existe deux espèces, la grande ou Gallérie (_Galleria mellonella_ Linn.
ou _cerella_ Fabr.), et la petite (_Achroea grisella_ Fabr.). Ce sont
deux Lépidoptères nocturnes de la famille des Crambides, le premier,
long d'une quinzaine de millimètres, aux ailes variées de gris et de
brun, le second moitié plus petit, d'un gris cendré uniforme. Ils
s'introduisent dans les ruches pour pondre sur les rayons des oeufs
d'où éclosent de petites chenilles fort agiles, qui, dès leur naissance,
se logent dans la cire qu'elles dévorent, et où elles se font des
galeries tapissées de fils de soie et souillées de leurs excréments.
Quand leur nombre est considérable, il constitue un véritable fléau, la
ruine même de la colonie en certains cas. Les gâteaux, criblés de
galeries et soudés les uns aux autres par une multitude de fils de soie
et par les cocons agglomérés, ne forment plus qu'un magma inhabitable
pour les Abeilles. Bien que ces chenilles ne s'attaquent qu'à la cire et
respectent le miel, celui-ci n'en est pas moins perdu, mêlé à toute
sorte d'impuretés qui l'altèrent. Le meilleur moyen de se garantir de la
teigne, c'est d'avoir des ruches bien closes et de fortes colonies. Dans
ces conditions, les Abeilles suffisent à se débarrasser des quelques
chenilles qui ont pu pénétrer chez elles. Il faut éviter aussi de tenir
dans la ruche trop de gâteaux vides, que les Abeilles visitent peu, et
où les Galléries peuvent dès lors s'installer en toute sécurité. La
petite teigne a elle-même un parasite, qui sait la poursuivre et
l'atteindre dans ses galeries. C'est un frêle hyménoptère du genre
_Microgaster_, une sorte de moucheron noirâtre, long de 3 millimètres.
Une petite tarière, dont cet animalcule est armé, lui sert à introduire
dans le corps de la chenille un oeuf, d'où sort un petit ver qui se
nourrit de ses viscères et se file ensuite, à côté de son cadavre, un
petit cocon d'un blanc éclatant. Le Microgastre détruit souvent un grand
nombre de chenilles de la teigne. Mais ce qui réduit l'importance de cet
allié inconscient des Abeilles, c'est la considération que les teignes
ne se développent guère en nombre que dans les ruches faibles, dont la
reine est peu féconde ou même bourdonneuse. L'apiculteur, en pareil cas,
sait bien où est le remède, et loin de s'en reposer sur le Microgastre,
il se hâtera de changer la mère et de fortifier la colonie.
* * *
[Illustration: Fig. 24.--Philanthe emportant une Abeille.]
Le Philanthe (_Philanthus apivorus_) (fig. 24) est un redoutable ennemi
des Abeilles. Cet hyménoptère fouisseur, à l'aspect d'une guêpe, à
l'énorme tête armée de longues mandibules en forme de faux, creuse dans
les talus de profondes galeries, où il entasse des Abeilles destinées à
la nourriture de ses larves. Aux mois d'août et de septembre, on peut
voir le Philanthe rôder autour des fleurs visitées par les Abeilles, et,
dès qu'il en aperçoit une, fondre sur elle avec une rapidité
prodigieuse, la saisir et la percer plusieurs fois de son aiguillon,
puis l'emporter, paralysée, dans son terrier. Trois ou quatre Abeilles
sont entassées dans chaque cellule avec un oeuf pondu sur l'une
d'elles. Comme chaque femelle approvisionne une vingtaine de cellules,
on peut imaginer ce que détruisent d'Abeilles les centaines et les
milliers de Philanthes, dont les terriers se voient dans un même talus.
* * *
L'Asile (_Asilus crabroniformis_ et autres espèces) saisit souvent les
butineuses, dont il suce le sang de sa trompe aiguë enfoncée dans le cou
de sa victime.
* * *
[Illustration: Fig. 25.--Atropos.]
Un énorme Sphingide, l'_Acherontia Atropos_ (fig. 25) ou _Tête-de-mort_,
s'introduit fréquemment dans les ruches, et, sans souci de l'aiguillon
des Abeilles, dont il est protégé par une forte cuirasse et une épaisse
toison, se glisse jusqu'au grenier à miel, dont il peut absorber des
quantités prodigieuses, jusqu'à six à sept grammes. Un grand émoi règne
dans la ruche où a pénétré cet intrus, qui parfois périt victime de sa
gourmandise, et se gorge au point de ne pouvoir ressortir par l'orifice
qui lui a livré passage. Un apiculteur digne de foi nous a affirmé
avoir trouvé une fois douze de ces papillons dans une seule ruche. Les
Abeilles se mettent souvent à l'abri des visites de l'_Atropos_, en
édifiant à l'entrée de la ruche de petites colonnettes de cire
propolisée, dont les intervalles sont juste suffisants pour les laisser
passer elles-mêmes, mais arrêtent le papillon. L'apiculteur zélé fait
bien de ne pas compter sur ses élèves, et rétrécit lui-même l'entrée à
l'aide de petits clous équidistants, bien supérieurs aux colonnettes de
cire.
* * *
[Illustration: Fig. 26.--Cétoine.]
Un autre amateur de miel, une grosse Cétoine (_Cetonia Cardui_) (fig.
26) s'introduit aussi dans les ruches, en certains pays, et peut, quand
il est en nombre, y occasionner de sérieux dommages. Mieux encore que la
Tête-de-mort, ce coléoptère est mis à l'abri des piqûres par une dure
cuirasse.
* * *
Les traités d'apiculture signalent vaguement les larves de Méloés (fig.
27) comme nuisibles aux Abeilles. On a pu longtemps croire que
l'accusation était mal fondée, car ce que l'on sait des habitudes des
Méloïdes[7] ne permettait guère de croire qu'ils pussent se développer
dans les ruches, et en effet on ne les trouve jamais dans les rayons,
subissant la série compliquée de leurs métamorphoses. Mais on sait
maintenant, depuis les observations d'Assmuss[8], auteur d'un
intéressant mémoire sur les parasites de l'Abeille, que c'est autrement
qu'ils lui sont nuisibles. Les jeunes larves de Méloé sont prises par la
butineuse sur les fleurs; elles se cramponnent à ses poils, courent sur
son corps, s'attachent à ses articulations, y insinuent leur tête et
deviennent la cause d'une excitation d'autant plus vive qu'elle dure
depuis plus longtemps et qu'elle est causée par un plus grand nombre de
ces animalcules. Elle devient souvent intolérable, au point que
l'Abeille énervée, à bout de résistance, périt dans les convulsions.
C'est ce que l'on a appelé la _rage_. Un apiculteur a perdu ainsi, dans
vingt-trois ruches, la moitié des ouvrières et neuf reines. Ces petites
larves, en effet, une fois introduites dans la ruche par les butineuses,
passent d'une Abeille à l'autre, et peuvent ainsi s'attacher à la reine.
On ne saurait indiquer aucun remède contre de pareils désastres. Ils
sont heureusement rares. Comme mesure préventive, d'efficacité bien
douteuse, il est toujours bon de détruire les Méloés adultes que l'on
rencontre, chaque femelle tuée représentant environ 5000 oeufs
supprimés.
[Illustration: Fig. 27.--Méloés.--Adultes. Larve primaire ou triongulin
et larve secondaire.]
Nous ne parlerons point, même pour mémoire, de quelques autres insectes
qu'on peut, de loin en loin, trouver dans les ruches et vivant aux
dépens des Abeilles, non plus que de quelques helminthes, qui parfois se
développent dans leurs viscères. C'est à peine si nous devrions aussi
mentionner les araignées, qui ne sont pas plus particulièrement
nuisibles aux Abeilles qu'à tout autre insecte volant. Elles font
cependant de nombreuses captures, quand leurs toiles sont tendues non
loin des ruches, sur le passage des butineuses. L'apiculteur aura
toujours avantage à faire disparaître ces filandières.
* * *
Nous consacrerons quelques lignes, vu son étrangeté, à un parasite, dont
a longtemps ignoré les véritables rapports avec l'Abeille, le _Braula
coeca_, connu des apiculteurs sous le nom de _pou des Abeilles_ (fig.
23, _e_).
C'est un petit Diptère, dépourvu d'ailes, privé d'yeux, de couleur
brune, long de 1mm,5. Cet animalcule se tient sur le corselet ou sur
la tête de l'Abeille, cramponné solidement à ses poils, à l'aide de
quadruples crochets terminant chacune de ses pattes. Il se meut avec une
agilité surprenante sur le corps velu de l'Abeille, et c'est merveille
que de voir la dextérité de ce petit être dénué de vue, la facilité avec
laquelle il déjoue les efforts que l'on fait pour le séparer de son
hôte, sa déconvenue stupide quand on y a réussi, sa promptitude à
regrimper sur son véhicule, dès qu'il a senti le contact du moindre poil
de l'Abeille.
«Ayant pris un jour une Abeille portant un de ces poux, je lui serrai un
peu fortement la tête entre les mors d'une pince, afin de la rendre
immobile et m'emparer aisément du petit parasite. L'un et l'autre,
portés sur ma table de travail, y furent abandonnés quelque temps sous
une cloche de verre.
«Quand je revins à eux, je ne fus pas peu intrigué de voir le petit
parasite dans la plus vive et la plus bizarre agitation. Campé sur le
devant de la tête de l'Abeille, il se démenait avec une incroyable
vivacité et comme en proie à une véritable fureur. Tantôt il se portait
sur le bord libre du chaperon, et, de ses pattes antérieures relevées,
il frappait et grattait, aussi rudement que sa faiblesse le comportait,
la base du labre de l'Abeille; puis il reculait brusquement vers
l'insertion des antennes, pour reprendre aussitôt son impétueuse
agression. J'étais encore tout entier à la surprise du premier instant,
quand je vis subitement toute cette colère calmée, et le petit animal,
appliqué contre le rebord du chaperon, la tête baissée sur la bouche
légèrement frémissante de l'Abeille, y humer une gouttelette liquide.
«Je compris aussitôt. La manoeuvre dont j'avais été témoin tout
d'abord était le préliminaire du repas. Quand le pou veut manger, il se
porte vers la bouche de l'Abeille, où l'agitation de ses pattes munies
d'ongles crochus produit une titillation désagréable peut-être, tout au
moins une excitation des organes buccaux, qui se déploient un peu au
dehors et dégorgent une gouttelette de miel, que le pou vient lécher et
absorber aussitôt.» (J. Pérez, _Notes d'apiculture_.)
Pour en finir avec les animaux articulés, citons le Trichodactyle,
acarien qui souvent pullule dans les vieilles ruches, vermine plus
désagréable que vraiment nuisible à ses habitants (fig. 23, _f_).
* * *
Parmi les animaux vertébrés, on a signalé le _crapaud_, le _lézard_,
comme se rendant quelquefois coupables de happer une Abeille. Cela est
bien possible; mais le cas doit être si rare, que nous ne pouvons que
nous montrer très indulgents pour ces débonnaires créatures.
En revanche la _fouine_, le _blaireau_, la _souris_, la _musaraigne_
mériteraient toute notre sévérité si, comme on l'affirme, ces animaux
pénètrent, pendant l'hiver, dans les ruches rustiques, pour dévorer
rayons, miel et Abeilles. De bonnes ruches bien construites défieraient
ces dévastateurs.
Plus d'un oiseau est accusé de capturer au vol les Abeilles, et même, ce
qui est plus audacieux, d'aller, comme la _mésange_, faire tapage à leur
porte, en hiver, pour les attirer sur le seuil et s'en repaître. N'y
a-t-il pas quelque exagération en tout cela? Mais il est un oiseau,
chasseur né des Abeilles et des guêpes, qui fait d'elles une énorme
consommation. C'est le _Guêpier_, ou _Abeillerolle_ (_Merops apiaster_),
bien connu dans les contrées méridionales, détesté des apiculteurs, qui
lui font une guerre opiniâtre, comme celle qu'il fait lui-même à leurs
élèves. Le guêpier a l'habitude de se poser à quelque distance d'une
ruche ou d'un nid de guêpes, et de happer au passage les butineuses qui
rentrent ou qui sortent. Telle est son assiduité et sa persistance, que
de quelques jours il ne quitte son poste d'observation, jusqu'à ce qu'il
ait réduit à rien ou à peu près la légion des butineuses.
EXTENSION GÉOGRAPHIQUE DE L'ABEILLE DOMESTIQUE.--SES PRINCIPALES
RACES.--AUTRES ESPÈCES DU GENRE APIS.
L'_Apis mellifica_ est répandue dans toute l'Europe, dans le nord de
l'Afrique et une partie de l'Asie occidentale. Dans cette vaste étendue
de territoire, les effets du climat ont dû naturellement se faire sentir
sur l'espèce, et y déterminer la formation de plusieurs races plus ou
moins caractérisées.
La plus anciennement connue de ces races est l'_Apis ligustica_, ou
_Abeille italienne_, qui diffère à première vue de l'Abeille ordinaire
par la coloration jaune orangé de ses deux premiers segments abdominaux
et de la base du troisième, et sa villosité moins sombre. C'est une
Abeille de très belle apparence, et c'est là sans doute, plus que ses
qualités, qu'on s'est plu à exagérer, ce qui lui a valu l'engouement
dont elle a été et est encore l'objet de la part des apiculteurs.
On l'a dite plus active, d'humeur plus douce, surtout plus productive.
Une assez longue expérience ne nous a pas montré qu'elle fût plus
maniable que l'Abeille commune; l'une et l'autre se comportent de même
dans les mêmes circonstances. Quant à la supériorité de ses produits en
quantité et en qualité, on trouve des affirmations, et rien de plus.
Jamais expérience comparative précise n'a été produite à cet égard.
Cette supériorité gratuitement admise, quelques apiculteurs ont prétendu
l'expliquer par une capacité plus grande du jabot, chez l'Abeille
italienne, et une langue plus longue. Cette Abeille non seulement
pourrait atteindre le nectar de fleurs plus profondes, mais encore en
transporter à la ruche une masse plus considérable. Mais si l'on cherche
la preuve de ces allégations, on ne la trouve nulle part. Jamais
apiculteur, et pour cause, n'a jaugé les jabots des deux Abeilles; on
n'a même pas, ce qui était facile, mesuré comparativement leurs langues.
Cette dernière mesure, nous l'avons faite, et nous avons trouvé une
longueur de 3mm,65 pour la languette, et une longueur de 5mm,75
pour la lèvre inférieure tout entière, dans les deux races.
Les apiculteurs voudront-ils enfin avouer que ce qui leur plaît dans
l'Abeille italienne c'est surtout sa beauté?
L'_Apis fasciata_, cultivée dès l'antiquité la plus reculée en Égypte,
ressemble beaucoup à l'Abeille italienne, dont elle a les segments
jaunes, avec une villosité plus claire et une taille plus petite.
On a, dans ces derniers temps, essayé d'acclimater dans l'Europe
occidentale diverses races venues de l'Orient, telles que l'Abeille
_syrienne_, l'Abeille _chypriote_, qui, par leurs caractères extérieurs,
tiennent plus ou moins de l'Abeille italienne ou de la noire, et
qu'aucune qualité remarquable ne distingue de l'Abeille commune.
Ajoutons-y l'_A. Cecropia_, de la Grèce, dans laquelle certains veulent
voir la souche de toutes les races domestiques.
La Barbarie possède une Abeille plus voisine de la nôtre que de celle
d'Égypte. Elle est toute noire, plus petite, et sait, dit-on, trouver du
miel en des temps de sécheresse où notre Abeille ne trouve rien à
récolter. Il ne paraît pas qu'elle s'acclimate aisément dans nos
contrées. Elle est l'objet, en Kabylie, de tous les soins des indigènes,
qui en tirent des quantités considérables de miel et de cire.
L'Abeille européenne a été transportée en Amérique, où elle tend à se
modifier diversement, suivant les climats, aussi bien dans ses habitudes
que dans ses caractères extérieurs. Au Brésil, où la flore est
exubérante, elle essaime à outrance et fait peu de provisions. Aussi
est-elle en maint endroit redevenue sauvage, et trouve-t-on fréquemment
ses colonies dans les bois. Au Chili, elle paraît donner, sans aucuns
soins, des ruches garnies de miel toute l'année, et l'heureux apiculteur
n'y a d'autre occupation que la récolte. Aux États-Unis, la culture de
notre Abeille est devenue une industrie florissante, dont les produits,
depuis quelques années, inondent nos contrées. Plus de 20 millions de
miel sont annuellement exportés d'Amérique.
Enfin, l'_Apis mellifica_ est, depuis 1862, installée en Australie, à la
Nouvelle-Zélande. Faite pour exploiter des flores peu riches, ou même
très pauvres, notre Abeille prospère étonnamment dans toutes les
contrées où l'abondance et la variété des fleurs lui fournissent de
riches moissons. Elle y lutte avec avantage contre les Abeilles
indigènes, Mélipones et Trigones. C'est le cas pour l'Australie
particulièrement, où l'Abeille d'Europe est en train d'évincer celle du
pays, dépourvue d'aiguillon. Dans notre colonie de la
Nouvelle-Calédonie, la culture de l'Abeille est peu développée, non que
le climat ne lui soit très favorable, mais le miel qu'elle retire d'une
plante fort répandue, le _Melaleuca viridiflora_, vulgairement appelé
_Niaouli_, est d'un goût trop désagréable pour être recherché. Dans
l'île des Pins, où cet arbre n'existe pas, les missionnaires obtiennent
un miel abondant et exquis.
* * *
Le genre _Apis_ est exclusivement propre à l'ancien continent. Outre
l'_A. mellifica_ et ses nombreuses variétés, dont nous avons énuméré
quelques-unes, ce genre y offre plusieurs espèces, dont le nombre est
destiné à s'augmenter sans doute.
L'Afrique en compte plusieurs. La mieux connue est l'_A. Adansonii_,
semblable d'aspect à l'_A. Ligustica_, mais plus petite, cultivée au
Sénégal dans des ruches que les indigènes suspendent aux branches, pour
les mettre à l'abri des lézards, et qu'ils exploitent par l'étouffement.
La ruche vidée, remise en place, ne tarde pas à être réoccupée par un
essaim.--Citons encore, parmi les Abeilles africaines: les _A. Caffra_
et _scutellata_, de la Cafrerie, l'_A. Nigritarum_, du Congo, qui toutes
rappellent plus ou moins l'Abeille italienne; enfin l'_A. unicolor_,
toute noire, à abdomen glabre, luisant, sans bandes d'aucune sorte.
Cette dernière est cultivée à Madagascar, à Bourbon, à Maurice, aux
Canaries. Elle donne souvent, dans la première de ces îles, un miel
verdâtre, fluide, médiocre de qualité, parfois nuisible, quand elle a
butiné sur les Euphorbes.
La Chine nourrit une jolie Abeille, qui se rencontre aussi dans l'Inde,
l'_A. socialis_, à l'abdomen presque glabre, les trois premiers segments
et la base des suivants jaunâtres, avec d'étroites bandes de poils gris.
L'_A. Indica_, de l'Inde et des îles de la Sonde, qui lui ressemble
beaucoup, n'en est peut-être qu'une petite variété. Ces Abeilles et
quelques autres sont, de la part des Indous, l'objet d'une culture dont
les particularités sont encore mal connues.
L'_Apis floralis_ Fabr. est une jolie petite Abeille, voisine de l'_A.
Indica_, qui a été observée par un voyageur anglais, Charles Horne.
L'ouvrière de cette espèce ne mesure que 7 millimètres, la reine 13 à
14, le mâle, qui seul est entièrement noir, de 11 à 12. Elle niche dans
les jardins et suspend ordinairement aux branches des orangers et des
citronniers de petits gâteaux en forme de disques arrondis. Le miel en
est très apprécié, et jouit, au dire des gens du pays, de propriétés
médicinales.
Une mention particulière est à faire d'une grande et belle Abeille
indienne, l'_A. dorsata_, qui habite aussi les îles de la Sonde. Elle a
le corselet et la tête revêtus en dessus de poils noirs, l'abdomen
jaunâtre, brun seulement vers l'extrémité. Elle est sensiblement plus
grande que notre Abeille domestique. Ch. Horne, qui l'a observée, nous
dit qu'elle est domestiquée dans l'Himalaya, où elle est logée, en
général, dans des ruches faites de tronçons de bois creusés, et placées
dans l'intérieur des habitations. Cette Abeille est très productive en
miel et cire, qui sont l'objet de grandes transactions. A l'état
sauvage, elle est très irritable et très redoutée des habitants du pays.
Comme notre Abeille domestique, l'_A. dorsata_ a parfois beaucoup à
souffrir des ravages occasionnés dans ses rayons par une Gallérie, la
_Mellolella_. Une sorte de guêpier, le _Merops viridis_, la décime. Elle
est encore impuissante à se défendre des graves déprédations d'un oiseau
de proie, la _Buse mellivore_ (_Pernis cristata_), qui s'introduit
violemment dans ses ruches, emporte dans ses serres une grande masse de
gâteaux, et, sans souci des abeilles qui l'entourent et essayent de le
frapper de leurs aiguillons, s'en va sur une branche voisine dévorer
tranquillement son butin.
Citons encore l'_Apis zonata_ Smith, la plus grande des espèces connues,
car l'ouvrière égale la taille de nos reines. Son corps est tout noir,
avec quelques poils roussâtres tout autour du corselet et de belles
bandes d'un blanc de neige à la base des segments. On ne connaît pas les
habitudes de cette Abeille.
Au Japon, l'apiculture est fort en honneur. Les Abeilles y sont logées
dans des ruches faites de planchettes. Pour les garnir, les Japonais
portent dans la campagne, non loin des nids des Abeilles sauvages, des
corbeilles de paille contenant du sucre. Les essaims, alléchés par cet
appât, s'introduisent dans les corbeilles, et sont ensuite transvasés
dans des ruches préparées d'avance.
LES BOURDONS.
Qui ne connaît ces gros hyménoptères velus, au _bourdonnement_ puissant
et grave, qu'on voit, dès les premiers beaux jours, voler un peu
lourdement d'une fleur à une autre? De longs poils sur un corps trapu,
une grosse tête tendue vers le bas, leur font une physionomie tout à
fait caractéristique dans la grande famille des Abeilles (fig. 28).
[Illustration: Fig. 28.--Bourdon terrestre.]
S'ils n'ont rien d'élégant dans leurs formes, ni de gracieux dans leurs
allures, les Bourdons sont néanmoins de beaux insectes. Leur vêtement
est d'ordinaire bandé de jaune, de blanc, de roux, sur un fond noir;
quelques-uns sont d'une couleur fauve ou rousse uniforme. Rien de moins
constant, d'ailleurs, que cette parure; on la voit, dans une même
espèce, se jouer en une multitude de variations, passant les unes aux
autres par d'innombrables nuances. Aussi n'est-il point rare que des
espèces fort différentes arrivent, par le caprice de leurs variations, à
se ressembler tellement par leurs couleurs, qu'un oeil exercé peut
seul les distinguer. Tel Bourdon noir, cerclé de jaune et de blanc, est
frère d'un Bourdon jaunâtre avec une bande noire entre les ailes. Un
autre, qu'on croirait du même nid que le dernier, se rattache à un type
tout noir, roux seulement à l'arrière. Toutes ces modifications, dont
les causes d'ailleurs nous échappent, sont par elles-mêmes d'un grand
intérêt, et font d'une collection un peu riche de ces hyménoptères une
des plus belles qu'on puisse réunir.
Les Bourdons sont très proches parents des Abeilles domestiques. Ils
ont, à très peu près, la même organisation et les mêmes habitudes. Les
sociétés qu'ils forment sont faites sur le même patron: une reine ou
mère, des ouvrières et des mâles. Mais ces sociétés sont annuelles et
non permanentes. Et ce n'est pas la seule différence qu'elles
présentent.
Ainsi, chez l'Abeille, la mère est exclusivement occupée de la ponte;
elle ne bâtit ni ne récolte, n'a aucun soin de sa progéniture. Chez le
Bourdon, la reine n'est pas seulement la mère de toute la colonie, elle
est aussi la fondatrice de la cité. C'est elle qui commença
l'édification du nid, qui l'approvisionna au début, éleva les
premiers-nés. Aussi, tandis que l'Abeille reine est dénuée de tout
instrument de travail, de corbeilles et de brosses, de glandes à cire,
la femelle Bourdon possède tous ces organes. Elle ne diffère
extérieurement de l'ouvrière que par la taille.
Il y a même plus. Toutes les Abeilles ouvrières sont semblables entre
elles. Il n'en est point ainsi chez les Bourdons. Comme cela se voit
dans les sociétés de Fourmis, leurs ouvrières varient beaucoup de taille
et de force: les unes sont d'une petitesse extrême, tandis que d'autres
égalent presque la taille de la mère. Elles partagent même avec
celle-ci la faculté de pondre, quoique avec une fécondité moindre; aussi
désigne-t-on souvent les plus grosses des ouvrières sous le nom de
petites reines ou petites femelles.
Ajoutons encore que les sociétés de Bourdons sont peu populeuses, et ne
dépassent pas quelques centaines d'individus. Nous sommes loin des 40 ou
50 000 habitants que peut compter la cité des Abeilles.
Les Bourdons, comme les Abeilles, récoltent du miel et du pollen. La
cueillette, opérée par les mêmes organes, se fait par les mêmes
procédés. Tout aussi actif, mais moins agile peut-être que l'Abeille, le
Bourdon compense cette infériorité par la masse de provisions qu'il peut
porter en une fois. Ses corbeilles peuvent se charger d'énormes pelotes.
Comme l'Abeille, il pétrit le pollen avec du miel à mesure qu'il le
récolte.
* * *
Pour bien connaître ce qu'est une famille de Bourdons, il nous faut
assister à sa naissance, suivre ses accroissements, voir son déclin et
sa ruine.
La femelle de Bourdon, fécondée en automne ou à la fin de l'été, se
réveille avec le printemps de son sommeil hivernal, butine avec ardeur
sur les premières fleurs écloses, et se met à la recherche d'un lieu
convenable pour y installer un nid. C'est généralement en mars, dans nos
climats, que la plupart des espèces commencent à se montrer, ou même dès
la fin de février, dans le midi de la France. Toutes les espèces ne sont
pas également précoces. Le Bourdon des prés (_Bombus pratorum_) est de
tous le plus hâtif. On le voit butiner sur les chatons des saules, bien
des semaines avant l'apparition des Bourdons des bois (_B. sylvarum_),
des champs (_B. agrorum_), des pierres (_B. lapidarius_), etc.