«In Flandria jam inde ab initio observatum constat, neminem ibi nothum

esse ex matre.» (Meyer, folio 75.) Le privilège fut étendu aux hommes

de Bruges par Louis de Nevers: «Il les affranchit de bastardise, sy

avant que le bastard soit bourgeois ou fils de bourgeois, sans fraude

(1331).» (Oudegherst, _Chron. de Flandres_.--_Origines du droit_, l.

Ier, ch. III.) Les bâtards héritaient des biens de leurs mères. «Car

on n'est pas l'enfant illégitime de sa mère.» (_Miroir de

Saxe._)--Diverses lois anciennes donnent même aux enfants naturels des

droits sur les biens de leur père. (Grimm, 476.)--J'ai parlé ailleurs

du droit des bâtards en France. Selon Olivier de la Marche, «il n'y

avait en Europe que les Allemands chez qui les bâtards fussent

généralement méprisés.» Guillaume-le-Conquérant s'intitule dans une

lettre: «Moi, Guillaume, surnommé le Bâtard.»

12--page 50--_Boniface VIII, vieil avocat_, etc.

«Hic longo tempore experientiam habuit curiæ, quia primo advocatus

ibidem, inde factus postea notarius papæ, postea cardinalis, et inde

in cardinalatu expeditor ad casus Collegii declarandos, seu ad

exteros respondendos.» (Muratori, XI, 1103.)

13--page 51--_L'homme est double; il y a en lui le Pape et

l'Empereur..._

«Cum omnis natura ad ultimum quemdam finem ordinetur, consequitur ut

hominis duplex finis existat: ut sicut inter omnia entia solus

incorruptibilitatem et corruptibilitatem participat, sic... Propter

quod opus fuit homini duplici directivo, secundum duplicem finem:

scilicet summo pontifice, qui secundum revelata humanum genus

produceret ad vitam æternam; et imperatore, qui secundum philosophica

documenta genus humanum ad temporalem felicitatem dirigeret. (Dante,

_De Monarchia_, p. 78, édit. Zatta.)

14--page 51--_De Monarchia_, «_De l'unité du monde social_»...

Dante (_De Monarchia_, t. IV, p. 2 a). L'éditeur a mis au frontispice

l'aigle de l'Empire avec cette épigraphe:

E sotto l'ombra delle sacre penne,

Governo l'mondo li di mano in mano.

_Paradis_, c. VI, v. 7.

15--page 52--_Ce monarque, possédant tout, ne peut rien désirer_, etc.

«Notandum quod justitiæ maxime contrariatur cupiditas... Ubi non est

quod possit optari, impossibile est ibi cupiditatem esse... Sed

monarchia non habet quod possit optare. Sua namque juridictio

terminatur Oceano solum.» (P. 17).--Il prouve ensuite que la charité,

la liberté universelle, sont à la condition de cette monarchie.--«O

genus humanum, quantis procellis et jacturis quantisque naufragiis

agitari te necesse est, dum bellua multorum capitum factum, in diversa

conaris, intellectu ægrotas utroque similiter et affectu... cum per

tubam Sancti Spiritus tibi effletur: Ecce quam bonum et quam jucundum

habitare fratres in unum!» (Dante, _De Monarchia_, p. 27.)

16--page 54--_Saisset appartenait à la famille des anciens vicomtes de

Toulouse..._

«Quod antiquitus erat Comes et Vicecomes Tholosæ, et quia ipse erat de

genere Vicecomitis, qui dictus Vicecomes dominabatur in certa parte

civitatis Tholosæ.» (Dupuy, _Différ._, 640.)

_Il était l'ami de toute la noblesse municipale..._

«Quia omnes meliores homines de Tholosa sunt de parentela nostra, et

facient quidquid nos voluerimus.» (_Ibid._, p. 643.)

_Il rêvait la fondation d'un royaume du Languedoc..._

«Audivit dictum episcopum Appam. comiti Fuxi dicentem: Faciatis pacem

mecum, et vos habebitis civitatem Appam, et eritis rex, quia

antiquitus solebat ibi esse regnum adeo nobile sicut regnum Franciæ,

et postea ego faciam quod vos eritis comes Tholosæ, quia in civitate

Tholosæ et in terra habeo multos amicos, valde nobiles et valde

potentes...» (_Ibid._, 645.) Voy. encore le premier témoin, p. 633, et

le quatorzième témoin, p. 640.

... _au profit du comte de Comminges..._

«Ipse episcopus semper dilexerat comitem Convenarum et totum genus

suum, et specialiter quia erat ex parte una de recta linea comitis

Tholosani, et quod gentes totius terræ diligebant dictum comitem ex

causa prædicta.» (_Ibid._, dix-septième témoin, p. 642.)

17--page 59--_La petite bulle fut brûlée_, etc.

Dupuy, _Preuves du diff._, p. 59.--«Fuerunt litteræ ejus (papæ) in

regno Franciæ coram pluribus concrematæ, et sine honore remissi

nuntii.» (_Chron. Rothomagense_, ann. 1302; et _Appendix Annalium H.

Steronis Altahensis_.)--Le ms. cité par Dupuy, _Preuves du diff._, 59,

et que lui seul a vu, n'est donc pas, comme le dit M. de Sismondi, la

seule autorité pour ce fait. (Voy. Sism., IX, 88.)

18--page 61--_Lettre des nobles aux cardinaux..._

La lettre ajoutait au nom des nobles: «Et se ainsi estoit que nous, ou

aucuns de nous le voulsissions souffrir, ne les souferroit mie lidicts

nostre sire li roys, ne li commun peuples dudit royaume: et à

grand'douleur, et à grand meschief, nous vous faisons à sçavoir par la

teneur de ces lettres, que ce ne sont choses qui plaisent à Dieu, ne

ne doivent plaire à nul homme de bonne voulenté, ne oncques mes telles

choses ne descendirent en cuer d'homme, ne ores ne furent, ne

attendües advenir, fors avecques Antechrist... Pourquoi nous vous

prions et requerons tant affectueusement comme nous pouvons... que li

malices qui est esmeus, soit arrière mis et anientis, et que de ces

excès qu'il a accoustumé à faire, il soit chastiez en telle manière,

que li estat de la Chrestienté soit et demeure en son bon point et en

son bon estat, et de ces choses nous faites à sçavoir par le porteur

de ces lettres vostre volenté et vostre entention: car pour ce nous

l'envoyons espéciaument à vous, et bien voulons que vous soyez certain

que ne pour vie, ne pour mort, nous ne départirons, ne ne veons à

départir de ce procez, et feust ores, ainsi que li Roys nostre Sire

le voulust bien... Et pource que trop longue chose, et chargeans

seroit, se chacun de nous metteroit seel en ces présentes lettres,

faites de nostre commun assentement, nos Loys fils le roi de France,

cuens de Évreux; Robert cuens d'Artois; Robert Dux de Bourgoigne; Jean

Dux de Bretaine; Ferry Dux de Lorraine; Jean cuens de Hainaut et de

Hollande; Henry cuens de Luxembourg; Guis cuens de S. Pol; Jean cuens

de Dreux; Hugues cuens de la Marche; Robert cuens de Bouloigne; Loys

cuens de Nivers et de Retel; Jean cuens d'Eu; Bernard cuens de

Comminges; Jean cuens d'Aubmarle; Jean cuens de Fores; Valeran cuens

de Périgors; Jean cuens de Joigny; Jean cuens d'Auxerre; Aymars de

Poitiers, cuens de Valentinois; Estennes cuens de Sancerre; Renault

cuens de Montbeliart; Enjorrant sire de Coucy; Godefroi de Breban;

Raoul de Clermont connestable de France; Jean sire de Chastiauvilain;

Jourdain sire de Lille; Jean de Chalon sire Darlay; Guillaume de

Chaveigny sire de Chastiau-Raoul; Richars sire de Beaujeu, et Amaurry

vicuens de Narbonne, avons mis à la requeste, et en nom de nous, et

pour tous les autres, nos seaus en ces présentes lettres. Donné à

Paris, le 10e jour d'avril, l'an de grâce 1302.»

19--page 62--_Lettre des membres du clergé..._

«...Prout quidam nostrum qui ducatus, comitatus, baronias, feoda et

alia membra dicti regni tenemus... adessemus eidem debitis consiliis

et auxiliis opportunis... Cognoscentes quod excrescunt angustiæ cum

jam abhorreant laïci et prorsus effugiant consortia clericorum.»

(Dupuy, _Preuves_, p. 70.)--La lettre est datée de mars, c'est-à-dire

probablement antidatée: «Datum Parisiis die Martis prædicta: le susdit

jour de mars.» Et ils n'ont indiqué auparavant aucun jour. Mais ils ne

voulaient point dater de l'assemblée du roi, ne s'étant pas rendus à

celle du pape.

_Cette lettre contient également le grand grief de la noblesse..._

«Et prælati dum non habent quid pro meritis tribuant, imo retribuant,

nobilibus, quorum progenitores ecclesias fundaverunt, et aliis

litteratis personis, non inveniunt servitores.» (Dup., _Preuves_, p.

69.)

20--page 64--_Le lion couronné de Gand, qui dort aux genoux de la

Vierge..._

«Hodie quoque pro symbolo urbis Virgo sepimento ligneo clausa, cujus

in sinu Leo cum Flandriæ labaro cubat...» (Sanderus, _Gandav. Rer._,

l. I, p. 51.)

21--page 64--«_Roland, Roland_», etc.

C'était l'inscription de la cloche:

Roelandt, Roelandt, als ick kleppe, dan ist brandt,

Als ick luve, dan ist storm in Vlaenderlandt.

(Sanderus, l. II, p. 115.)

22--page 65--_Peter Koenig..._

«Primus ausus est Gallorum obsistere tyrannidi Petrus cognomento Rex,

homo plebeius, unoculus, ætate sexagenarius, opificio textor pannorum,

brevi vir statura nec facie admodum liberali, animo tamen magno et

feroci, consilio bonus, manu promptus, flandrica quidem lingua

cumprimis facundus, gallicæ ignarus.» (Meyer, p. 91.)

_Les gens du peuple se mettent à battre leurs chaudrons..._

«Cumque ad campanam civitatis non auderent accedere, pelves suas

pulsantes... omnem multitudimen concitarunt.» (_Ibid._, p. 90.)

23--page 65--_Les Gantais furent retenus par leurs gros fabricants._

«Primores civitatis, quique dignitate aliqua aut opibus valebant,

Liliatorum sequebantur partes, formidantes Regis potentiam, suisque

timentes facultatibus.» (_Ibid._, p. 91.)

24--page 66--_Ils voulurent communier ensemble_, etc.

«À la bataille de Courtrai, les Flamands firent venir un prêtre sur le

champ de bataille avec le corps de Christ, de sorte qu'ils pouvaient

tous le voir. En guise de communion, chacun d'eux prit de la terre à

ses pieds et se la mit dans la bouche.» (G. Villani, t. VIII, c. LV,

p. 335.)--Voy. d'autres exemples de cette communion par la terre dans

mes _Origines du droit_, livre III, ch. IV.

25--page 66--_On répétait que Châtillon_, etc.

«Vasa vinaria portasse restibus plena, ut plebeios strangularet.»

(Meyer.)

_La reine avait, disait-on, recommandé aux Français que_, etc.

«Ut apros quidem, hoc est viros, hastis, sed sues verutis confoderent,

infesta admodum mulieribus, quas sues vocabat, ob fastum illum

femineum visum a se Brugis.» (_Ibid._, p. 93.)--La reine avait dit en

voyant les Flamandes: «Ego rata sum me esse reginam; at hic sexcentas

conspicio.» (_Ibid._, p. 89.)

26--page 76--_Les Flamands tuaient à leur aise_, etc.

«Incredibile narratu est quanto robore, quantaque ferocia,

colluctantem secum in fossis hostem nostri exceperint, malleis ferreis

plumbeisque mactaverint.» (Meyer, 94.)--«Guillelmus cognomento _ab

Saltinga_...... tantis viribus dimicavit, ut equites 40 prostravisse,

hostesque alios 1400 se jugulasse gloriatus sit.» (_Ibid._, 95.)

27--page 68--_Après la défaite de Philippe à Courtrai, la cour

pontificale changea de langage..._

Quinze jours avant la bataille de Courtrai, le pape tint dans

l'assemblée des cardinaux un discours dont la conciliation semblait le

but. Il y dit, entre autres choses, que sous Philippe-Auguste le roi

de France avait dix-huit mille livres de revenus, et que maintenant,

grâce à la munificence de l'Église, il en avait plus de quarante

mille. Pierre Flotte, dit-il encore, est aveugle de corps et d'esprit,

Dieu l'a ainsi puni en son corps; cet homme de fiel, cet homme du

diable, cet Achitophel, a pour appui les comtes d'Artois et de

Saint-Pol; il a falsifié ou supposé une lettre du pape; il lui fait

dire au roi qu'il ait à reconnaître qu'il tient son royaume de lui. Le

pape ajoute: «Voilà quarante ans que nous sommes docteur en droit, et

que nous savons que les deux puissances sont ordonnées de Dieu. Qui

peut donc croire qu'une telle folie nous soit tombée dans l'esprit?...

Mais on ne peut nier que le roi ou tout autre fidèle ne nous soit

soumis sous _le rapport du péché_... Ce que le roi a fait

illicitement, nous voulons désormais qu'il le fasse licitement. Nous

ne lui refuserons aucune grâce. Qu'il nous envoie des gens de bien,

comme le duc de Bourgogne et le comte de Bretagne; qu'ils disent en

quoi nous avons manqué, nous nous amenderons. Tant que j'ai été

cardinal, j'ai été Français; depuis, nous avons beaucoup aimé le roi.

Sans nous, il ne tiendrait pas d'un pied dans son siège royal; les

Anglais et les Allemands s'élèveraient contre lui. Nous connaissons

tous les secrets du royaume; nous savons comme les Allemands, les

Bourguignons et ceux du Languedoc aiment les Français. _Amantes

neminem amat vos nemo_, comme dit Bernard. Nos prédécesseurs ont

déposé trois rois de France; après tout ce que celui-ci a fait, nous

le déposerions _comme un pauvre gars_ (sicut unum garcionem), avec

douleur toutefois, avec grande tristesse, s'il fallait en venir à

cette nécessité.» (Dupuy, _Preuves_, p. 77-8.)--Malgré l'insolence de

la finale, ce discours était une concession du pape, un pas en

arrière.

28--page 69, note 1--_Consultation de Pierre Dubois contre le pape..._

Voici en substance ce pamphlet du quatorzième siècle.--Après avoir

établi l'impossibilité d'une suprématie universelle et réfuté les

prétendus exemples des Indiens, des Assyriens, des Grecs et des

Romains, il cite la loi de Moïse qui défend la convoitise et le vol.

«Or le pape convoite et ravit la suprême liberté du roi, qui est et a

toujours été de n'être soumis à personne, et de commander par tout son

royaume sans crainte de contrôle humain. De plus, on ne peut nier que

depuis la distinction des _domaines_, l'usurpation des choses

possédées, de celles surtout qui sont prescrites par une possession

immémoriale, ne soit péché mortel. Or le roi de France possède la

suprême juridiction et la franchise de son temporel, depuis plus de

mille ans. Item, le même roi, depuis le temps de Charlemagne dont il

descend, comme on le voit dans le canon _Antecessores_ possède, et a

prescrit la collation des prébendes et les fruits de la garde des

églises, non sans titre et par occupation, mais par donation du pape

Adrien, qui, du consentement du concile général, a conféré à

Charlemagne ces droits et bien d'autres presque incomparablement plus

grands, savoir que lui et ses successeurs pourraient choisir et nommer

qui ils voudraient papes, cardinaux, patriarches, prélats, etc.

D'ailleurs, le pape ne peut réclamer la suprématie du royaume de

France que comme souverain Pontife: mais si c'était réellement un

droit de la papauté, il eût appartenu à saint Pierre et à ses

successeurs qui ne l'ont point réclamé. Le roi de France a pour lui

une prescription de douze cent soixante-dix ans. Or, la possession

centenaire même sans titre suffit, d'après une nouvelle constitution

dudit pape, pour prescrire contre lui et contre l'Église romaine, et

même contre l'Empire, selon les lois impériales. Donc, si le pape ou

l'empereur avaient eu quelque servitude sur le royaume, ce qui n'est

pas vrai, leur droit serait éteint... En outre, si le pape statuait

que la prescription ne court pas contre lui, elle ne courra donc pas

non plus contre les autres, et surtout contre les princes, qui ne

reconnaissent pas de supérieurs. Donc, l'empereur de Constantinople

qui lui a donné tout son patrimoine (la donation étant excessive,

comme faite par un simple administrateur des biens de l'Empire), peut,

comme donateur (ou l'empereur d'Allemagne, comme subrogé en sa place),

révoquer cette donation... Et ainsi la papauté serait réduite à sa

pauvreté primitive des temps antérieurs à Constantin, puisque cette

donation, nulle en droit dès le principe, pourrait être révoquée sans

la prescription _longissimi temporis_.» (Dupuy, p. 15-7.)

29--page 70--«_Dans la chaire du bienheureux Pierre, siège ce maître

des mensonges..._»

«Sedet in cathedra beati Petri mendaciorum magister, faciens se, cum

sit omnifario maleficus, Bonifacium nominari.» (_Ibid._) «Nec ad ejus

excusationem... quod ab aliquibus dicitur post mortem dicti

Coelestini... cardinales in eum denuo consensisse: cum _ejus esse

conjux non potuerit quam, primo viro vivente, fide digno conjugii,

constat per adulterium polluisse_.» (_Ibid._, 57.) «Ut sicut angelus

Domini prophetæ Balaam... occurrit gladio evaginato in via, sic dicto

pestifero vos evaginato gladio occurrere velitis, ne possit malum

perficere populo quod intendit.» (_Ibid._)

30--page 71--_Réquisitoire de Plasian contre Boniface..._

«Moi Guillaume de Plasian, chevalier, je dis, j'avance et j'affirme

que Boniface qui occupe maintenant le siège apostolique sera trouvé

parfait hérétique, en hérésies, faits énormes et dogmes pervers

ci-dessous mentionnés: 1º il ne croit pas à l'immortalité de l'âme; 2º

il ne croit pas à la vie éternelle, car il dit qu'il aimerait mieux

être chien, âne ou quelque autre brute que Français, ce qu'il ne

dirait pas s'il croyait qu'un Français a une âme éternelle.--Il ne

croit point à la présence réelle, car il orne plus magnifiquement son

trône que l'autel.--Il a dit que pour abaisser le roi et les Français,

il bouleverserait tout le monde.--Il a approuvé le livre d'Arnaud de

Villeneuve, condamné par l'évêque et l'Université de Paris.--Il s'est

fait élever des statues d'argent dans les églises.--Il a un démon

familier: car il a dit que si tous les hommes étaient d'un côté et lui

seul de l'autre, il ne pourrait se tromper ni en fait ni en droit:

cela suppose un art diabolique.--Il a prêché publiquement que le

pontife romain ne pouvait commettre de simonie: ce qui est hérétique à

dire.--En parfait hérétique qui veut avoir la vraie foi à lui seul, il

a appelé Patérins les Français, nation notoirement très

chrétienne.--Il est sodomite.--Il a fait tuer plusieurs clercs devant

lui, disant à ses gardes s'ils ne les tuaient pas du premier coup:

Frappe, frappe; Dali, Dali.--Il a forcé des prêtres à violer le secret

de la confession...--Il n'observe ni vigiles ni carême.--Il déprécie

le collège des cardinaux, les ordres des moines noirs et blancs, des

frères prêcheurs et mineurs, répétant souvent que le monde se perdait

par eux, que c'étaient de faux hypocrites, et que rien de bon

n'arriverait à qui se confesserait à eux.--Voulant détruire la foi, il

a conçu une vieille aversion contre le roi de France, en haine de la

foi, parce qu'en la France est et fut toujours la splendeur de la foi,

le grand appui et l'exemple de la chrétienté.--Il a tout soulevé

contre la maison de France, l'Angleterre, l'Allemagne, confirmant au

roi d'Allemagne le titre d'empereur, et publiant qu'il le faisait pour

détruire la superbe des Français, qui disaient n'être soumis à

personne temporellement: ajoutant qu'ils en avaient menti par la gorge

(_per gulam_), et déclarant que si un ange descendait du ciel et

disait qu'ils ne sont soumis ni à lui ni à l'empereur, il serait

anathème.--Il a laissé perdre la terre sainte... détournant l'argent

destiné à la défendre.--Il est publiquement reconnu simoniaque, bien

plus, la source et la base de la simonie, vendant au plus offrant les

bénéfices, imposant à l'Église et aux prélats le servage et la taille

pour enrichir les siens du patrimoine du Crucifié, en faire marquis,

comtes, barons.--Il rompt les mariages.--Il rompt les voeux des

religieuses.--Il a dit que dans un peu il ferait de tous les Français

des martyrs ou des apostats, etc.» (Dupuy, _Diff., Preuves_, p. 102-7;

cf. 326-346, 350-362.)

31--page 72--_L'Université de Paris, les dominicains de la même ville,

les mineurs de Touraine, se déclarèrent pour le roi..._

En 1295, Boniface les avait affranchis de toute juridiction

ecclésiastique, sans craindre le mécontentement du clergé de France.

(Bulæus, III, p. 511.) Il n'avait point cessé d'ajouter à leurs

privilèges. (_Ibid._, p. 516, 545.)--Quant à l'Université,

Philippe-le-Bel l'avait gagnée par mille prévenances. (Bulæus, III, p.

542, 544.) Aussi elle le soutint dans toutes ses mesures fiscales

contre le clergé. Dès le commencement de la lutte, elle se trouvait

associée à sa cause par le pape lui-même: «Universitates quæ in his

culpabiles fuerint, ecclesiastico supponimus interdicto.» (Bulle

_Clericis laïcos_.) Aussi l'Université se déclare hautement pour le

roi: «Appellationi Régis adhæremus supponentes nos... et Universitatem

nostram protectioni divinæ et prædicti concilii generalis ac futuri

veri et legitimi summi pontificis.» (Dupuy, _Preuves_, p. 117-118).

32--page 74--_Nogaret s'était fait donner des pouvoirs illimités du

roi..._

«Philippus, Dei gratia... Guillelmo de Nogareto... plenam et liberam

tenore præsentium committimus potestatem, ratum habituri et gratum,

quidquid factum fuerit in præmissis et _ea tangentibus, seu

dependentibus ex eisdem_...» (Dupuy, _Preuves_, 175.)

33--page 75--... _à Anagni, au milieu d'un peuple qui venait de

traîner dans la boue les lis et le drapeau de France..._

«Ut proditionem fecerint eidem domino Guillelmo et sequacibus suis, ac

trascinare fecissent per Anagniam vexillum ac insignia dicti domini

Regis, favore et adjutorio illius Bonifacii.» (Dupuy, _Preuves_, p.

175.)

34--page 75--_Supino s'engagea pour la vie ou la mort de Boniface..._

«Guillelmus prædictus asseruit dictum dominum Raynaldum (de Supino),

esse benevolum, sollicitum et fidelem... tam in vita ipsius Bonifacii

quam in morte... et ipsum dominum receptasse tam in vita _quam in

morte Bonifacii prædicti_. (Dup., _Preuves_, p. 175.)

35--page 76--_On menace, on outrage le vieillard_, etc.

«Ruptis ostiis et fenestris palatii papæ, et pluribus locis igne

supposito, per vim ad papam exercitus est ingressus; quem tunc

permulti verbis contumeliosis sunt agressi: minæ etiam ei a pluribus

sunt illatæ. Sed papa nulli respondit. Enimvero cum ad rationem

positus esset, an vellet renunciare papatui, constanter respondit non,

imo citius vellet perdere caput suum, dicens in suo vulgari: «Ecco il

collo, ecco il capo.» (Walsingham, apud Dupuy, _Preuves_.)--«Da che

per tradimento come Jesu Christo voglio essere preso, convienmi

morire, almeno voglio morire come papa.» Et di presente si fece parare

dell' amanto di san Piero, et con la corona di Constantino in capo, et

con la chiavi et croce in mano, et posesi a sidere suso la sedia

papale.» (Villani, VIII, 63.)--«Et eust été feru deux fois d'un des

chevaliers de la Colonne, n'eust été un chevalier de France qui le

contesta...» (_Chron. de Saint-Denis._ Dup., _Preuves_, p. 191.)

Nicolas Gilles (1492) y ajoute: «Par deux fois cuida le pape estre tué

par un chevalier de ceulx de la Coulonne, si ne fust qu'on le

détourna: toutefois il le frappa de la main armée d'un gantelet sur le

visage jusques à grande effusion de sang.» (Ap. Dupuy, _Preuves_, p.

199.)

36--page 77--_On l'apporta sur la place_, etc.

«Tunc populus fecit papam deportari in magnam plateam, ubi papa

lacrymando populo prædicavit, inter omnia gratia agens Deo et populo

Anagniæ de vita sua. Tandem in fine sermonis dixit: Boni homines et

mulieres, constat vobis qualiter inimici mei venerunt et abstulerunt

omnia bona mea, et non tantum mea, sed et omnia bona Ecclesiæ, et me

ita pauperem sicut Job fuerat dimiserunt. Propter quod dico vobis

veraciter, quod nihil habeo ad comedendum vel bibendum, et jejunus

remansi usque ad præsens. Et si sit aliqua bona mulier quæ me velit de

sua juvare eleemosyna, in pane vel vino: et si vinum non habuerit, de

aqua permodica, dabo ei benedictionem Dei et meam... Tunc omnes hæc ex

ore papæ clamabant: «Vivas, Pater sancte.» Et nunc cerneres mulieres

currere certatim ad palatium, ad offerendum sibi panem, vinum vel

aquam... Et cum non invenirentur vasa ad capiendum allata, fundebant

vinum et aquam in arca cameræ papæ, in magna quantitate. Et tunc

potuit quisque ingredi et cum papa loqui, sicut cum alio paupere.»

(Walsingh. apud Dupuy, _Preuves_, 196.)

37--page 81--_Philippe envoya au pape un mémoire contre Boniface_,

etc.

«La forme de cet acte est bizarre; à chaque titre d'accusation il y a

un éloge pour la cour de Rome. Ainsi: «Les saints Pères avaient

coutume de ne point thésauriser; ils distribuaient aux pauvres les

biens des églises. Boniface, tout au contraire, etc.» C'est la forme

invariable de chaque article. On pouvait douter si c'était bien

sérieusement que le roi attribuait ainsi à un seul pape tous les abus

de la papauté.» (Dupuy, _Preuves_, p. 209-210.)

_Cet acte, rédigé en langue vulgaire, était plutôt un appel du roi au

peuple_, etc.

Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 3 / 10) · 第 27 / 36 段