France, supplie et requière le pueuble de vostre royaume, pour ce que
il appartient que ce soit faict, que vous gardiez la souveraine
franchise de vostre royaume, qui est telle que vous ne recognissiez de
vostre temporel souverain en terre fors que Dieu, et que vous faciez
déclarer que le pape Boniface erra manifestement et fit péché mortel,
notoirement en vous mandant par lettres bullées que il estoit vostre
souverain de vostre temporel... Item... que l'on doit tenir ledit Pape
pour herège... L'on peut prouver par vive force sans ce que nul n'y
pusse par raison répondre que le pape n'eut oncques seigneurie de
vostre temporel... Quand Dieu le Père eut créé le ciel et les quatre
éléments, eut formé Adam et Ève, il dit à eux et à leur succession:
_Quod calcaverit pes tuus, tuum erit..._ C'est-à-dire qu'il vouloit
que chascun homme fut le seigneur de cen qu'il occuperoit de terre.
Ainsi départirent les fils d'Adam la terre et en furent seigneurs
trois mil ans et plus, avant le temps Melchisedech qui fut le premier
Prêtre qui fut Roy, si comme dit l'histoire: mais il ne fut pas Roy de
tout le monde: et obéissant la gent à li comme a Roy du temporel et
non pas a Prestre si fut autant Roy que Prestre. Emprès sa mort fut
grands temps, 600 ans ou plus, avant que nul autre fust Prestre. Et
Dieu le Père qui donna la Loy à Moïse, l'establit Prince de son peuple
d'Israël et li commanda que il fist Aaron son frère souverain Prestre
et son fils après li. Et Moïse bailla et commist quand il deust
mourir, du commandement de Dieu, la seigneurie du temporel non pas au
souverain Prestre son frère mais à Josué sans débat que Aaron et son
fils après li y missent: mais gardoient le tabernacle... et se
aidoient au temporel défendre... Celuy Dieu qui toutes les choses
présentes et avenir sçavoit, commanda à Josué leur Prince qu'il
partist la terre entre ces onze lignies; et que la lignie des Prestres
eussent en lieu de leur partie les diesmes et les premisses de tout,
et en resquissent sans terre, si que eux peussent plus profitablement
Dieu servir et prier pour ce pueuble. Et puis quand ce peuple d'Israël
demanda Roy à nostre Seigneur, ou fit demander par le prophète Samuel,
il ne leur eslit pas ce souverain Prestre, mais Saül qui surmontait de
grandeur tout le pueuble de tout le col et de la teste... (_Allusion à
Philippe-le-Bel?_) Si que il not nul Roy en Hierusalem sus le pueuble
de Dieu qui fust Prestre, mais avoient Roy et souverain Prestres en
diverses personnes et avoit l'un assez a faire de gouverner le
temporel et le autre l'espirituel du petit pueuble et si obéissoient
tous les Prestres, du temporel as Rois. Emprès Notre-Seigneur
Jésus-Christ fut souverain Prestre, et ne trouve l'en point écrit
qu'il eust oncques nulle possession de temporel... Après ce, sainct
Père (_Pierre_)... Ce fust grande abomination à ouïr que c'est
Boniface, pour ce que Dieu dit à sainct Père: «Ce que tu lieras en
terre sera lié au ciel», cette parole d'espiritualité entendit
mallement comme bougre, quant au temporel. Il estoit greigneur besoin
qu'il sceust arabic, caldei, grieux, ebrieux et tous autres langages
desqueulx il est moult de chrétiens qui ne croient pas, comme l'église
de Rome... Vous nobles Roy... herège defendeour de la foy, destruieur
de bougres povès et devès et estes tenus requerre et procurer que
ledit Boniface soit tenus et jugez pour herège et punis en la manière
que l'on le pourra et devra et doit faire emprès sa mort.» (Dupuy,
_Différ._, p. 214-218.)
38--page 82--_La guerre de Flandre avait mis à bout Philippe..._
Cette terrible année 1303 est caractérisée par le silence des
registres du parlement. On y lit en 1304: «Anno præcedente propter
guerram Flandriæ non fuit parliamentum.» (_Olim_, III, folio CVII.
_Archives du royaume_, section judiciaire.)
39--page 84--_L'affaire du pape_, etc.
Baillet établit un rapprochement entre les démêlés de Philippe-le-Bel
et ceux de Louis XIV avec le Saint-Siège: «L'un et l'autre différend
s'est passé sous trois papes, dont le premier ayant vu naître le
différend est mort au fort de la querelle (Boniface VIII, Innocent
XI). Le second (Benoît XI, successeur de Boniface, et Alexandre VIII,
successeur d'Innocent), ayant été prévenu de soumissions par la
France, s'est raccommodé en usant néanmoins de dissimulation pour
sauver les prétentions de la cour de Rome. Le troisième (Clément V, et
Innocent XII), a terminé toute l'affaire. De la part de la France, il
n'y a eu dans chaque démêlé qu'un roi (Philippe-le-Bel, Louis XIV). Un
évêque de Pamiers semble avoir donné occasion à la querelle dans l'un
comme dans l'autre différend. Le droit de régale est entré dans tous
les deux. Il y a eu dans l'un et dans l'autre appel au futur
concile... L'attachement des membres de l'Église gallicane pour leur
roi y a été presque égal. Le clergé, les universités, les moines et
les mendiants se sont jetés partout dans les intérêts du roi et ont
adhéré à l'appel. Il y a eu excommunication d'ambassadeurs, et menaces
pour leurs maîtres. Les juifs chassés du royaume par Philippe-le-Bel,
et les Templiers détruits, semblent fournir aussi quelque rapport avec
l'extirpation des huguenots et la destruction des religieuses de
l'Enfance.» (Baillet, _Hist. des démêlés_, etc.)
40--page 84, note 1--_C'est la comète de Halley_, etc.
On présume qu'elle parut la première fois à la naissance de
Mithridate, 130 ans avant l'ère chrétienne. Justin (lib. XXXII) dit
que pendant 80 jours elle éclipsait presque le soleil. Elle reparut en
339 et en 550, époque de la prise de Rome par Totila. En 1305, elle
avait un éclat extraordinaire. En 1456, elle traînait une queue qui
embrassait les deux tiers de l'intervalle compris entre l'horizon et
le zénith; en 1682, la queue avait encore 30 degrés; en 1750, elle
semblait ne devoir attirer l'attention que des astronomes. Ces faits
sembleraient établir que les comètes vont s'affaiblissant. Celle de
Halley a reparu en octobre 1835. (_Annuaire du Bureau des longitudes
pour 1835_. Voy. aussi une notice sur cette comète par M. de
Pontécoulant.)
41--page 87--_Jupiter avoue qu'il meurt de faim sans Plutus..._
[Grec: Aph' ou gar ho Ploutos houtos êrsato blepein, Apolôl'
hypo limou]... Aristoph., Plut., v. 1174. Voyez aussi les
vers 129, 133, 1152 et 1168-9.
42--page 88, note 2--_Raymond Lulle_, etc.
Il est dit dans l'_Ultimatum Testamentum_ mis sous son nom, qu'en une
fois il convertit en or cinquante milliers pesant de mercure, de plomb
et d'étain.--Le pape Jean XXII, à qui Pagi attribue un traité sur
l'_Art transmutatoire_, y disait qu'il avait transmuté à Avignon deux
cents lingots pesant chacun un quintal, c'est-à-dire vingt mille
livres d'or. Était-ce une manière de rendre compte des énormes
richesses entassées dans ses caves? Au reste, ils étaient forcés de
convenir entre eux que cet or qu'ils obtenaient par quintaux n'avaient
de l'or que la couleur.
43--page 90--... _de soufflets en soufflets, les voilà au trône du
monde..._
Je lisais le.. octobre 1834, dans un journal anglais: «Aujourd'hui,
peu d'affaires à la Bourse; c'est jour férié pour les juifs.»--Mais
ils n'ont pas seulement la supériorité de richesses.--On serait tenté
de leur en accorder une autre lorsqu'on voit que la plupart des hommes
qui font aujourd'hui le plus d'honneur à l'Allemagne sont des juifs
(1837).--J'ai parlé dans les notes de la _Renaissance_ de tant de
juifs illustres, nos contemporains (1860).
44--page 91--«_Une livre de votre chair!..._»
Sir Thomas Mungo acquit à Calcutta, il y a trente ans, un ms. où se
trouve l'histoire originale de la livre de chair, etc. Seulement, au
lieu d'un chrétien, c'est un musulman que le juif veut dépecer. (Voy.
_Asiatic Journal_.)--_Orig. du droit_, l. IV, c. XIII: L'atrocité de
la loi des Douze Tables, déjà repoussée par les Romains eux-mêmes, ne
pouvait, à plus forte raison, prévaloir chez les nations chrétiennes.
Voy. cependant le droit norvégien. (Grimm, 617.)--Dans les traditions
populaires, le juif stipule une livre de chair à couper sur le corps
de son débiteur, mais le juge le prévient que _s'il coupe plus ou
moins_, il sera lui-même mis à mort.--Voy. le _Pecorone_ (écrit vers
1378), les _Gesta Romanorum_ dans la forme allemande.--Voy. aussi mon
_Histoire romaine_.
45--page 94--_Entrevue de Philippe et de Bertrand de Gott..._
G. Villani, l. VIII, c. LXXX, p. 417.--L'opinion du temps est bien
représentée dans les vers burlesques cités par Walsingham:
Ecclesiæ navis titubat, regni quia clavis
Errat, Rex, Papa, facti sunt una cappa.
Hoc faciunt _do, des_, Pilatus hic, alter Herodes.
Walsingh., p. 456, ann. 1306.
46--page 99--_Le malheureux pape donne, pour ne pas recevoir les
commissaires du roi, la plus ridicule excuse..._
Baluze, _Acta vet. ad Pap. Av._, p. 75-6... «Quædam præparatoria
sumere, et postmodum purgationem accipere, quæ secundum prædictorum
physicorum judicium, auctore Domino, valde utilis nobis erit.»
47--page 103--_Le reniement s'exprimait par un acte, cracher sur la
croix..._
Voy. plus loin les motifs qui nous ont décidé à regarder ce point
comme hors de doute.--Le quatorzième siècle ne voyait probablement
qu'une singularité suspecte dans la fidélité des Templiers aux
anciennes traditions symboliques de l'Église, par exemple dans leur
prédilection pour le nombre trois. On interrogeait _trois_ fois le
récipiendaire avant de l'introduire dans le chapitre. Il demandait par
_trois_ fois le pain et l'eau, et la société de l'ordre. Il faisait
_trois_ voeux. Les chevaliers observaient trois grands jeûnes. Ils
communiaient _trois_ fois l'an. L'aumône se faisait dans toutes les
maisons de l'ordre _trois_ fois la semaine. Chacun des chevaliers
devait avoir _trois_ chevaux. On leur disait la messe _trois_ fois la
semaine. Ils mangeaient de la viande _trois_ jours de la semaine
seulement. Dans les jours d'abstinence, on pouvait leur servir _trois_
mets différents. Ils adoraient la croix solennellement à trois époques
de l'année. Ils juraient de ne pas fuir en présence de _trois_
ennemis. On flagellait par _trois_ fois en plein chapitre ceux qui
avaient mérité cette correction, etc., etc., etc. Même remarque pour
les accusations dont ils furent l'objet. On leur reprocha de renier
trois fois, de cracher trois fois sur la croix. «_Ter abnegabant, et
horribili crudelitate ter in faciem spumebant ejus._» (Circul. de
Philippe-le-Bel, du 14 septembre 1307.) «Et li fait renier par trois
fois le prophète et par trois fois crachier sur la croix.» Instruct.
de l'inquisiteur Guilaume de Paris.--(Rayn., p. 4.)
48--page 104--_Ce nom de Temple rappelait le temple de Salomon..._
Dans quelques monuments anglais, l'ordre du Temple est appelé _Militia
Templi Salomonis (ms. Biblioth. Cottonianæ et Bodleianæ.)_ Ils sont
aussi nommés _Fratres militia Salomonis_, dans une charte de 1197.
Ducange.--(Rayn., p. 2.)
49--page 104--_Le Temple subsiste dans les enseignements d'une foule
de sociétés secrètes..._
Il est possible que les Templiers qui échappèrent se soient fondus
dans des sociétés secrètes. En Écosse, ils disparaissent tous, excepté
deux. Or on a remarqué que les plus secrets mystères de la
franc-maçonnerie sont réputés émanés d'Écosse, et que les hauts grades
y sont nommés Écossais. Voy. Grouvelle et les écrivains qu'il a
suivis, Munter, Moldenhawer, Nicolaï, etc.
50--page 104--_Les Templiers furent-ils affiliés aux gnostiques?..._
Voy. Hammer, _Mémoire sur deux coffrets gnostiques_, p. 7. Voy. aussi
le mémoire du même dans les _Mines d'Orient_, et la réponse de M.
Raynouard. (Michaud, _Hist. des croisades_, éd. 1828, t. V, p. 572.)
51--page 107--_Tout ce qu'il y avait eu de saint en l'ordre devint
péché et souillure..._
La règle austère que l'ordre reçut à son origine semble à sa chute un
acte d'accusation terrible: «Domus hospitis non careat lumine, ne
tenebrosus hostis... Vestiti autem camisiis dormiant, et cum
femoralibus dormiant. Dormientibus itaque fratribus usque mane nunquam
deerit lucerna...» (Actes du concile de Troyes, 1128. Ap. Dup.
_Templ._, 92-102.)
52--page 107--... _Son mépris pour la femme..._
Voy. cependant _Processus contra Templarios, ms. de la Biblioth.
royale_. Ce qu'on y lit dans les articles de l'interrogatoire sur
leurs relations avec les femmes (_Item les maîtres fesoient frères et
suers du Temple... Proc. ms._, folio 10-11) doit s'entendre des
affiliés de l'ordre; il y en avait des deux sexes (Voyez Dup.,
_Templ._, 99, 162), mais il ne me souvient pas d'avoir lu aucun aveu
sur ce point, même dans les dépositions les plus contraires à l'ordre.
Ils avouent plutôt une autre infamie bien plus honteuse
(1837).--Depuis j'ai publié les deux premiers volumes des pièces du
procès des Templiers, avec une introduction, 1841-1851. J'y renvoie le
lecteur (1860).
53--page 107--_Ils se passaient aussi de prêtres, se confessant entre
eux..._
«La manere de tenir chapitre et d'assoudre. Après chapitre dira le
mestre ou cely que tendra le chapitre: Beaux seigneurs frères, le
pardon de nostre chapitre est tiels, que cil qui ostast les almones de
la meson à toute male resoun, ou tenist aucune chose en noun de
propre, ne prendreit u tens ou pardon de nostre chapitre. Mes toutes
les choses qe _vous lessez à dire pour hounte de la char_, ou poour de
la justice de la mesoun, qe lein ne la prenge requer Dieu pour la
requeste de la sue douce Mere le vous pardoint.» (_Conciles
d'Angleterre_, édit. 1737, tome II, p. 383.)
54--page 108, note 1--_Les dépositions les plus sales_, etc.
«Post redditas gratias capellanus ordinis Templi increpavit fratres,
dicens: «Diabolus comburet vos» vel similia verba... Et vidit braccias
unius fratrum Templi et ipsum tenentem faciem versus occidentem et
posteriora versus altare...» (359.) «Ostendebatur imago Crucifixi et
dicebatur ei, quod sicut antea honoraverat ipsum sic modo vituperaret,
et conspueret in eum: quod et fecit. Item dictum fuit ei quod,
depositis bracciis, verteret dorsum ad crucifixum: quod lacrymando
fecit...» (_Ibid._, 569, col. 1.)
55--page 109--_Ils possédaient_, etc.
«Habent Templarii in christianitate novem millia maneriorum...» (Math.
Paris, p. 417.) Plus tard la _Chronique de Flandre_ leur attribue
10,500 manoirs. Dans la sénéchaussée de Beaucaire, l'ordre avait
acheté en quarante ans pour 10,000 livres de rentes.--Le seul prieuré
de Saint-Gilles avait 54 commanderies. (Grouvelle, p. 196.)
56--page 110--_Ils avaient refusé d'aider à la rançon de saint
Louis..._
Joinville, p. 81, ap. Dup., _Pr._, p. 163-164.--Lorsqu'on effectuait
le paiement de la rançon, il manquait 30,000 livres. Joinville pria
les Templiers de les prêter au roi. Ils refusèrent et dirent: «Vous
savez que nous recevons les commandes en tel manière que par nos
serements nous ne les poons délivrer, mès que à ceulz qui les nous
baillent.» Cependant ils dirent qu'on pouvait leur prendre cet argent
par force, que l'Ordre avait dans la ville d'Acre de quoi se
dédommager. Joinville se rendit alors sur leur «mestre galie», et,
descendu dans la cale, demanda les clefs d'un coffre qu'il voyait
devant lui. On les lui refusa. Il prit une cognée, la leva et menaça
de _faire la clef le roy_. Alors le maréchal du Temple le prit à
témoin qu'il lui faisait violence, et lui donna la clef. (Joinville,
p. 81, éd. 1761.)
57--page 112--_Philippe-le-Bel leur devait de l'argent..._
«Is magistrum ordinis exosum habuit, propter importunam pecuniæ
exactionem, quam, in nuptiis filiæ suæ Isabellæ, ei mutua dederat.»
(Thomas de la Moor, in _Vita Eduardi_, apud Baluze, _Pap. Aven._,
notæ, p. 189).--Le Temple avait, à diverses époques, servi de dépôt
aux trésors du roi. Philippe-Auguste (1190) ordonne que tous ses
revenus, pendant son voyage d'outre-mer, soient portés au Temple et
enfermés dans des coffres, dont ses agents auront une clef et les
Templiers une autre. Philippe-le-Hardi ordonne qu'on y dépose les
épargnes publiques.--Le trésorier des Templiers s'intitulait trésorier
du Temple et du roi, et même trésorier du roi au Temple. (Sauval, II,
37.)
58--page 112--_La tentation était forte pour le roi..._
Voy. dans Dupuy un pamphlet que Philippe-le-Bel se fit probablement
adresser: «Opinio cujusdam prudentis regi Philippo, ut regnum Hieros,
et Cypri acquireret pro altero filiorum suorum, ac de invasione regni
Ægypti et de dispositione bonorum ordinis Templariorum.»--Voy. aussi
Walsingham.--L'idée d'appliquer leurs biens au service de la terre
sainte aurait été de Raymond Lulle. (Baluz. _Pap. Aven._)
59.--page 114--_Les Templiers étaient plus exclusivement fondés pour
la guerre..._
«Si unio fieret, multum oporteret quod Templarii lararentur, vel
Hospitalarii restringerentur in pluribus. Et ex hoc possent animarum
pericula provenire... Religio Hospitalariorum super hospitalitate
fundata est. Templarii vero super militia proprie sunt fundati.»
(Dupuy, _Preuves_, p. 180.)
60--page 115--_Que dans le chapitre général de l'Ordre, il y avait une
chose si secrète_, etc.
Un autre disait: «Esto quod esses pater meus et posses fieri summus
magister totius ordinis, nollem quod intrares, quia habemus tres
articulos inter nos in ordine nostro quos nunquam aliquis sciet nisi
Deus et diabolus et nos, fratres illius ordinis» (51 test., p.
361).--Voy. les histoires qui couraient sur des gens qui auraient été
tués pour avoir vu les cérémonies secrètes du Temple. (_Concil.
Brit._, II, 361.)
61--page 116, note 3--_En Écosse on leur reprochait_, etc.
«Item dixerunt quod pauperes ad hospitalitatem libenter non
recipiebant, sed, timoris causa, divites et potentes solos; et quod
multum erant cupidi aliena bona per fas et nefas pro suo ordine
adquirere.» (_Concil. Brit._, 40e témoin d'Écosse, p. 382.)
62--page 116--_Philippe venait d'augmenter leurs privilèges..._
Il est curieux de voir par quelle prodigalité d'éloges et de faveurs
il les attirait dans son royaume dès 1304: «Philippus, Dei gratia
Francorum Rex, opera misericordiæ, magnifica plenitudo quæ in sancta
domo militiæ Templi, divinitus instituta, longe lateque per orbem
terrarum exercentur... merito nos inducunt ut dictæ domui Templi et
fratribus ejusdem in regno nostro ubilibet constitutis, quos sincere
diligimus et prosequi favore cupimus speciali, regiam liberalitatis
dextram extendimus.» (Rayn., p. 44.)
63--page 116--_On s'assura de l'assentiment de l'Université..._
Le roi s'étudia toujours à lui faire partager l'examen et aussi la
responsabilité de cette affaire. Nogaret lut l'acte d'accusation
devant la première assemblée de l'Université, tenue dès le lendemain
de l'arrestation. Une autre assemblée de tous les maîtres et de tous
les écoliers de chaque faculté fut tenue au Temple: on y interrogea le
grand maître et quelques autres. Ils le furent encore dans une seconde
assemblée.
64--page 117--_Suivait l'indication sommaire des accusations..._
Voy. les nombreux articles de l'acte d'accusation (Dup.). Il est
curieux de le comparer à une autre pièce du même genre, à la bulle du
pape Grégoire IX aux électeurs d'Hildesheim, Lubeck, etc., contre les
Stadhinghiens (Rayn., ann. 1234, XIII, p. 446-7). C'est avec plus
d'ensemble l'accusation contre les Templiers. Cette conformité
prouverait-elle, comme le veut M. de Hammer, l'affiliation des
Templiers à ces sectaires?
65--page 117--_Ce qui frappait le plus les imaginations, c'étaient les
bruits étranges qui couraient sur une idole_, etc.
Selon les plus nombreux témoignages, c'était une tête effrayante à la
longue barbe blanche, aux yeux étincelants (Rayn., p. 261) qu'on les
accusait d'adorer. Dans les instructions que Guillaume de Paris
envoyait aux provinces il ordonnait de les interroger sur «une ydole
qui est en forme d'une teste d'homme à une grant barbe». Et l'acte
d'accusation que publia la cour de Rome portait, art. 16: «Que dans
toutes les provinces ils avaient des idoles, c'est-à-dire des têtes
dont quelques-unes avaient trois faces et d'autres une seule, et qu'il
s'en trouvait qui avaient un crâne d'homme.» Art. 47 et suivants: «Que
dans les assemblées et surtout dans les grands chapitres, ils
adoraient l'idole comme un Dieu, comme leur Sauveur, disant que cette
tête pouvait les sauver, qu'elle accordait à l'Ordre toutes les
richesses et qu'elle faisait fleurir les arbres et germer les plantes
de la terre.» (Rayn., p. 287.) Les nombreuses dépositions des
Templiers en France, en Italie, plusieurs témoignages indirects en
Angleterre répondirent à ce chef d'accusation et ajoutèrent quelques
circonstances. On adorait cette tête comme celle d'un Sauveur,
«quoddam caput cum barba, quod adorant et vocant Salvatorem suum»
(Rayn., 288). Deodat Jaffet, reçu à Pedenat, dépose que celui qui le
recevait lui montra une tête ou idole qui lui parut avoir trois faces,
en lui disant: Tu dois l'adorer comme ton Sauveur et le Sauveur de
l'ordre du Temple, et que lui témoin adora l'idole disant: «Béni soit
celui qui sauvera mon âme» (p. 247 et 293). Cettus Ragonis, reçu à
Rome dans une chambre du palais de Latran, dépose qu'on lui dit en lui
montrant l'idole: Recommande-toi à elle et prie-la qu'elle te donne la
santé (p. 295). Selon le premier témoin de Florence, les frères lui
disaient les paroles chrétiennes: «Deus, adjuva me.» Et il ajoutait
que cette adoration était un rit observé dans tout l'Ordre (p. 294).
Et en effet, en Angleterre, un frère mineur dépose avoir appris d'un
Templier anglais qu'il y existait quatre principales idoles, une dans
la sacristie du Temple de Londres, une à Bristelham, la troisième
_apud Brueriam_ et la quatrième au delà de l'Humber (p. 297). Le
second témoin de Florence ajoute une circonstance nouvelle; il
déclare que dans un chapitre un frère dit aux autres: «Adorez cette
tête... _Istud caput vester Deus est, et vester Mahumet_» (p. 295).
Gauserand de Montpesant dit qu'elle était faite _in figuram
Baffometi_, et Raymond Rubei, déposant qu'on lui avait montré une tête
de bois où était peinte _figura Baphometi_, ajoute: «Et illam adoravit
obsculando sibi pedes, dicens _yalla_, verbum Sarace norum.»