sceau du comte. Elle parvint après quelque recherche à en trouver un
entre les mains d'Ourson-le-Borgne dit le beau Parisis. Il en voulait
trois cents livres. Comme elle ne les avait pas, elle offrit d'abord
en gage un cheval noir sur lequel son mari avait joûté à Arras. Ourson
refusa; alors, autorisée de son mari, elle déposa des joyaux, savoir
deux couronnes, trois chapeaux, deux affiches, deux anneaux, le tout
d'or et prisé sept cent vingt-quatre livres parisis.» (_Ibid._,
609-610.)--«Ensuite elle prit un scel à une lettre qui estoit scellée
dudit évêque Thierry, et par barat engigneur, l'osta de cette lettre
vieille et le plaça à la nouvelle. Et a ce faire furent présens Jeanne
et Marie, meschines (servantes) de ladite Divion, laquelle Marie
tenoit la chandelle, et Jehanne li aidoit. (_Ibid._, 598. Déposition
de Martin de Nuesport.) La Divion déclara qu'elle assista seule avec
la dame de Beaumont et Jeanne à l'application des sceaux «et n'y avoit
à faire que elles trois tant seulement». (_Ibid._, p. 611.)--De plus
«pour ce que le Roy Philippe avoit accoustumé de faire ses lettres en
latin», on avait demandé à un chapelain Thibaulx, de Meaux, de donner
en cette langue le commencement et la fin d'une lettre de confirmation
qui devait, disait-on, servir au mariage de Jean d'Artois avec la
demoiselle de Leuze. (_Ibid._, p. 612.)
_À cette époque de calligraphie_, etc.
La Divion semble pourtant attacher grande importance à son oeuvre;
elle faisait passer les pièces, à mesure qu'elle les fabriquait, à
Robert d'Artois, «disant teles paroles: Sires vées ci copie des
lettres que nous avons, gardez si elle est bonne; et il respondoit: Si
je l'avoie de cette forme, il me suffiroit.» Elle voulut même les
soumettre d'abord à des experts. (_Mém. Ac._, X, _ibid._)
_Robert produisait cinquante-cinq témoins..._
_Archives_, sect. hist., J, 439, nº 2.--Ils avaient eu soin de ménager
à ces témoignages un commencement de preuve par écrit, dans la fausse
lettre de l'évêque d'Arras: «Desquelles lettres jou en ay une, et les
autres ou traictié du mariage madame la Royne Jehanne furent par un de
nos grands seigneurs gettés au feu...» (_Ibid._, p. 597.)
_Il soutint mal ce roman_, etc.
«... Et jura au Roy, mains levées vers les saints, qu'à un homme vestu
de noir aussi comme l'archevêque de Rouen, il avoit baillé lesdites
lettres de confirmation.» Cet homme vêtu de noir était son confesseur;
Robert les lui avait données, puis les avait reçues de ses mains;
moyennant quoi il jurait en toute sûreté de conscience. (_Ibid._, p.
610.)
_La Divion avoua tout ainsi que les témoins..._
Jacques Roudelle convint qu'on lui avait dit, que s'il déposait «ce
luy vaudrait un voyage à Saint-Jacques en Gallice». Gérard de Juvigny,
«qu'il avoit rendu faux témoignage à la requeste dudit Monsieur
Robert, qui venoit chiez luy si souvent, qu'il en estoit tou ennuyé.»
(_Ibid._, 599.)
Déposition de la Divion: «... Item elle confesse que Prot sondit
clerc, de son commandement, escript toutes lesdites fausses lettres de
sa main, et escript celle ou pent le scel de ladite feu comtesse _o
une penne d'airain_, pour sa main desguizier... Item elle dit que
mons. Robert assez tost après en envoya ledit Prot elle ne scet où, en
quel lieu, ne en quel part, que elle avoit dit à mons. Robert, Sire,
je ne say que nous faciens de cest clerc, je me doubt trop de sa
contenance, car il est si paoureus que c'est merveille et que à
chacune chose que il oyoit la nuit, il dit: Ay ma demoiselle, Ay
Jehanne, Ay Jehanne, les sergents me viennent querre, en soy effreant
et disant, Je en ay trop grand paour. Et à moy mesme a il dit
plusieurs fois, tout de jours, de la grant paour qu'il en avoit, que
se il est pris et mis en prison, il dira tout sans riens espargnier.
Et dit que ledit mons. Robert li respondoit, Nous nous enchevirons
bien. Mes elle ne scet ou il est, fors que elle croit que il est en
aucuns des hébergemens des terouere audit mons. Robert.» (_Archives_,
section hist., J, 440, nº 11.) «Item elle dit que par trop de fois la
dite dame Marie sagenouilla devant elle, en li priant, en plorant et
adjointes mains, par tels mos, Pour dieux, damoiselle, faites tant que
Monseigneur aie ces lettres que vous savez, qui li ont métier pour son
droit don comté d'Artoys, et je say bien que vous le ferez bien se il
vous plaist, car ce soit grand meschief s'il estoit desherité par
deffaut de lettres, il ne li faut que trop pou de lettre. Le roy a dit
à Madame que sil li en puet monstrer letre, ja si petite ne fet, que
il delivrera la conté, et pour Dieu pensez en et en mettez Monseigneur
et Madame hors de la mesaise ou il en sont. Car il sont en si grant
tristesse quil n'en pueent boire, mengier, dormir ne reposer nuit ne
jour.» (_Archives_, section hist., J, 440, nº 11.)
154--page 226--_Robert avait envoyé des assassins pour tuer le duc de
Bourgogne..._
«Les assassins vinrent jusqu'à Reims, ou ils cuidoient trouver le
comte de Bar a une feste qu'il y devoit tenir pour dames;» mais on
était sur leurs traces, ils durent revenir; ce coup manqué, Robert
d'Artois se décida à venir lui-même en France. Il y passa quinze
jours, et revint convaincu par les insinuations de sa femme que tout
Paris serait pour lui, s'il tuait le roi. (_Mém. de l'Acad._, X, p.
625-6.)
155--page 226--_Robert essayait d'envoûter la reine et son fils..._
«Entre la S. Remy et la Toussaint de la même année 1333, frère Henry
fut mandé par Robert, qui, après beaucoup de caresses, débuta par luy
faire derechef une fausse confidence, et luy dit que ses amis luy
avoient envoyé de France un volt ou voust, que la Reine avoit fait
contre luy. Frère Henry lui demanda «que est ce que voust? C'est une
image de cire, répondit Robert, que l'en fait pour baptiser, pour
grever ceux que l'on welt grever. L'en ne les appelle pas en ces pays
voulz, répliqua le moine, l'en les appelle manies.» Robert ne soutint
pas longtemps cette imposture: il avoua à frère Henry que ce qu'il
venoit de luy dire de la Reine n'estoit pas vray, mais qu'il avoit un
secret important à luy communiquer; qu'il ne le lui diroit qu'après
qu'il auroit juré qu'il le prenoit sous le sceau de la confession. Le
moine jura, «la main mise au piz». Alors Robert ouvrit un petit écrin
et en tira «une image de cire enveloppée en un quevre-chief crespé,
laquelle image estoit à la semblance d'une figure d'un jueune homme,
et estoit bien de la longueur d'un pied et demi, ce li semble, et si
le vit bien clerement par le quevre-chief qui estoit moult deliez, et
avoit entour le chief semblance de cheveux aussi comme un jeune homme
qui porte chief.» Le moine voulut y toucher. «N'y touchiez, frère
Henry, luy dit Robert, il est tout fait, icestuy est tout baptisiez,
l'en le m'a envoyé de France tout fait et tout baptisié; il n'y faut
riens à cestuy, et est fait contre Jehan de France et en son nom, et
pour le grever: Ce vous dis-je bien en confession, mais je en
vouldroye avoir un autre que je vouldroye que il fut baptisié. Et pour
qui est-ce? dit frère Henry. C'est contre une dyablesse.
Robert, c'est contre la Royne. Non pas Royne, c'est une dyablesse; ja
tant comme elle vive, elle ne fera bien ne ne fera que moy grever, ne
ja que elle vive je n'auray ma paix, mais se elle estoit morte et son
fils mort, je auroie ma paix tantos au Roy, quar de luy ferois-je tout
ce qu'il me plairoit, je ne m'en doubte mie, si vous prie que vous me
le baptisiez, quar il est tout fait, il n'y faut que le baptesme, je
ay tout prest les parrains et les maraines et quant que il y a
mestier, fors de baptisement... il n'y fault à faire fors aussi comme
à un enfant baptiser, et dire les noms qui y appartiennent.» Le moine
refusa son ministère pour de pareilles opérations, remontra «que
c'étoit mal fait d'y avoir créance, que cela ne convenoit point à si
hault homme comme il estoit. Vous le voulez faire sur le Roy et sur la
Royne qui sont les personnes du monde qui plus vous peuvent ramener à
honneur.» Monsieur Robert répondit: «Je ameroie mieux estrangler le
dyable que le dyable m'estranglat.» (_Ibid._, p. 627.)
156--page 227--_Benoît XII avoua, en pleurant aux ambassadeurs
impériaux_, etc.
«In aurem nuntiis quasi flens conquerebatur, quod ad principem esset
inclinatus, et quod rex Franciæ sibi scripserit certis litteris, si
Bavarum sine ejus voluntate absolveret, pejora sibi fierent, quam papæ
Bonifacio a suis prædecessoribus essent facta.» (Albertus Argent., p.
127.)
157--page 229--_Édouard, ayant défendu l'exportation des laines,
réduisit la Flandre au désespoir..._
«Statutum fuit quod nulla lana crescens in Anglia exeat, sed quod ex
ea fierent panni in Anglia.» (Walsingh., _Hist. Angl._)--«Vidisses tum
multos per Flandriam textores, fullones, aliosque qui lanificio vitam
tolerant, aut inopia mendicantes, aut præ pudore et gravamine æris
alieni solum vertentes.» (Meyer, p. 137.)
_On attirait à tout prix les ouvriers flamands en Angleterre..._
«Quod omnes operatores pannorum, undicunque in Angliam venientes
reciperentur, et quod loca opportuna assignarentur eisdem, cum multis
libertatibus et privilegiis, et quod haberent...»--On leur rendait la
nécessité d'émigrer plus pressante, non seulement en leur refusant les
laines, mais de plus en prohibant les produits de leur industrie...
«Item statutum fuit quod nullus uteretur panno extra Angliam operato.»
(Walsingham, 1335, 1336.--Voy. Rymer, _passim_, l'_Hist. du commerce_
d'Anderson, etc.)
158--page 230--_Les villes haïssaient le comte parce qu'il admettait
les Français au partage de leur commerce..._
«Mercatoribus S. Joanis Angeliaci et Rupellæ dedit ut liceret illis...
frequentare portum Flandrensem apud Slusam adferentes quascumque
mercaturas constituentesque stabilem sibi sedem vinorum suorum in
oppido Dummensi... eaque in mercura omne monopolium prohibens.»
(Meyer, p. 135.)
159--page 230--_Artevelde organisa une vigoureuse tyrannie..._
«Et avoit adonc à Gand un homme qui avoit été brasseur de miel; celui
étoit entré en si grande fortune et en si grande grâce à tous les
Flamands, que c'étoit tout fait et bien fait quand il vouloit deviser
et commander partout Flandre, de l'un des côtés jusques à l'autre; et
n'y avoit aucun, comme grand qu'il fut, qui de rien osât trépasser son
commandement, ni contredire. Il avoit toujours après lui allant aval
(en bas) la ville de Gand soixante ou quatre-vingts varlets armés,
entre lesquels il y en avoit deux ou trois qui savoient aucuns de ses
secrets; et quand il encontroit un homme qu'il heoit (haïssoit) ou
qu'il avoit en soupçon, il étoit tantôt tué; car il avoit commandé à
ses secrets varlets et dit: «Sitôt que j'encontrerai un homme, et je
vous fais un tel signe, si le tuez sans déport (délai), comme grand,
ni comme haut qu'il soit, sans attendre autre parole.» Ainsi avenoit
souvent; et en fit en cette manière plusieurs grands maîtres tuer: par
quoi il étoit si douté (redouté) que nul n'osoit parler contre chose
qu'il voulut faire, ni à peine penser de le contredire. Et tantôt que
ces soixante varlets l'avoient reconduit en son hôtel, chacun alloit
dîner en sa maison; et sitôt après dîner, ils revenoient devant son
hôtel, et béoient (attendoient) en la rue, jusques adonc qu'il vouloit
aller aval (en bas) la rue, jouer et ébattre parmi la ville; et ainsi
le conduisoient jusques au souper. Et sachez que chacun de ces
soudoyés (soldats) avoit chacun jour quatre compagnons ou gros de
Flandre pour ses frais et pour ses gages; et les faisoit bien payer de
semaine en semaine. Et aussi avoit-il par toutes les villes de Flandre
et les chatelleries sergents et soudoyés à ses gages, pour faire tous
ses commandemens et épier s'il avoit nulle part personne qui fût
rebelle à lui, ni qui dît ou informât aucun contre ses volontés. Et
sitôt qu'il en savoit aucun en une ville, il ne cessoit jamais tant
qu'il eut banni ou fait tuer sans déport (délai); jacil (celui-ci) ne
s'en put garder. Et mêmement tous les plus puissants de Flandre,
chevaliers, écuyers et les bourgeois des bonnes villes qu'il pensoit
qui fussent favorables au comte de Flandre en aucune manière, il les
bannissoit de Flandre et levoit la moitié de leurs revenues, et
laissoit l'autre moitié pour le douaire et le gouvernement de leurs
femmes et de leurs enfans.» (Froissart, t. I, c. LXV, p. 184.)
«_Artevelde louoit qu'on teinst le roy d'Angleterre à amy_»...
Sauvage, p. 143. «Ejus foederis præcipui auctores fuere Jacob
Artevelda, et Sigerus Curtracensis eques Flandrus nobilissimus. Sed
hunc Ludovicus... jussu Philippi regis, Brugis decollavit.» (Meyer, p.
138; comp. Froissart, p. 187.)
160--page 231--_Édouard fit lire dans les paroisses une circulaire au
peuple..._
Rymer, t. IV, p. 804. De même avant la campagne qui se termina par la
bataille de Créci, il écrivit aux deux chefs des Dominicains et des
Augustins, prédicateurs populaires: «Rex dilecto sibi in Christo....
ad informandum intelligentias et animandum nostrorum corda
fidelium... specialiter vos quibus expedire videretis clero et populo
velitis patenter exponere...» (Rymer, _Acta public_, V, 496.)
161--page 239--_Les Flamands allèrent piller Arques à côté de
Saint-Omer..._
Robert d'Artois les conduisait: «Par un mercredi matin il manda tous
les chèvetaines de son ost, et leur dit: Seigneurs, j'ay ouy nouvelles
que je m'en voise vers la ville de Saint-Omer, et que tantôt me sera
rendue. Lesquels sans délay se coururent armer, et disoient l'un à
l'autre: Or tost, compain: Nous bevrons encore en huy de ces bons vins
de Saint-Omer.» (_Chronique_ publiée par Sauvage, p. 156.)
162--page 240--_Heureusement pour Édouard, la Bretagne prit feu..._
Le comte de Montfort était venu lui faire hommage. «Quand le roi
anglois eut ouï ces paroles, il y entendit volontiers, car il regarda
et imagina que la guerre du Roy de France en seroit embellie, et qu'il
ne pouvoit avoir une plus belle entrée au royaume, ne plus profitable,
que par Bretagne; et tant qu'il avoit guerroyé par les Allemands et
les Flamands et les Brabançons, il n'avoit fait fors que frayé et
dépendu grandement et grossement; et l'avoient mené et démené les
seigneurs de l'Empire qui avoient pris son or et son argent, ainsi que
l'avoient voulu, et rien n'avoient fait.» (Froissart, ann. 1341, II,
p. 20.) Les lettres par lesquelles Louis de Bavière révoque le titre
de vicaire de l'Empire sont du 25 juin 1341.
163--page 244--_Montfort avait pour lui les Bretons bretonnants..._
Froissart, t. I, c. 314. «Si chevaucha le connestable premièrement
Bretagne bretonnant, pourtant qu'il la sentoit tousjours plus encline
au duc Jehan de Montfort, que Bretagne gallot.»--«La dame de Montfort
tenoit plusieurs forteresses en Bretagne bretonnante.»--Le comte de
Montfort fut enterré à Quimper-Corentin. (Sauvage, p. 175.)
164--page 245--_L'adversaire de Montfort, Charles de Blois, n'était
pas moins qu'un saint..._
_Procès-verbal et informations sur la vie et les miracles de Charles
duc de Bretagne, de la maison de France_, etc. _Ms. de la Bibl. du
Roi_, 2 vol. in-fol., nº 5381. D. Morice, _Preuves_, t. II, p. 1, en a
donné l'extrait, d'après un autre manuscrit.--XXIVe témoin, Yves le
Clerc, t. I, p. 147: «Non mutabat cilicem suum, dum fuisset tanto
plenum pediculis, quod mirum erat, et quando cubicularius volebat
amovere pediculos a dicto cilice, ipse dominus Carolus dicebat:
«Dimittatis, nolo quod aliquem pediculum amoveatis», et dicebat quod
sibi malum non faciebant et quod, quando ipsum pungebant, recordabatur
de Deo»...
_Quand il priait Dieu, il se battait furieusement la poitrine..._
«In tantum quod adstantibus videbatur quod a sensu alienatus erat, et
color vultus ipsius mutabatur de naturali colore in viridem.» (XVIIe
témoin, Pagan de Quélem, t. I, p. 87.)
165--page 246--_Montfort se rendit, et contre la capitulation fut
enfermé à la tour du Louvre..._
La Chronique en vers de Guillaume de Saint-André, conseiller,
ambassadeur et secrétaire du duc Jean IV, notaire apostolique et
impérial, ne laisse aucun doute sur la duplicité dont on usa envers
lui. (Roujoux, III, p. 178.)
166--page 249--_Les fabricants, soutenus par Artevelde, écrasèrent les
ouvriers..._
«Malus dies lunæ (Den quaden maendach)... Pugnabant textores contra
fullones _ac parvum quæstum_. Dux textorum Gerardus erat, quibus et
Artevelda accessit.» (Meyer, p. 146.) «Lesquels ayant occis plus de
quinze cents foullons, chassèrent les autres dudict mestier hors de la
ville, et réduisirent ledict mestier de foullons à néant, comme il est
encoires pour le jourd'huy.» (_Oudegh_, f. 271.)
167--page 249--_Artevelde fut tué..._
«Quand il eut fait son tour, il revint à Gand et entra en la ville,
ainsi comme à heure de midi. Ceux de la ville qui bien savoient sa
revenue, étoient assemblés sur la rue par où il devoit chevaucher en
son hôtel. Sitôt qu'ils le virent, ils commencèrent à murmurer et à
bouter trois têtes en un chaperon, et dirent: «Voici celui qui est
trop grand maître et qui veut ordonner de la comté de Flandre à sa
volonté; ce ne fait mie à souffrir.»... Ainsi que Jacques d'Artevelle
chevauchoit par la rue, il se aperçut tantôt qu'il y avoit aucune
chose de nouvel contre lui, car ceux qui se souloient incliner et ôter
leurs chaperons contre lui, lui tournoient l'épaule, et rentroient en
leurs maisons. Si se commença à douter; et sitôt qu'il fut descendu
en son hôtel, il fit fermer et barrer portes et huis et fenêtres. À
peine eurent ses varlets ce fait, quand la rue où il demeuroit fut
toute couverte, devant et derrière, de gens, spécialement de menues de
métier. Là fut son hôtel environné et assailli devant et derrière, et
rompu par force. Bien est voir (vrai) que ceux de dedans se
défendirent moult longuement et en alterrèrent et blessèrent
plusieurs; mais finalement ils ne purent durer, car ils étoient
assaillis si roide que presque les trois parts de la ville étoient à
cet assaut. Quand Jacques d'Artevelle vit l'effort, et comment il
étoit appressé, il vint à une fenêtre sur la rue, se commença à
humilier et dire, par trop beau langage et à un chef: «Bonnes gens,
que vous faus? Que vous meut? Pourquoi êtes-vous si troublés sur moi?
En quelle manière vous puis-je avoir courroucé? Dites-le moi, et je
l'amenderai pleinement à votre volonté.» Donc répondirent-ils, à une
voix, ceux qui ouï l'avoient: «Nous voulons avoir compte du grand
trésor de Flandre que vous avez devoyé sans titre de raison.» Donc
répondit Artevelle moult doucement: «Certes, seigneurs, au trésor de
Flandre ne pris-je oncques denier. Or vous retraiez bellement en vos
maisons, je vous en prie, et revenez demain au matin; et je serai si
pourvu de vous faire et rendre bon compte que par raison il vous devra
suffire.» Donc répondirent-ils, d'une voix: «Nennin, nennin, nous le
voulons tantôt avoir; vous ne nous échapperez mie ainsi: nous savons
de vérité que vous l'avez vidé de piéça, et envoyé en Angleterre, sans
notre sçu, pour laquelle cause il vous faut mourir.» Quand Artevelle
ouit ce mot, il joignit ses mains et commança pleurer moult
tendrement, et dit: «Seigneurs, tel que je suis vous m'avez fait, et
me jurâtes jadis que contre tous hommes vous me défendriez et
garderiez; et maintenant vous me voulez occire et sans raison. Faire
le pouvez, si vous voulez, car je ne suis que un seul homme contre
vous tous, à point de défense. Avisez pour Dieu, et retournez au temps
passé. Si considerez les grâces et les grands courtoisies que jadis
vous ai faites. Vous me voulez rendre petit guerredon (récompense) des
grands biens que au temps passé je vous ai faits. Ne savez-vous
comment toute marchandise étoit périe en ce pays? je la vous
recouvrai. En après, je vous ai gouvernés en si grande paix, que vous
avez eu, du temps de mon gouvernement, toutes choses à volonté, blés,
laines, avoir, et toutes marchandises, dont vous êtes recouvrés et en
bon point.» Adonc commencèrent eux à crier tous à une voix:
«Descendez, et ne nous sermonez plus de si haut: car nous voulons
avoir compte et raison tantôt du grand trésor de Flandre que vous
avez gouverné trop longuement, sans rendre compte; ce qui n'appartient
mie à nul officier qu'il reçoive les biens d'un seigneur et d'un pays,
sans rendre compte.» Quand Artevelle vit que point ne se
refroidiroient ni refreneroient, il recloui (referma) la fenêtre, et
s'avisa qu'il videroit par derrière, et s'en iroit en une église qui
joignoit près de son hôtel étoit jà rompu et effondré par derrière, et
y avoit plus de quatre cents personnes qui tous tiroient à l'avoir.
Finalement il fut pris entre eux et là occis sans merci, et lui donna
le coup de la mort un tellier (tisserand) qui s'appeloit Thomas Denis.
Ainsi fina Artevelle, qui en son temps fut si grand maître en Flandre:
poures (pauvres) gens l'amontèrent (l'élevèrent) premièrement, et
méchants gens le tuèrent en la parfin.» (Froissart, II, 254-9.)
168--page 250--_Si l'on en croyait l'invraisemblable récit de
Froissart_, etc.
«Si singlèrent ce premier jour à l'ordonnance de Dieu, du vent, et des
mariniers, et eurent assez bon exploit pour aller vers Gascogne ou le
roi tendoit aller. Au tiers jour... le vent les rebouta sur les
marches de Cornouailles... En ce termine eut le roi autre conseil par
l'ennort et information de messire Godefroy d'Harcourt qui lui
conseilla qu'il prit terre en Normandie. Et dit adonc au roi: Sire, le
pays de Normandie est l'un des plus gros du monde... et trouverez en
Normandie grosses villes et bastides qui point ne sont fermées, ou vos
gens auront si grand profit, qu'il en vaudront mieux vingt ans après.»
(Froiss., II, c. CCLIV, p. 296.)
169--page 250--_Le pillage de la Normandie par les Anglais..._
«Et fit messire Godefroy de Harcourt conducteur de tout son ost,
pourtant qu'il savoit les entrées et les issues en Normandie... Si
trouvèrent le pays gras et plentureux de toutes choses, les granges
pleines de blés, les maisons pleines de toutes richesses, riches
bourgeois, chevaux, pourceaux, brebis, moutons, et les plus beaux
boeufs du monde que on nourrit en ce pays.» (Froiss., II, p.
303.)--«Ils vinrent à Barfleur... la ville fut robée et pris or,
argent et riches joyaux; car ils en trouvèrent si grand foison, que
garçons n'avoient cure de draps fourrés de vair.» (_Ibid._)--«Et
furent les Anglois de la ville de Caen seigneurs trois jours et
envoyèrent par barges tout leur gain, draps, joyaux, vaisselle d'or et
d'argent et toutes autres richesses dont ils avoient grand'foison
jusques à leur grosse navie; et eurent avis par grand'délibération
que leur navie à (avec) tout le conquet et leurs prisonniers ils
enverroient arrière en Angleterre.» (_Ibid._, 320.)--«Et trouva-t-on
en ladite ville de Saint-Lo manants huit ou neuf mille que bourgeois,
que gens de métier... on ne peut croire a la grand'foison de draps
qu'ils y trouverent.» (_Ibid._, p. 311).--«Louviers adonc etoit une
des villes de Normandie ou l'on faisoit la plus grand'plenté de
draperie et etoit grosse, riche et marchande mais point fermée... et
fut robée et pillée, sans deport et conquirent les Anglois très grand
avoir.» (_Ibid._, p. 323.)
170--page 251--_Pour animer ses gens, Édouard découvrit à Caen un
acte_, etc.
Rymer, III, pars I, p. 76.--Ils auraient promis de fournir 4000 hommes
d'armes, 20,000 de pied dont 5000 arbalétriers _tous pris dans la
province_, excepté 1000 hommes d'armes que le duc de Normandie
pourrait choisir ailleurs, mais qui seraient payés par les Normands.
Ils s'obligeaient à entretenir ces troupes pendant dix et même douze
semaines. Si l'Angleterre est conquise, comme on l'espère, la couronne
appartiendra dès lors au duc de Normandie. Les terres et droits des
Anglais nobles et roturiers, séculiers, appartiendront aux églises,
barons, nobles et bonnes villes de Normandie. Les biens appartenant au
pape, à l'Église de Rome et à celle d'Angleterre, ne seront point
compris dans la conquête. Robert d'Avesbury rapporte cet acte en
entier d'après la copie trouvée, dit-il, à Caen, 1346.--Ce langage
belliqueux, cette certitude de la conquête, s'accordent mal avec
l'état pacifique où Édouard trouva le pays.
171--page 253 et suiv.--_Bataille de Créci..._
«Il n'est nul homme qui put accorder la vérité, spécialement de la
partie des François, tant y eut pauvre arroy et ordonnance en leurs
conrois (dispositions), et ce que j'en sais, je l'ai su le plus... par
le gens messire Jean de Hainaut, qui fut toujours de lez le roi de
France.» (Froissart, III, 357.)
_Les gens du roi de Bohême lièrent leurs chevaux au sien_, etc.
Froiss., I, c. CCLXXXVIII, p. 363. Il y a là un vieil usage barbare.
Voy. la _Germania_, de Tacite, et les récits de la bataille de Las
navas de Tolosa.
_Le champ de bataille de Créci..._