montra du doigt un grand homme blanc, sec et basané, d'environ 65 ans,
qui, sur l'ordre du monarque, s'approcha de moi, et me parla
sur-le-champ une langue européenne; je dis en italien à cet interprète,
que je n'entendais point la langue dont il se servait; il me répondit
aussitôt en bon toscan, et nous nous liâmes. Cet homme était portugais;
il se nommait Sarmiento, pris, comme je venais de l'être, il y avait
environ vingt ans. Il s'était attaché à cette cour, depuis cet
intervalle, et n'avait plus pensé à l'Europe. J'appris par son moyen,
mon histoire à _Ben Mâacoro_; (c'était le nom du prince.) Il avait paru
en désirer toutes les circonstances; je ne lui en déguisai aucunes. Il
rit à gorge déployée, quand on lui dit que j'affrontais tant de périls
pour une femme. En voilà deux mille dans ce palais, dit-il, qui ne me
feraient seulement pas bouger de ma place. Vous êtes fous,
continua-t-il, vous autres Européens, d'idolâtrer ce sexe; une femme est
faite pour qu'on en jouisse, et non pour qu'on l'adore; c'est offenser
les Dieux de son pays, que de rendre à de simples créatures, le culte
qui n'est dû qu'à eux. Il est absurde d'accorder de l'autorité aux
femmes, très-dangereux de s'asservir à elles; c'est avilir son sexe,
c'est dégrader la nature, c'est devenir esclaves des êtres au-dessus
desquels elle nous a placés. Sans m'amuser à réfuter ce raisonnement, je
demandai au Portugais où le prince avait acquis ces connaissances sur
nos nations. Il en juge sur ce que je lui ai dit, me répondit Sarmiento;
il n'a jamais vu d'Européen, que vous et moi. Je sollicitai ma liberté;
le prince me fit approcher de lui; j'étais nud: il examina mon corps; il
le toucha par-tout, à-peu-près de la même façon qu'un boucher examine un
boeuf, et il dit à Sarmiento, qu'il me trouvait trop maigre, pour être
mangé, et trop âgé pour ses _plaisirs_.... Pour _ses plaisirs_,
m'écriai-je.... Eh quoi! ne voilà-t-il pas assez de femmes?... C'est
précisément parce qu'il en a de trop, qu'il en est rassasié, me répondit
l'interprète.... O Français! ne connais-tu donc pas les effets de la
satiété; elle déprave, elle corrompt les goûts, et les rapproche de la
nature, en paraissant les en écarter.... Lorsque le grain germe dans la
terre, lorsqu'il se fertilise et se reproduit, est-ce autrement que par
corruption, et la corruption n'est-elle pas la première des loix
génératrices? Quand tu seras resté quelque temps ici, quand tu auras
connu les moeurs de cette nation, tu deviendras peut-être plus
philosophe.--Ami, dis-je au Portugais, tout ce que je vois, et tout ce
que tu m'apprends, ne me donne pas une fort grande envie d'habiter chez
elle; j'aime mieux retourner en Europe, où l'on ne mange pas d'hommes,
où l'on ne sacrifie pas de filles, et où on ne se sert pas de
garçons.--Je vais le demander pour toi, me répondit le Portugais, mais
je doute fort que tu l'obtiennes. Il parla en effet au roi, et la
réponse fut négative. Cependant on ôta mes liens, et le monarque me dit
que celui qui m'expliquait ses pensées, vieillissant, il me destinait à
le remplacer; que j'apprendrais facilement, par son moyen, la langue de
Butua; que le Portugais me mettrait au fait de mes fonctions à la cour,
et qu'on ne me laissait la vie, qu'aux conditions que je les remplirais.
Je m'inclinai, et nous nous retirâmes.
Sarmiento m'apprit de quelles espèces étaient ces fonctions; mais
préalablement il m'expliqua différentes choses nécessaires à me donner
une idée du pays où j'étais. Il me dit que le royaume de Butua était
beaucoup plus grand qu'il ne paraissait; qu'il s'étendait d'une part, au
midi, jusqu'à la frontière des Hottentots, voisinage qui me séduisit,
par l'espérance que je conçus, de regagner un jour par-là, les
possessions hollandaises, que j'avais tant d'envie d'atteindre.
Au nord, poursuivit Sarmiento, cet état-ci s'étend jusqu'au royaume de
_Monoe-mugi_; il touche les monts _Lutapa_, vers l'orient, et confine à
l'occident, aux _Jagas_; tout cela, dans une étendue aussi considérable
que le Portugal. De toutes les parties de ce royaume, continua mon
instituteur, il arrive chaque mois des tributs de femmes au monarque; tu
seras l'inspecteur de cette espèce d'impôt; tu les examineras, mais
simplement leur corps; on ne te les montrera jamais que voilées; tu
recevras les mieux faites, tu réformeras les autres. Le tribut monte
ordinairement à cinq mille; tu en maintiendras toujours sur ce nombre,
un complet de deux mille: voilà tes fonctions. Si tu aimes les femmes,
tu souffriras sans-doute, et de ne les pas voir, et d'être obligé de les
céder, sans en jouir. Au reste, réfléchis à ta réponse; tu sais ce que
t'a dit l'empereur: ou cela, ou la mort; il ne ferait peut-être pas la
même grâce à d'autres. Mais, d'où vient, demandai-je au Portugais,
choisit-il un Européen, pour la partie que tu viens de m'expliquer; un
homme de sa nation s'entendrait moins mal, ce me semble, au genre de
beauté qui lui convient? Point du tout; il prétend que nous nous y
connaissons mieux que ses sujets; quelques réflexions que je lui
communiquai sur cela, quand j'arrivai ici, le convainquirent de la
délicatesse de mon goût, et de la justesse de mes idées; il imagina de
me donner l'emploi dont je viens de te parler. Je m'en suis assez bien
acquitté; je vieillis, il veut me remplacer; un Européen se présente à
lui, il lui suppose les mêmes lumières, il le choisît, rien de plus
simple.
Ma réponse se dictait d'elle-même; pour réussir à l'évasion que je
méditais, je devais d'abord mériter de la confiance; on m'offrait les
moyens de la gagner; devais-je balancer? Je supposais d'ailleurs Léonore
sur les mers d'Afrique; j'étais parti de Maroc. Dans cette opinion; le
hasard ne pouvait-il pas l'amener dans cet empire? Voilée ou non, ne la
reconnaîtrai-je pas; l'amour égare-t-il; se trompe-t-il à de certains
examens?... Mais au moins, dis-je au Portugais, je me flatte que ces
morceaux friands, dont il me paraît que le roi se régale, ne seront pas
soumis à mon inspection: je quitte l'emploi, s'il faut se mêler des
garçons. Ne crains rien, me dit Sarmiento, il ne s'en rapporte qu'à ses
yeux, pour le choix de ce gibier; les tributs moins nombreux, n'arrivent
que dans son palais, et les choix ne sont jamais faits que par lui. Tout
en causant, Sarmiento me promenait de chambre en chambre, et je vis
ainsi la totalité du palais, excepté les harems secrets, composés de ce
qu'il y avait de plus beau dans l'un et l'autre sexe, mais où nul mortel
n'était introduit.
Toutes les femmes du Prince, continua Sarmiento, au nombre de douze
mille, se divisent en quatre classes; il forme lui-même ces classes à
mesure qu'il reçoit les femmes des mains de celui qui les lui choisit:
les plus grandes, les plus fortes, les mieux constituées se placent dans
le détachement qui garde son palais; ce qu'on appelle les _cinq cens
esclaves_ est formé de l'espèce inférieure à celle dont je viens de
parler: ces femmes sont ordinairement de vingt à trente ans; a elles
appartient le service intérieur du palais, les travaux des jardins, et
généralement toutes les corvées. Il forme la troisième classe depuis
seize ans, jusqu'à vingt ans; celles-là servent aux sacrifices; c'est
parmi elles que se prennent les victimes immolées à son Dieu. La
quatrième classe enfin renferme tout ce qu'il y a de plus délicat et de
plus joli depuis l'enfance jusqu'à seize ans. C'est là ce qui sert plus
particulièrement à ses plaisirs; ce serait là où se placeraient les
blanches, s'il en avait....--En a-t-il eu, interrompis-je avec
empressement?--Pas encore, répondit le Portugais; mais il en désire avec
ardeur, et ne néglige rien de tout ce qui peut lui en procurer... et
l'espérance, à ces paroles, sembla renaître dans mon coeur.
Malgré ces divisions, reprit le Portugais, toutes ces femmes, de quelque
classe qu'elles soient, n'en satisfont pas moins la brutalité de ce
despote: quand il a envie de l'une d'entr'elles, il envoie un de ses
officiers donner cent coups d'étrivières à la femme désirée; cette
faveur répond au mouchoir du Sultan de Bisance, elle instruit la
favorite de l'honneur qui lui est réservé: dès-lors elle se rend où le
Prince l'attend, et comme il en emploie souvent un grand nombre dans le
même jour, un grand nombre reçoit chaque matin l'avertissement que je
viens de dire.... Ici je frémis: ô Léonore! me dis-je, si tu tombais
dans les mains de ce monstre, si je ne pouvais t'en garantir, serait-il
possible que ces attraits que j'idolâtre fussent aussi indignement
flétris.... Grand Dieu, prive-moi plutôt de la vie que d'exposer Léonore
à un tel malheur; que je rentre plutôt mille fois dans le sein de la
nature avant que de voir tout ce que j'aime aussi cruellement outragé!
Ami repris-je aussi-tôt, tout rempli de l'affreuse idée que le Portugais
venait de jeter dans mon esprit, l'exécution de ce raffinement d'horreur
dont vous venez de me parler, ne me regardera pas, j'espère....--Non,
non, dit Sarmiento, en éclatant de rire, non, tout cela concerne le chef
du sérail, tes fonctions n'ont rien de commun avec les siennes: tu lui
composes par ton choix dans les cinq mille femmes qui arrivent chaque
année, les deux mille sur lesquelles il commande; cela fait, vous n'avez
plus rien à démêler ensemble. Bon, répondis-je; car, s'il fallait faire
répandre une seule larme à quelques unes de ces infortunées... je t'en
préviens... je déserterais le même jour. Je ferai mon devoir avec
exactitude, poursuivis-je; mais uniquement occupé de celle que
j'idolâtre, ces créatures-ci n'auront assurément de moi ni châtiment, ni
faveurs; ainsi, les privations que sa jalousie m'impose, me touche fort
peu, comme tu vois.--Ami, me répondit le Portugais, vous me paraissez un
galant homme, vous aimez encore comme on faisait au dixième siècle: je
crois voir en vous l'un des preux de l'antiquité chevaleresque, et cette
vertu me charme, quoique je sois très-loin de l'adopter.... Nous ne
verrons plus Sa Majesté du jour: il est tard; vous devez avoir faim,
venez vous rafraîchir chez moi, j'achèverai demain de vous instruire.
Je suivis mon guide: il me fit entrer dans une chaumière construite
à-peu-près dans le goût de celle du Prince, mais infiniment moins
spacieuse. Deux jeunes nègres servirent le souper sur des nattes de
jonc, et nous nous plaçâmes à la manière africaine; car notre Portugais,
totalement dénaturalisé, avait adopté et les moeurs et toutes les
coutumes de la nation chez laquelle il était. On apporta un morceau de
viande rôti, et mon saint homme ayant dît son _Benedicite_, (car la
superstition n'abandonne jamais un Portugais) il m'offrit un filet de la
chair qu'on venait de placer sur la table.--Un mouvement involontaire me
saisit ici malgré moi.--Frère, dis-je avec un trouble qu'il ne m'était
pas possible de déguiser, foi d'Européen, je mets que tu me sers là, ne
serait-il point par hasard une portion de hanche ou de fesse d'une de
ces demoiselles dont le sang inondait tantôt les autels du Dieu de ton
maître?... Eh quoi! me répondit flegmatiquement le Portugais, de telles
minuties t'arrêteraient-elles? T'imagines-tu vivre ici sans te soumettre
à ce régime?--Malheureux! M'écriai-je, en me levant de table, le coeur
sur les lèvres, ton régal me fait frémir... j'expirerais plutôt que d'y
toucher.... C'est donc sur ce plat effroyable que tu osais demander la
bénédiction du Ciel?... Terrible homme! à ce mélange de superstition et
de crime, tu n'as même pas voulu déguiser ta Nation.... Va, je t'aurais
reconnu sans que tu te nommasses.--Et j'allais sortir tout effrayé de sa
maison.... Mais Sarmiento me retenant.--Arrête, me dit-il, je pardonne
ce dégoût à tes habitudes, à tes préjugés nationaux; mais c'est trop s'y
livrer: cesse de faire ici le difficile, et saches te plier aux
situations; les répugnances ne sont que des faiblesses, mon ami, ce sont
de petites maladies ce l'organisation, à la cure desquelles on n'a pas
travaillé jeune, et qui nous maîtrisent quand nous leur avons cédé. Il
en est absolument de ceci comme de beaucoup d'autres choses:
l'imagination séduite par des préjugés nous suggère d'abord des refus
... on essaie... on s'en trouve bien, et le goût se décide quelquefois
avec d'autant plus de violence, que l'éloignement avait plus de force en
nous. Je suis arrivé ici comme toi, entêté de sottes idées nationales;
je blâmais tout... je trouvais tout absurde: les usages de ces peuples
m'effrayaient autant que leurs moeurs, et maintenant je fais tout comme
eux. Nous appartenons encore plus à l'habitude qu'à la nature, mon ami;
celle-ci n'a fait que nous créer, l'autre nous forme; c'est une folie
que de croire qu'il existe une bonté morale: toute manière de se
conduire, absolument indifférente en elle-même, devient bonne ou
mauvaise en raison du pays qui la juge; mais l'homme sage doit adopter,
s'il veut vivre heureux, celle du climat où le sort le jette.... J'eus
peut-être fait comme toi à _Lisbonne_.... A _Butua_ je fais comme les
nègres.... Eh que diable veux-tu que je te donne à souper, dès que tu ne
veux pas te nourrir de ce dont tout le monde mange?... J'ai bien là un
vieux singe, mais il sera dur; je vais ordonner qu'on te le fasse
griller.--Soit, je mangerai sûrement avec moins de dégoût la culotte on
le râble de ton singe, que les carnosités des sultanes de ton roi.--Ce
n'en est pas, morbleu, nous ne mangeons pas la chair des femmes; elle
est filandreuse et fade, et tu n'en verras jamais servir nulle part[9].
Ce mets succulent que tu dédaignes, est la cuisse d'un Jagas tué au
combat d'hier, jeune, frais, et dont le suc doit être délicieux; je l'ai
fait cuire au four, il est dans son jus... regarde.... Mais qu'à cela
ne tienne, trouve bon seulement pendant que tu mangeras mon singe, que
je puisse avaler quelques morceaux de ceci.--Laisse-là ton singe, dis-je
à mon hôte en apercevant un plat de gâteaux et de fruits qu'on nous
préparait sans doute pour le dessert. Fais ton abominable souper tout
seul, et dans un coin opposé le plus loin que je pourrai de toi;
laisse-moi m'alimenter de ceci, j'en aurai beaucoup plus qu'il ne faut.
Mon cher compatriote, me dit l'Européen _cannibalisé_, tout en dévorant
son Jagas, tu reviendras de ces chimères: je t'ai déjà vu blâmer
beaucoup de choses ici, dont tu finiras par faire tes délices; il n'y a
rien où l'habitude ne nous ploie; il n'y a pas d'espèce de goût qui ne
puisse nous venir par l'habitude.--A en juger par tes propos, frère, les
plaisirs dépravés de ton maître sont donc déjà devenus les tiens?--Dans
beaucoup de choses, mon ami, jette les yeux sur ces jeunes nègres, voilà
ceux qui, comme chez lui, m'apprennent à me passer de femmes, et je te
réponds qu'avec eux je ne me doute pas des privations.... Si tu n'étais
pas si scrupuleux, je t'en offrirais.... Comme de ceci, dit-il en
montrant la dégoûtante chair dont il se repaissait.... Mais tu refus
rais tout de même.--Cesse d'en douter, vieux pécheur, et convaincs-toi
bien que j'aimerais mieux déserter ton infâme pays, au risque d'être
mangé par ceux qui l'habitent, que d'y rester une minute aux dépens de
la corruption de mes moeurs.--Ne comprends pas dans la corruption morale
l'usage de manger de la chair humaine. Il est aussi simple de se nourrir
d'un homme que d'un boeuf[10]. Dis si tu veux que la guerre, cause de la
destruction de l'espèce, est un fléau; mais cette destruction faite, il
est absolument égal que ce soient les entrailles de la terre ou celles
de l'homme qui servent de sépulcre à des élémens désorganisés.--Soit;
mais s'il est vrai que cette viande excite la gourmandise, comme le
prétendent et toi, et ceux qui en mangent, le besoin de détruire peut
s'ensuivre de la satisfaction de cette sensualité, et voilà dès
l'instant des crimes combinés, et bientôt après des crimes commis. Les
Voyageurs nous apprennent que les sauvages mangent leurs ennemis, et ils
les excusent, en affirmant qu'ils ne mangent jamais que ceux-là; et qui
assurera que les sauvages, qui, à la vérité ne dévorent aujourd'hui que
ceux qu'ils ont pris à la guerre, n'ont pas commencé par faire la guerre
pour avoir le plaisir de manger des hommes? Or, dans, ce cas, y
aurait-il un goût plus condamnable et plus dangereux, puisqu'il serait
devenu la première cause qui eût armé l'homme contre son semblable, et
qui l'eût contraint à s'entre-détruire?--N'en crois rien, mon ami, c'est
l'ambition, c'est la vengeance, la cupidité, la tyrannie; ce sont toutes
ces passions qui mirent les armes à la main de l'homme, qui l'obligèrent
à se détruire; reste à savoir maintenant si cette destruction est un
aussi grand mal que l'on se l'imagine, et si, ressemblant aux fléaux que
la nature envoie dans les mêmes principes, elle ne la sert pas tout
comme eux. Mais ceci nous entraînerait bien loin: il faudrait analyser
d'abord, comment toi, faible et vile créature, qui n'as la force de rien
créer, peux t'imaginer de pouvoir détruire; comment, selon toi, la mort
pourrait être une destruction, puisque la nature n'en admet aucune dans
ses loix, et que ses actes ne sont que des métempsycoses et des
reproductions perpétuelles; il faudrait en venir ensuite à démontrer
comment des changemens de formes, qui ne servent qu'à faciliter ses
créations, peuvent devenir des crimes contre ses loix, et comment la
manière de les aider ou de les servir, peut en même-tems les outrager.
Or, tu vois que de pareilles discussions prendraient trop sur le tems de
ton sommeil, va te coucher, mon ami, prends un de mes nègres, si cela te
convient, ou quelques femmes, si elles te plaisent mieux.--Rien ne me
plaît, qu'un coin pour reposer, dis-je à mon respectable
prédécesseur.--Adieu, je vais dormir en détestant tes opinions, en
abhorrant tes moeurs, et rendant grâce pourtant au ciel du bonheur que
j'ai eu de te rencontrer ici.
Il faut que j'achève de te mettre au fait de ce qui regarde le maître
que tu vas servir, me dit Sarmiento en venant m'éveiller le lendemain;
suis-moi, nous jaserons tout en parcourant la campagne.