Cependant la nature, cette admirable mère, dédommagerait-elle par des

affections toutes particulières ces êtres dégradés, ou bien l’illusion

toute-puissante, combinée avec les douces caresses et la jouissance

des charmes d’une belle femme compatissante, ne se bornerait-elle pas

aux seuls plaisir des yeux et à l’écorce des sens pour consoler ces

malheureux de l’état honteux de leur demi-existence!

C’est incontestablement contrarier la propagation que de permettre de

tels mariages; c’est un véritable assassinat, une profanation, qui

dérobe à la société la volupté productrice de la femme. Ces stériles

liaisons ne devraient être approuvées par les lois d’aucun pays.

Dans le second siècle de l’Église, le concile de Nicée (Canon IV),

confirmé par le second concile d’Arles, a expressément défendu ces

mutilations.

Une loi de l’empereur Adrien, citée dans les _Digestes Ad leg. Corn._

de Sicariis (Lib. XLVIII, tit. VIII, leg. 4, § 5), punissait de mort

les médecins qui faisaient des eunuques et ceux qui subissaient la

castration; de plus on confisquait leurs biens.

Une ordonnance de Louis XIV, du 4 septembre 1677, condamnait à mort

tous ceux qui avaient mutilé leurs membres.

L’article 316 du Code pénal prononce contre toute personne coupable de

ce crime la peine des travaux forcés à perpétuité, et la peine capitale

si la mort en est résultée avant l’expiration des quarante jours qui

auront suivi le crime. L’article 325 ne déclare le crime de castration

excusable que lorsqu’il a été immédiatement provoqué par un outrage

violent à la pudeur.

Et malgré des défenses si positives et des punitions si sévèrement

exprimées par des lois civiles et canoniques, nous voyons de nos jours

une pareille monstruosité exister encore, et cela dans la ville par

excellence, dans cette Rome, le centre de la chrétienté!!!

Voyez plutôt ces malheureux Italiens, pour qui le _farniente_ est le

premier des besoins, entraînés par la superstition ou une cupidité

barbare, se livrer au fatal couteau qui doit les priver des précieux

trésors de la vie, pour se donner un misérable filet de voix!...

Allez à la Chapelle Sixtine, aux deux grands jours de la Semaine

Sainte, entendre ces admirables accords de voix choisies, cette

sublime et céleste harmonie qui vous transporte, qui vous ravit, mais

dont les sons divins cessent à l’instant de vibrer dans l’âme de

tout être sensible qui les entend, et n’y laisse plus qu’une pénible

impression, alors qu’on pense que ces voix si claires, si argentines,

si mélodieuses, sont obtenues aux dépens de la postérité. Quel scandale

odieux! il révolte la nature.

Mais la magie d’une belle voix est-elle donc si puissante et le chant

possède-t-il une tout autre vertu que la simple prière? On le croirait,

puisque les sons de la musique délicieuse qui, dans la Chapelle

Sixtine, enchantent l’oreille de mille amateurs, après avoir cessé,

continuent à vibrer encore dans leurs âmes, tandis que les prières et

les plaintes que profère le prophète en récitant le sublime _Miserere_,

ne les touchent nullement. Et voilà pourquoi sans doute, pour apaiser

la Divinité, on chante toujours à l’Église et à l’Opéra.

SUR LE BÉHÉMAH

Mot hébreu qui signifie _jumenta_, _quadrupedia_ et, par extension,

_bestialité_.

I.--«_Faunes suffoquants_, FAUNI FICARII.»

Saint Jérôme, dans son commentaire sur Jérémie, ch. 50, v. 39, donne

aux faunes l’épithète de _ficarii_, _qui avaient des figues_. Il faut

conjecturer que, par ce mot, ce Père de l’Église a voulu dépeindre la

laideur de ces faunes, dont le visage était couvert de pustules et de

boutons; ce qui n’est pas sans apparence de vérité, car _ficus_, figue,

figurément pris, désigne une tumeur, une sorte d’ulcère qui ressemble à

ce fruit.

Mais, n’en déplaise à saint Jérôme, le texte hébreu porte HM, qui

signifie proprement _un spectre_, _une chose qui inspire la terreur_,

d’où dérive le mot hébreu EIMA, qui veut dire _épouvante_. Et comme on

représentait les faunes et les satyres, moitié hommes et moitié boucs,

fort velus, violant femmes et filles, dont ils étaient la terreur;

que, d’un autre côté, nul animal de sa nature n’est plus enclin à

la lasciveté que le bouc, il est permis de croire que l’opinion de

Berruyer, _qui rend ses faunes très actifs_, SICARII, doit prévaloir

sur celle de saint Jérôme. En effet, le mot grec σάθη, en latin

_veretrum_, d’où est formé celui de satyre, indique assez la lubricité

des inclinations de ce vil animal.

Au reste, le bouc est placé parmi les divinités de l’Égypte que

l’on honorait le plus: il avait un culte tout particulier. Les

femmes n’avaient point horreur à lui soumettre leurs corps, et les

hommes ne dédaignaient pas de caresser leurs chèvres; dans leur

délire superstitieux, ils allaient quelquefois jusqu’à se prosterner

devant un bouc et à baiser le derrière de ce puant animal (Voyez la

Bible de Voltaire, au chapitre du _Lévitique_): de là vient sans

doute que la Bible, en parlant des idoles, les appelle les _vilus_,

SAHIRIM, et lorsque le prophète Isaïe dit, ch. 13, v. 21, que _les

velus danseront_, PILOSI SALTABUNT, il faut l’entendre, disent les

interprètes, des démons qui emprunteraient quelquefois cette forme

sauvage.

Je ne me hasarderai pas à contester l’existence de ces hommes

capripèdes; je me tiens respectueusement aux Saintes Ecritures et à

ce qui en est rapporté par saint Jérôme, qui nous apprend que saint

Antoine, dans son désert, fit la rencontre d’une espèce de nain, au

front cornu, aux narines crochues, aux pieds de bouc, qui lui présenta

des dattes et l’assura qu’il était un de ces habitants que les païens

avaient honorés sous le nom de faunes et de satyres; qu’il était député

vers lui, pour le conjurer d’intercéder pour eux près le Dieu commun,

qu’ils savaient bien être venu en terre pour le salut du monde. (Inter

saxosam convallem haud grandem homunculum vidit aduncis naribus,

fronte cornibus, asperatâ, cujus extrema pars corporis in caprarum

pedes desinebat, et responsum accepit Antonius: Mortalis ego sum unus

ex accolis eremi, quos vario errore delusa gentilitas, faunos satyrosque

vocans, colit. Precemur ut pro nobis communem Deum depreceris, quem pro

salute mundi venisse cognovimus. S. HIERONYMUS, _in Vita S. Pauli_.)

Preuve indubitable qu’il existe des démons sous la figure de boucs.

Néanmoins le cardinal Baronius prétend témérairement que le satyre

qui entra en colloque avec saint Antoine n’était qu’un singe, né

probablement du commerce honteux de cet animal avec des filles, que

Dieu doua de la parole, ainsi qu’il en avait fait autrefois pour le

serpent et l’ânesse de Balaam, dont parlent la Genèse et les Nombres

(Gen., cap. III, v. 1.--Num., cap. XXII, v. 28.) Mais qu’est-ce que

l’opinion d’un cardinal contre celle d’un saint et de toute une

antiquité qui déposent contre lui?

SUR L’ANOSCOPIE

Du grec ανα, _au-dessus_, et de σκοπιὰ, _action d’épier_, formé

de σκοπεω, _je considère_, _je contemple_.--Astrologie judiciaire,

jonglerie.

SUR LA LINGUANMANIE

Du latin _lingua_, langue, et du grec μανία, _fureur_, dérivé de

μαινομαι, _rendre furieux_.

I.--«C’étaient des maisons publiques où les hommes et les femmes

pêle-mêle s’abandonnaient à tous les genres de libertinage.»

La prostitution date de la plus haute antiquité. Les Orientaux

l’admirent dans le culte de leur religion et ne la considèrent point

comme un dérèglement de mœurs; ils la consacrèrent d’abord à célébrer

le premier instant de l’existence de l’être auquel ils ouvraient le

sentier de la vie. Elle fut ensuite un des moyens puissants d’accroître

et de propager l’espèce humaine. Dans les temps patriarcaux, nous

trouvons Ada et Selles, concubines de Lamech, père d’Abraham, se

distinguer dans le métier, et leur progéniture bravement suivre leur

exemple. (_Gen._, chap. IX, v. 19; V. et VI, 1, 2, 3, 4.)

Aux petits soins avec Abraham, la jeune Sara, dont Dieu avait fermé le

sein, _conclusit_, met dans le lit de son mari la fraîche et gentille

Agar, sa servante (_Gen._, chap. XVI, v. 2, 3, 4.) Nous voyons Sodome

et Gomorrhe et toutes les villes de la Pentapole dans la Palestine

livrées à une souillure infâme. (_Gen._, chap. XIX, v. 4, 5, 6, 7, 8.)

Pheiné, de connivence avec Thamma, deux filles de Loth, prennent goût

à la bagatelle, et, commettant un inceste avec leur bonhomme de père,

dans le dessein de repeupler la terre, se font engrosser par lui, après

l’avoir enivré au sortir de Sodome, dont tous les habitants viennent

d’être rôtis par un déluge de soufre, pour avoir pris saint Pierre pour

saint Paul (_Gen._, ch. XIX, v. 24, 30 à 38.) Lia et Rachel, épouses

de Jacob, lui prostituent leurs servantes (_Gen._, ch. XXIX, v. 22,

23 et 28) et Ruben séduit Bela, concubine de son père (_Gen._, ch.

XXXV, v. 22.) Juda fait épouser Thamar, la veuve de son fils aîné Her,

par son second fils Onan, qui élude le devoir conjugal au moyen de la

masturbation (_Gen._, ch. XXXVIII, v. 8 et 9). Et cette même Thamar,

sur un grand chemin, escamote avec adresse un enfant à son beau-père

Juda, qui, en s’évertuant avec elle, croit être avec une femme publique

(_Gen._, XXXVIII, v. 14, 15, 16.) De cette surprise incestueuse,

si salutaire au genre humain, naquit Pharès, l’un des ancêtres de

Jésus-Christ. L’amoureuse Nitiflis, femme de Putiphar, sollicite

l’imbécile Joseph à de voluptueux ébats, mais il refuse obstinément de

_s’unifier avec elle_ (_Gen._, ch. XXXIX, v. 7, 8, 9). La bestialité et

la pédérastie étaient fort connues dans le pays de Chanaan (_Exod._,

ch. XXII, v. 19). On s’y polluait devant la statue de Moloch (_Lévit._,

ch. XVIII, v. 21). Parmi les femmes publiquement madianites qui, du

temps de Moïse, _corrompirent_, à Setim, le corps et l’âme du peuple

juif, se trouva la jolie prostituée Cozbi, fille de Jur, prince très

noble des Madianites, avec laquelle était couché dans un b..... _in

lupanar_, Zambri, fille de Salu, prince de la maison et lignée de

Siméon, lorsque le pieux et fanatique Phinées, petit-fils du grand

prêtre Aaron et fils d’Eléazar, tout transporté d’une sainte colère,

entra dans le b....., une dague à la main, et transperça d’un seul coup

les deux délinquants ensemble, vers les parties de la génération

(_Num._, cap. XXV, v. 1, 2 à 28; Arrepto pugione ingressus est... in

lupanar et perfodit ambos simul, virum scilicet et mulierem, in locis

genitalibus.)

Ce fut une femme publique nommée Rahab, qui mue par cette généreuse

pitié si naturelle aux filles de son espèce, cacha au haut de sa

maison, sous de la paille, les espions qui s’étaient délassés avec

elle de leurs fatigues, et que Josué avait envoyés à Jéricho, pour

reconnaître la ville avant de l’assiéger (_Jos._, cap. II, v. 1, 6).

Passons maintenant au Livre des Juges. Le robuste Samson se rend un

jour dans la ville de Gaza; il voit sur sa porte une courtisane, avec

laquelle il couche jusqu’à minuit (_Jud._, cap. XVI, v. 1, 3). Ensuite

il devint éperdument amoureux de Dalila, dans la vallée de Sorec, autre

fille de joie. Dans un de ces moments de voluptueuse ivresse où le cœur

nageant dans l’élément du plaisir, est incapable de rien refuser à

l’être qui vous le procure, Samson, après avoir trompé trois fois son

amante sur le secret de sa force, a enfin la faiblesse de lui dire,

et comme il est impossible à la femme de porter loin un secret, elle

le trahit à son tour en le faisant connaître aux Philistins, qui lui

crèvent les yeux (_Jud._, cap. XVI, v. 4 à 22).

Aimez-vous à consulter les Livres des Rois?... Eh bien! ouvrez celui

de David, et vous verrez ce prophète-roi qui avait épousé Micho, fille

de Saül, s’en donner avec l’impudique Abigaïl, femme de Narbal, qui

lui inocula la v..... (_malum_) (I. _Reg._, cap. XXV, v. 35, 40). Le

saint homme de roi accolait en même temps plusieurs autres concubines

et femmes de Jérusalem, auxquelles il fabrique des enfants, ce qui

ne l’empêche nullement d’enlever la sensible Bethsabée, femme du

brave Urie, qu’il épouse après avoir fait assassiner son mari dans

les combats (II. _Reg._, cap. XI, v. 2, 4, 17), afin sans doute qu’il

n’y eût plus de vestige de fornication. Dans sa vieillesse, il se

réchauffe, faute de bassinoire, dans les bras de la jeune Sunamite,

et ne la déflore pas: _Non cognovit eam_ (III. _Reg._, cap. I, v.

4). _Tel père, tel fils_, dit le proverbe, et les enfants de David

le justifient: son fils Ammon brûle d’une flamme incestueuse pour sa

sœur Thamar, et sur le perfide conseil de son cousin germain Jonadab,

il la viole au moment qu’elle lui présente un potage apprêté de sa

propre main; puis il la renvoie fort brutalement. Absalon, irrité

de l’outrage fait à sa sœur, saisit, deux ans après, l’occasion d’un

splendide festin, au milieu duquel il immole Ammon, en présence de ses

autres frères qui fuient épouvantés. (II. _Reg._, cap., XIII, v. 8 à

30). Ce fratricide met ensuite le comble à ses forfaits en couchant

publiquement avec toutes les concubines de son père. (II, _Reg._, cap.

XV, v. 22).

Si nous descendons jusqu’au troisième Livre des Rois, nous voyons le

type de la sagesse, le fils de l’adultère Bethsabée, Salomon enfin,

dont la haute sapience avait acquis si haute renommée dans l’Orient,

participer à l’humaine faiblesse et rouler dans son palais sur sept

cents épouses et trois cents concubines, dont «les nez ressemblaient à

la tour du mont Liban qui regarde du côté de Damas (_Cant._, VII, v.

4); les yeux à ceux des colombes (_Cant._, I, v. 14; IV, v. 1); les

tétons à des faons de chevreuil (_Cant._, VII, v. 3)», et qui, en un

mot, étaient «belles comme les tentes de Cédar et les peaux de Salomon

(_Cant._, I, v. 1)».

Les allures galantes des courtisanes de son temps ressemblent beaucoup

au manège de nos femmes publiques, qui le soir, dans les rues, vont

recueillant les passants, pour les engager «à parcourir avec elles les

deux monts de la myrrhe, la colline de l’encens (Ad montem myrrhæ et ad

collem thuris. _Cant._, IV, 6), embrasser ensuite le figuier, et monter

dessus pour en recueillir les fruits» (_Cant._, VII, 8), qui sont

quelquefois si amers!...

Voici ce que ce roi en rapporte dans le livre des _Proverbes_, dont les

uns renferment des erreurs, les autres de fastidieuses répétitions, et

que l’Église cependant considère comme un petit chef-d’œuvre canonique,

ouvrage du très Saint-Esprit:

«De la fenêtre de ma maison, j’aperçois un jeune insensé qui, sur le

soir, et lorsque la nuit devient obscure, passe dans le coin d’une

rue près de la maison d’une..... fille.--Je la vois venir au-devant

de lui, en sa parure de courtisane; elle prend ce jeune homme, le

baise et le caresse effrontément, lui disant: «JE ME SUIS ACQUITTÉE DE

MON VŒU AUJOURD’HUI. C’est pourquoi je suis venue au-devant de vous,

désirant de vous caresser. J’ai parfumé mon lit de myrrhe, d’aloès et

de cinnamone. Venez: enivrons-nous de volupté jusqu’à ce qu’il fasse

jour, et jouissons de ce que nous avons tant désiré. Mon mari n’est

point à la maison: il est allé faire un voyage qui sera très long; il

a emporté avec lui un sac d’argent, et il ne doit revenir que lorsque

la lune sera pleine. (_Cant._, VII, v. 3).» «Entraîné par de longs

discours et les caresses de ses paroles, le jeune homme la suit comme

un bœuf qu’on amène pour servir de victime et comme un agneau qui va à

la mort en bondissant.» (_Prov._, chap. VII, v. 6 à 22).

Il est à remarquer ici que cette prostituée sait mettre de l’ordre dans

ses affaires. Dévote, avant de se livrer à ses impudiques plaisirs,

qu’elle veut d’abord sanctifier par la prière, _hodie vota mea Deo

reddidi_, elle aura tout le temps d’être amoureuse au lit. C’était

aussi l’opinion de Wasselin, abbé de Liége, qui trouvait convenable de

faire sa prière avant de se mettre à l’œuvre du coït. (_Epist._, _ad

Florinum_ abbat., tome I, _Analect._, page 339.) Cette pratique est

passée en usage jusqu’à nos jours, car presque toutes les filles de

joie, celles qui font leur métier en honneur et conscience s’entend,

ornent d’un crucifix la cheminée de leurs réceptacles, qu’elles

tapissent souvent _d’images de l’Immaculée Conception, de saint

Barnabas, de la Madone, mère de la pureté, avec son divin poupon sur

les bras_; elles font de temps à autre dire des messes pour le salut de

leurs âmes et pour que Dieu leur envoie des chalands; quelques-unes,

par excès de dévotion, y ajoutent la confession les dimanches et les

jours de fête, et, dans l’intention de se rendre le ciel propice, la

plupart portent sur elles des scapulaires de la Vierge et se font

consœurs du Saint-Rosaire, du Sacré-Cœur ou de la Congrégation.

C’était un drôle de corps que ce roi Salomon: Piron d’un autre temps, à

l’harmonie près, qu’il ne possède pas, bel esprit érotique, il composa

les cantiques, que les belles voix de ses mille femmes et concubines

exécutaient sans doute pendant les orgies de ses splendides festins, où

50 bœufs et 100 moutons faisaient à eux seuls les pièces de résistance,

et dont je vous détaillerais, lecteur, toutes les substantielles et

stimulantes friandises, si je ne craignais de devenir fastidieux; mais

je reviens à ses Cantiques, dont voici la fidèle traduction:

«Je chanterai mon bien-aimé, qui est pour moi une grappe de raisin de

Chypre.» _Cant._, I, 13.

«Car le roi m’a déjà fait entrer dans ses celliers, et je suis ivre.»

_Cant._, I, 3.

«Mon bien-aimé est pour moi comme un bouquet de myrrhe; il demeurera

entre mes tétons.» _Cant._, I, 12. (On se sert ici du mot propre pour

ne pas affaiblir la couleur du sujet dont Salomon était si plein.)

«Qu’il me donne un baiser de sa bouche.» _Cant._, I, 1.

«Fortifiez-moi avec des pommes odorantes, parce que je languis

d’amour.» _Cant._, II, 5.

«Je me reposerai sous celui que j’ai désiré.» _Cant._, II, 3.

«Là je lui offrirai mes tétons.» _Cant._, VII, 12.

«Mon bien-aimé mit la main au trou, et mon ventre a tressailli de ses

attouchements.» _Cant._, V, 4.

Au livre de Judith, chap. XIII, v. 8, 9 et 10, on voit la jolie veuve

de Monassès, la fière Judith, aller dévotement en bonne fortune trouver

dans sa tente l’Assyrien Holopherne, qui assiégeait Béthulie, et, à

l’âge de 65 ans (c’est l’âge que lui donne le révérend P. Dom Calmet),

inspirer à ce général une violente passion, auquel, hélas! et quatre

fois hélas! pour vous plaire, ô mon Dieu! elle _coupa le cou d’un coup

de son propre coutelas_, après avoir couché avec lui.

Nous voyons au livre d’_Esther_, chap. I et II, v. 11 et 8, Assuérus,

qui régnait de l’Inde à l’Éthiopie sur cent vingt-sept provinces,

répudier la belle mais insolente Vasthi, qui refusait de montrer sa

beauté _in naturalibus_ aux libertins de sa cour; et puis usant de son

privilège de despote, parmi les trois cents belles vierges qui lui

furent amenées pour être ses courtisanes, choisir l’aimable et mignonne

Esther et l’admettre à l’honneur de partager sa couche royale.

Le livre d’_Ézéchiel_ justifie par ses peintures hardies celles du

_Portier des Chartreux_. Il vous offre, aux chapitres XVI et XXIII,

le tableau des mœurs abominables dont étaient infectés Jérusalem et

tout le pays d’Israël sous les rois successeurs de David. Les fameux

emblèmes d’Ool et d’Oolibra nous font voir les femmes de ces contrées

forniquer avec tous les passants, se bâtir des b....., se prostituer

dans les rues (Cap. XVI, v. 15, 16, 31) et rechercher avec emportement

les embrassements de ceux _quorum carnes sunt ut carnes asinorum; et

sicut fluxus equorum, fluxus eorum_ (Cap. XXIII, v. 20).

Le livre d’_Ozée_, dit Voltaire, est peut-être celui qui doit le plus

étonner les lecteurs qui ne connaissent point les mœurs antiques. En

effet, comment concevoir, à moins de faire le sacrifice de sa raison,

que le Seigneur puisse ordonner si positivement à ce petit prophète

_d’aller s’évertuer avec une femme de mauvaise vie et de lui faire des

enfants de prostitution_, puis lui enjoindre _d’aller se gaudir avec

une femme qui non seulement ait déjà un amant_, mais qui soit adultère

(_Ozée_, cap. I, v. 2) et dont la jouissance coûte à Ozée _quinze

pièces d’argent et une mesure et demie d’orge_?... (_Ozée_, cap. III,

v. 1.)

Je ne dirai, et seulement par liaison, que peu de chose de ce que

nous rapporte le Nouveau Testament des galantes aventures de la

Madeleine qui, pleurant sur les débauches et les désordres de sa vie

passée, devint un modèle de vertu, comme elle avait été un scandale de

prostitution, ainsi que Marie Égyptienne, une autre fille de joie, dont

les débauches furent effacées par une vie pénitente de quarante ans,

qu’elle passa dans le désert sans manger.

Je borne ici le tableau des prostitutions et des turpitudes du peuple

hébreu, que certes on ne doit point envisager conformément aux idées

que nous avons reçues sur les lois de la décence et de la pudeur. Ces

mœurs, si éloignées des nôtres, n’étaient point grossières dans ces

temps reculés, et ne paraissent confondre notre faible raison que parce

que nous ne pouvons sonder les profondeurs mystérieuses de ce peuple

élu, manifestement conduit par le doigt de Dieu; profondeurs qui nous

seront peut-être un jour dévoilées, alors que les _dies iræ_ seront

arrivés, pendant lesquels les balances d’or de Monseigneur saint Michel

pèseront nos futures destinées dans la vallée de Josaphat (Teste David

cum Sybilla).

La prostitution fut connue de tous les peuples de l’Orient, qui la

pratiquaient sous l’emblème des divinités génératrices. Influencés

par des climats constamment brûlants où le soufre, mêlé à tous les

végétaux et les drogues les plus échauffantes, occasionne dans le

sang et le cerveau de ces explosions qui mènent l’esprit jusqu’au

délire, ces peuples les honorent par des actes de la plus révoltante

impudicité, tribaderie, pédérastie, bestialité, sodomie, onanisme et

jusqu’à la profanation des cadavres de femmes, tout y est mis en usage

pour stimuler leurs désirs éhontés. Mais la volupté ne paraît avoir

nulle part établi son empire avec plus de dépravation et de lubricité

que dans la Grèce et chez les Romains. C’est Orphée, dit-on, qui

le premier introduisit dans la Thrace l’amour infâme des hommes,

παιδεραστια:

(Ille etiam Thracum populis fuit auctor amorem

In teneres transferre mares, citraque, juventam

Ætatis breve ver et primos carpere flores.

Ovide., _Metam._, lib. X, v. 84.)

après la mort d’Eurydice, sa femme. Mais les Bacchantes, pour le

punir de ce crime, le tuèrent et jetèrent sa tête dans le fleuve

Hébrus. Philippe de Macédoine en fit ses délices avec Pausanias,

dont il fut assassiné pour avoir souffert la violence que lui fit

Atticus, son favori, en l’exposant, dans un banquet, à la lubricité

de ses serviteurs. Le divin Platon ne pouvait se passer un moment de

son Alexis ou de son Agathon, et le sage Socrate enseignait entre

deux draps cette honteuse volupté à ses favoris Phédon et Alcibiade.

Xénophon prenait souvent ce plaisir avec Callias et Antolicus,

Pindare avec Amarico, Aristote avec son Herminas; Anacréon brûla pour

Bathyle, et le grand mais bizarre Lycurgue soutenait qu’on ne pouvait

être bon citoyen sans avoir un ami avec qui l’on couchât. Sapho se

rendit célèbre, non moins par ses habitudes lesbiennes de

κλειτοριαζειν, que par ses talents comme poète. Aspasie se prostitua à

Périclès, et Glycère à Alcibiade. Laïs reçut dans ses bras le dégoûtant

Diogène et le galant Aristippe, tandis que Phryné débaucha l’Aréopage

entier. Thaïs, en sortant des bras d’Alexandre, se fit un doux plaisir

de faire brûler le palais de Persépolis, et l’on érigea, dans Athènes,

des autels à la danseuse Cotytto, sous le nom de _Vénus populaire_.

L'oeuvre du comte de Mirabeau · 第 11 / 17 段