Rien dans l’antiquité n’approcha jamais de cette consolante doctrine

de ramener à l’honneur par le repentir. Régénérée par la pénitence,

une chrétienne, quelque grande que soit la faute qu’elle a commise,

si elle s’en repent, est aussitôt purifiée et rendue à sa première

considération. Aussi, il y a au ciel, pour une brebis égarée qui

revient au bercail de l’Église, beaucoup plus de joie que pour dix

saints qui n’ont jamais péché.

La vie de Marie-Madeleine nous en offre le plus frappant exemple

et confirme nos réflexions. Après avoir mené une vie libertine et

débauchée, et vendu, comme les vestales de l’Opéra, des cordons verts

aux libertins de Jérusalem, un jour qu’elle savait que Jésus-Christ

était allé dîner chez le Pharisien Simon, touchée sans doute par un

mouvement de curiosité si naturelle à son sexe, ou peut-être par un

caprice de vertu, ou, ce qui est plus probable, par le délabrement

d’une santé usée dans les débauches, Madeleine pénètre dans la salle du

repas et s’y jette, avec une sainte impudence, aux pieds du Sauveur,

les embrasse, les baise, les parfume, les arrose de ses larmes et les

essuie de ses cheveux.

Alors, témoin de cette scène attendrissante et supposant, dans son

orgueil, que les dérèglements de cette femme ne sont point connus à son

convié, parce que, au lieu de rejeter, il accueille l’hommage impur

de cette prostituée, l’incrédule Pharisien doute témérairement de la

puissance du divin prophète et reste confondu lorsqu’il entend Jésus

dire à cette courtisane qu’il préfère son ardent amour à la tiédeur

de ceux qui ne l’aiment que du bout des lèvres et qu’il pardonne ses

péchés parce qu’elle a beaucoup aimé. (Saint Luc, chap. VIII, v. 36 à

50.)

Admirable et touchant modèle de conversion! Elle nous fait voir, disent

les saints Pères, que la pécheresse la plus noire devient blanche comme

neige devant Dieu, lorsque l’humilité sanctionne sa pénitence... et,

comme dit quelque part l’impie Boufflers, se sauve ainsi du grand feu

que Dieu a fait là-bas pour ceux qui ne vont pas là-haut.....

SUR LA TROPOÏDE

_Tropoïde_, du grec τρόπος, _mœurs_, _genre de vie_, _moralité d’un

peuple_.

Dans le tableau si vrai, si caractéristique de la législation et de la

moralité du peuple hébreu qu’il dépeint avec la supériorité du talent

d’un habile politique et d’un profond penseur, Mirabeau, qu’aucune

considération n’arrête lorsqu’il s’agit d’agrandir les limites de notre

intelligence par une vérité quelconque, imprime à ce chapitre le cachet

de son génie, en y développant les observations les plus judicieuses

et les plus profondes réflexions, il compare avec une étonnante

sagacité les mœurs et les coutumes des Juifs du temps de Moïse avec nos

habitudes, nos mœurs et nos libertés, que le despotisme des prêtres et

des rois a si longtemps tenues courbées sous leur sceptre avilissant,

mais dont la philosophie du dix-huitième siècle, par ses longs et

constants efforts, a fait enfin justice à jamais. Depuis cette époque

si mémorable, la civilisation est en marche: ses progrès peuvent être

ralentis; mais ni les misérables intrigues du sacerdoce, qui menace de

tout abrutir pour tout dominer, ni les actes impolitiques et imprudents

des gouvernements actuels, dont la violence, l’astuce et l’intérêt

sont les plus puissants mobiles, ne parviendront jamais à comprimer

l’essor de la progressive émancipation de l’esprit humain. Une immense

impulsion lui est donnée, et l’imprescriptible liberté, désormais

circonscrite dans les bornes bien entendues du devoir social, fera

insensiblement _le tour du monde_, triomphera de leurs vains efforts et

anéantira quelque jour l’œuvre de l’iniquité et de la corruption.

Mais revenons au sujet de ce titre.

La _Tropoïde_, dit le révérend père Lamy, est tirée des instructions et

des règles de morale de la lettre de l’Écriture. La loi juive défend

de lier la bouche au bœuf qui bat le blé (_Deut._, chap. XXV, v. 4) et

saint Paul se sert de ce précepte de Moïse pour établir l’obligation

qu’ont les fidèles de fournir aux ministres de l’Évangile tout ce qui

leur est nécessaire (_I. Corinth._, chap. IX, v. 9.--_I. à Timoth._,

chap. V, v. 18), ce qui n’est pas mal entendre ses intérêts. D’après

saint Jérôme (dans sa _lettre à Hedibia_), le sens tropologique est

celui qui nous élève au-dessus du sens littéral et nous fait donner une

explication morale et propre à nous faire connaître ce qui se passait

parmi le peuple juif: récit qui n’est pas du tout à son avantage.

I.--«Quand la fille avait engagé sa foi, les matrones la conduisaient au

dieu Priape.»

Si on voulait juger avec sévérité des mœurs et des habitudes du peuple

romain par les expressions libres de quelques-uns de ses écrivains les

plus célèbres; si l’on exposait au grand jour les tableaux obscènes

de l’antiquité que l’on a découverts dans les fouilles d’Herculanum

et de Pompéi, il faudrait en conclure nécessairement que la pudeur,

loin d’être un sentiment naturel et indispensable à l’homme, n’est

chez lui qu’une simple vertu de convention. Cependant, je ne saurais

m’imaginer qu’il ait existé sur la terre un peuple assez impudent,

assez dénaturé, assez ennemi de lui-même, pour établir, de gaîté de

cœur, un culte contre la décence et les bonnes mœurs. Or, le culte de

Priape, que je vais décrire, n’était point indécent chez les anciens;

car ils regardaient la propagation comme un devoir trop sacré et trop

sérieux pour voir dans la consécration du _Phallus_ et du _Kleis_ (ou

des parties sexuelles de l’homme et de la femme dans leurs sanctuaires)

autre chose qu’un emblème de la fécondité universelle, et ils le

sculptaient jusque sur les portes de leurs temples, comme le symbole

des premiers vœux de la nature.

De là ce culte de _Priape_, qui passa à Rome de l’Étrurie, où

l’apportèrent les Corybantes et les Cabires. (Virey, _Dissertation

sur le libertinage_, art. III.) Au rapport de Strabon et d’autres

écrivains de l’antiquité, ce dieu était fils de Bacchus et de Vénus.

Il naquit à Lampsaque, ville de la Troade, non loin de l’Hellespont,

où sa mère l’abandonna à cause de sa difformité. On dit que, toujours

jalouse de Vénus, Junon, sous prétexte de l’aider dans ses couches,

toucha l’enfant d’une main perfide, au moment qu’il vint au monde, et

le rendit tellement monstrueux à certaine partie de son corps, que je

ne puis mieux nommer qu’en ne la nommant pas, qu’il fit tourner la tête

à toutes les jolies femmes de Lampsaque: c’était à qui l’enlèverait.

Mais les maris ne se souciant guère de voir leurs fronts s’enrichir

d’une coiffe que les dames distribuent si volontiers, le chassèrent de

leur ville sur un décret du Sénat. Priape, piqué du procédé peu galant

de ces jaloux, les frappa d’une espèce de maladie qui les rendait

extravagants et dissolus dans leurs plaisirs. Ces malheureux époux,

doublement punis, furent consulter l’oracle de Dordone, qui leur

ordonna de rappeler Priape de son exil.

Je passerai sous silence comme fastidieux ses attributions et son

emploi qui le commettait à la garde des jardins, où il servait

d’épouvantail aux oiseaux et aux voleurs qu’il menaçait de cette

disposition pénale:

_Fœmina si furtum faciet mihi, virque puerque,

Hæc cunnum, caput hic, probeat ille nates._

Je dirai que ce dieu présidait à toutes les débauches du paganisme.

Ses _Phallalogies_, ou ses fêtes, se célébraient particulièrement à

Lampsaque. Les Égyptiens, selon certain auteur, le nommaient _Horus_

et le représentaient «jeune, ailé, avec un disque sous le pied, tenant

un sceptre dans la main droite, et de la gauche soulevant son membre

viril, qui égalait en grosseur tout le reste de son corps.» Festus

rapporte que les Romains lui élevèrent un temple sous le nom de

_Mutinus_, «où il était assis avec le membre en érection, sur lequel

les jeunes épouses venaient s’asseoir avant de passer dans les bras

de leurs maris, afin que ce Dieu eût les prémices de leur virginité.

C’est pour cela que lui était dédiée la première nuit des noces,

que présidaient, sous ses ordres, les dieux _Subigus_, _Jugatinus_,

_Domitius_ et _Mutius_ (_Jugatinus_, qui unissait l’homme et la

femme par le mariage. AUGUST., _De Civ._, IV, c. 8.--_Domitius_,

qui protégeait la mariée dans la maison du mari. AUG., VI, c.

9.--_Mutinus_, dont la coutume religieuse était de faire asseoir la

jeune mariée sur un _fascinum_, de dimension énorme et monstrueuse.

AUG., IV, c. 11), et les déesses _Virginiensis_, _Prenia_, _Pertunda_,

_Manturna_, _Cinxia_, _Matuta_, _Mena_, _Volupia_, _Strenua_,

_Stimula_, etc. (_Manturna_, dont l’office était de faire en sorte que

la femme restât avec le mari. AUG., IV, c. 9.--_Cinxia_, qui devait

ôter la ceinture à la mariée. ARNOB., lib. III, p. 118.--_Matuta_,

qui présidait aux caresses du réveil. PLUT., _in Camillo_.--_Mena_,

qui présidait aux menstrues des femmes. AUG., c. 11.--_Volupia_,

qui présidait à la volupté. ARNOB., lib. IV, p. 131.--_Strenua_,

qui excitait au coït. AUG., IV, c. 11.--_Stimula_, qui faisait

agir avec vivacité. AUG., IV, c. 11.--_Viripiaca_, qui présidait

au raccommodement. VAL. MAX., lib. II, c. 1, n. 6.--_Prosa_, qui

présidait aux accouchements. AUL. GELL., lib. XVI, c. 17.--_Egeria_,

qui présidait à la délivrance. Voyez FESTUS.) Toutes divinités

officieuses qu’on invoquait dans l’acte du coït, et qui avaient dans la

cérémonie de l’hymen chacune un emploi particulier.

La jeune mariée, au sortir de la couche nuptiale, allait offrir à

Priape autant de branches de saule qu’elle avait essuyé d’assauts

amoureux:

_Quæ quot nocte viros peregit unâ,

Tot vergas tibi dedicat salignas._

Ce dieu fut aussi surnommé _Phallus_, _Ityphallus_, _Triphallus_ et

_Fascinus_ (Plutarque, dans ses _Commentaires_, περι τῆς φιλοπλουτίας,

ou _Passion des Richesses_, et dans son livre sur _Isis et Osiris_;

Columelle, dans son _Traité de l’Agriculture_, Pompéjus et Hérodote,

liv. 2, en donne une ample description), symboles de la fécondité, que

l’on voyait en tous lieux, sur les dieux Termes, dans les jardins, dans

les gynécées des dames romaines, où, pour tribut de reconnaissance,

elles appendaient à sa chapelle des tableaux votifs, et posaient

publiquement des couronnes de fleurs sur son membre en érection.

Ces dames portaient des phallus à leur cou, et en suspendaient à celui

de leurs enfants. Ces bijoux précieux étaient ordinairement d’or,

d’ivoire, de verre ou de bois; quelquefois elles en faisaient en étoffe

de laine ou de soie pour amuser leur... libertinage et charger leur

vaisseau (_ad suam onerandam navem_), comme le dit si plaisamment

Pétrone.

Quoique nos mœurs n’admettent pas d’honorer publiquement ce dieu, nous

ne cessons cependant de lui dresser des autels en particulier: ce sont

les boudoirs de nos petites maîtresses qui remplacent maintenant ces

édicules.

Au reste, saint Jérôme croit que ce dieu était le même que le dieu des

Moabites et des Madianites, qu’ils invoquaient sous le nom de _Peor_,

_Beelphegar_ ou _Phegor_. Mais toujours est-il que Priape était connu

et même adoré des Juifs, puisqu’il est rapporté dans la Bible que

«dans la vingtième année du règne de Jéroboam, roi d’Israël, Asa, roi

de Yuda, chassa de son territoire tous les efféminés et purifia son

royaume de toutes les souillures de l’idolâtrie que ses pères avaient

établies. De plus, il défendit à sa mère Mahacham d’être désormais

la prêtresse des sacrifices de Priape, dans le bois qui lui était

consacré; puis il renversa sa statue et brûla cette image infâme dans

le torrent de Cédron.» (_Rois_, chap. XV, v. 9 à 13.--_Paralipomènes_,

liv. II, ch. XV, v. 16.) Le texte hébreu porte _miphletzet_, que les

interprètes traduisent indifféremment par _caverne_, _assemblée_,

_idole_, mots qui dans ce passage de la Bible expriment la même idée;

car il est avéré que Mahacham, avec la confrérie qu’elle avait formée

et dont elle était le chef, célébrait dans les bois ou lieux obscurs

les sacrifices de Priape, qu’accompagnaient les crimes les plus honteux

et les plus infâmes prostitutions.

SUR LE THALABA

Mot hébreu que l’on comprendra aisément quand on aura lu l’histoire des

Jésuites, l’_Onanisme_ de Tissot et la _Nymphomanie_ de M. de Bienville.

I.--«Un des plus beaux monuments de la sagesse des anciens est leur

gymnastique.»

L’homme par sa nature, destiné au travail, a souvent besoin de se

reposer de ses fatigues. C’est dans ces intervalles de repos momentané

qu’il aime à se livrer volontiers aux plaisirs du jeu qui récréent son

esprit, en même temps qu’ils lui préparent de nouvelles forces pour

reprendre ses travaux accoutumés. Mais si je parle de jeu, je n’entends

nullement vanter ici ces dangereuses maisons qui engloutissent la

santé, l’honneur et la fortune des gens crédules qui entretiennent avec

elles de funestes rapports, que repousse la morale publique et qu’une

politique bien entendue eût depuis longtemps supprimées, si, pour les

maintenir, l’avidité du fisc n’usait de tout le pouvoir dont il est

revêtu.

Je ne signale donc les dangers de cette vile passion qui dégrade

l’homme en le portant à tous les excès, que pour relever davantage ces

jeux et ces exercices si utiles que les anciens avaient rangés parmi

leurs cérémonies religieuses, dans le but de développer les forces et

l’agilité du corps, et de disposer la jeunesse par une santé robuste,

toujours si influente sur ses actions, à devenir d’utiles citoyens.

Les théâtres consacrés à ces nobles gymnastiques (du grec γυμναστικὸς,

lieu où les Grecs s’exerçaient à certains jeux; formé de γυμνος

_nu_, parce qu’ils étaient nus ou presque nus pour s’y livrer plus

librement), étaient des lieux spacieux, où les anciens s’assemblaient

pour y disputer le prix de la lutte, du disque, du palet, de la course,

du saut ou du pugilat.

Leurs jeux les plus célèbres étaient au nombre de quatre, qu’ils

désignaient sous le nom de _combat_ ἀγων, ainsi que le

confirme ce vers d’Homère:

Τεσσαρές εἰσιν αγῶνες Ελλαδα

Les _Olympiques_ se célébraient au bout de quatre ans révolus, en

l’honneur de Jupiter, à Pise, non loin d’Olympie, ville d’Élide, dans

le Péloponèse. Ils duraient cinq jours et commençaient par un sacrifice

solennel.

Les _Pythiques_ avaient lieu à Delphes, en l’honneur d’Apollon, pour

perpétuer sa victoire sur le serpent Python.

Les _Isthmiques_, institués par Sisyphe, roi de Corinthe, en l’honneur

de Neptune, se solennisaient tous les trois ans dans l’isthme de

Corinthe, près du temple de ce dieu.

Et les cérémonies des Néméens se consacraient à la même époque à Argos,

en mémoire d’Archemor, fils de Lycurgue, roi de Némie, qui mourut de la

morsure d’un serpent.

Célébrés avec éclat et magnificence, sous les yeux des rois, des

magistrats et d’une foule immense de spectateurs que le désir de la

gloire y attirait de toutes parts, ces jeux enflammaient l’émulation en

élevant l’âme aux grandes actions, et enfantaient des citoyens dévoués

à la patrie.

Le vainqueur était couronné de branches de pin, de laurier, de feuilles

d’olivier sauvage ou de roses, aux yeux de tous les assistants et au

bruit de leurs acclamations. Honoré dans sa patrie pour le reste de

ses jours, son nom et sa victoire étaient chantés par les plus grands

poètes. On lui érigeait des statues, et on poussa même les éloges du

vainqueur jusqu’à l’élever au rang des dieux.

C’est par ces nobles institutions que la Grèce remplit le monde

de l’éclat de sa gloire et qu’elle parvint à transmettre son nom à

l’immortalité.

SUR L’ANANDRINE

Formé ανανδρύνομαι, _devenir lâche_, _diminuer_, composé de l’α

privatif et de l’ν euphonique: _efféminéité_.

I.--«Sapho... peut être regardée comme la plus illustre des tribades.»

Cette célèbre, mais trop infortunée Sapho, qui vécut du temps de

Stésichore et d’Alcée, environ 600 ans avant l’ère chrétienne, se

distingua non seulement par ses habitudes lesbiennes de κλειτοριάζειν.

(Voyez la _Linguanmanie_.) C’est cette erreur lascive qui justifie la

résection du clitoris dans les pays méridionaux, où les femmes, par

le prolongement quelquefois prodigieux de cette portion externe des

nymphes, ont propagé cette nouvelle manière d’aimer de Sapho. (Voyez

l’_Akropodie_, que Sénèque et saint Augustin lui reprochent avec tant

de véhémence, mais encore par son beau talent poétique, qui la fit

surnommer la dixième Muse. Elle inventa deux sortes de rythmes, le

saphique et l’éolique, et dans la faible partie de ses œuvres que

l’ignorance et la barbarie ont laissé parvenir jusqu’à nous, son âme

respire tout entière dans les vers brûlants d’amour, qu’elle soupirait

pour le volage Phaon.

L’ardeur, ou plutôt le feu de son tempérament, dit Virey, la fit

accuser d’un vice... qui la rendit presque un homme: _Mascula Sapho_.

Inspirée par l’amour et les dédains de Phaon, elle put transmettre à la

postérité la peinture de ses ardeurs ou plutôt les transports de son

érotomanie; elle les eût moins vivement représentés s’ils eussent été

assouvis. Tout prouve donc que le génie ne s’allume que par la chaleur

amoureuse, et celle-ci ne brille que dans les caractères virils, même

chez les femmes de lettres les plus célèbres. (Virey, _Effets de

l’Amour sur l’esprit_.)

Voici la traduction, par Boileau, d’une des odes que Sapho adressa à

une Lesbienne, et qui fera juger de son beau génie:

_Heureux qui, près de toi, pour toi seule soupire,

Qui jouit du plaisir de t’entendre parler,

Qui te voit quelquefois doucement lui sourire.

Les Dieux, dans son bonheur, pourraient-ils l’égaler?_

_Je sens de veine en veine une subtile flamme

Courir par tout mon corps sitôt que je te vois;

Et dans les doux transports où s’effare mon âme,

Je ne saurais trouver de langue ni de voix._

_Un nuage confus se répand sur ma vue,

Je n’entends plus, je tombe en de douces langueurs;

Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue,

Un frisson me saisit, je tombe, je me meurs!_

SUR L’AKROPODIE

Du grec ακρος, _extrémité_, et πόδια, _chaussure_, et par extension,

_retranchement du prépuce_.

SUR LE KADESCH

Du grec καθεσις, _introduction d’un instrument chirurgical_,

_mutilation_.

I.--«En Italie, cette atrocité n’a pour objet que le perfectionnement

d’un vain talent.»

La dissolution des mœurs, la défiance et le despotisme des Orientaux

ont inventé la mutilation que la polygamie a perpétuée. C’est à

_Spada_, village de Perse, que l’on commença à dépouiller les hommes

des organes essentiels de la virilité. De là, sans doute, l’origine du

mot latin _spado_, qui signifie eunuque, castrat.

La plupart des peuples de l’antiquité ont pratiqué cet usage barbare.

Sémiramis, si fameuse par son ambition, son courage et ses débauches,

ordonna, au rapport d’Ammianus (Lib. IV, refert Semiramidem primam

omnium mares castrasse), de châtrer les hommes faiblement constitués,

pour leur ôter les moyens de propager des races débiles, et le

législateur de Sparte, imitant cette cruelle politique, la consacrait

par des lois. L’histoire nous a transmis le souvenir du fanatisme

déplorable qui poussaient les prêtres de Cybèle (Lucian, De Dea Syria)

et les Valésiens à altérer leur existence par la castration. Elle

fait également mention d’Origène, qui, pour se détacher entièrement

des choses de la terre et ne s’occuper que des choses célestes, mais

interprétant trop rigoureusement le passage de saint Mathieu: «Il en

est qui se sont châtrés pour acquérir le royaume des cieux (Cap. XIX,

v. 12)», se soumit lui-même à la mutilation «et outrepassa le but,

dit Virey, en retranchant la source de la force et le mérite de la

résistance contre les tribulations de ce monde».

Les motifs d’une excessive jalousie qu’ils portaient de leurs femmes,

sans cesse exposées dans ces climats brûlants à devenir avec facilité

la conquête de tous les hommes, ont pu seuls inspirer aux peuples

de l’Orient l’affreuse idée de mutiler un sexe pour le commettre à

la garde de l’autre. Et c’est particulièrement à ces raisons qu’il

faut attribuer l’origine des eunuques (Du grec ευνη, _lit_, et εχω,

_je garde_) et des sérails, où ces êtres dégradés sont investis de

la surveillance des femmes destinées à leurs plaisirs, emploi qui a

beaucoup d’analogie avec celui des duègnes, en Espagne, chargées de

veiller sur la conduite des dames confiées à leurs soins.

C’est dans la plus tendre enfance et jusqu’à l’âge viril que cette

cruelle exécution s’exécute, au moyen de ligatures imbibées d’une

liqueur caustique ou d’un cordon de soie que l’on serre autour de la

verge et du scrotum; peu de jours suffisent à l’entier rétablissement

de ces infortunés. Privés ainsi de tous les caractères de leur sexe,

et n’inspirant plus de crainte par leur impuissance complète, ils

sont reconnus capables de l’emploi d’eunuques, et dès lors ils ont le

droit d’approcher des femmes renfermées dans les harems. Sans aucune

sensibilité quelconque, pâles et d’une démarche traînante, imberbes

et le corps flétri, bien que jeunes encore, ils portent sur un visage

profondément sillonné de rides tous les signes d’une vieillesse

prématurée; et l’on pourrait dire d’eux ce que saint Chrysostome disait

de l’eunuque Eutrope: «Quand son fard est ôté, son visage paraît plus

laid et plus ridé que celui d’une vieille femme.»

Une fois revêtus de cet emploi, souples et sûrs ministres des plaisirs

capricieux de leurs maîtres, de méprisables valets qu’ils étaient, ils

parviennent quelquefois, en rampant adroitement, jusqu’à la plus haute

faveur. Quelques eunuques, au sommet de la puissance, ont exécuté de

grandes choses; mais comme la mutilation influe beaucoup sur le moral,

leurs vices ont toujours dominé, et ils se sont souvent vengés sur le

genre humain de la condition avilissante où ils étaient condamnés;

c’est dans leur sein que l’on a vu s’amonceler des orages qui ont

renversé des Etats.

Une sorte d’eunuques, non moins fameux par leurs infâmes débauches

que par leur dégradation, auxquels les Romains, du temps de l’Empire,

extirpaient les testicules, sont de ces misérables qui faisaient le

plus indigne abus de la verge qu’on leur avait conservée. Les dames

romaines en raffolaient, et Juvénal en donne la raison lorsqu’il dit

(Liv. II, sat. 6, v. 305 à 379):

_Sunt quas eunuchi imbelles ac mollia semper

Oscula delectent, ac desperatio barbæ.

Et quod abortivo non est opus. Illa voluptas

Summa tamen, quod jam calida matura jumenta,

Inguina traduntur medicis, jam pectine nigro

Ergo expectatos, ac jussos, crescere primum

Testiculos, postquam cœperunt esse bilibres

Tonsoris damno tamen rapit Heliodorus.

Conspicuus longe, cunctisque notabilis intrat

Balnea, nec dubie custodem vitis et horti

Provocat, a domina factus spado. Dormiat ille

Cum domina. Sed tu jam durum, Postume, jamque

Tundendum eunucho Bromium committere noli._

(Il en est qui trouvent les baisers de l’eunuque efféminé d’autant plus

délicieux qu’elles n’appréhendent point une barbe importune, et n’ont

pas besoin de se faire avorter. Mais afin que la volupté n’y perde

rien, elles ne les livrent au fer qu’après que leurs organes, bien

développés, se sont ombragés des signes de la puberté; alors Heliodorus

les opère, au seul préjudice du barbier. L’esclave ainsi traité par sa

maîtresse, est sûr, dès qu’il entre dans nos bains, de s’attirer tous

les regards; et même il pourrait hardiment défier le dieu des jardins.

Laisse-le dormir auprès de ton épouse, mais garde-toi bien de lui

confier ton Bromius, malgré sa barbe naissante, et tout robuste qu’il

est déjà. (Trad. de J. Dussaulx. Bibliot. Panckoucke.)

C’est pour empêcher sans doute qu’ils ne devinssent femmes eux-mêmes,

et parce qu’ils conservaient quelque reste furtif de ce qui récèle

l’élément de la vie, que les lois avaient accordé la faveur du mariage

à ces Conculix, si différents de ceux de la _Pucelle_. Toutefois leurs

femmes engagées dans un lien légalement inofficieux, puisqu’il était

diamétralement opposé au but de la nature, jouissaient du privilège

commode de se dispenser de la foi conjugale; mais quand le cœur leur

en disait, elles allaient en cachette, pour tranquilliser l’esprit de

leurs maris infirmes, prendre ailleurs leur supplément.

L'oeuvre du comte de Mirabeau · 第 10 / 17 段