Celui des _Épéoles_ (fig. 84), de tous le plus gracieux, nous montre,

avec le type d'ornementation des Crocises, un peu modifié, un tégument

rarement d'un noir uniforme, plus souvent varié de rougeâtre en

proportions diverses, tandis que le blanc éclatant des taches tire

souvent au fauve.

[Illustration: Fig. 84.--Épéole.]

[Illustration: Fig. 85.--Nomade.]

Les _Ammobates_, les _Philérèmes_ s'éloignent encore davantage du type

originel: la maculature s'efface, la villosité disparaît, le corps

devient de plus en plus glabre; il l'est tout à fait, ou peu s'en faut,

chez les jolies _Nomades_ (fig. 85) où, comme par compensation, un autre

genre de parure remplace celui de la villosité: le tégument dénudé se

colore de jaune vif, de rougeâtre, teintes qui, mélangées au noir

fondamental en proportions diverses, produit les combinaisons les plus

variées, si bien qu'il faut être averti, pour savoir qu'on a sous les

yeux des abeilles, car on dirait de véritables guêpes.

Nous sommes loin, bien loin maintenant des Coelioxys, et plus encore

des Mégachiles. Leur souvenir s'efface presque totalement, et, sans les

intermédiaires, sans les degrés que nous avons suivis un à un, jamais

l'idée n'eût pu venir que la charmante Nomade, au corps mince et fluet,

bariolé de jaune et de rouge, parfois tout jaune ou bien tout rouge,

puisse avoir quelque parenté, même lointaine, avec les robustes Abeilles

à grande lèvre.

Nous ne mentionnerons même point une foule de genres, soit européens,

soit exotiques, la plupart pauvres en espèces, que comprend encore le

groupe des Nomadines. Nous y trouverions, diversifié à l'infini, le type

de ces Abeilles, et leur étude particulière ne nous apprendrait rien de

neuf.

Cette instabilité de caractères que nous offrent les Nomadines est en

rapport avec l'adaptation de leurs espèces à une multitude de conditions

différentes. Les genres les plus divers, parmi les collecteurs de

pollen, sont leurs hôtes.

Outre les Mégachiles, qui sont leurs victimes habituelles, les

Coelioxys supplantent aussi parfois les Anthophores; tel le _C.

rufescens_, qui se rencontre fréquemment dans les cellules de l'_Anth.

parietina_ et de quelques autres Anthophores.

Les Mélectes, les plus grosses des Nomadines, sont affectées aux

Anthophores. On est peu ou point renseigné sur le compte des Crocises.

Les Dioxys sont les parasites attitrés des Chalicodomes.

Les Épéoles se développent chez les Collétès (V. ce genre).

Enfin les Nomades vivent surtout aux dépens des Andrènes. Aussi ne

faut-il pas s'étonner si leurs espèces sont nombreuses et varient à

l'infini, pour la taille, pour les formes et pour la coloration. Contre

200 Andrènes environ, que l'on compte en Europe, il existe près de 100

Nomades. Il est vrai que quelques-unes sont à défalquer, comme parasites

des _Eucera_, des _Panurgus_, des _Halictus_.

On sait peu comment les différentes Abeilles Parasites, dont nous venons

d'énumérer les genres, se comportent dans les nids des espèces

récoltantes, comment elles s'y prennent pour pondre dans les cellules et

substituer leur oeuf à celui de l'Abeille travailleuse. Tout ce qu'on

en peut dire, pour l'avoir constaté, c'est que fréquemment elles

s'introduisent dans ces nids. D'un vol lent et tout à fait silencieux,

on les voit explorer les talus, et, en général, les endroits qui

conviennent aux hôtes que chacune d'elles recherche, entrer dans les

trous qui vont à leur taille, en sortir presque aussitôt, si le local ne

fait point leur affaire, passer à un autre et procéder de même jusqu'à

ce qu'elles trouvent le logis de l'abeille familière à leur espèce, où

elles séjournent plus longtemps. On suppose, mais on n'a pas vu que, si

elles arrivent au bon moment, alors qu'une cellule est approvisionnée et

non close, elles y pondent un oeuf. Mais que de choses à connaître,

que d'inconnues à trouver! L'oeuf de l'Abeille nidifiante est-il déjà

pondu au moment où l'Abeille parasite dépose le sien? Cette dernière

commence-t-elle par détruire l'oeuf de la première? ou bien, comme le

Coucou, la larve étrangère supprime-t-elle d'une façon ou d'une autre

l'enfant de la maison? Bien habile sera l'observateur qui résoudra tous

ces problèmes.

A l'hypothèse qui vient d'être indiquée et qu'en général on accepte, F.

Smith en préfère une autre. Il imagine que l'Abeille parasite, après

avoir pondu son oeuf sur la provision qu'elle a trouvée toute faite,

clôt elle-même la cellule, et que l'Abeille nidifiante, à son retour,

trouvant sa besogne faite, se met à la confection d'une nouvelle

cellule. De la sorte, il n'y aurait point substitution de l'enfant de

l'étrangère à celui de la maîtresse du logis; le crime deviendrait

simple délit, vol au lieu d'assassinat. Il en résulterait un double

travail imposé à la travailleuse et ce serait tout. Le parasitisme, au

sens classique du mot, deviendrait un simple commensalisme.

Malheureusement les preuves font défaut à une hypothèse qui relèverait

singulièrement les Parasites,--c'était là peut-être, au fond, ce que

voulait Smith, homme excellent autant qu'ami passionné des Abeilles.

Mais on ne peut trouver bien significatif, comme preuve de travail, le

fait que les Nomadines ont quelquefois les pattes postérieures salies de

terre. On n'ajoute rien, en disant que leur tête aussi en est parfois

souillée, car toute abeille peut se trouver dans ce cas, alors que de

longues pluies ont détrempé le sol, et que l'argile adhère aisément sur

le corps de ces insectes, dans leurs allées et venues le long des

galeries.

On a dit depuis longtemps, et l'on voit répéter encore dans maint livre

sérieux, qu'afin de mieux assurer l'existence des parasites et faciliter

leurs déprédations, la nature s'est plu à les déguiser sous la livrée

des hôtes dont ils ont pour mission de restreindre le trop grand

développement. Et l'on aime à citer l'exemple des Psithyres, dont chaque

espèce porterait les couleurs du Bourdon aux frais duquel elle vit. On

va même parfois jusqu'à étendre la règle à tous les parasites, à la

poser comme une loi du parasitisme. Un tel principe, trop facilement

accepté, n'a pu venir que d'observations superficielles, sinon d'idées

purement théoriques. Sans doute, d'une manière générale, les Psithyres

ont le vêtement des Bourdons, ce qui ne peut surprendre, quand on sait

que ce sont des Bourdons modifiés. On en peut dire autant de quelques

_Stelis_, qui ont l'ornementation des _Anthidium_. Sortir de ces vagues

données, c'est tomber dans l'erreur. Car, si le _Psithyrus vestalis_,

par exemple, ressemble _assez_ au _Bombus terrestris_, son hôtel

habituel, le _Ps. campestris_, varié de noir et de jaunâtre, ne

ressemble nullement au _B. agrorum_, entièrement fauve, qui l'héberge,

pas plus que le _Ps. Barbutellus_ (jaune et blanc jaunâtre sur fond

noir) ne mime le _B. pratorum_ (annelé de jaune vif et de roux). Le

_Stelis signata_ est aussi bariolé de jaune que l'_Anthidium strigatum_;

mais qu'a de commun le _Stelis nasuta_, à pattes rougeâtres, à abdomen

piqueté de blanc, avec le _Chalicodoma muraria_, sept ou huit fois plus

volumineux, et tout noir ou noir et roux, suivant le sexe? Et que dire

du _Dioxys cincta_, noir, à abdomen cerclé de rouge, qui vit chez les

_Chalicodoma pyrenaica_ et _rufescens_, tout fauves l'un et l'autre? des

_Mélectes_ en demi-deuil, logées chez les Anthophores, ou grises ou

fauves? Bien plus différents encore sont les _Epeolus_ tricolores, des

_Colletes_ cerclés de gris ou de fauve. Enfin est-il rien qui ressemble

moins aux sombres Andrènes que les gentilles Nomades à la parure de

guêpe?

Non, si quelque artifice vient en aide aux Abeilles parasites pour les

aider à tromper leurs victimes, ce n'est pas le déguisement, à coup sûr.

C'est d'ailleurs si peu de chose que la vue, pour ces habiles

travailleurs, dont la plus ingénieuse industrie s'exerce à l'abri de la

lumière, dans les profondeurs du sol; qui savent si bien, sans le

secours de ce sens, trouver ce qui leur est bon, éviter ce qui leur est

nuisible. Et dans les espèces très variables, comme les Bourdons, ce

n'est point la couleur, assurément, qui avertit deux frères, l'un

jaunâtre, l'autre tout noir, qu'ils sont de même famille.

Mais, a-t-on dit, en dehors du moment où l'un est supplanté par l'autre

ou dévoré par lui, hôte et parasite vivent dans les meilleurs termes.

«L'incurie de l'envahi, nous dit M. Fabre, n'a d'égale que l'audace de

l'envahisseur. N'ai-je pas vu l'Anthophore, à l'entrée de sa demeure, se

ranger un peu de côté et faire place libre pour laisser pénétrer la

Mélecte, qui va, dans les cellules garnies de miel, substituer sa

famille à celle de la malheureuse! On eût dit deux amies qui se

rencontrent sur le seuil de la porte, l'une entrant, l'autre sortant.»

(_Souvenirs entomologiques_, 3e série.)

Il n'en va pas toujours ainsi, paraît-il; nous lisons dans Shuckard les

lignes suivantes: «L'Anthophore manifeste une grande répugnance

vis-à-vis de la Mélecte, et quand elle la surprend dans ses tentatives

d'invasion, elle se jette sur l'intrus et lui livre des combats

furieux. J'ai vu les deux combattants rouler dans la poussière; mais la

Mélecte échappa aisément, grâce au fardeau que l'Abeille portait à sa

demeure» (_British Bees_, p. 240.) Lepeletier dit absolument la même

chose pour les mêmes Abeilles. Rappelons encore, à ce sujet, ce que

Hoffer raconte des rapports, passablement tendus, entre Bourdons et

Psithyres. L'envahi ne demeure pas toujours impassible et inerte devant

l'envahisseur, et celui-ci n'a pas toujours toute liberté pour perpétrer

ses méfaits.

Cependant M. Fabre a été témoin de la scène qu'il décrit; et d'autres

observateurs en ont vu de semblables. A voir le Nidifiant reculer,

s'effacer devant le Parasite, se retirer promptement de la galerie où il

l'a rencontré, et le laisser partir en paix, il semble que, saisi de

crainte ou d'horreur, il n'ait souci que d'éviter son contact. Il ne

peut cependant céder à la crainte, car il est mieux armé que l'intrus,

et jamais celui-ci ne l'attaque. On peut se demander si, en pareille

occurrence, le Nidifiant ne serait pas mis en fuite par quelque odeur

désagréable pour lui, répandue par le Parasite, odeur qui pourrait, à

certains moments, ne pas s'exhaler ou se trouver épuisée. Il serait

possible de concilier ainsi des observations paraissant contradictoires,

d'expliquer à la fois et les unes et les autres. Ce qu'il y a

d'incontestable, c'est que divers parasites répandent de très fortes

odeurs. Tout hyménoptériste pratique sait que les Nomades, par exemple,

exhalent une odeur assez âcre, rappelant celle du Céleri; les

Coelioxys, quand on les capture, répandent une odeur fétide, ayant

quelque analogie avec celle des champignons desséchés. Il y aurait lieu

du reste de poursuivre les observations sur ce sujet, car, si l'on

considère l'importance qu'ont les odeurs dans la biologie des insectes,

et particulièrement des Abeilles, il est très naturel de penser qu'elles

peuvent avoir, dans les rapports entre Nidifiants et Parasites, le rôle

qui vient d'être indiqué.

ANDRÉNIDES

ACUTILINGUES

Les Andrénides à langue aiguë (fig. 86) comprennent une vingtaine de

genres, en tenant compte des Abeilles exotiques, dont le genre de vie

est à peu près ignoré. Nous nous bornerons au petit nombre de genres

européens dont la biologie est le mieux connue.

[Illustration: Fig. 86.--Langue d'abeille courte et aiguë.]

LES ANDRÈNES

De tous les genres d'Apiaires, celui des _Andrena_ est le plus important

par le nombre des espèces qu'il renferme, près de deux cents pour

l'Europe seule.

Bien différentes de la plupart des Abeilles précédentes, dont les formes

sont robustes et trapues, les Andrènes ont un corps élancé, un abdomen

déprimé (fig. 87 et 88). De plus, leurs allures sont placides; leur vol,

doux et silencieux, ne possède ni la puissance, ni le chant, qui sont

l'apanage des Abeilles normales. Ces attributs, qui affirment si haut la

supériorité de ces dernières, nous ne les trouverons plus dans aucune

des Abeilles que nous aurons à étudier.

Parmi les caractères génériques des Andrènes, nous ne retiendrons que

les plus essentiels: trois cellules cubitales; une langue lancéolée de

longueur moyenne; chez les femelles, un appareil collecteur développé,

sur lequel nous reviendrons; au côté interne des yeux, un sillon large

et peu profond, revêtu d'un très court et très fin duvet, velouté,

chatoyant sous certaines incidences de la lumière, et que l'on appelle

le _sillon orbitaire_, la _strie frontale_; au bord du cinquième segment

abdominal, une frange épaisse et fournie de longs poils couchés, la

_frange anale_.

[Illustration: Fig. 87.--Andrena Trimmerana, femelle.]

L'appareil collecteur mérite de fixer l'attention. Outre une brosse

tibiale et tarsienne, peu différente de ce que nous avons vu chez les

Anthophorides, de longs poils recourbés garnissent le dessous des fémurs

et des hanches, ainsi que les côtés et l'arrière du métathorax. Ces

poils, développés surtout aux hanches, constituent la _houppe coxale_

(fig. 95 _a_).

[Illustration: Fig. 88.--Andrena Trimmerana, mâle.]

Quant aux mâles, ils se font en général remarquer par la gracilité de

leurs formes, la grosseur parfois exagérée de leur tête. Ces

disproportions rappellent assez ces caricatures d'un goût douteux, où

l'on voit une tête énorme sur un corps mince et fluet. Aussi comprend-on

Shuckard, traitant d'_extravagante_ cette conformation, dont le mâle de

l'_A. ferox_ (fig. 89), fournit un des exemples les plus curieux. A ces

têtes extraordinaires correspondent encore des mandibules étroites et de

longueur démesurée. Souvent, enfin, une face jaune ou blanchâtre

distingue le mâle de sa femelle. Rarement il présente comme elle un

sillon intra-orbitaire, et toujours rudimentaire quand il existe. Jamais

il ne possède de frange anale.

[Illustration: Fig. 89.--Andrena ferox, mâle.]

Dans un genre aussi riche en espèces, les variations sont naturellement

considérables. Il n'en est pas de plus polymorphe. Pour la taille,

quelques Andrènes atteignent près de 20 millimètres; les plus petites ne

dépassent pas le quart de cette longueur. En fait de villosité,

certaines n'ont rien à envier aux Bourdons, et il en est de presque

glabres. Tantôt les poils sont à peu près uniformément répandus sur le

corps; tantôt ils ne couvrent que le thorax, et laissent l'abdomen à peu

près nu; enfin ils forment ou non des franges au bord des segments.

Longue ou courte, dressée ou inclinée, terne ou bien soyeuse, ou encore

veloutée, quelquefois écailleuse, la villosité est de couleur

ordinairement fauve, en des tons divers; mais elle peut aussi être

blanche ou noire, parfois argentée ou dorée. Le tégument, diversement

sculpté, est noir d'ordinaire, mais il passe souvent au jaunâtre ou au

rougeâtre; parfois il resplendit de teintes métalliques, vert-bleuâtres

ou bronzées.

Très diversifiées entre elles, les femelles se distinguent

spécifiquement avec une suffisante facilité. Il n'en est pas ainsi des

mâles. Autant ils diffèrent de leurs femelles, autant ils se ressemblent

entre eux. Leur uniformité, dans certains types, est parfois

désespérante, et la différenciation spécifique, entre des mâles dont les

femelles ne peuvent être confondues, présente souvent les plus grandes

difficultés.

Les Andrènes sont, en grande majorité, des Abeilles printanières. Une

multitude d'espèces font leur apparition dès les premiers jours du

printemps, dans le courant de mars, pour les contrées du nord; dans la

seconde quinzaine de février, pour le sud-ouest de la France; plus tôt

encore dans le midi méditerranéen. La plus précoce de toutes est l'_A.

Clarkella_, que l'on voit déjà voler, aux environs de Paris, en

Angleterre, avant même que la neige ait entièrement disparu.

* * *

Dès les premiers beaux jours, dès qu'éclatent les premiers chatons des

saules, un essaim bourdonnant enveloppe ces arbustes d'un doux et gai

bruissement. Dans le nombre, domine toujours l'active mouche à miel,

l'Abeille domestique. Mais çà et là on reconnaît une Andrène à sa preste

allure, à sa forme élancée. Un mois durant, l'amateur d'hyménoptères

peut promener son filet sur les branches jaunissantes et parfumées, il

amènera mainte Andrène, qu'il ne trouverait guère ailleurs. Mais les

chatons se flétrissent et tombent un à un, les butineuses diminuent,

bientôt il n'y en a plus. Les haies d'épine blanche, de cognassier ont

fleuri à leur tour, et les Andrènes y émigrent. Voici avril, les arbres

fruitiers se couvrent de fleur blanches ou roses; elles attirent les

Andrènes, qui semblent devenir rares, répandues qu'elles sont sur de

plus grands espaces. Après les arbres fruitiers, elles se dispersent.

Confinées d'abord, faute de choix possible, à quelques branches

fleuries, elles se disséminent plus tard, selon leurs goûts, et se

confinent chacune à la plante préférée. Quand le saule était seul,

toutes vivaient du saule; il est telle espèce dont le mâle ne connaît

que le saule; la femelle, plus tard venue, ne connaît que l'aubépine, le

prunellier ou l'euphorbe.

Beaucoup d'Andrènes répandent, quand on les saisit, une agréable odeur

de miel, mêlée du parfum des fleurs. Quelques-unes seulement dégagent

une odeur désagréable, fétide, particulièrement celles qui visitent de

préférence les Crucifères.

On peut toujours sans crainte prendre à la main même les plus grosses

espèces; leur aiguillon, beaucoup trop faible, ne parvient point à

percer la peau.

Avril, mai et juin sont les mois les plus riches en Andrènes. Un certain

nombre d'espèces sont estivales; très peu sont exclusivement automnales.

La plupart n'ont qu'une génération dans l'année, quelques-unes en

fournissent deux, peut-être même davantage.

* * *

Les Andrènes sont bien loin de compter parmi les Abeilles les plus

industrieuses. Leur économie ne présente rien de particulièrement

intéressant et qui les distingue de celles que nous aurons à étudier

après elles. On sait, et c'est là tout, qu'elles creusent, dans un sol

plan ou incliné, une galerie quelquefois longue d'un pied, vers le fond

de laquelle s'ouvrent latéralement des conduits assez courts, dans

lesquels sont édifiées les cellules dont l'ensemble présente à peu près

la forme d'une grappe. Ces petits réceptacles, intérieurement polis,

sont remplis du mélange ordinaire de pollen et de miel, au-dessus duquel

un oeuf est déposé, puis la cellule est fermée d'un tampon de terre.

L'Andrène exécute ses travaux avec une grande activité, bien nécessaire

surtout aux espèces printanières, fréquemment exposées à voir leurs

opérations entravées par les intempéries. Son appareil de récolte,

exceptionnellement développé, lui permet de faire en peu de temps grande

besogne, et de tirer parti des moindres répits que laissent les

mauvaises journées. Elle charrie en effet d'énormes charges de pollen,

et peu de voyages lui suffisent pour remplir une cellule.

On connaît peu le temps que met la larve pour terminer son repas et

subir ses transformations. Elle ne se file point de coque. La nymphe est

enveloppée d'une fine pellicule, dont la nature et l'origine sont

ignorées, et qui entoure de très près ses membres délicats.

* * *

Les Andrènes sont exposées aux attaques de divers parasites. Les Nomades

vont pondre dans les nids approvisionnés, qu'elles visitent sans exciter

la colère, ni même éveiller la défiance de leurs hôtes. On dresserait

une liste assez longue des espèces de Nomades et des Andrènes auxquelles

leur existence est attachée. Certaines Nomades paraissent vouées à une

seule et même espèce d'Andrènes; d'autres, moins exclusives, peuvent

vivre aux dépens de plusieurs.

Une délicate mouche, le _Bombylius_, un proche parent de l'_Anthrax_,

que le lecteur connaît, parvient à s'introduire dans les terriers des

Andrènes, et se repaît de leurs larves.

De nombreuses espèces de Coléoptères vésicants, s'il en faut juger par

les triongulins de formes variées que l'on trouve sur le corps d'une

foule d'Andrènes, se faufilent encore chez ces Abeilles. Leur histoire,

que personne encore n'a pu étudier, nous réserve sans doute bien des

surprises.

* * *

Mais les plus intéressants des parasites des Andrènes sont sans

contredit les _Stylops_. Ce sont des insectes bizarres, dont la place

dans les cadres zoologiques est assez mal assurée, et pour lesquels on a

fait l'ordre, peut-être provisoire, des _Strepsiptères_.

[Illustration: Fig. 90.--Stylops mâle.]

[Illustration: Fig. 91.--Stylops femelle.]

[Illustration: Fig. 92.--Larve de Stylops, grimpant sur un poil

d'abeille.]

Les mâles de Stylops (fig. 90) sont pourvus de grandes ailes plissées en

éventail; leur tête est ornée ou plutôt chargée d'antennes

extraordinaires, et munie de gros yeux saillants, sphéroïdaux,

remarquables par le petit nombre et la grosseur de leurs facettes. Les

femelles, aptères, ne quittent jamais le corps de l'Andrène (fig. 91) où

elles se sont développées, et conservent l'aspect larviforme, comme les

femelles des Lampyres, moins bien partagées encore que ces dernières,

car elles sont inertes et apodes. De leurs oeufs, qui ne sont point

pondus, éclosent des animalcules qui sortent du corps de leur mère pour

s'aller répandre sur celui de l'Andrène (fig. 92). Extrêmement agiles et

admirablement conformés pour se cramponner aux poils de l'Hyménoptère,

comme les triongulins, mais bien différents de ces derniers, ils se font

transporter, on ne sait trop comment, dans les nids nouvellement

construits, et parviennent jusqu'aux larves. Moins dangereux que le

Méloïde, le jeune Strepsiptère ne cause point la mort de l'Andrène. Il

pénètre seulement dans le corps de la larve, et, après une mue qui le

dépouille de ses longues pattes et de tous ses appendices, il devient un

ver mou, qui se nourrit des sucs et du tissu adipeux de sa victime,

subit avec elle ses métamorphoses, et se voit, quand l'Andrène vient au

jour, à l'état de nymphe dans l'abdomen de celle-ci, sa tête seule

faisant saillie entre deux segments (fig. 93), le reste de son corps

caché dans la cavité abdominale. A cet état, le parasite ressemble assez

à une sorte de flacon à goulot (fig. 91). De ces nymphes, les unes se

vident, et il n'en reste que le fourreau béant: ce sont celles des

mâles. Les femelles demeurent en place et ne quittent jamais, nous

l'avons dit, le corps de leur hôte.

Telle est, en peu de mots, l'histoire des Stylops, ou du moins ce que

l'on sait de leur histoire.

Mais ces êtres bizarres ne sont pas curieux seulement par leur propre

évolution. L'influence que leur présence exerce sur l'Andrène qui les

porte mérite, encore plus qu'eux-mêmes, de fixer notre attention. Nous

ferons donc connaître les principaux effets de la _stylopisation_.

On est souvent embarrassé pour déterminer l'espèce à laquelle appartient

une Andrène stylopifère. Il n'est pas de collection un peu nombreuse de

Mellifères de ce genre, qui n'en contienne quelques individus restés

sans détermination, que l'on est même disposé à considérer comme

représentant des espèces nouvelles. Il y a plus: on connaît depuis

longtemps ce fait bien surprenant, que tous les exemplaires connus de

certaines espèces d'Andrènes sont invariablement porteurs d'un ou

plusieurs Stylops.

Ces singularités, longtemps regardées comme inexplicables, s'expliquent

aisément aujourd'hui, ou plutôt n'existent point, à vrai dire. Toutes

les espèces d'Andrènes paraissent sujettes aux attaques des Stylops;

aucune n'en est nécessairement et toujours victime. Mais tels sont les

changements que le parasitisme apporte dans la conformation et l'aspect

extérieurs des individus envahis, que les caractères spécifiques en sont

profondément altérés. L'espèce, dès lors, peut être méconnue, et c'est

ainsi que l'on a pu décrire comme des espèces particulières les

individus stylopisés, altérés, d'espèces anciennement connues, souvent

même très vulgaires.

En quoi donc consistent ces modifications que la présence du Stylops

imprime aux organes de l'Andrène?

Les abeilles · 第 19 / 25 段