 187.--Cité de Carcassonne.--Porte des Lices, dite

porte de l’Aude.]

désignés sous le nom de _barbacanes_, étaient destinés à défendre au

dehors l’approche de la porte.

A Carcassonne, la cité entourée de murailles avait été enveloppée dans

une seconde enceinte élevée par saint Louis et n’ayant qu’une entrée

donnant accès dans les lices (fig. 187), c’est-à-dire dans l’espace

compris entre les murailles de la ville et celles de la seconde

enceinte; puis il construisit une énorme tour, appelée la Barbacane, à

l’ouest du château auquel elle était reliée par des murailles crénelées

et des murs intérieurs placés en échelons (plan fig. 167), ouvrage

destiné à faciliter les

[Illustration: Fig. 188.--Cité de Carcassonne.--Porte Narbonaise.]

sorties de la garnison et à couvrir les communications par le pont qu’il

jeta sur l’Aude. Cette tour était plutôt un ouvrage avancé qu’une

barbacane comme celle qui fut élevée par Philippe le Hardi, vers la fin

du XIIIᵉ siècle, en avant de la porte Narbonaise, à l’est de la cité.

La porte Narbonaise présente une disposition analogue à celle du

château, mais elle indique les perfectionnements qui s’étaient réalisés

depuis un siècle dans la construction des places de guerre. Les tours de

la porte sont munies d’un éperon, qui avait été inventé pour éviter les

attaques des mineurs et empêcher l’action des béliers en exposant les

assaillants aux traits lancés des courtines adjacentes. La porte

s’ouvrait de plain-pied sur les lices, et, en avant, la barbacane, en

demi-cercle, crénelée, reliée aux parapets également crénelés des lices,

en défendait l’approche; on n’accédait

[Illustration: Fig. 189.--Enceinte d’Aigues-Mortes.--Porte de la

Gardette. Pont-levis (à droite du dessin, la tour Constance, bâtie par

saint Louis).]

à la barbacane que par un étroit passage précédé d’un pont facile à

défendre par le redan adjacent à la poterne de la barbacane.

Le passage de la porte était défendu par deux herses semblables à celles

de la porte du château, puis par des vantaux derrière la première herse,

qui était précédée d’un large mâchicoulis protégeant la première herse

vers l’entrée.

Le mode de construction des portes d’enceintes fortifiées suivit les

progrès réalisés par les architectes militaires, progrès que nous avons

étudiés dans le chapitre premier de cette troisième partie, au point de

vue de la défense des places qui, pendant le XIVᵉ siècle, paraît avoir

été supérieure à l’attaque. Les méthodes de construction se

perfectionnèrent alors dans les détails, jusqu’au moment où l’artillerie

à feu changea les conditions de l’attaque et, par conséquent, celles de

la défense des forteresses.

[Illustration: Fig. 190.--Enceinte de Dinan. Porte du Jerzual.]

Les portes des enceintes fortifiées se modifièrent au XIVᵉ siècle, non

seulement dans la forme des tours défendues au sommet par des _hourds_

fixes--en pierre remplaçant désormais les _hourds_ mobiles en bois--ou

des passages munis de herses, de vantaux et de mâchicoulis, mais encore

par l’invention des _ponts-levis_. On sait que le pont-levis consiste en

un tablier, en charpente, suspendu à l’aide de chaînes à des poutres en

bascule; abaissé en dehors pour franchir le fossé, ce tablier, se

relevant par l’abaissement à l’intérieur des poutres-leviers pivotant

sur un axe, venait s’appliquer sur la face extérieure de la courtine,

formant ainsi un premier vantail qu’il fallait enfoncer ou abattre en

coupant les chaînes de suspension.

Il est facile de comprendre que ce nouveau mode de pont était d’un usage

plus utile et plus sûr que l’ancien pont dont nous avons parlé à propos

de la porte du château de Carcassonne; ce pont mobile en avant de la

porte devait être enlevé pièce à pièce par une manœuvre assez longue et,

par conséquent, qui ne pouvait s’effectuer sur-le-champ en cas d’alerte.

Une des premières applications de ce système semble avoir été faite à

Aigues-Mortes. Les portes à l’est, à l’ouest et au sud sont construites

selon l’usage adopté au XIIIᵉ siècle, principalement à Carcassonne; mais

la porte du nord, dite de la Gardette, construite ou modifiée au XIVᵉ

siècle, montre les rainures des bras d’un pont-levis et la porte en arc

brisé est encadrée d’une feuillure carrée destinée à recevoir le tablier

relevé.

L’usage des ponts-levis en avant des portes se généralisa au XIVᵉ siècle

et donna naissance à des combinaisons très ingénieuses. La porte du

_Jerzual_, à Dinan, qui paraît remonter à la fin du XIVᵉ siècle, nous en

donne un exemple des plus curieux. Elle n’est pas ouverte entre deux

tours selon l’usage ordinaire; elle a été pratiquée dans une des tours

mêmes de l’enceinte fortifiée; le tablier était attaché à deux leviers

dont on voit les rainures extérieures, qui devaient former une sorte de

vantail dont les bras-leviers étaient le prolongement; celui-ci,

manœuvré de l’intérieur de la tour, se levant à l’aide d’une chaîne

passant dans l’ouverture carrée de la voûte, en pivotant horizontalement

sur les consoles

[Illustration: Fig. 191.--Château de Vitré.--Porte du Châtelet.]

externes, abaissait le tablier extérieur. En cas d’alerte, il suffisait

de lâcher la chaîne intérieure pour que le vantail des bras, en

s’abaissant, relevât le tablier du pont qui venait s’appliquer sur lui

entre les consoles, et formait ainsi un double vantail difficile à

enfoncer.

Au XVᵉ siècle, l’usage des ponts-levis était adopté partout, et il

s’ensuivit un perfectionnement intéressant: c’est la création, dans la

courtine entre les tours, d’une poterne, à côté de la porte principale;

chacune de ces

[Illustration: Fig. 192.--Enceinte de Guérande.--Porte Saint-Michel.]

ouvertures était munie de son pont-levis: à deux bras pour la porte

principale destinée aux cavaliers et aux voitures, et à un seul bras

pour la passerelle à l’usage des gens de pied, et dont le tablier était

soutenu par une fourche au sommet de laquelle s’attachait la chaîne de

suspension.

Le château de Vitré, construit ou complété dans les dernières années du

XIVᵉ siècle ou le commencement du XVᵉ, nous en donne la preuve dans la

porte de son châtelet.

La porte Saint-Michel, à Guérande, construite comme les murailles de la

ville, en 1431, par Jean V, duc de Bretagne, indique par la rainure

latérale la disposition et la forme de la suspension du tablier de la

poterne.

Les tabliers des ponts-levis relevés fermaient les ouvertures de la

porte et de la poterne, en laissant béant le fossé creusé profond, ou

rempli d’eau, qui séparait la porte de la voie d’accès.

L’abbaye du Mont-Saint-Michel, que nous avons étudiée dans les chapitres

précédents, nous donne encore de curieux renseignements sur

l’architecture militaire en ce qui concerne les portes. Suivant l’usage

du temps, l’abbé Pierre Le Roy construisit en avant de la porte de

l’abbaye une _bastille_ ou _châtelet_ (fig. 163) commandant le passage

par une herse et un large mâchicoulis; puis il enveloppa ce châtelet

d’une barbacane où aboutissaient, au sud et au nord, les degrés

conduisant à l’abbaye; le grand degré du côté nord est particulièrement

intéressant par les arrangements très ingénieux des portes donnant aussi

dans la barbacane entourant le châtelet. Elles étaient fermées par un

vantail occupant toute la largeur des ouvertures; il se mouvait

horizontalement et se manœuvrait par un système particulier qui

s’explique par la situation exceptionnelle du Mont-Saint-Michel dont les

bâtiments, ainsi que les ouvrages militaires, se superposent et ne se

relient que par une série de degrés et de rampes de toute espèce. Les

vantaux des portes pivotaient sur leurs axes horizontaux; reposant sur

les pieds-droits saillants dans l’ébrasement des portes, ils s’ouvraient

parallèlement à la pente de l’emmarchement et, à la moindre alerte, ils

se baissaient rapidement, entraînés par leur propre poids; ils étaient

maintenus fermés par des verrous fixés latéralement et dont on voit

encore les gâches scellées dans les pieds-droits des portes[82].

La porte de l’enceinte fortifiée, construite de 1415 à 1420, s’ouvre

dans la courtine ouest de la place flanquée par la tour du Roi.

Précédées d’un fossé que l’on franchissait sur les ponts-levis baissés,

formant une première fermeture lorsqu’ils étaient relevés, la porte

principale et la poterne latérale donnent accès dans la ville. Au-dessus

des portes était le logis du gardien de la porte; au-dessous, le passage

principal et celui de la poterne communiquent de plain-pied avec un

premier corps de garde ménagé dans l’étage inférieur de la tour du Roi.

Le grand passage était fermé, outre le pont-levis relevé, par deux

vantaux et par une herse en fer, qui existe encore, engagée dans ses

rainures latérales. La grande baie est surmontée d’un tympan sur lequel

étaient sculptées les armoiries réunies du roi, de l’abbaye et de la

ville.

Les ouvrages destinés à défendre une rivière dans la traversée d’une

ville fortifiée ou l’entrée d’un port se rattachent directement à

l’architecture militaire des portes. A Troyes, les arches percées dans

les murs de la ville étaient défendues par des grilles ou des herses en

fer. A Paris, le passage de la Seine était fermé par des chaînes fixées

dans les murailles de l’enceinte bordant les rives et s’appuyait dans la

largeur du fleuve

[Illustration: Fig. 193.--Enceinte du Mont-Saint-Michel.--Porte du Roi.]

sur des pieux ou des bateaux ancrés solidement. A Angers, les murailles

de la ville aboutissaient à deux tours dites la Haute-Chaîne et la

Basse-Chaîne, qui étaient destinées à recevoir les treuils manœuvrant

les chaînes qu’on tendait la nuit pour barrer la Maine qui traverse la

ville.

Les ports de mer étaient défendus par des tours élevées à l’entrée des

passes, qui pouvaient être barrées

[Illustration: Fig. 194.--Entrée du port de la Rochelle.--Tour de la

Chaîne et tour Saint-Nicolas (avant la restauration).]

par des chaînes se manœuvrant de l’intérieur des tours. Le port de la

Rochelle présente un exemple de cette disposition. D’après des

archéologues dignes de foi, la tour dite de la Chaîne (à gauche du

dessin) serait plus ancienne que celle de Saint-Nicolas (à droite du

dessin), qui aurait été élevée au XVIᵉ siècle sur la tour contemporaine

de celle qui existe encore de l’autre côté du chenal. Les pilotis sur

lesquels elles sont bâties paraissent s’être affaissés, ce qui a causé

le déversement _sensible_ de la tour Saint-Nicolas. Ces deux tours ne

semblent pas avoir été reliées par un grand arc, comme le suppose un

projet moderne de _haute fantaisie_; cet arc _inutile_ aurait été

couronné de défenses, non moins _inutiles_, car il est facile de

comprendre qu’une simple chaîne, tendue entre les deux tours pendant la

haute mer--le port étant inaccessible à la basse mer,--était bien

suffisante pour arrêter les navires de ce temps, dans leurs tentatives

de forcer l’entrée du port.

* * * * *

_Ponts._--Ainsi que tous les autres édifices construits par les

architectes, les ponts remontent aux Romains,

[Illustration: Fig. 195.--Pont d’Avignon.--Ruines du pont de

Saint-Bénézet.]

qui décoraient ces ouvrages d’arcs de triomphe, comme celui de

Saint-Chamas en Provence, connu sous le nom de pont _Flavien_, et qui

paraît remonter aux premiers siècles de l’ère chrétienne.

Plus tard, ces arcs de triomphe se changèrent en ouvrages militaires;

ils devinrent des têtes de pont, des bastilles ou des châtelets

crénelés, non plus pour orner le pont ou glorifier son fondateur, mais

pour défendre le passage de la rivière qu’il franchissait et protéger

l’enceinte fortifiée à laquelle il s’attachait.

Parmi les ponts construits au moyen âge par les architectes, le plus

ancien paraît être celui de Saint-Bénézet: _pont d’Avignon_. Commencé

vers 1180 et terminé dix ans après, ce pont est un ouvrage des plus

remarquables, aussi bien par les difficultés de sa construction que par

ses détails architectoniques. Il traverse, ou plutôt il traversait le

Rhône,--le bras vers le rocher des Doms étant le plus étroit, mais le

plus profond,--dont les crues sont aussi rapides que dangereuses, sur

dix-neuf arches, franchissant le fleuve de la rive avignonnaise au pied

des Doms pour aboutir, après une légère inflexion au sud, à la tour de

Villeneuve, sur la rive droite.

Le châtelet de la rive gauche, dont il reste encore des vestiges, aurait

été construit par les papes au XIVᵉ siècle pour assurer le péage de

compte à demi avec le roi de France.

Le pont d’Avignon paraît avoir été l’une des premières œuvres de la

confrérie des hospitaliers-pontifes, instituée au XIIᵉ siècle pour

construire les ponts, secourir les voyageurs, et dont le supérieur était

saint Bénézet, à l’époque de la construction du pont sur le Rhône. Cette

confrérie comptait dans ses rangs d’habiles architectes, car la

construction du pont d’Avignon est remarquable. Les arches, de forme

elliptique, sont composées de quatre arcs-doubleaux extradossés,

indépendants et simplement juxtaposés, afin d’assurer l’élasticité et,

par conséquent, la solidité des arcs; ils ne sont rendus solidaires que

par la maçonnerie de remplissage des reins, rappelant le parti

architectonique de l’aqueduc, dit le pont du Gard; sa largeur est de

cinq mètres. Les arcs reposent sur des piles munies, en amont et en

aval, d’un éperon très aigu pour résister au courant ordinaire et à la

débâcle des glaces en hiver.

Au-dessus de chaque pile, une arcade en plein cintre, traversant les

reins des arches, est destinée au passage de l’eau pendant les grandes

crues qui couvrent complètement les piles.

Le pont ne compte plus aujourd’hui que quatre

[Illustration: Fig. 196.--Pont de Montauban.--Pont dit des Consuls.]

arches et, sur la pile la plus rapprochée de la rive gauche du fleuve,

s’élève la chapelle dédiée à saint Nicolas qui existe encore

aujourd’hui. On y accède par un escalier formé de marches encorbellées

descendant au niveau du sol de la chapelle, et par un palier porté sur

une trompe bandée de la pile au flanc de l’arche.

Le vieux pont de Carcassonne paraît être contemporain de celui

d’Avignon, mais ses arches sont en plein cintre dont les claveaux sont

reliés à l’intrados, et ses piles, munies d’éperons aigus, s’élèvent

jusqu’au tablier, où elles forment des garages nécessaires en raison du

peu de largeur de l’ouvrage.

Parmi les ponts construits au XIIIᵉ siècle, on peut citer celui de

Béziers dont les arches en plein cintre et en arc brisé ressemblent à

celles de Carcassonne comme construction; mais les piles ne s’élèvent

que de quelques assises au-dessus des sommiers des arcs et leurs reins

sont percés d’arcades pour faciliter le passage de l’eau pendant les

crues.

Le pont qui franchit le Rhône à Saint-Savournin-du-Port,

[Illustration: Fig. 197.--Pont de Cahors.--Pont dit de Valentré.]

dit le pont Saint-Esprit, construit par un abbé clunisien vers 1265,

ressemble au pont d’Avignon par la disposition des piles surmontées

d’arcades d’écoulement, mais dont les arches sont en plein cintre; son

tablier, large de cinq mètres, était fermé par des portes établies pour

le péage et celle du côté de la petite ville se relia à la tête du pont

qui fit corps plus tard avec la forteresse commandant en amont le cours

du Rhône.

La question du péage était importante en ce temps et elle donna lieu à

plus d’une querelle; les tours et les châtelets qui s’élevaient sur les

ponts étaient des locaux destinés à la perception des droits de passage

aussi bien que des ouvrages militaires.

Le pont, dit des Consuls, à Montauban, commencé vers la fin du XIIIᵉ

siècle, ne fut terminé qu’au commencement du siècle suivant, grâce aux

secours apportés par Philippe le Bel, mais à la condition d’établir sur

ce pont trois tours dont il se réservait la propriété et la garde afin

de percevoir le péage à son profit.

Le pont de Montauban, construit tout entier en briques, se compose de

sept arches en arc brisé reposant sur des piles munies d’éperons et

surmontées d’une arcade également en arc brisé, aussi élevées que les

arches afin de faciliter le passage des eaux pendant les crues

fréquentes du Tarn.

Un des plus beaux ponts construits au XIVᵉ siècle est celui de Cahors,

qui est resté intéressant _malgré_ les restaurations qu’il a subies,

principalement dans ces dernières années.

Commencé en 1308 par Raymond Panchelli (Raymond II), évêque de Cahors de

1300 à 1312, le pont, dit de Valentré, n’aurait été terminé qu’en 1355.

Il se compose de six arches en arc brisé se rapprochant du plein cintre;

les piles, s’élevant jusqu’au parapet où leur couronnement forme un

abri, sont triangulaires en amont et carrées en aval du pont. Le passage

était commandé aux extrémités par des ouvrages crénelés formant châtelet

ou tête de pont sur chaque rive et, au milieu, par une tour élevée,

munie de portes qui pouvaient intercepter la circulation ou retenir

l’assaillant en cas de surprise d’un des deux châtelets.

Le pont d’Orthez présente une grande analogie avec celui de Cahors; il

doit remonter au même temps et il devait être défendu, indépendamment de

la tour du milieu, par des têtes de pont dont une au moins a été

détruite pour établir la voie ferrée de Bayonne à Pau.

Les ponts avaient, au moyen âge, une grande importance comme voie

publique ou comme ouvrage militaire et sur certains points, notamment au

confluent

[Illustration: Fig. 198.--Pont d’Orthez.]

de deux rivières, les ponts étaient reliés fortement à des ouvrages

défensifs considérables, comme à Sens, à Montereau, etc.

A Paris, à Orléans, à Rouen, à Nantes et dans un grand nombre de villes

traversées par des fleuves ou des rivières, les ponts étaient des

ouvrages militaires importants pour la défense et des plus intéressants

au point de vue de l’architecture.

Enfin le Mont-Saint-Michel nous montre un pont fortifié construit au XVᵉ

siècle. Bien qu’il ne franchisse pas une rivière, ce pont est cependant

un ouvrage

[Illustration: Fig. 199.--Abbaye du Mont-Saint-Michel. Pont fortifié

communiquant de l’église basse à l’abbatiale.]

remarquable. Il témoigne du talent et de l’adresse des architectes de

ce temps, construisant, avec la même science et le même art, le chœur de

l’église abbatiale dont les proportions gigantesques, aussi bien que la

perfection d’exécution, sont à juste titre dignes d’admiration, le pont

défendant par ses mâchicoulis les passages intérieurs de l’abbaye et

reliant par un tablier crénelé l’église basse aux bâtiments abbatiaux,

et nous donnant par l’ensemble de ces ouvrages magnifiques de véritables

chefs-d’œuvre de l’architecture religieuse, monastique et militaire.

QUATRIÈME PARTIE

L’ARCHITECTURE CIVILE

[Illustration: Fig. 200.--Maison commune à Saint-Antonin

(Tarn-et-Garonne).

La partie supérieure du beffroi a été refaite complètement vers 1860.]

CHAPITRE PREMIER

GRANGES, HOPITAUX, MAISONS, HOTELS.

Jusqu’à la fin du XIIIᵉ siècle, l’architecture civile n’apparaît pas

avec un caractère particulier; elle subissait l’influence religieuse et

monastique parce que la plupart des édifices étaient élevés par des

architectes religieux ou par les disciples laïques qu’ils avaient formés

à leurs écoles.

Ce n’est que pendant le siècle suivant que, s’affranchissant des

traditions religieuses, l’architecture prend, dans les monuments publics

aussi bien que dans les hôtels ou les maisons privés, des dispositions

appropriées à leur destination. Les ornements cessent dès lors d’être

empruntés aux sujets religieux pour s’inspirer des scènes de la vie

contemporaine et se séparent des formes et des détails _convenus_ par

l’étude de la nature.

_Granges._--Les granges, les hôpitaux et les maisons, pendant l’époque

dite _romane_ et la période dite _gothique_, étaient construits selon

les méthodes architectoniques du temps. Nous ne parlons que des

monuments montrant des dispositions architecturales intéressantes.

L'Architecture Gothique · 第 11 / 15 段