L'_Osmie crochue_ (_O. adunca_), comme plusieurs de ses congénères, aime

à s'approprier, moyennant quelques réparations, les nids d'autres

abeilles maçonnes. Mais elle a aussi son industrie personnelle, qu'elle

met en oeuvre dans les fentes des pierres ou des murailles, où elle

entasse, non sans art, ses cellules de terre.--Ainsi fait à peu près

l'_Osmie émarginée_ (_O. emarginata_), qui bâtit dans les larges

intervalles que les pierres laissent entre elles, et qui, avec le temps,

se remplissent de terre apportée par les vents. Le mortier qu'elle

emploie est une matière d'origine végétale gâchée avec de la terre, ce

qui donne à la construction une couleur d'un vert sombre. Morawitz l'a

vue édifier son nid sur des pierres mêmes.

Ce qui n'est qu'accident chez cette Osmie, est l'ordinaire chez

d'autres. Ainsi l'_O. Loti_ adosse ses nids en terre cimentée mêlée de

grains de sable contre les petites anfractuosités des blocs de granit,

habitude qui lui avait valu, de la part de Gerstæcker, le nom d'_O.

cæmentaria_. Cet instinct, exceptionnel dans le genre, est au contraire

le propre de celui des Chalicodomes, qui nous occuperont plus loin.

Bien curieuse, enfin, est la construction de l'_O. fuciformis_, faite

aussi de terre et de grains de sable, mais attachée aux chaumes et

cachée sous des touffes de gazon.

* * *

Cette diversité sans égale que nous montre la nidification des Osmies,

n'est pas la notion qu'il importe le plus d'en retenir. A y regarder de

près, on reconnaît qu'au fond, sous cette variation toute superficielle,

un procédé général assez uniforme se dégage. L'Osmie, tout comme

l'Anthophore, fait des cellules avec de la terre ou de la terre mêlée de

sable, quelquefois avec de la terre diversement combinée avec des

matières végétales broyées, et ces cellules, le plus souvent, s'empilent

régulièrement dans une galerie creusée dans la terre. C'est le cas le

plus fréquent, le type de construction dont presque toutes les espèces

sont susceptibles de s'écarter, mais auquel elles reviennent toujours,

comme au plan normal, à la donnée naturelle à l'espèce. C'était déjà le

procédé de l'Anthophore, avec plus de fini dans l'exécution des

cellules.

Si la galerie est creusée dans le bois, dans la moelle, dans un milieu

qui, par lui-même, soit une protection contre les agents extérieurs, les

frais d'une véritable cellule sont épargnés, et l'Abeille se contente de

séparer les logettes successives, dont les parois sont celles du tube

lui-même, par un diaphragme de terre ou de ciment végétal.

Cet esprit d'initiative, disons-le, cette intelligence indéniable, qui

ne supprime pas l'instinct, mais se superpose à lui, permet à l'Osmie,

pour économiser le temps et la peine, d'adapter ses cellules, non pas

seulement à un conduit étroit, mais à des cavités de toute forme. C'est

un trou dans le sol ou dans le bois, c'est le nid d'un autre hyménoptère

ou la maison d'un mollusque. Le procédé nouveau arrive même à se

substituer à l'ancien, à l'instinct primitif succède un autre instinct.

Un peu plus, et l'_O. aurulenta_ cesserait tout à fait de nicher dans la

terre, pour ne plus se loger que dans les coquilles, dont elle tire si

bien parti, comme a fait l'_O. emarginata_, qui ne bâtit plus que dans

les fentes ou les jointures des pierres, et mieux encore l'_O. Loti_,

qui sait construire à l'air libre et se contente d'une simple

anfractuosité dans la pierre.

L'habileté de l'Osmie à tirer parti des locaux les plus divers, son

aptitude à se conformer à la loi du moindre effort, voilà tout le secret

de son indifférence quant au choix de l'emplacement qu'elle adopte.

C'est là le trait le plus marquant de ses moeurs, c'est là sa

physionomie particulière.

* * *

La nourriture que les Osmies préparent pour leurs larves ne contient

qu'une très faible proportion de liquide, si même elle en contient. «Les

vivres consistent surtout en farine jaune. Au centre du monceau, un peu

de miel est dégorgé, qui convertit la poussière pollinique en une pâte

ferme et rougeâtre. Sur cette pâte, l'oeuf est déposé, non couché,

mais debout, l'extrémité antérieure libre, l'extrémité postérieure

engagée légèrement et fixée dans la masse plastique. L'éclosion venue,

le ver, maintenu en place par sa base, n'aura qu'à fléchir un peu le col

pour trouver sous la bouche la pâte imbibée de miel. Devenu fort, il se

dégagera de son point d'appui et consommera la farine environnante.»

«Lorsque les provisions sont homogènes, ces délicates précautions sont

inutiles. Les vivres des Anthophores consistent en un miel coulant, le

même dans toute sa masse. L'oeuf est alors couché de son long à la

surface, sans aucune disposition particulière, ce qui expose le

nouveau-né à cueillir ses premières bouchées au hasard. A cela nul

inconvénient, la nourriture étant partout de qualité identique.» (Fabre,

_Souvenirs entomologiques_, 3e série.)

[Illustration: Fig. 57^{_bis_}.--Cocon d'Osmie cornue.]

La larve met peu de jours à consommer ses vivres. Le repas fini, elle

prend quelque temps de repos, puis se file une coque parcheminée,

résistante et de couleur brune, chez les grosses Osmies, mince et plus

ou moins transparente chez quelques petites espèces. Les Osmies dont les

cellules sont peu ou point pressées entre elles, comme les _O. cornuta_

et _rufa_, font des cocons ovoïdes, surmontés d'une petite pointe

conique, dont le sommet est perforé d'un petit trou (fig. 57^{_bis_}).

C'est la forme la plus ordinaire, on peut même dire la forme typique du

cocon des Gastrilégides, car elle se reproduit fidèlement dans tous

leurs genres. Quand les cellules sont habituellement disposées en série

dans un conduit cylindrique, la compression fait disparaître ce

prolongement du pôle supérieur du cocon, qui devient cylindrique et se

termine aux deux bouts par deux calottes plus ou moins surbaissées.

* * *

Lorsqu'une Osmie exploite les constructions d'autrui, s'établit dans un

trou peu profond ou dans la coquille d'une Hélice de taille médiocre,

elle n'édifie dans ces cavités qu'un nombre restreint de cellules, qui

ne peuvent donner la mesure de sa ponte. On n'a ainsi que des pontes

partielles. Quand l'Osmie se fait une galerie à elle, nous savons que

c'est en général un long tube, où peuvent s'étager un nombre

considérable de cellules. On a beaucoup de raisons de croire, en pareil

cas, que ces cellules représentent une ponte totale, ou peu s'en faut.

Or, les mâles éclosent les premiers. Les mâles étaient donc logés dans

les cellules supérieures, sans quoi ils auraient dû, pour arriver au

jour, bouleverser ces dernières, et il est facile de s'assurer qu'ils ne

l'ont point fait. Les éclosions n'ont donc point lieu par ordre de

primogéniture. On peut constater, en effet, en ouvrant un nid achevé

depuis peu de temps, ou auquel la femelle travaille encore, que la

cellule du fond, la première bâtie, contiendra, par exemple, une larve

d'une certaine grosseur, la cellule suivante une larve plus petite, la

troisième cellule une larve plus petite encore ou même un oeuf. Les

cellules les plus anciennes contiennent les larves les plus avancées,

les premiers-nés de la famille. Et c'est précisément dans l'ordre

inverse que se font les sorties.

La conclusion est donc que les premiers oeufs pondus sont des oeufs

de femelle, les derniers pondus des oeufs de mâles.

Il y a plus. On peut toujours reconnaître, au seul volume d'un cocon ou

d'une cellule, d'une espèce donnée, quel cocon, quelle cellule renferme

un mâle; quel cocon, quelle cellule contient une femelle. Les femelles

occupent les cocons et les cellules les plus volumineux, les mâles sont

dans les cocons et les cellules les plus petits. La femelle commence

donc par bâtir et approvisionner des cellules destinées à recevoir des

oeufs de femelles; elle bâtit et approvisionne en second lieu des

cellules qui recevront des oeufs de mâles.

Allons plus loin encore. Dans les cellules de femelles, la pâtée de

pollen est plus considérable que dans les cellules de mâles. Il faut

donc que, dès le temps où la femelle construit la cellule, elle lui

donne le volume approprié au sexe de l'oeuf qui y sera pondu et qui se

trouve encore dans son ovaire; que par avance aussi elle dépose dans la

cellule la quantité de nourriture qui convient à ce sexe.

Le sexe de l'oeuf est donc prévu par la pondeuse, dès avant sa ponte!

A moins de supposer que c'est précisément la quantité de nourriture qui

détermine le sexe; que l'oeuf, au moment de sa ponte, est de sexe

indifférent, qu'il est neutre, et qu'un repas copieux fait une femelle,

qu'une ration amoindrie fait un mâle.

La question, heureusement, est facile à résoudre par l'expérience. M.

Fabre a fait nicher des Osmies dans des roseaux de diamètre convenable;

puis, ouvrant ces roseaux en temps opportun, il a interverti les

rations, servi aux larves qui devaient donner des femelles une ration de

mâle, et inversement. Qu'est-il arrivé? Que rien n'a été changé au

résultat essentiel; que tout est resté en l'état, comme si

l'expérimentateur eût laissé à chacun sa ration naturelle. Les mâles

sont restés mâles, les femelles sont restées femelles. Les larves nées

dans de petites cellules ont mangé à leur appétit et ont laissé des

restes; les femelles se sont contentées de la portion congrue qui leur

était faite; les plus mal partagées sont mortes. A la vérité, les mâles

étaient bien venus, de belle prestance, nous dit M. Fabre; le supplément

de provende leur avait quelque peu profité. Par contre, les femelles

étaient chétives, plus petites même que certains mâles. Leur larve

affamée, anémiée, n'avait pu tirer de son corps qu'une dose de soie

insuffisante et n'avait filé qu'un cocon mince et peu consistant.

La quantité de nourriture ne détermine donc point le sexe. L'oeuf est

déjà mâle ou femelle au moment où il est pondu. Pas de place au doute

sur ce point. C'est le langage même des faits.

La femelle, conclut M. Fabre, connaît donc le sexe de l'oeuf, au

moment de la ponte, avant même, puisque ce sexe est déjà prévu dès le

temps où elle bâtit, où elle approvisionne la cellule destinée à le

recevoir.

Une si grave conclusion méritait que M. Fabre essayât de la contrôler

par d'autres données expérimentales. Il n'a pas manqué de le faire.

Diverses espèces, mais surtout les Osmies _cornue_ et _tricorne_, lui en

ont fourni la confirmation la plus éclatante.

Dans une première série de faits, l'habile observateur nous montre

comment l'Osmie approprie à son usage les nids de diverses autres

maçonnes, et particulièrement ceux de l'Anthophore à masque (_A.

personata_).

«J'ai examiné, dit-il, une quarantaine de ces cellules (de l'Anthophore)

utilisées par l'une et l'autre des deux Osmies. La très grande majorité

est divisée en deux étages au moyen d'une cloison transversale. L'étage

inférieur comprend la majeure partie de la chambre et un peu du goulot

qui la surmonte. La demeure à double appartement est clôturée, dans le

vestibule, par un informe et volumineux amas de boue desséchée. Quel

artiste maladroit que l'Osmie en comparaison de l'Anthophore! Son

travail, cloison et tampon, jure avec l'oeuvre exquise de

l'Anthophore, comme une pelote d'ordure sur un marbre poli.

«Les deux appartements obtenus de la sorte sont d'une capacité très

inégale, qui frappe aussitôt l'observateur.... La capacité mesurée de

l'un est triple environ de celle de l'autre. Les cocons inclus

présentent la même disparate: celui d'en bas est gros, celui d'en haut

est petit. Enfin celui d'en bas appartient à une Osmie femelle, et celui

d'en haut à une Osmie mâle.

«Plus rarement, la longueur du goulot permet une disposition nouvelle,

et la cavité est partagée en trois étages. Celui d'en bas, toujours le

plus spacieux, contient une femelle; les deux d'en haut, de plus en plus

réduits, contiennent des mâles.

«Tenons-nous-en au premier cas, le plus fréquent de tous. L'Osmie est en

présence de l'une de ces cavités en forme de poire. C'est la trouvaille

qu'il faut utiliser du mieux possible: pareil lot est rare et n'échoit

qu'aux mieux favorisées du sort. Y loger deux femelles à la fois est

impossible, l'espace est insuffisant. Y loger deux mâles, ce serait trop

accorder à un sexe n'ayant droit qu'aux moindres égards. Et puis faut-il

que les deux sexes soient également partagés en nombre. L'Osmie se

décide pour une femelle, dont le partage sera la meilleure chambre,

celle d'en bas, la plus ample, la mieux défendue, la mieux polie; et

pour un mâle, dont le partage sera l'étage d'en haut, la mansarde

étroite, inégale, raboteuse dans la partie qui empiète sur le goulot.

Cette décision, les faits l'attestent, nombreux, irréfutables. Les deux

Osmies disposent donc du sexe de l'oeuf qui va être pondu, puisque les

voici maintenant qui fractionnent la ponte par groupes binaires, femelle

et mâle, ainsi que l'exigent les conditions du logement.

«Encore un fait et j'ai fini. Mes appareils en roseaux installés contre

les murs du jardin m'ont fourni un nid remarquable d'Osmie cornue. Ce

nid est établi dans un bout de roseau de 11 millimètres de diamètre

intérieur. Il comprend treize cellules, et n'occupe que la moitié du

canal, bien qu'il y ait à l'orifice le tampon obturateur. La ponte

semble donc ici complète.

«Or, voici de quelle façon singulière est disposée cette ponte. D'abord,

à une distance convenable du fond ou noeud du roseau, est une cloison

transversale, perpendiculaire à l'axe du tube. Ainsi est déterminée une

loge d'ampleur inusitée, où se trouve logée une femelle. L'Osmie paraît

alors se raviser sur le diamètre excessif du canal. C'est trop grand

pour une série sur un seul rang. Elle élève donc une cloison

perpendiculaire à la cloison transversale qu'elle vient de construire,

et divise ainsi le second étage en deux chambres, l'une plus grande, où

est logée une femelle, et une plus petite, où est logé un mâle. Puis

sont maçonnées une deuxième cloison transversale et une deuxième cloison

longitudinale perpendiculaire à la précédente. De là résultent encore

deux chambres inégales peuplées pareillement, la grande d'une femelle,

la petite d'un mâle.

«A partir de ce troisième étage, l'Osmie abandonne l'exactitude

géométrique, l'architecte semble se perdre un peu dans son devis. Les

cloisons transversales deviennent de plus en plus obliques, et le

travail se fait irrégulier, mais toujours avec mélange de grandes

chambres pour les femelles et de petites chambres pour les mâles. Ainsi

sont casés trois femelles et deux mâles, avec alternance des sexes.

«A la base de la onzième cellule, la cloison se trouve de nouveau à peu

près perpendiculaire à l'axe. Ici se renouvelle ce qui s'est fait au

fond. Il n'y a pas de cloison longitudinale, et l'ample cellule,

embrassant le diamètre entier du canal, reçoit une femelle. L'édifice se

termine par deux cloisons transversales et une cloison longitudinale,

qui déterminent, au même niveau, les chambres 12 et 13, où sont établis

des mâles.

«Rien de plus curieux que ce mélange des deux sexes, lorsqu'on sait avec

quelle précision l'Osmie les sépare dans une série linéaire, alors que

le petit diamètre du canal exige que les cellules se superposent une à

une. Ici l'apiaire exploite un canal dont le diamètre est

disproportionné avec le travail habituel; il construit un édifice

compliqué, difficile, qui n'aurait peut-être pas la solidité nécessaire

avec des voûtes de trop longue portée. L'Osmie soutient donc ces voûtes

par des cloisons longitudinales, et les chambres inégales qui résultent

de l'interposition de ces cloisons reçoivent, suivant leur capacité, ici

des femelles et là des mâles.»

L'Osmie connaît donc à l'avance le sexe de l'oeuf qu'elle pondra plus

tard. Bien plus que cela, le sexe de l'oeuf est facultatif pour la

mère, qui, volontairement le détermine, suivant l'espace dont elle

dispose, «espace fréquemment fortuit et non modifiable», établissant ici

un mâle, là une femelle.

«Il n'y a donc pas à hésiter, conclut M. Fabre, si étrange que soit

l'affirmation: l'oeuf, tel qu'il descend de son tube ovarique, n'a pas

de sexe déterminé. C'est peut-être pendant les quelques heures de son

développement si rapide à la base de sa gaîne ovarienne, c'est peut-être

dans son trajet à travers l'oviducte, qu'il reçoit, au gré de la mère,

l'empreinte finale d'où résultera, conformément aux conditions du

berceau, ou bien une femelle, ou bien un mâle.»

Quoi qu'il en soit de cette hypothèse relative au lieu et au temps où la

détermination du sexe s'opère, elle doit, si elle n'est point une

illusion de l'expérimentateur, avoir une conséquence dont la

vérification lui servira de contrôle.

Voici cette question nouvelle. Admettons que, dans les conditions

normales, une Osmie eût donné naissance en tout à vingt oeufs par

exemple, et que cette ponte naturelle eût contenu, pour simplifier les

choses, 10 mâles et 10 femelles. Qu'arrivera-t-il dans des conditions

différentes créées par l'expérimentateur? La proportion des sexes se

maintiendra-t-elle quand même, ou bien verrons-nous naître, 12, 14, 16

mâles, contre 8, 6, 4 femelles? Y aura-t-il, en un mot, permutation de

sexes?

Eh bien, oui, si extraordinaire que cela puisse paraître, c'est ce qui

arrive. Nous ne pouvons entrer dans tout le détail expérimental imaginé

par M. Fabre pour la solution de ce problème, le plus délicat de tous

ceux qu'il a abordés. Obligé de faire un choix, nous dirons seulement

qu'il a réussi à amener l'Osmie tricorne à lui donner des pontes

intégrales, mais fragmentées en pontes partielles, chacune contenue dans

la coquille d'une hélice de dimension et de formes rationnellement

choisies. La coquille adoptée était celle de l'_Helix coespitum_, qui,

configurée en petite Ammonite renflée, s'évase par degrés peu rapides et

possède jusqu'à l'embouchure, dans sa partie utilisable, un diamètre à

peine supérieur à celui qu'exige un cocon mâle d'Osmie... D'après ces

conditions, la demeure ne peut guère convenir qu'à des mâles rangés en

file.

Voici les relevés statistiques fournis par quelques pontes, prises parmi

celles qui ont donné les résultats les plus concluants:

«Du 6 mai, début de ses travaux, au 25 mai, limite de sa ponte, une

Osmie a successivement occupé sept hélices. Sa famille se compose de 14

cocons, nombre très voisin de la moyenne; et sur ces 14 cocons, 12

appartiennent à des mâles et 2 seulement à des femelles.

«Une autre, du 9 mai au 27 mai, a peuplé six hélices d'une famille de

13, dont 10 mâles et 3 femelles. Ces dernières ont pour rang, dans la

série totale, les numéros, 3, 4 et 5.

«Une troisième a peuplé onze hélices, labeur énorme. Cette laborieuse

s'est trouvée aussi des plus fécondes. Elle m'a fourni une famille de

26, la plus nombreuse que j'aie jamais obtenue de la part d'une Osmie.

Eh bien, en cette lignée exceptionnelle se trouvaient 25 mâles, et 1

femelle, une seule, occupant le rang 17.»

M. Fabre n'a pu obtenir la permutation inverse, c'est-à-dire des pontes

de femelles avec peu ou point de mâles. Mais il la regarde comme

possible, bien qu'il n'ait pu imaginer le moyen de la réaliser.

Peut-être aurions-nous quelques réserves à faire sur quelques-unes des

conclusions que l'auteur tire des expériences que nous avons rapportées.

Désirant ne point nous départir de notre rôle d'historien, ni aborder

des discussions qui seraient déplacées dans un ouvrage de la nature de

celui-ci, nous nous en abstiendrons. Nous nous empressons toutefois de

reconnaître que des résultats aussi remarquables sont dignes de toute

l'attention des physiologistes.

LES ANTHIDIES

Les Anthidies (_Anthidium_) sont de fort jolies abeilles à brosse

ventrale, reconnaissables au bariolage jaune, rarement blanchâtre, dont

leur tégument noir est orné, et qui dessine sur leur abdomen des bandes

souvent interrompues ou des taches de formes variées. Dans quelques

espèces méridionales, le jaune passe au rougeâtre ou à l'orangé, et le

fond noir lui-même tantôt tourne graduellement au roux, tantôt disparaît

peu à peu devant l'envahissement du jaune. Quelquefois, au contraire, le

dessin jaune se réduit au point de disparaître totalement; c'est le cas

de l'_Anthidium montanum_, espèce montagnarde, habitant les Pyrénées et

les Alpes.

Par une exception remarquable, les mâles d'_Anthidium_ sont d'ordinaire

plus grands et plus robustes que leurs femelles. C'était une nécessité,

chez des insectes dont les noces sont la suite d'un rapt véritable, où

le mâle, d'un brusque élan, saisit violemment la femelle qu'il a aperçue

butinant en paix sur les Labiées, l'emporte, et disparaît avec elle dans

les airs. Aussi le ravisseur est-il armé en conséquence. Ses pattes,

douées d'une force de contraction étonnante, sont frangées de cils très

propres à retenir le corps qu'elles embrassent; les derniers segments de

l'abdomen sont munis d'épines, de crochets redoutables d'aspect,

inoffensifs d'ailleurs, et concourant au même but.

L'espèce la plus répandue, la plus anciennement décrite et la mieux

connue, d'Anthidie à manchettes (_A. manicatum_) (fig. 58 et 59), fait

ses nids d'une façon très originale. Avant tout, une galerie lui est

nécessaire: elle utilise pour cela un trou dans la terre, qu'elle

approfondit ou approprie, les conduits creusés dans le bois par les

larves de coléoptères xylophages; elle ne dédaigne pas les longues

galeries des Xylocopes. Jusque-là, rien que nous ne connaissions déjà.

Mais nous n'avons encore vu que des taraudeurs et des maçons.

L'_Anthidie_ est matelassier. Il tapisse ses alvéoles d'un duvet

cotonneux, récolté sur les feuilles et les tiges de certaines labiées,

le _Ballota foetida_, diverses espèces de _Stachys_, et beaucoup

d'autres sans doute.

[Illustration: Fig. 58.--Anthidie à manchettes femelle.]

[Illustration: Fig. 59.--Anthidie à manchettes mâle.]

Il est curieux de voir l'Anthidie opérer sa cueillette de coton. Il suit

une branche ou la tige du haut en bas et en racle le duvet avec une

dextérité merveilleuse. Quand le ballot qu'il a amassé est assez gros,

presque autant que le tondeur lui-même, il l'emporte en le serrant sous

sa tête et sa poitrine avec les pattes antérieures. Dans cet épais et

chaud matelas est enveloppée la pâtée de pollen qui nourrira la larve.

Beaucoup d'espèces ont des habitudes semblables. Une d'entre elles, fort

mignonne, l'_Anthidium lituratum_, se loge, comme quelques Osmies, dans

le canal médullaire des ronces desséchées et y entasse en file ses

cellules de coton.

* * *

On a longtemps cru, et Lepeletier l'affirme, que tous les _Anthidium_

pratiquaient la même industrie. M. Lucas a fait connaître, dans

l'_Exploration scientifique de l'Algérie_, des habitudes tout autres

chez une belle espèce à dessins rougeâtres, l'_A. sticticum_, qui est

commun en Algérie et dans le Midi méditerranéen de la France. C'est

dans les coquilles de diverses espèces d'hélices qu'il établit ses

cellules. Le nombre de celles-ci varie de une à trois, chacune contenue

dans un des tours de la spire, et toujours adossée à la rampe interne.

Les cocons étant trop petits, surtout le plus bas placé, pour remplir la

largeur de l'espace où ils sont logés, le vide est rempli d'une

maçonnerie faite de petits cailloux et de terre. Pour achever de remplir

la coquille jusqu'à la bouche, une quantité de petits cailloux mêlés de

terre y sont entassés, formant une masse incohérente, sans matière

d'aucune sorte qui unisse ces matériaux. La bouche enfin est

hermétiquement close au moyen d'une muraille tout à fait lisse à

l'extérieur, faite d'une terre jaunâtre, parfois de fiente de chameau,

et dans laquelle sont engagés des fragments de coquille au nombre de

huit à dix, de forme à peu près carrée. Quand il y a trois cocons dans

la même hélice, les deux sexes peuvent s'y trouver réunis, mais le plus

souvent les cocons sont de même sexe (fig. 60 et 61).

[Illustration: Fig. 60 et 61.--Cocon d'anthidie tacheté dans une

coquille d'hélice.]

Les abeilles · 第 14 / 25 段