ville; après quelques visites de bienséance rendues, je ne m’occupai
que de plaisirs, et mes nouveaux amis, tous aussi amateurs que je
l’étais des orgies de Vénus impudique et de Bacchus, ne tardèrent pas à
me proposer l’accomplissement de ce que je désirais avec tant d’ardeur,
et me conduisirent au bordel.
Je sentis d’abord quelque répugnance à me livrer aux caresses de ces
prostituées messalines, mais bientôt ma honte s’évanouit et le plaisir
l’emporta. J’y passais les jours et les nuits, tantôt dans les bras de
l’une, tantôt dans les bras de l’autre. J’y appris beaucoup mieux que
je ne l’avais fait avec Louison toutes les ressources de la lubricité,
et je recevais ces leçons avec volupté.
La Patronne
Une des filles d’amour de la débauche fit un certain soir ma rencontre
au Palais-Royal et me proposa de l’accompagner; je ne rebutai pas
sa proposition et me laissai conduire dans le temple où les filles
salariées par les libertins nationaux recueillaient l’argent des
débauchés et leur donnaient à chacun de la marchandise pour leur
offrande.
Celle-ci, dont je me souviendrai jusqu’au dernier soupir de ma vie,
avait, ainsi que la bien-aimée de mon cœur, le nom de Constance. Après
avoir payé, suivant l’usage et le tarif du lieu, ma particulière me
conduisit dans un appartement où je ne fus pas peu surpris de voir en
relief le portrait de Mademoiselle d’Orléans actuelle. Je reculai de
surprise et demandai à ma conductrice comment et par quel hasard le
portrait de cette princesse figurait dans un bordel.
«Tu t’en étonnes? me dit-elle; eh! c’est la plus ardente sectatrice
de nos plaisirs, non pour la prostitution, sa belle âme en est
incapable, mais depuis que Son Altesse lui a fait apprendre, par motif
de récréation indigne du sang des Bourbons, à danser sur la corde,
elle est devenue le modèle de toutes les femmes du haut style de la
capitale; toutes ont voulu apprendre ce grand art que le fameux Placide
enseigna au comte d’Artois, et nous autres, reléguées dans les classes
des filles publiques, nous la regardons et la chérirons toujours comme
notre patronne pour les tours de reins et sa souplesse des jarrets.
Le fait est si certain qu’au moyen de l’écu de six francs que tu as
donné à la révérende maquerelle de ce lieu, je vais, pour ton argent et
tout réjouissant du souverain plaisir, t’apprendre à faire des tours de
force.» Je conçus, à l’exposé de cette courtisane, qu’elle me réservait
à de nouveaux passe-temps; je me laissai conduire sur le trône destiné
à la célébration de ces plaisirs, dont le genre était inconnu pour moi,
et je ne tardai pas à en faire l’épreuve.
LES TROIS MÉTAMORPHOSES
_Conte en vers et en prose pour servir de supplément au_ Degré des Ages
PAR LE MÊME AUTEUR
_Bagatelle à l’ordre des temps._
Je veux chanter dans ce conte gaillard
Du plus affreux trio toute la turpitude,
Et sans choisir mes portraits au hasard,
Les peindre au naturel, en faire mon étude;
Dévoiler les plaisirs de trois membres choisis.
Dans ces sérails charmants du centre de Paris,
Oui, c’est toi que j’invoque, ô mon aimable muse!
Dans ce moment je te prends pour plastron;
Et si ton art charmant à ma voix se refuse,
Je t’appréhende et te saisis au c...
Pardon, lecteurs scrupuleux, je n’écris pas pour vous, renfermés dans
la classe des citoyens qui ne s’occupent qu’à méditer les prodiges
étonnants de notre révolution française; vous n’accordez plus
d’instants au plaisir; sourds à sa voix, vous voyez avec indifférence
ces jeunes et jolies républicaines qui, rangées en haie sous les
galeries et aux entresols du palais Égalité, qui, par maintes et
maintes provocations lascives et libertines, veulent s’assurer de vos
sens, de votre bourse et jouir du bénéfice du marché; le prix de leurs
faveurs est le pot-de-vin de leurs grâces.
Mais c’est à vous que je m’adresse,
Charmants roués, grands libertins,
Blâmerez-vous que mon cœur s’intéresse
Au jeu plaisant d’une tendre catin?
A ces transports d’un prélat d’Église,
Aux faits galants d’un trop épais robin,
Je ne le puis consultant ma franchise
Tout y joignant l’anspessade _Jobin_.
Je viens à mon fait et vais vous raconter comment la déesse de la
lubricité elle-même sut punir, dans un de ces asiles consacrés aux
tendres mystères, un prélat hypocrite, qui, interprétant les décrets du
Ciel à sa guise, rangeait les courtisanes de la capitale au nombre des
houris, que l’un de nos imposteurs en matière de religion, le sublime
Mahomet, avait placées dans son paradis pour la joie des fidèles
croyants.
A ce tableau joindre mon militaire,
Qui, toujours leste, alerte et bien fringant,
Baisant partout et sans donner d’argent,
Du doux plaisir faisait sa seule affaire.
Au rabat empesé, vous connaîtrez le drille,
Qui, dans ce lieu, pour un petit écu,
Visitait le v...n d’une agréable fille,
En se nommant le magistrat cocu.
Mes trois personnages, travestis à qui mieux mieux, et désirant en eux
les feux de la paillardise, un jour de calme et de tranquillité, se
rendirent dans un temple devenu l’un des mieux famés de Paris en même
temps que le mieux fourni; les brunes et les blondes s’y trouvaient
rassemblées, tous les désirs s’y trouvaient satisfaits, depuis ceux de
l’évêque mitré jusqu’à ceux de l’indigent et brave sans-culotte.
Ce fut chez vous, ô digne pourvoyeuse,
Belle _Desglands_[147], qu’une rage amoureuse
Amena ce trio guidé par le plaisir
Et dont un joli cul enchaînait le désir.
A leur accoutrement, qui les aurait
Pris d’abord, l’un pour _Machault_,
Ci-devant évêque d’Amiens, et maintenant
Aumônier du diable, moi seul sans
Doute qui sait qu’il n’est pas étonnant
Qu’un prêtre délivré de l’emploi, de l’autel,
De l’église, n’ait fait qu’un saut jusqu’au bordel.
L’autre était _Montesquiou_, bien mince général,
Ce coquin renommé qui nous fit tant de mal,
Et le tiers un rabat de chicane encroûtée,
Tourment de la vertu souvent persécutée,
C’était _Janson_, ce conseiller fameux,
L’opprobre de la terre et l’effroi des neveux,
Qui, du lâche produit de ses fortes épices,
Du palais au boucan gagnait des chaudes-pisses;
Muse! aide à ma prose, je t’ai dépeint mes
Personnages; voyons comment ils se tireront
Maintenant de leur équipée scandaleuse,
Et comment ces trois gueux de crimes revêtus
Ont pratiqué les vices en jouant les vertus.
_Machault_, _Montesquiou_ et _Janson_ furent donc chez la _Desglands_
demander chacun une fille: Julie Desbois, Dorothée de Ginville et
Elisabeth la Comtoise furent destinées à passer en campagne avec ses
messieurs.
_Janson_ parla procès et _Montesquiou_ combats,
Mais pour bien terminer tous ces affreux débats,
L’hypocrite _Machault_ obtient la préférence;
On sait que d’un prélat c’est la prééminence.
Julie Desbois lui appartient; mais ô triomphe de l’Eglise! au moment
que le ci-devant évêque d’Amiens s’apprêtait à engainer son mou et
flasque outil, il resta court, et ma Julie lui dit:
Je salue maintenant votre sage Éminence;
En très bonne putain j’offre ma révérence.
Ginville présenta son énorme v...n
A ce traître soldat, qui des bords d’outre-Rhin,
De nos républicains n’embrassa point l’injure
Et n’agit que d’après la plus lâche imposture.
_Montesquiou_ resta là. Ce membre superbe, qui apaise la femme la
plus acariâtre, fut sans effet; deux courtisanes délaissées, deux
personnages _à quia_; que devint le troisième? C’est _Janson_ que je
vous mets en scène:
Je viens baiser, dit-il, au nom du Parlement,
Et prends sur moi les frais de cet évènement.
Si sur cet exposé un lâche peuple glose,
J’en appelle au Sénat, et lui seul en impose.
Souveraine protectrice de plaisirs, éloigne-toi du local de la
_Desglands_; ta présence y serait outragée; un prêtre, un général y
ont.....; un magistrat a couronné l’œuvre. Comment réparer cet outrage,
consommé pour ton culte? Mais qu’entends-je? La paillasse s’agite, le
ciel du lit s’écroule:
Et le bidet casse en plus de mille éclats,
Faire taire le robin et le dieu des combats.
Le prélat s’agenouille et marmotte une excuse,
Soutient qu’il n’a pas tort, que du lieu c’est la ruse,
Que l’on peut enfin, fier du droit de l’autel,
Bénir une putain, fût-ce même au bordel.
Mais qui apparaît à mes regards? C’est la lubricité; elle fixe un œil
de courroux sur le triumvirat. Calotte détestable, s’écrie-t-elle dans
l’excès de sa rage, atome décoré d’un hausse-col, et toi, vil organe
des lois, relégué dans la poussière des bancs de la grande salle, il
est temps que ma vengeance éclate:
Tous trois, rebut affreux des sinistres destins,
Vous êtes dédaignés par de viles putains.
Je saurai me venger de cet affront infâme,
Je le dois à mon sexe, en un mot, je suis femme;
Il est temps que l’amour vous donne une leçon,
A la lubricité, reconnaissez mon c...
A genoux et la bouche béante, les trois mirliflors se turent et la
lubricité continua:
Vous, prêtre, président; toi, lâche, reste là,
Je vais me préparer à toute ma vengeance
Sans que le moindre mot serve à votre défense.
D’une tête de chien maintenant bien parés,
De tous vos partisans vous serez exécrés,
Et pour mieux vous punir, de tous vos attributs,
Lâches profanateurs, vous serez revêtus.
O merveille! de trois têtes je n’en vis plus qu’une, et les plus laids
museaux remplacèrent les visages de _Machault_, de _Montesquiou_ et de
_Janson_. Je m’écriai alors:
_Ecce homines._
Tout confus et aboyants, ils abandonnèrent ce lieu de prostitution;
mais leur nouvelle caricature, gravée et répandue dans le public, dira
à l’amateur: Tels sont nos traits fidèles.
NOTES
[1] _Lettres originales de Mirabeau écrites du donjon de Vincennes
pendant les années 1777-78-79-80, contenant tous les détails sur sa
vie privée, ses malheurs et ses amours avec Sophie Ruffei, marquise de
Monnier, recueillies par P. Manuel, citoyen français. A Paris, chez I.
B. Garnery, 1793, an 3e de la liberté._ 4 tomes in-8º.
PAUL COTTIN.--_Sophie de Monnier et Mirabeau, d’après leur
correspondance secrète inédite (1775-1789), avec trois portraits, dont
un en héliogravure d’après Heinsius, deux fac-similés d’autographes,
une table déchiffrante et un plan du couvent des Saintes-Claires de
Gien. Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1903._ CCLX-282 p. in-8º.
[2] Ils étaient parents par les femmes.
[3] M. de Railli était détenu à Pierre-Encize, près de Lyon.
[4] Voir _l’Amateur d’autographes_, mars 1909.
[5] M. de Rougemont, gouverneur du château de Vincennes.
[6] A cause de leur parenté.
[7] C’est au deuxième volume de cette publication que se trouve le
portrait de Sophie. Elle était grande, forte, brune, aux yeux noirs. On
ne connaît que deux portraits authentiques de la comtesse de Monnier;
celui-ci et un autre qui la représente entre 30 et 35 ans. Il fut peint
par Jean-Jules Heinsius. L’estampe d’Antoine Borel, dans le tome II
de la traduction de Tibulle, est «comme celui d’Heinsius, dit M. Paul
Cottin (_loc. cit._), conforme aux signalements remis à la police, et
Mme Callier, fille du docteur Ysabeau, récemment décédée, tenait de son
père qu’il offre exactement les traits de Sophie à vingt ans».
[8] _Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la République des
lettres_, par Bachaumont, Pidanzat de Mairobert, Moufle d’Angerville et
autres. T. XXVIII, p. 16.
[9] Poème de Charles Borde tiré de la _Novella de l’Angelo Gabrielle_.
[10] _Et t’ôter à l’avenir l’original, ce serait l’interrompre pour
longtemps._ Cette phrase est obscure. Elle a toujours été supprimée par
les commentateurs, qui ont souvent cité cette lettre d’après le recueil
de _Lettres originales de Mirabeau_, publié par Manuel.
[11] _Bibliographie des ouvrages relatifs à l’amour, aux femmes et
au mariage, etc., par M. le Cte d’I... 4e édition revue par J.
Lemonnyer._ Tome II, Lille, 1895.
[12] La construction de cette phrase la rend équivoque, et sans doute
à dessein. Quel qu’il pût être, le chevalier de Pierrugues en avait de
bonnes.
[13] Voici la bibliographie de cet ouvrage:
_Mylord Arsouille ou les Bamboches d’un gentlemen._ Cologne, 1789.
_Mylord Arsouille ou les bamboches d’un gentleman._ _A Bordel-Opolis,
chez Pinard, rue de la Motte_, 1789 (Paris, après 1833), avec 5
gravures libres et l’épigraphe:
_Vive le plaisir de la couille,
Dit Mylord Arsouille.
Je veux sagement, amis, filer mes jours
Entre le vin, les chevaux, les amours;
Je dois ces goûts à la nature;
J’aime, je bois, je change de monture._
_Mylord Arsouille_, etc. Réimpression de l’édition précédente (vers
1855), avec 5 lithographies libres.
_Mylord ou les Bamboches d’un gentleman, imprimé sur la copie de
Cologne, 1789, à Lausanne, chez Quakermann cette présente année_
(vers 1870), avec sur le verso de la page de garde l’épigraphe un peu
différente:
_Vive le plaisir de la couille,
Disait Mylord Arsouille.
Je veux sagement, mes amis, filer mes jours
Entre le vin, les chevaux, les amours:
Je dois ces goûts à la nature;
J’aime, je bois, je change de monture._
_Mylord Arsouille_, etc. Rotterdam, vers 1906, avec à la fin un
important catalogue d’ouvrages libres.
[14] Qui se trouve après la satire.
[15] Le titre de cet ouvrage ne sera pas intelligible à tous les
lecteurs, et plusieurs ne lui trouveront aucun rapport avec le sujet.
Néanmoins un autre n’aurait pu lui convenir; et si nous l’avons laissé
en grec, on en devinera aisément la raison. (Note de l’éd. de l’an IX.)
[16] La nomenclature en est tout au moins curieuse.
_Académiciens de Bologne._ Abbandonati, Ansiosi, Ociosi, Arcadi,
Confusi, Difettuosi, Dubbiosi, Impatienti, Inabili, Indifferenti,
Indomiti, Inquieti, Instabili, Della Notte Piacere, Sienti, Sollonenti,
Torbidi, Vespertini.
_De Gênes._ Accordati, Sopiti, Resvegliati.
_De Gubio._ Addormentati.
_De Venise._ Acuti, Allettati, Discordanti, Disgiunti, Disingannati,
Dodonci, Filadelfici, Incruscabili, Instancabili.
_De Rimini._ Adagiati, Eutrupeli.
_De Pavie._ Affidati, Della Chiave.
_De Ferma._ Raffrontati.
_De Molise._ Agitati.
_De Florence._ Alterati, Humidi, Furfurati, Della Crusca, Del Cimento,
Infocati.
_De Crémone._ Animosi.
_De Naples._ Arditi, Infernati, Intronati, Lunatici, Secreti, Sirenes,
Sicuri, Volanti.
_D’Ancôme._ Argonauti, Caliginosi.
_D’Urbin._ Assorditi.
_De Pérouse._ Atomi, Eccentrici, Insensati, Insipidi, Unisoni.
_De Tarente._ Audaci.
_De Macerata._ Catenati, Imperfetti, Chimerici.
_De Sienne._ Cortesi, Giovali, Prapussati.
_De Rome._ Delfici, Humoristi, Lincei, Fantastici, Negletti, Illuminati,
Incitati, Indispositi, Infecondi, Melancholici, Notti, Vaticane,
Notturni, Ombrosi, Pelligrini, Sterili, Vigilanti.
_De Padoue._ Delii, Immaturi, Orditi.
_De Drepano._ Difficilli.
_De Bresse._ Dispersi, Erranti.
_De Modène._ Dissonanti.
_De Syracuse._ Ebrii.
_De Milan._ Eliconii, Faticosi, Fenici, Incerti, Miscosti.
_De Recannati._ Disuguali.
_De Candie._ Extravaganti.
_De Pezzaro._ Eterocliti.
_De Commachio._ Flattuanti.
_D’Arezzo._ Forzati.
_De Turin._ Fulminales.
_De Reggio._ Fumosi, Muti.
_De Cortone._ Humorosi.
_De Bari._ Incogniti.
_De Rossano._ Incuriosi.
_De Brada._ Innominati, Tigri.
_D’Acis._ Intricati.
_De Mantoue._ Invaghiti.
_D’Agrigente._ Mutabili, Offuscati.
_De Verone._ Olympici, Unanii.
_De Viterbe._ Ostinati, Vagabondi.
Si quelque lecteur est curieux d’augmenter cette nomenclature, il n’a
qu’à lire un ouvrage de Jarckius, imprimé à Leipsic en 1725. Cet auteur
n’a écrit l’histoire que des académies de Piémont, Ferrare et Milan. Il
en compte vingt-cinq dans cette dernière ville seulement. La liste des
autres est sans fin, et leurs noms tous plus bizarres les uns que les
autres.
[17] Act. ap. 8, 39. _Spiritus Domini rapuit Philippum, et amplius non
vidit eunuchus._
[18] Daniel, chap. XIV, v. 32. _Erat autem Habacuc prophæta in Judæa,
et ipse coxerat pulmentum... Et ibat in campum ut ferret messoribus._
33. _Dixit que angelus Domini ad Habacuc: fer prandium quod habes in
Babylonem Danieli._
35. _Et apprehendit eum angelus Domini in vertice ejus, et portavit
eum_ capillo _capitis sui, posuit que eum in Babylone._
Isaac Le Maître de Saci a traduit _capillo_ par _les cheveux_. Luther
met _oben beym schopff_; ce qui est la même faute. Car le miracle est
plus grand d’avoir transporté Habacuc par _un cheveu_ que par _les
cheveux_; mais dans tous les cas, le voyage est leste.
[19] Maccab. l. I, c. I, v. 16.
_Et fecerunt sibi præputia_,--Ce qu’Isaac Le Maître de Saci traduit:
_Ils ôtèrent de dessus eux les marques de la circoncision._ Les
Septante disent tout simplement: _Ils se sont fait des prépuces._ Les
Pères ont ainsi traduit. Mais depuis que les Jansénistes ont paru, ils
ont prétendu qu’on ne pouvoit pas mettre les prépuces dans la bouche de
jeunes filles lorsqu’on leur faisoit réciter la Bible. Les Jésuites ont
soutenu, au contraire, que c’étoit un crime que d’en altérer un seul
mot.
Le Maître de Saci a donc périphrasé, et le père Berrhuyer a accusé Saci
d’hérésie, et prétendu qu’il avoit suivi la Bible de Luther. En effet,
Luther dans sa Bible se sert du mot _beschneidung_.
_Und hielten die beschneidung nicht mehr._
1 2 3 4 5 6
Et ont gardé la coupure point davantage.
1 2 3 4 5 6
Luther, en effet, a mal interprété. Le miracle, de quelque manière que
l’on traduise, étoit de se faire un prépuce. Or la chose est en vérité
miraculeuse dans le texte des Septante, et ne l’est pas autant dans la
version des jansénistes.
[20] Rois, liv. VII, chap. VI, v. 17.
_Hi sunt autem ani aurei quos reddiderunt pro dilecto domino._
[21] Je ne doute pas que quelque demi-savant, ou quelque critique
obstiné, ne trouve, dans la suite de cette notice, Shackerley
beaucoup plus savant en astronomie que ne le comporte le costume d’un
ouvrage contemporain d’Herculanum. Mais je le prie d’observer: 1º
que l’Anagogie est une révélation faite par Jérémie Shackerley, tout
comme... Ah! oui: tout comme S. Jean a écrit l’Apocalypse dans l’isle
de Pathmos. 2º Que personne dans Herculanum n’a pu rien comprendre à
ce manuscrit, écrit bien avant la venue de J.-C. comme nous n’entendons
rien à la bête de l’Apocalypse qui a 666... sur le front (II), ornement
qui serait singulier même pour un mari françois; ce qui ne détruit
point du tout l’authenticité de notre manuscrit. 3º Qu’on n’a qu’à
lire l’histoire incontestable de l’astronomie antédiluvienne, par
M. Bailly, pour se convaincre que Shackerley pouvoit savoir tout ce
qu’il paroît avoir su..... Enfin je déclare que pour trente-six mille
raisons, un peu trop longues à déduire, douter de Jérémie Shackerley,
c’est mériter un auto-da-fé.
[22] En effet, comme le remarque l’illustre M. d’Alembert, d’après
l’ingénieux et quelquefois sublime Diderot, quelle finesse d’idées
n’a-t-il pas fallu pour y parvenir? L’aveugle n’a de connoissance que
par le tact; il sait qu’on ne peut voir son visage quoiqu’on puisse
le toucher. «La vue, conclue-t-il, est donc une espèce de tact qui ne
s’étend que sur les objets différens du visage et éloignés de nous.»
Le tact ne lui donne en outre que l’idée du relief. Donc un miroir est
_une machine qui nous met en relief hors de nous-mêmes_. Ces mots _en
relief_ ne sont pas de trop. Si l’aveugle disoit, _nous met hors de
nous-mêmes_, il diroit une absurdité de plus; car comment concevoir
une machine qui puisse doubler un objet? Le mot _relief_ ne s’applique
qu’à la surface; ainsi, nous mettre en relief hors de nous-mêmes, c’est
mettre la représentation de la surface de notre corps hors de nous.
Cette désignation est toujours une énigme pour l’aveugle; mais on voit
qu’il a cherché à diminuer l’énigme le plus qu’il étoit possible.
[23] Chap. II, v. 19.
[24] Ibid., v. 20.
[25] Telle est l’origine même du mot de narcisse, lequel vient de Ναρκὴ
(narcè), _assoupissement_; de là le narcisse fut la fleur chérie des
divinités infernales; de là vient aussi que l’on offroit anciennement
les guirlandes de narcisse aux furies, parce qu’elles engourdissoient,
_assoupissoient_ les scélérats.
[26] _Salem, Piper, acorem respuebat. Mensæ vero accumbebat alternis
semper pedibus sublatis._ Voyez _Elogium Thom. Sanchez_, imprimé à
la tête de l’ouvrage _De matrimonio_. A Anvers, chez Murss, 1652,
_in-folio_. Et si vous voulez avoir une idée des édifiantes questions
qu’a agitées ce théologien, et bien d’autres, cherchez la vingt-unieme
dispute de son second livre.
[27] Il a publié séparément les fragments de Sapho, et les éloges
qu’elle a reçus.
[28] Gen., ch. II, v. 23.
[29] Vira de vir.
[30] L’allemand a conservé l’ancien rit dans _mannin_, qui vient de
_mann_. _Mannin_ est le vira, et non le virago. _Man wird sie mannin
heissen._ (Gen., II, v. 23.)
[31] Elle étoit particulièrement honorée dans les Gaules et dans la
Germanie sous le titre de Déesse-mere.
[32] On retrouveroit dans l’antiquité beaucoup d’usages qui
confirmeroient cette opinion. A Lacédémone, par exemple, quand on
alloit consommer le mariage, la femme mettoit un habit d’homme, parce
que c’est la femme qui met les hommes au monde.
En Egypte, dans les contrats de mariages entre souverains, la femme
avoit l’autorité du mari. (Diod. d. Sic., l. I, ch. XXVII), etc., etc.
[33] On verra ci-après dans la _Linguanmanie_ des choses plus
frappantes encore que les mœurs du peuple de Dieu que nous allons
exposer.
[34] Lév., ch. VIII, v. 24.
[35] Ibid., ch. XII, v. 5.
[36] Ibid., ch. XXII, v. 7.
[37] Ibid., ch. XVIII, v. 7.
[38] Idem, v. 9.
[39] Id., v. 10.
[40] Lév., chap. XVIII, v. 12.
[41] Id., v. 15.
[42] Id., v. 16.
[43] Id., v. 17.
[44] Id., v. 21. _De semine tuo non dabis idolo Moloch_, et ch. XX, v.
3: _Qui polluerit sanctuarium_.
[45] Lév., ch. XVIII, v. 22. _Cum masculo coïtu fœmineo._
[46] Id., v, 23. _Omni pecore._
[47] _Mulier jumento._ Et l’on sait que dans l’Écriture sainte,
_jumentum_ veut dire _bêtes d’aides_: _adjuvantes_: d’où jument.
[48] Lévit., ch. XXI, v. 18.
[49] Liv. VI, ch. IX.
[50] Aux Cor., 6, 7, 8, 29.
[51] Hypparchia, etc.
[52] Écho.
[53] Gen., ch. XXXVIII.
[54] Celui qui avoit le ruban et sortit le second fut nommé Zara, qui
veut dire Orient.
[55] Saci, page 817, édit. in-8.
[56] Le marquis de Santa-Crux, par exemple, commence son livre de
l’Art de la guerre par dire: _que la première qualité indispensable
à un grand général, c’est de savoir se br. le v._, parce que cela
épargne dans une armée, et sur-tout dans une ville de guerre, tous les
caquetages et perdre. [Il faut voir à propos de cette note la lettre à
Sophie du 21 octobre 1780.]
[57] Epig. 42, liv. IX.
[58] Voyez l’Anélytroïde.
[59] Lucian., t. I, dialog. deor. XV et 2. Diodor. Sic., l. IV, p. 352,
éd. Westhling.
[60] Dialog. Meret., V.
[61] Ad Rom., cap. I.
[62] Lib. IV, cap. XVI.
[63] _Dii illas deæque male perdant! Adeo perversum commentæ genus
impudicitiæ! Viros ineunt._ (Epist. XCV.)
[64] Thelesyle, Amythone, Atthys, Anactorie, Cydno, Mégare, Pyrrine,
Andromede, Mnaïs, Cyrine, etc.
[65] On lisoit aux pieds de la statue de Sapho, par Silanion: _Sapho
qui a chanté elle-même sa lubricité et qui fut amoureuse à la rage_.
[66] _Vesta_ vient du grec et signifie _feu_. Les Chaldéens et les
anciens Perses appelloient le feu _avesta_. Zoroastre a intitulé
son fameux livre, _Avesta_, la garde du feu. La porte des maisons,
l’entrée, s’est appellée _vestibule_, parce que chaque Romain avoit
soin d’entretenir ce feu de vesta à la porte de sa maison. C’est de là
sans doute que l’entrée du vagin s’appelle le vestibule du vagin, comme
étant le lieu où s’entretient le premier feu de ce temple.
[67] Je ne doute pas que quelque érudit ne me fasse ici plus d’une
difficulté... Mais on n’auroit jamais fini s’il falloit répondre à tout.
[68] On sent bien que la dignité de M. de Saint-Priest l’empêchera d’en
convenir; et quelque littérateur encouragé par ce désaveu viendra me
soutenir que ces vers sont tout simplement imités d’un passage de Sylva
Nuptialis, de J. de Nevisan; et puis vite il citera le morceau. Le
voici: