Huber a constaté l'absence, chez les Mélipones, des _moules à cire_ qui

se trouvent sous les segments ventraux des Abeilles. Mais comme ces

moules manquent aussi aux Bourdons, Huber suppose qu'il doit en être des

Mélipones comme de ces derniers, qui sécrètent de la cire à la façon des

Abeilles. Il n'en est point ainsi. M. Drory a découvert qu'elle est

produite, chez les Mélipones et les Trigones, non point sous les

segments ventraux, mais sous la partie dorsale des segments, d'où elle

se détache sous forme d'une pellicule fine, blanche et transparente,

recouvrant tout le dessus de l'abdomen; les 5 premiers segments prennent

part à cette formation.

Chose bien étrange, les mâles, qui toujours, dans le monde des Abeilles,

se font remarquer par leur paresse, feraient ici exception. M. Drory

aurait reconnu que les mâles des Mélipones et des Trigones sécrètent de

la cire, de la même manière que les ouvrières. Empressons-nous de donner

acte à l'habile apiculteur de cette réhabilitation, dont ce sexe avait

bien besoin.

Fabriquant de la cire, ils peuvent, sans doute, concourir à

l'édification des cellules et des réservoirs à provisions. C'est

l'opinion de M. Drory. Mais il leur refuse la faculté de recueillir le

pollen, que leurs pattes ne sauraient emmagasiner, ni le miel, que leur

langue trop courte ne pourrait aller puiser dans les fleurs.

La cire est absolument incolore, au moment où la Mélipone la prend sur

son dos avec ses pattes postérieures. Travaillée, elle est de couleur

brune, grossière, de consistance plus molle que celle des Abeilles.

Comment s'opère sa transformation? Comme les Abeilles, les Mélipones

pétrissent la cire avec leur bouche; au sortir de cette manipulation,

elle a acquis sa couleur propre. C'est la salive, de toute évidence, qui

s'y mêle et lui communique ses propriétés nouvelles. Cette salive, on le

sait par les morsures parfois cruelles que ces insectes font pour se

défendre, est jaune ou brune, d'une odeur forte et désagréable.

* * *

Les Mélipones font la collecte du pollen de la même manière que les

Abeilles, et en forment, aux pattes de derrière, des pelotes

proportionnellement beaucoup plus grosses. Quant à la propolis, que les

Abeilles ne récoltent qu'au fur et à mesure de leurs besoins, les

Mélipones et Trigones la ramassent en tout temps, et en font des

réserves dans un coin de leur habitation. Très avides de tout ce qui

peut leur être utile, elles pillent avec un empressement qui ressemble à

de la fureur les vieilles ruches inhabitées; elles en grattent la

propolis, et s'en font aux pattes des pelotes qu'elles emportent. M.

Drory a même constaté à ses dépens, qu'elles ne dédaignent pas le vernis

récemment employé. Pendant plus de quinze jours, il vit des Scutellaires

et autres occupées à détacher le vernis dont il avait fait peindre un

grand pavillon.

Dans l'ardeur du pillage, ces violents insectes vont même jusqu'à se

dépouiller entre eux.

«Une fois, raconte M. Drory, j'ai fait beaucoup rire quelques amis, en

les rendant témoins de ce genre de vol entre pillardes. Les Mélipones

étaient occupées à ronger la propolis et à s'en faire d'énormes pelotes

aux pattes de derrière. Les survenantes trouvaient plus simple de ronger

ces pelotes, pour s'en approprier la matière. Et la préoccupation des

premières était telle que, pour un temps au moins, le larcin

réussissait. La volée s'en apercevait cependant quelquefois; elle

défendait son bien, et de là une bataille, qui finissait bientôt par la

fuite précipitée de la voleuse.»

* * *

Les Mélipones essaiment comme les Abeilles, mais l'essaim ne se pose pas

à quelque distance de la ruche; il s'en va toujours au loin. Ici, la

mère féconde, incapable de voler, vu l'énorme développement de son

abdomen, reste probablement dans la souche. M. Drory suppose qu'une des

femelles non fécondées, qu'on voit toujours en plus ou moins grand

nombre dans la colonie, la quitte à un moment donné, et détermine ainsi

la formation de l'essaim.

L'Abeille a le vol hésitant et maladroit; fréquemment elle manque

l'entrée de la ruche, se pose à côté ou tombe à terre. Le vol de la

Mélipone est plus vif, plus élégant, et d'une remarquable précision. La

Mélipone qui rentre au logis arrive rapidement et tout droit à la porte,

et, «à peine l'a-t-on vue, dit M. Drory, qu'elle y a disparu». Avec

autant d'agilité, la sentinelle se retire pour livrer passage à la

butineuse, qui lui passe sur le corps, et elle reparaît aussitôt à son

poste. Quand la population est un peu nombreuse, les entrées et les

sorties sont très fréquentes, et ce va-et-vient de la sentinelle se

répète avec une rapidité et une constance que rien ne lasse. S'il en

fallait croire Huber, la même sentinelle demeurerait en faction toute

une journée; mais cela paraît difficile à croire.

Chez les petites espèces, un petit entonnoir en cire est construit en

dehors du trou de vol. Son utilité s'explique par ce fait que, chez ces

espèces, la population étant très nombreuse, le nombre des butineuses

revenant de la picorée est quelquefois assez grand, pour que leur

rentrée devienne difficile. Elles se posent alors sur le bord de

l'entonnoir, autour duquel des factionnaires d'ailleurs montent une

garde assidue, et chacune, à tour de rôle, se présente à l'entrée.

Moins délicates que les Abeilles, qui ne tolèrent aucune impureté dans

leur ruche, les Mélipones et les Trigones, qui ne sortent que lorsque le

temps est très beau et la température au-dessus de 18° centigrades,

accumulent leurs excréments, tant qu'elles demeurent au logis, dans un

coin de leur habitation. Là aussi elles entassent maints débris et même

les cadavres de leurs soeurs. Le beau temps revenu, des fragments sont

découpés dans le tas et portés dehors.

* * *

«La plupart des Mélipones et des Trigones, dit M. Drory, sont des

animaux inoffensifs. Des onze espèces que j'ai eu l'occasion d'élever,

deux étaient un peu méchantes (_Melipona postica_ et _muscaria_), et une

l'était beaucoup, la _Trigona flageola_, dont le nom local, fort

expressif, et qu'on nous dispensera de traduire, est _caga fogo_. Les

manifestations hostiles des deux premières espèces de Mélipones

consistent à s'insinuer dans les cheveux de l'imprudent qui les approche

de trop près, ainsi que dans la barbe, les cils, les oreilles, en

faisant entendre un bruissement considérable, et répandant une odeur

très pénétrante. Le seul moyen de s'en défaire est de fuir prestement,

et de se peigner avec précaution. Si l'on s'obstinait à rester sur

place, on risquerait d'avoir bientôt toute la colonie dans ses cheveux.

«Mais quant aux _caga fogo_, c'est plus sérieux; leur nom seul dit

comment se manifeste leur colère. Ils se jettent, comme leurs

congénères, dans les cheveux, et aussi sur la figure et sur les mains;

ils rentrent dans les manches, ils s'insinuent sous les vêtements, et

ils mordent sans rémission et sans plus lâcher prise. Ils font un

bruissement épouvantable, et répandent, par leur salive, une odeur

tellement forte et pénétrante, que si vous en avez une douzaine ou deux

dans votre moustache, vous risquez d'avoir des tournoiements de tête et

de ressentir des nausées. Mais ce n'est pas tout. Leur salive est

tellement corrosive, que chaque morsure forme une tache sur la peau, qui

peut persister deux mois et plus. Pendant plus de huit jours, il est

impossible de se peigner, tant les petites pustules causées par les

morsures produisent une douleur atroce. C'est l'équivalent d'une vraie

brûlure. Ces pustules sont remplies d'un liquide aqueux, et tout autour

apparaît une auréole rougeâtre. Les marques de ces plaies persistent

longtemps, plus de deux mois.»

«Mon vénéré ami, M. Brunet, de Bahia, à la bonté duquel je dois toutes

mes colonies, assailli par ces trigones, qu'il allait m'envoyer, a été

tellement torturé par elles, qu'il en a été huit jours malade, alité, en

proie à une fièvre très forte, et le charpentier, son aide, a dû rester

quinze jours sans pouvoir travailler.»

Hôtes d'un climat chaud, les Mélipones et les Trigones ne peuvent

produire par leur propre chaleur la température nécessaire à leur

existence dans nos contrées. Elles ne savent pas lutter contre le

refroidissement, comme les Abeilles, en s'entassant les unes sur les

autres et formant _la grappe_, selon l'expression des apiculteurs. A 18

degrés, elles ne sortent qu'en très petit nombre; à 15 degrés pas du

tout; à 10 degrés elles meurent. Au contraire, plus la température est

élevée, plus elles sont vives, plus elles travaillent, et plus elles

semblent être heureuses, dit M. Drory.

«Il en résulte que ces insectes, si intéressants pour la science, n'ont

aucune valeur matérielle, pour les apiculteurs d'Europe. Les jours de

sortie, en été, sont déjà limités, et la proportion de miel est, par

suite, très minime. Un hivernage artificiel occasionnerait des frais

considérables, pour n'obtenir en définitive, avec beaucoup de peine,

qu'un résultat négatif. Sur 47 colonies de ces abeilles exotiques que

j'ai possédées, je n'ai réussi à en sauver que deux, qui ont traversé, à

Bordeaux, l'hiver de 1873-74, pendant lequel j'ai hiverné 21 colonies à

la fois. Mais au mois d'avril ces colonies étaient si faibles, qu'elles

ne tardèrent pas à périr l'une après l'autre.»

* * *

Dans leur pays natal, si l'élevage en domesticité des Mélipones et des

Trigones est peu rémunérateur, à cause du peu de durée de leurs

colonies, leurs produits sont en général fort appréciés et activement

recherchés. On attribue au miel de quelques-unes d'entre elles une

grande puissance nutritive, et, à Santiago, des malades réputés

incurables se mettent à la suite des chercheurs de nids de Mélipones,

pour se nourrir exclusivement de miel et de maïs grillé. Partis

exténués, émaciés, ils reviennent, dit Page[11], gros, gras et robustes,

de ces expéditions curatives.

On vend couramment dans les marchés de quelques villes de l'Amérique du

Sud, les urnes à miel des Mélipones, que les Indiens vont recueillir

dans les bois.

D'après d'Orbigny, les Indiens de Santa-Cruz connaissent 13 espèces de

ces Abeilles, dont 9 sont dépourvues d'aiguillon et donnent un miel

excellent; 3 dont le miel est dangereux, et une seule armée d'un

aiguillon et, pour cette raison, négligée.

La préférée est une toute petite Trigone, longue de trois à quatre

millimètres, appelée _Omesenama_ par les Indiens, et _Señorita_ par les

Espagnols. Son miel est exquis. Parmi celles dont le miel est dangereux,

d'autant plus que la saveur seule ne le distingue point des autres, on

peut citer l'_Oreceroch_ et l'_Overecepes_, dont le miel occasionne

d'affreuses convulsions, et l'_Omocayoch_, dont le miel exquis jouit de

propriétés enivrantes, et fait perdre pour un temps la raison. Moins

expérimentés que les Indiens, les Espagnols, de crainte d'erreur,

n'osent se fier qu'à la petite _Señorita_.

La cire brute, molle et brunâtre, est loin d'égaler celle de nos

Abeilles. On parvient à l'utiliser cependant. Les sauvages l'emploient

telle quelle à différents usages. Mais on est parvenu, par des procédés

spéciaux, à la purifier et à la blanchir.

* * *

Si l'on compare les Méliponites aux autres Abeilles sociales, au point

de vue de la perfection relative des sociétés qu'elles forment, il est

manifeste qu'elles sont supérieures aux Bourdons et inférieures à

l'Abeille domestique. L'organisation sociale peu compliquée des

Bourdons, leur industrie rudimentaire, tout en les mettant au dernier

rang parmi les Abeilles vivant en communauté, les rapprochent en même

temps des Abeilles solitaires. Leurs sociétés sont annuelles, comme

l'évolution biologique de ces dernières; leurs femelles, isolées,

hivernantes, sont, pour un temps au moins, solitaires. La division du

travail entre les divers individus associés est à son minimum.

Anatomiquement et physiologiquement, les ouvrières bourdons diffèrent à

peine des femelles véritables. Elles pondent comme celles-ci, quoique

moins, et la femelle travaille comme les ouvrières, alors que, chez

l'Abeille et la Mélipone, elle vit dans une royale paresse. De la grosse

femelle à la plus petite ouvrière, tous les degrés existent, à tous

égards, et il est des individus appelés indifféremment, et tout aussi

légitimement, petites femelles ou grandes ouvrières.

Les Mélipones tiennent beaucoup plus des Abeilles que des Bourdons. Leur

organisation est plus semblable, dans ses traits généraux. Remarquons

cependant que, par la conformation des pattes, le Bourdon ressemble plus

que la Mélipone à l'Abeille. La Mélipone, à cet égard, s'est développée

dans une direction un peu différente. Inversement, par

l'approvisionnement des cellules, fait en une fois, le développement des

larves en chambre close, la Mélipone a retenu, sans la moindre

altération, un des traits les plus accentués des habitudes des

solitaires. L'élevage au jour le jour, les soins continués aux larves

pendant la durée de leur développement, sont, au contraire, chez le

Bourdon et l'Abeille, un des côtés les plus remarquables de la vie

sociale.

Chez la Mélipone et l'Abeille, uniformité absolue des ouvrières entre

elles, et distinction tranchée entre celles-ci et la reine, par suite

division du travail portée à son plus haut point. La reine est pondeuse

et rien de plus, inhabile à tout travail, incapable même de se nourrir

toute seule. L'ouvrière, elle, n'a pour lot que le travail; de la

maternité elle a perdu la faculté essentielle, pour n'en conserver que

le labeur: nourrice dévouée, mais point mère. Sous ce double rapport,

l'adaptation est aussi parfaite chez la Mélipone que chez l'Abeille.

Peut-être même la première a-t-elle fait un pas de plus dans ce sens,

car le développement monstrueux de l'abdomen rend la reine Mélipone

incapable de s'élever sur ses ailes.

Mais si nous apprécions l'une et l'autre au point de vue de leur

industrie, la supériorité appartient sans conteste à l'Abeille.

Perfection du plan, fini de l'exécution, économie des matériaux, de

l'espace et du temps, les travaux de l'Abeille ont toutes ces qualités à

un si haut degré, que la séparation des magasins et de la chambre à

couvain, chez la Mélipone, la complication protectrice de l'entrée du

nid, sont loin de les contrebalancer. L'habitation de la Mélipone, plus

savamment conçue dans l'ensemble, est moins soignée dans les détails;

celle de l'Abeille est plus simple dans le plan, plus savante dans

l'exécution. C'est l'excellence dans la simplicité.

APIDES SOLITAIRES

LES XYLOCOPIDES.

Les Xylocopes ouvrent la série des Abeilles solitaires.

[Illustration: Fig. 38.--Xylocope.]

Tout le monde a vu, dès les premiers soleils de mars, une sorte de gros

Bourdon noir voler bruyamment autour des piquets, des charpentes, des

vieux bois de toute sorte. C'est l'Abeille ronge-bois, la Xylocope à

ailes violettes (_Xylocopa violacea_), la plus grosse de nos Abeilles.

Un peu plus tard, on la voit beaucoup sur les fleurs, qu'elle dépouille

activement de leur pollen et de leur miel. Les Légumineuses,

particulièrement la Glycine, les Acanthes, où elle s'enfarine d'une

façon grotesque, sont ses plantes préférées.

Sa grande taille, le bruit qu'elle fait en volant, la font redouter du

vulgaire. C'est pourtant un débonnaire animal, prêt à se sauver au

moindre geste; bien armé, cela est vrai, mais n'usant de son redoutable

aiguillon que dans le cas de légitime défense. C'est de plus un robuste

ouvrier, un infatigable travailleur.

Réaumur a décrit avec une parfaite exactitude les longs et pénibles

travaux de la Xylocope.

«Celle qui rôde au printemps dans un jardin, y cherche un endroit propre

à faire son établissement, c'est-à-dire quelque pièce de bois mort d'une

qualité convenable, qu'elle entreprendra de percer. Jamais ces Mouches

n'attaquent les arbres vivants. Telle se détermine pour un échalas; une

autre choisit une des plus grosses pièces qui servent de soutien au

contre-espaliers. J'en ai vu qui ont donné la préférence à des

contrevents, et d'autres qui ont mieux aimé s'attacher à des pièces de

bois aussi grosses que des poutres, posées à terre contre des murs, où

elles servaient de banc. La qualité du bois et sa position entrent pour

beaucoup dans les raisons qui la décident. Elle n'entreprendra point de

travailler dans une pièce de bois placée dans un endroit où le soleil

donne rarement, ni dans du bois encore vert; elle sait que celui qui non

seulement est sec, mais qui commence à se pourrir, à perdre de sa dureté

naturelle, lui donnera moins de peine.» C'est pour un motif semblable,

qu'on a vu une fois, au Muséum de Paris, une Xylocope s'établir dans un

tube métallique, dont le calibre lui avait paru convenable.

Lorsqu'elle a fait son choix, elle se met à l'ouvrage, qui exige, selon

la remarque de Réaumur, de la force, du courage et de la patience. Elle

commence par creuser un trou à peu près horizontal d'abord, qui

s'infléchit, ensuite brusquement vers le bas, en un conduit vertical ou

légèrement oblique. Cette galerie, large de 15 à 18 millimètres, est

profonde de 20 à 30 centimètres, quelquefois davantage. Si l'épaisseur

du bois le permet, une deuxième galerie, et même une troisième, sont

établies à côté de la première. «C'est là, assurément, un grand ouvrage

pour une Abeille, remarque Réaumur, mais aussi n'est-ce pas celui d'un

jour; elle y est occupée pendant des semaines et même pendant des mois».

[Illustration: Fig. 39.--Nid de Xylocope.]

Pour exécuter ce pénible travail, la Xylocope n'a d'autres instruments

que ses mandibules, solides, il est vrai, et terminées par un tranchant

acéré. Des muscles puissants, dont le volume est indiqué par l'énorme

tête qui les contient, actionnent ces robustes tenailles, qui enlèvent

le bois par parcelles semblables à de la sciure. Quand on se tient, le

soir venu, près d'une pièce de bois où une Xylocope a élu domicile, on

perçoit un sourd grincement, de temps à autre interrompu; c'est

l'infatigable taraudeur, qui n'a pas encore terminé sa journée et songé

à prendre un repos bien gagné.

La galerie suffisamment approfondie, tout n'est point terminé. La

Xylocope entasse dans le fond une provision de pâtée pollinique jusqu'à

une hauteur d'environ deux centimètres et demi. La quantité reconnue

suffisante, un oeuf est pondu par-dessus, puis une cloison

horizontale, faite de sciure agglutinée par la salive de l'Abeille,

vient enfermer le tout. Et voilà une première cellule. Une seconde, une

troisième, autant qu'en comporte la longueur de la galerie, sont

approvisionnées et clôturées de même (fig. 39).

* * *

Comment se fait, chez la Xylocope, la cueillette du pollen? Réaumur dit

n'avoir jamais eu occasion de la surprendre dans cette occupation, ni

l'avoir jamais vue rentrer au logis avec des pelotes aux pattes. Mais le

célèbre observateur s'est gravement trompé, en prenant pour un organe

collecteur de pollen, pour une sorte de corbeille, une petite cavité

allongée, à fond lisse, creusée dans le haut de la partie interne du

premier article des tarses postérieurs. L'erreur est d'autant plus

inexplicable, que cette particularité est exclusivement propre au mâle;

et Réaumur n'a cependant pas méconnu ce sexe, puisqu'il en décrit et

figure d'autres organes avec sa fidélité habituelle.

Nous ne trouvons pas, chez les Xylocopes, et nous ne verrons plus

désormais, chez les Abeilles que nous aurons à passer en revue, les

corbeilles que nous avons vues chez les Abeilles sociales. Cet organe si

spécialisé est étroitement lié à la forme sous laquelle le pollen est

transporté dans l'habitation. Toutes les Abeilles sociales mêlent, au

moment de la cueillette, le pollen à du miel et en font une pâtée. De là

la corbeille, c'est-à-dire une surface creusée et polie à la face

externe du tibia. Aucune Abeille solitaire n'ajoute du miel au pollen en

le récoltant. C'est à l'état pulvérulent qu'il est pris, et apporté tel

quel au nid, où se fait le mélange, qui, dans tous les cas, est

nécessaire. Or, cette poussière, sans cohésion, ne pourrait tenir

entassée dans un récipient tel que la corbeille. L'Abeille solitaire la

recueille à l'aide d'une brosse à longs crins, entre lesquels les petits

grains polliniques s'arrêtent d'autant plus facilement que ces crins,

loin d'avoir une surface lisse, sont rugueux, dentelés, ou même rameux.

Bien différente de celle que nous connaissons chez l'Abeille domestique

ou le Bourdon, cette brosse varie beaucoup de forme et de situation,

suivant les diverses espèces de Solitaires. Dans la Xylocope, elle

garnit la face externe du tibia postérieur, et se prolonge sur le

premier article des tarses, qui est fort développé et beaucoup plus long

que le tibia.

* * *

Successivement, et suivant l'ordre dans lequel ils ont été pondus, les

oeufs éclosent dans les cellules, c'est-à-dire de bas en haut. En

sorte que, si, à un moment donné, on met à jour les galeries, on voit,

dans les différentes chambres, les vers d'autant plus gros qu'ils sont

logés plus bas. La pâtée, dans chaque chambre, diminue à mesure que le

ver grossit; et quand il n'y en a plus, il a atteint toute sa taille.

Après quelques jours d'un repos quelque peu agité, il se transforme en

nymphe, plus tard en insecte parfait.

C'est au fort de l'été, que les premiers-nés des Xylocopes commencent à

se montrer. Leur mère est morte depuis peu. On voit de vieilles femelles

toutes fripées, des ailes déchiquetées, voler encore dans les premiers

jours du mois d'août.

Qu'advient-il de la génération nouvelle? Réaumur n'en dit rien, et tout

récemment on l'ignorait encore, si bien qu'un entomologiste allemand,

Gerstæcker, admettait deux générations dans l'année, chez les Xylocopes,

celle du printemps, dont nous avons vu les travaux, et celle qui éclôt

en été. Il n'y en a qu'une. On peut d'abord reconnaître, que les

Xylocopes qui volent à la fin de l'été et en automne, sont peu actives,

lentes et paresseuses, tout autant que les jeunes femelles des Bourdons.

Comme elles, on les voit de temps à autre sur les fleurs, pour y puiser

leur propre subsistance, et faire de longues stases au soleil. Comme

elles aussi, elles passent l'hiver dans divers réduits, dans les arbres

creux, dans les galeries que leurs mères ont creusées, dans des trous du

sol. Elles en sortent au printemps, comme transfigurées, douées d'une

activité qui les fait se montrer partout, et paraître plus nombreuses

qu'en automne. Contrairement à ce qui a lieu chez les Bourdons, ici les

mâles hivernent comme les femelles. Mais ils ne vivent que peu de jours,

et les femelles restent seules, pour vivre plusieurs mois encore, et

exécuter les longs travaux que l'on sait.

* * *

[Illustration: Fig. 40.--Cératine.]

Les _Cératines_ (fig. 40) sont de charmantes petites Abeilles, au corps

bleuâtre, parfois bronzé, avec une tache blanche sur la face, dont les

affinités ont été souvent méconnues. Ce sont véritablement, malgré leur

exiguïté, de proches parentes des Xylocopes, dont elles reproduisent les

traits et les moeurs. Leur taille ne dépasse guère quelques

millimètres; l'une d'elles (_C. parvula_), n'en mesure que trois et

demi; les plus grosses, les géantes du genre, atteignent jusqu'à 12

millimètres. Qu'est-ce à côté de la Xylocope, qui dépasse un pouce? Les

Cératines sont des Xylocopes en miniature.

Assez longtemps l'on a cru, sous prétexte que les Cératines ne possèdent

pas d'organes apparents de récolte, qu'elles étaient parasites d'autres

Abeilles. Léon Dufour a démontré qu'elles sont nidifiantes. Mais, plus

faibles que les Xylocopes, ce n'est pas au bois qu'elles s'adressent

pour y creuser des galeries: la moelle de certains végétaux, surtout

celle des ronces sèches, est la seule matière qu'elles travaillent.

Leurs cellules ne diffèrent point, à part le volume, de celles des

Xylocopes. Édifiées au printemps, c'est en été aussi qu'elles donnent la

génération nouvelle. Celle-ci, mâle et femelle, inactive pendant

l'automne, hiverne pour n'entrer en activité qu'au printemps suivant, un

peu plus tard que les Xylocopes.

Les abeilles · 第 11 / 25 段