ODORAT.--C'est un fait incontestable que les Insectes ont, en général,

une très vive perception des odeurs, et ce sens atteint, chez certains,

une délicatesse inouïe. On s'accorde assez, malgré quelques

contradictions d'ailleurs réfutées, à placer le siège de cette faculté

dans les antennes.

Lefebvre[2] a montré qu'une abeille, occupée à absorber un liquide

sucré, ne remarque la présence d'une aiguille imprégnée d'éther, que si

on l'approche de ses antennes, et nullement quand on l'approche de

l'abdomen, même à toucher ses orifices respiratoires.

Perris[3] a fait voir, par de nombreux exemples, que c'est à l'aide des

antennes, que divers Hyménoptères reconnaissent leur proie et même la

découvrent cachée dans la terre ou le bois. Ils montrent en ces

circonstances une merveilleuse sagacité, qui est le fait de leur sens

antennaire.

Les abeilles n'ont nullement besoin d'être guidées par la vue pour

découvrir une substance dont elles sont friandes. Elles savent, par

l'odorat, découvrir du miel caché au fond d'un appartement où elles ne

sauraient le voir de dehors, et jusque dans une cave assez obscure.

C'est par l'odorat, et à l'aide de leurs antennes, dont elles se palpent

réciproquement, que les Abeilles sociales se reconnaissent pour

habitantes d'un même nid ou pour étrangères entre elles.

Perris attribue aussi un rôle, dans l'olfaction à très courte distance,

aux palpes maxillaires et labiaux.

* * *

OUÏE.--Un grand nombre d'auteurs ont placé dans les antennes le siège de

l'audition. On a fait remarquer combien ces organes, composés d'une

série d'articles très mobiles, étaient favorablement conformés pour

répondre aux vibrations que l'air peut leur transmettre. On ne voit pas

bien cependant ce que ces ébranlements mécaniques ont de commun avec des

sensations auditives. On sait d'ailleurs que, chez certains

Orthoptères, l'organe auditif réside dans le tibia des pattes

antérieures, et sir John Lubbock a découvert dans le tibia des Fourmis

un curieux appareil qu'il suppose pouvoir être l'oreille de ces

insectes. Mais, pour ce qui est des antennes, pas un fait encore n'est

venu confirmer l'hypothèse qui leur attribue la perception des sons.

Voici ce que dit Lubbock à ce sujet: «Le résultat de mes expériences sur

l'audition chez les Abeilles m'a considérablement surpris. On croit

généralement que les émotions des abeilles sont exprimées dans une

certaine mesure par les sons qu'elles produisent, ce qui semblerait

indiquer qu'elles ont la faculté d'entendre. Je n'ai en aucune façon

l'intention de nier qu'il en soit ainsi. Toutefois je n'ai jamais vu

aucune d'elles se soucier des bruits que je pouvais produire, même tout

près d'elles. J'expérimentai sur une de mes abeilles avec un violon. Je

fis le plus de bruit que je pus, mais à ma grande surprise elle n'y prit

garde. Je ne la vis même pas retirer ses antennes.... J'essayai sur

plusieurs abeilles l'action d'un sifflet pour chiens, d'un fifre aigu;

mais elles ne parurent nullement s'en apercevoir, pas plus que de

diapasons dont je me servis sans succès. Je fis aussi des essais avec ma

voix, criant près de la tête des abeilles; mais en dépit de tous mes

efforts je ne pus attirer leur attention. Je répétai ces expériences la

nuit, alors que les abeilles reposaient, mais tout le bruit que je pus

faire ne parut pas les déranger le moins du monde[4]».

Déjà Perris n'avait pas été plus heureux, en faisant «bourdonner des

diptères, grincer des corselets de longicornes, etc., à quelque distance

d'individus de même espèce et de sexes différents»; M. Forel pas

davantage, en faisant «grincer les hautes cordes d'un violon à 5 ou 4

centimètres d'abeilles en train de butiner dans les fleurs; en criant,

sifflant à pleins poumons, à quelques centimètres de divers insectes.»

Tant qu'ils ne voyaient pas l'expérimentateur, il n'y faisaient aucune

attention.

Nous pouvons donc conclure avec certitude que les Abeilles, comme la

plupart des Insectes, sont privées de la faculté de percevoir les sons.

Il ne semble même pas qu'il y ait lieu de faire, avec sir J. Lubbock,

cette réserve, que les Insectes pourraient peut-être entendre des sons

qui n'existent point pour nous, car ce n'est là qu'une supposition, née

sans doute de la répugnance à admettre que ces animaux soient dépourvus

d'un sens qui nous semble si important.

* * *

TACT.--Tous les Insectes sont doués d'une sensibilité tactile fort

délicate. Cette faculté est loin d'être répandue uniformément sur tout

le corps; certaines parties même semblent être peu ou point

impressionnables, les ailes par exemple. Les antennes sont à cet égard

douées d'une exquise finesse de perception, que l'on a bien souvent mise

à l'actif de l'audition, qui n'existe pas. Les palpes, les tarses, sont

encore des organes fort sensibles aux attouchements.

La plupart des Insectes, et en particulier les Abeilles, perçoivent avec

une délicatesse extrême les plus faibles ébranlements, soit qu'ils

proviennent de l'air, où qu'ils soient transmis par les corps sur

lesquels leurs pieds reposent. Alors que les bruits les plus intenses

laissent indifférente la population d'une ruche, le plus léger souffle à

l'entrée, le moindre choc sur la paroi éveille une rumeur dans

l'intérieur, et fait sortir un certain nombre d'abeilles irritées,

toutes prêtes à repousser une attaque.

Un organe affecté à plusieurs fonctions remplit d'ordinaire assez mal

chacune d'entre elles. En dépit de la loi de division du travail, la

coexistence de deux sens dans les antennes ne nuit en rien à l'exquise

finesse des sensations tactiles ou olfactives.

L'admirable organe que l'antenne! Et combien de notions il procure à

l'Abeille! Dans l'obscurité de la ruche ou la nuit d'un terrier, ce qui

la guide, c'est l'antenne. Dans les détours, le labyrinthe compliqué des

rayons, ce qui lui fait retrouver, sans le secours des yeux, la cellule,

entre mille, qu'elle a pris pour tâche de remplir, c'est l'antenne.

L'antenne est la main et les doigts qui instruisent de la forme et des

contours des objets. Elle est le compas qui mesure les dimensions d'un

espace, les proportions à donner à la cellule de cire ou d'argile. C'est

par elle encore que l'Abeille recueille l'effluve odorant émané de la

fleur lointaine, ou du dépôt de miel que l'oeil ne saurait voir;

qu'elle reconnaît les membres de la famille, et distingue la soeur de

l'étrangère, l'amie de l'ennemie. Est-ce là tout? Qui pourrait le dire?

Il est bien probable que les antennes rendent à l'Insecte encore

d'autres services que nous ignorons, que nous ne pouvons même pas

soupçonner.

* * *

GOUT.--Ce sens existe, à n'en pas douter, chez les Abeilles. Lorsqu'un

de ces hyménoptères est une fois venu se gorger de miel en un endroit où

il a été placé tout exprès, il ne manquera pas d'y revenir. Mais si l'on

a mêlé au miel une substance telle que l'alun ou la quinine, l'insecte

se retire avec dégoût à peine il y a touché.

On a souvent attribué aux palpes la fonction gustative. Mais on peut les

couper sans que cette fonction semble le moins du monde atteinte. C'est

dans la bouche même qu'en est le siège, probablement en certaines

parties des mâchoires et de la langue, et mieux encore dans un organe

nerveux décrit par Wolff dans l'épipharynx, organe particulièrement

développé chez les Abeilles, mais qui existe aussi chez les Fourmis.

* * *

INSTINCT ET INTELLIGENCE.---- De toutes les facultés dont le système

nerveux est le siège, les plus élevées, l'instinct et l'intelligence,

existent à un haut degré chez les Abeilles, comme chez les Fourmis.

Elles font même de ces animaux les plus remarquables des Hyménoptères,

et même de tous les Insectes. Nous trouvons aussi chez eux, mais moins

développés, les sentiments affectifs, apanage exclusif, cela se conçoit,

des espèces sociales. Nous ne dirons rien ici de ces facultés. Ce livre

n'est, à proprement parler, que l'histoire de l'instinct et de

l'intelligence des Abeilles. Leurs faits et gestes en diront

suffisamment là-dessus. Aussi nous abstenons-nous ici de généralités

parfaitement inutiles.

* * *

DES SEXES. DISPARITÉ SEXUELLE.--Chez les Abeilles, comme chez tous les

Insectes, en général, la femelle seule a la mission de pourvoir aux

besoins de la progéniture. A elle seule revient le soin de lui préparer

le vivre et le couvert. Une exception à cette loi se voit chez plusieurs

Abeilles sociales, de même que chez les Fourmis, où la mère de toute la

colonie n'a autre chose à faire que de pondre; les aînés de ses enfants

se chargent pour elle de tous les soins de la maternité.

Bien variés, dans la série des Abeilles, sont les travaux que ces soins

réclament, bien différents aussi les aptitudes, les instruments qu'ils

exigent. Aussi les femelles, à qui ces fonctions incombent, sont-elles

fort diversifiées entre elles, portant chacune les attributs de leur

métier, d'ailleurs robustes, car elles ont souvent à peiner beaucoup.

Les mâles, au contraire, dont le seul rôle est la fécondation, souvent

malingres, comparés à leurs compagnes, diffèrent peu les uns des autres,

et leur uniformité, dans certains groupes, est même extraordinaire. Chez

l'Insecte, du reste, le sexe féminin a d'habitude la prééminence; il est

le sexe fort, le sexe noble, si l'on veut, noble par le travail et par

l'intelligence.

En dehors du très court instant où leur intervention est nécessaire, les

mâles passent leur temps à se rassasier du suc des fleurs, à prendre

leurs ébats, à s'ensoleiller, à dormir. Ils sont si près d'être

inutiles, que parfois l'on s'en passe: la parthénogénèse, ou génération

virginale, n'est pas rare chez les Insectes, et nous la trouverons chez

les Abeilles.

Les sexes, d'après ce que nous venons de dire, se distinguent presque

toujours aisément chez ces insectes. La disparité sexuelle y est le plus

souvent très accentuée, au point même qu'en certains cas, apparier les

deux sexes est une grande difficulté, que l'observation seule peut

résoudre: il faut, ou bien surprendre les couples sur le fait, ou bien

les voir naître d'un même berceau. Mais, en dehors de toute comparaison

d'un sexe à l'autre, rien n'est plus aisé que de reconnaître si l'on a

affaire à un mâle ou à une femelle. Celle-ci n'a jamais que douze

articles aux antennes et six segments à l'abdomen. Le mâle a treize

articles aux antennes et sept segments abdominaux. La femelle enfin est

armée d'un aiguillon, qui manque toujours au mâle.

* * *

DÉVELOPPEMENT.--Le développement des Abeilles présente les mêmes phases

générales que celui des autres insectes: _oeuf_, _larve_, _nymphe_,

_adulte_, en un mot les métamorphoses que tout le monde connaît. Nous ne

pouvons ici nous y appesantir; l'étude des différentes sortes d'Abeilles

nous fournira l'occasion de donner quelques renseignements sur ces

divers états, quand il en vaudra la peine. Quant à l'évolution

embryonnaire, malgré les faits d'un haut intérêt qu'elle pourrait

présenter, le grand nombre de notions spéciales qu'elle exigerait pour

être suivie avec fruit nous entraînerait fort loin, et nous n'osons

vraiment pas l'aborder.

CLASSIFICATION DES ABEILLES.

Bien qu'il y ait eu des naturalistes pour le prétendre, la

classification n'est pas, tant s'en faut, le but ultime de la science.

Elle est avant tout un procédé, un moyen d'étude, un élément de

simplification et de clarté. C'est à ce titre, et afin d'éviter des

redites, que nous nous permettons de donner ici, avant d'aborder l'étude

particulière des différentes sortes d'Abeilles, un rudiment de leur

classification.

Nous savons déjà que, d'après la conformation de leur langue, les

Abeilles se divisent en deux grandes tribus, les ABEILLES A LANGUES

LONGUE, qu'on appelle encore APIDES ou ABEILLES NORMALES (Shuckard), et

les ABEILLES A LANGUE COURTE, appelées aussi ANDRÉNIDES, du nom d'un de

leurs genres les plus importants, ou ABEILLES SUBNORMALES (Shuckard).

Chacune de ces divisions se subdivise à son tour, les Apides en

_Sociales_ et _Solitaires_; les Andrénides, qui d'ailleurs sont toutes

solitaires, en _Acutilingues_ et _Obtusilingues_. Enfin, les Solitaires,

d'après les situations de l'appareil collecteur, aux pattes postérieures

ou sous l'abdomen, se partagent en _Podilégides_ et _Gastrilégides_.

Nous nous contenterons de cette ébauche de classification, que le

tableau suivant fixera mieux dans l'esprit.

{ à langue longue { Sociales.

{ { { Podilégides.

Abeilles { _Apides_ { Solitaires. { Gastrilégides.

{

{ à langue courte } . . . . . { Acutilingues.

{ _Andrénides_ } { Obtusilingues.

Entre ces quatre grands groupes se répartissent fort inégalement une

cinquantaine de genres européens et plus de soixante exclusivement

exotiques. Pour les raisons que nous avons fait connaître, nous ne

pourrons guère nous attacher qu'à une trentaine de ces genres, presque

tous européens.

Quant à l'ordre que nous suivrons dans cette revue, il ne sera point

celui que le lecteur eût pu prévoir d'après ce qui a été dit des

rapports hiérarchiques des différentes sortes d'abeilles entre elles.

Nous ne prendrons point l'Abeille à son état le plus inférieur, pour

nous élever par degrés à la plus parfaite. Si naturelle, si

satisfaisante pour l'esprit que cette méthode puisse être, elle

exigerait, pour être menée à bien, tout l'appareil d'une démonstration

rigoureuse, qui ne fait grâce d'aucun détail, ne néglige aucun élément

de conviction. Tel ne saurait être le caractère de ce livre, avant tout

élémentaire et facile.

Nous suivrons précisément l'ordre inverse de celui que nous eussions

préféré. A tout seigneur tout honneur. Au premier rang viendra l'Abeille

la plus anciennement et la plus vulgairement connue, la Mouche à miel,

puis ses congénères les plus immédiats. Les Abeilles solitaires

viendront ensuite, à commencer par celles qui diffèrent le moins des

sociales, et nous terminerons par celles qui s'en éloignent le plus.

APIDES SOCIALES

Une espèce animale est d'ordinaire représentée par deux formes, le mâle

et la femelle. Chez les Insectes sociaux, le type spécifique comporte au

moins trois formes. La femelle s'y dédouble, pour ainsi dire, en deux

autres, qui se partagent les fonctions ailleurs dévolues à la femelle

unique: la production des jeunes d'un côté, leur élevage de l'autre. Il

existe ainsi une femelle ou _reine_, et des _ouvrières_.

Plus le départ entre les deux fonctions est complet, moins elles

empiètent l'une sur l'autre, et plus la société est parfaite. La

division du travail est la loi de perfectionnement de toute société,

humaine ou animale.

Les Abeilles sociales nous offrent, à ce point de vue, trois degrés: le

Bourdon, la Mélipone, l'Abeille des ruches.

Le mâle n'est pour rien dans cette hiérarchie. Il reste, chez les

Abeilles sociales, ce qu'il est partout ailleurs: il féconde la

pondeuse, et c'est tout. Ainsi en est-il aussi chez les Fourmis. Mais

dans les sociétés de Termites (Névroptères), le mâle peut perdre ses

prérogatives ordinaires, pour devenir, lui aussi, un travailleur, un

_soldat_, le défenseur de la communauté. C'est peut-être le seul cas,

dans toute la classe des Insectes, où le mâle renonce à l'éternelle

paresse qui est l'apanage de son sexe.

L'ABEILLE DOMESTIQUE.

Le genre _Apis_, dans lequel Linné confondait tout ce qu'aujourd'hui

nous appelons les Abeilles ou Apiaires, ne renferme plus actuellement

que l'Abeille domestique (_Apis mellifica_) et un petit nombre d'espèces

voisines, habitant toutes l'ancien monde.

De toutes ces abeilles, la seule bien connue est celle de nos ruches,

répandue en nombreuses variétés dans toute l'Europe, le nord de

l'Afrique et une partie de l'Asie.

* * *

Il est de connaissance vulgaire que toute colonie d'abeilles, une ruche,

contient les trois sortes d'individus dont nous avons parlé: des

ouvrières, une reine et des mâles ou faux-bourdons.

_L'ouvrière._--Tout le monde la connaît, tout le monde l'a vue, cette

infatigable mouche, dont l'extérieur, sombre et sévère, n'a rien pour

appeler l'attention, rien, si ce n'est son incessante activité. Toujours

en mouvement, visitant une fleur après l'autre, sans un instant de

répit, jamais on ne la voit posée, à ne rien faire ou à s'ensoleiller,

comme tant d'autres (fig. 17, _a_).

Son corps est à peu près cylindrique, modérément velu, sauf le vertex et

le corselet, qui sont assez densément vêtus, le premier de poils

noirâtres, le second de poils d'un roux brun; l'abdomen est cerclé de

bandes d'un fin duvet plus clair. La tête, aplatie sur le devant, est

triangulaire, vue de face. Trois forts ocelles en triangle se voient au

milieu des poils du vertes. Sur le côté, les yeux composés, à facettes

très petites, condition favorable à une vision nette, sont pubescents à

la loupe, circonstance qui ne nuit en rien à leur fonction, car les

poils sont portés, non sur les cornéules, mais sur leur pourtour. Du

milieu de la face naissent deux antennes assez courtes, géniculées après

le premier article, à lui seul aussi long que la moitié du funicule.

Sous un large chaperon apparaît un labre court, allongé en travers; sous

le labre, des mandibules convexes en dehors, concaves en dedans,

élargies au bout, non denticulées, comme de larges cuillers. Les

mâchoires, la lèvre inférieure si compliquée nous sont connues.

[Illustration: Fig. 17--Abeilles ouvrière, reine, mâle.]

Le thorax n'a rien qui mérite de fixer notre attention, non plus que les

ailes, où nous signalerons seulement une cellule radiale très allongée,

trois cubitales, la seconde en long trapèze irrégulier, la troisième

très étroite, obliquement couchée sur la seconde.

[Illustration: Fig. 18.--Pattes postérieures des trois sortes

d'abeilles.]

Les pattes nous arrêteront plus longtemps. Celles de la première paire

sont assez grêles; le premier article des tarses, aussi long que les

suivants réunis, est garni en dessous de poils courts et serrés, formant

brosse. Aux pattes de la deuxième paire, ce premier article des tarses

est fortement élargi en palette et muni aussi en dessous d'une brosse.

Les pattes (fig. 18 _a_ et _b_) de la troisième paire sont tout à fait

caractéristiques, et témoignent d'une adaptation non moins parfaite que

celle de la lèvre inférieure. Le tibia, très aplati, en forme de long

triangle, a sa face extérieure presque plane, un peu creusée, absolument

lisse et très brillante. Les côtés du tibia sont ciliés de longs poils,

un peu voûtés au-dessus de cette surface unie, parfaitement disposés

pour contribuer à y maintenir la pâtée de pollen. Nous venons de décrire

ce que l'on appelle la _corbeille_. Le premier article des tarses qui

suit, comme celui de la deuxième paire, est en forme de palette; mais

cette palette est plus longue, surtout plus large; la brosse qu'elle

porte est formée de crins plus forts, disposés en travers sur huit ou

neuf rangées; c'est une véritable étrille. L'extrémité inférieure et

interne du tibia est garnie d'une rangée de courtes épines; l'angle

supérieur et externe du premier article des tarses se prolonge en une

sorte de talon ou éperon qui concourt, avec les épines du tibia, à

détacher et saisir sous l'abdomen les plaques de cire.

L'abdomen, tronqué en avant, conique en arrière, est très convexe et

presque cylindrique dans son ensemble.

* * *

_La reine_ (fig. 17 _b_).--La _reine_ ou _femelle_ diffère de

l'ouvrière, à première vue, par sa taille beaucoup plus grande. Sa tête

est un peu plus étroite, son corselet guère plus gros, en sorte que la

différence de grandeur tient surtout à l'abdomen. Cet organe est en

effet un peu plus large, surtout plus long, jusqu'à égaler de deux à

trois fois la longueur de la tête et du corselet réunis. Du reste, le

développement de cet organe varie beaucoup suivant l'état physiologique

de l'abeille. Il est énorme au temps de la plus grande ponte; il est

plus ou moins réduit en d'autres temps, parfois même au point de n'avoir

plus que les dimensions de celui d'une ouvrière. Il se distend par

l'écartement de ses anneaux, ou se resserre, suivant le volume variable

des ovaires.

Les organes buccaux sont sensiblement réduits chez la reine, qui jamais

ne visite les fleurs: la langue est beaucoup plus courte, les mâchoires

également; les mandibules étroites, bidentées. Les pattes (fig. 18 _c_),

assez robustes, sont dénuées de brosses et de corbeilles.

* * *

_Le mâle_ (fig. 17 _c_).--Le _mâle_ ou _faux-bourdon_ est gros et

robuste, sa forme générale cylindrique, sa villosité abondante. Les yeux

composés atteignent un développement énorme dans ce sexe: de la base des

mandibules, ils s'étendent de part et d'autre jusqu'au milieu du vertex,

où ils se rejoignent, séparés par un simple sillon, et ils empiètent

notablement sur la face, réduite au quart à peine de la surface de toute

la tête. Les yeux simples, refoulés vers la face par la grande extension

des yeux à réseau, sont néanmoins volumineux. Les antennes, à scape

fort court, comptent 13 articles au lieu de 12 comme il est de règle

chez toute espèce d'abeilles. Les organes buccaux sont remarquablement

courts. Le thorax est densément revêtu d'une villosité serrée, veloutée.

Les pattes antérieures et moyennes sont grêles; les postérieures (fig.

18 _d_), plus fortes, manquent de tout instrument de travail et sont

convexes extérieurement. L'abdomen est gros, obtus aux deux bouts, aussi

long que la tête et le corselet réunis, formé de 7 segments au lieu de 6

(ouvrière et reine), le dernier presque entièrement caché, au-dessous,

par le sixième.

* * *

LA RUCHE.--Nous connaissons, quant à l'extérieur du moins, les habitants

de la ruche. Un mot de leur demeure.

Un essaim, qu'il soit logé dans le creux d'un vieil arbre, dans un trou

de rocher, ou dans un de ces petits édifices dont l'apiculteur fait les

frais, habite un assemblage de _gâteaux_ ou _rayons_ de cire, pendant

verticalement du plafond de la ruche, parallèles entre eux, séparés par

des intervalles fixes, et comprenant chacun deux rangées de cellules.

Ces cellules, dont l'axe est perpendiculaire au plan du rayon, et par

conséquent horizontal, sont, on le sait, hexagonales. Elles diffèrent

suivant l'insecte qui s'y développe. Celles qui sont destinées aux

ouvrières sont petites: 19 à la file font un décimètre. Celles qui

servent au développement des mâles sont plus grandes: 15 au décimètre.

Tel gâteau ne montre que des cellules d'ouvrières; tel autre n'a que des

cellules de mâles. Souvent le même rayon est en partie fait de cellules

d'ouvrières (fig. 19 _b_), en partie de cellules de mâles (fig. 19 _c_).

Les gâteaux, ou plutôt leurs cellules, ne servent pas seulement de

berceau pour les abeilles. Ils servent aussi de magasins de provisions

pour le miel et pour la pâtée de pollen.

C'est dans les intervalles des rayons que se tient la population de la

ruche, retirée, resserrée dans le coeur de l'édifice, quand le temps

est froid, pour bien conserver la chaleur intérieure, ou partout

répandue sur les rayons, quand la température est chaude, et que les

habitants sont nombreux. Mais c'est là où se trouvent des oeufs, des

larves ou des nymphes, du _couvain_ en un mot, que se tiennent de

préférence les abeilles, pressées les unes contre les autres, attentives

aux soins à donner aux jeunes, et entretenant autour d'eux une douce

chaleur nécessaire à leur évolution normale.

[Illustration: Fig. 19.--Cellules ou alvéoles.]

La température intérieure de la ruche, prise dans la chambre à couvain,

peut osciller de 23° à 36°. Au-dessus de ce point, les abeilles cessent

tous travaux, et se tiennent à l'extérieur en grandes masses.

Ce logis est calfeutré avec le plus grand soin; le moindre trou, la plus

étroite fissure, sont hermétiquement bouchés à l'aide d'une matière

résineuse, la _propolis_, que les abeilles se procurent, dit-on, sur les

arbres résineux ou sur les bourgeons des peupliers. Un orifice de forme

quelconque, et de dimensions en général médiocres, est seul laissé sur

une des façades de la ruche, pour l'entrée et la sortie des abeilles.

Des sentinelles veillent sans cesse à cette porte, et leurs antennes ne

manquent jamais de prendre des renseignements sur les arrivants.

PHYSIOLOGIE DE LA RUCHE

Les abeilles · 第 2 / 25 段