des heures dans sa chambre, faire de longues promenades tout seul; on
doit le tribut de sa présence, de sa conversation, à ceux dont on
accepte l'hospitalité.
On doit être d'une exactitude mathématique pour l'heure des repas de
part et d'autre.
La toilette doit être très soignée et ce, dès le matin.
On ne doit pas rester plus longtemps que le terme fixé, mieux vaut
même partir un peu avant. Ainsi, si vous êtes invité pour une
quinzaine, le savoir-vivre veut que vous partiez le douzième ou
treizième jour. Il est préférable de laisser des regrets; on insistera
toujours afin que votre séjour soit plus long.
Il est bon de se montrer généreux envers les domestiques.
[Illustration]
_Les cadeaux d'étrennes._
On doit un présent convenable aux dames chez qui l'on va dîner
plusieurs fois chaque année.
On ne fait jamais de cadeaux à des supérieurs à l'occasion du jour de
l'an, mais dans le courant de l'année, on peut envoyer une bourriche
de gibier, des fruits, des fleurs rares.
Les étrennes se divisent en plusieurs genres:
Les étrennes utiles;--Les étrennes superflues;--Les étrennes
d'argent;--Les étrennes d'amitié.
Les étrennes utiles se donnent entre parents, entre amis intimes;
elles sont toujours agréables, car elles répondent à un besoin, à un
désir, soit pour votre intérieur, soit pour vous-même.
La série serait longue à énumérer; on peut offrir argenterie, service
de table, robe de velours, de laine, draps, serviettes, fourrure et
même la modeste demi-douzaine de mouchoirs de poche.
Le costume d'enfant, le bronze qui manque sur votre cheminée, le tapis
de table, le chapeau, etc.
Lorsqu'on donne des étrennes utiles, on est sur le pied d'une telle
familiarité, qu'on peut fort bien dire: «J'ai l'intention de vous
offrir telle et telle chose; tirez-moi donc d'embarras, et dites ce
que vous préférez.»
Les étrennes superflues mais agréables sont les bijoux, les bibelots,
les jouets.
Pour les enfants déjà un peu grands, les livres sont préférables.
Dans l'ordre des étrennes superflues, il y a toute la gamme des
japonaiseries, des petits livres, des meubles volants.
Le bijou offert par le mari à la femme, par l'oncle à la nièce, par la
marraine à la filleule, peut être une bague de mille écus ou la montre
en nickel.
Les amis hommes envoient fleurs et bonbons, c'est classique: j'engage
seulement à donner les uns et les autres en plus petite quantité et à
les offrir dans un bibelot _durable_, car une fois bonbons croqués et
fleurs fanées que reste-t-il du souvenir de l'ami?
Les étrennes d'argent, les plus agréables, ne peuvent s'offrir que de
mari à femme, de parents à enfants, de maîtres à serviteurs.
Les étrennes d'amitié sont les petits ouvrages faits par les jolis
doigts de la donatrice, le dessin, le pastel, le tableautin peint par
l'artiste de la famille; le portecrayon échangé entre camarades, enfin
moins que rien; mais ces étrennes-là sont les plus touchantes: on a
pris de son temps, de sa vie pour confectionner cette bagatelle.
Lorsqu'on nous apporte des étrennes, il est de mauvais goût de ne pas
ouvrir le paquet de suite et de dire merci simplement, sans regarder.
Celui qui se dérange a droit aux remerciements et aux exclamations de
plaisir que son présent doit provoquer.
Même si la chose n'est pas à notre gré, il faut avoir l'air ravi.
Ne raillons jamais le cadeau de l'un devant l'autre; ne l'évaluons
pas.
Ne faisons pas de parallèle entre ce que nous recevons et ce que nous
donnons.
Si nous avons déjà reçu un présent semblable, n'en exprimons pas le
regret.
Il est du savoir-vivre de témoigner plus de reconnaissance à une
personne qui nous offre un objet modeste qu'à celle qui nous fait un
cadeau splendide: la première est quelquefois honteuse de la
médiocrité de son présent, la seconde a conscience de la valeur du
sien.
Si on nous envoie un présent par un domestique, l'usage veut qu'on lui
remette une pièce d'argent, variant de cinquante centimes à cinq
francs; jamais plus, car on aurait l'air de vouloir rendre la valeur
de l'objet.
On doit écrire un mot de remerciements, si on ne peut faire une visite
dans la huitaine.
Un cadeau qui peut fort bien se faire, entre hommes, est une caisse de
cigares de bon _choix_.
Le petit enfant doit écrire aux parents éloignés et réciter un
compliment à ceux qui sont près de lui.
On doit un présent d'argent aux facteurs, concierges, domestiques,
télégraphistes, frotteurs, etc.; c'est l'impôt forcé auquel nul n'a le
droit de se soustraire.
La nourrice de nos enfants a également droit à un petit souvenir, en
nature ou en argent, si nous sommes encore en relations avec elle; et
aussi les anciens instituteurs et institutrices et les serviteurs de
nos parents.
[Illustration]
_La politesse dans la rue._
On voit des personnes, parfaitement polies dans un salon, devenir
parfaitement incorrectes, sitôt qu'elles foulent l'asphalte d'un talon
vainqueur.
Il faut toujours prendre sa droite, on évite ainsi les heurts et les
chocs.
Dernièrement, trottant très affairée, je me croise avec un monsieur
qui avait l'allure d'un parfait gentleman; il passa près de moi, non
seulement en me bousculant, en me regardant d'une façon malhonnête,
mais encore m'envoya la fumée de son cigare dans le visage. Un mot vif
était prêt à m'échapper, je le contins heureusement; qui sait ce que
ce monsieur eût pu répondre?
A quelques pas de là, une grosse voiture de camionneur était arrêtée,
son conducteur accoté fumait une énorme pipe, qu'il retira d'entre ses
dents lorsque je passai près de lui; puis, voyant la mèche du fouet
qui ballottait et qui pouvait m'effleurer le visage, il l'arrêta d'un
geste poli.
Le savoir-vivre était inné chez cet homme et le gentleman méritait
l'épithète pensée.
Savoir se ranger à l'occasion, sous une porte cochère, pour laisser
passer sans encombre une femme ayant un bébé sur le bras, est une
marque de savoir-vivre qu'on apprécie fort sur nos trottoirs étroits.
Faire p'sst! à quelqu'un pour le faire retourner, qui l'oserait?
Si je tiens mon petit chien en laisse, je fais attention à ne pas
enchevêtrer les jambes des passants dans la laisse du toutou.
S'arrêter soudain pour écouter les boniments d'un marchand ambulant
est à peine permis aux petits pâtissiers, aux petits télégraphistes,
et aux très jeunes «potaches»; un monsieur ou une dame de tenue
correcte continue sa route.
On peut s'informer discrètement de la cause d'un attroupement, mais
lorsqu'on sait ce qui en est, grossir cet attroupement est au moins
inutile, quelle que soit la badauderie parisienne.
Si vous rencontrez un ami et que vous l'arrêtiez pour lui parler,
rangez-vous de côté de manière à ne pas obstruer le passage.
Lorsqu'un homme jette une allumette enflammée, un bout de cigare
allumé, il doit les jeter dans le ruisseau, ou du moins mettre le pied
dessus; en plein trottoir, cela pourrait roussir, sinon incendier, les
jupons des dames.
L'attitude et le geste sont encore à observer pour être bien élevé; on
doit éviter les attitudes trop libres, les airs cavaliers.
En marchant, ne balançons pas nos bras. Une femme a toujours un
maintien, soit avec son ombrelle, soit avec son manchon; privée de ces
objets, elle relève gracieusement sa robe, ou en fait le simulacre, ce
qui occupe suffisamment les doigts.
Une marche sautillante, traînante est disgracieuse; de même faire
résonner ses talons sur le pavé produit un effet singulier.
[Illustration]
_Shake-hand._
Banale, banale, malheureusement et souvent, reconnaissons-le,
maladroite.
La bonne poignée de main amicale, à l'étreinte sincère, a fait place
au _shake-hand_, qui n'est qu'un démanchement d'épaule.
C'est toujours la main droite qu'on présente.
Rien de plus.... anglais que cette secousse sèche.
La poignée de main doit se donner entièrement; celui qui offrirait
trois doigts ou un seul doigt, comme si on le tendait à un oiseau,
serait peu convenable: de même lorsque la main reste molle, ne répond
pas à l'étreinte; encore lorsqu'il y a à peine un effleurement.
On ne devrait pas prodiguer la poignée de main à des inconnus; mais,
maintenant, les femmes même du meilleur monde la banalisent avec la
plus grande désinvolture.
Un homme ne doit jamais tendre le premier la main à une femme.
De même, une jeune fille ou une jeune femme, à une personne âgée.
Il ne faut pas que les jeunes gens tendent la main les premiers, sinon
à des camarades. Je regrette pour les jeunes garçons qu'on ne leur
inculque pas, avec le respect de la femme, l'usage du baisemain;
c'était respectueux et ceux de nos fils qui feraient revivre cette
ancienne coutume auraient tout à fait bon air; malheureusement, les
garçons, nous l'avons dit, ont souvent des manières d'une blâmable
désinvolture.
La poignée de main ne doit pas être prolongée, ce serait inconvenant,
comme celle dite «en sandwich», où votre interlocuteur place votre
main entre les deux siennes.
Lorsqu'on présente un homme à un autre, l'usage veut qu'on ne lui
serre la main qu'en le quittant, mais beaucoup passent là-dessus.
Si vous rencontrez un monsieur et une dame, il est de rigueur de
donner d'abord la main à celle-ci.
Les jeunes filles devraient ne pas donner de poignée de main aux
jeunes gens.
[Illustration]
_Au restaurant._
Lorsqu'on va dîner au restaurant, dans la salle commune, il y a mille
nuances à observer. L'homme, en entrant, soulève son chapeau et le
remet ensuite sur sa tête pour traverser la salle.
On n'essuie plus ostensiblement son verre, son assiette.
Il est regrettable d'interpeller les garçons à haute voix, de se
plaindre si fort que les voisins entendent; de se servir du cure-dents
ostensiblement; d'emporter la moindre des choses de la desserte,
fût-ce un macaron.
Le pourboire doit être décent, même si l'on n'est pas satisfait du
service.
Les femmes n'enlèvent jamais leur chapeau au restaurant, même en
cabinet particulier.
Rire aux éclats est très déplacé; nous nous devons au décorum. En
sortant, Monsieur, toujours, marche devant Madame, mais s'efface et la
laisse passer après lui avoir ouvert la porte de sortie.
[Illustration]
_Au spectacle._
C'est au théâtre que nous passons le plus volontiers la soirée quand
nos obligations mondaines nous le permettent.
On n'a plus, si ce n'est dans quelques théâtres, tels que l'Opéra,
l'Opéra-Comique, la Comédie-Française et les scènes élégantes du
boulevard, de toilettes dites «de théâtre»; on peut y aller en robe
simplement élégante, pourvu qu'on ait un chapeau et des gants frais.
Les gants clairs ne sont pas de rigueur.
Les toilettes décolletées sont mal portées dans les petits théâtres.
Les dames ne vont pas faire de visites dans les loges des personnes
qu'elles connaissent. Elles ne doivent quitter leur place que pour
aller au foyer, avec les messieurs qui les accompagnent.
Les hommes donnent un très léger coup de chapeau aux personnes qu'ils
peuvent connaître dans la salle; les femmes répondent par une petite
inclination de tête; jamais de sourires ou de signes avec l'éventail.
Un homme ne doit jamais laisser seule dans sa loge la dame qui est
avec lui.
Une femme lorgne la scène, mais doit à peine lorgner dans la salle,
surtout jamais fixement.
Un homme bien élevé ne lorgnera pas non plus avec obstination.
On peut s'amuser franchement au théâtre, mais non rire aux éclats.
On ne doit pas non plus faire des réflexions pouvant gêner ses
voisins, ni bavarder de telle manière qu'on les empêche d'entendre la
pièce.
Si on a déjà vu la pièce, rien de plus fâcheux que de déflorer le
plaisir de la ou des personnes qui sont avec vous, en la leur
racontant.
Lorsque nous avons des places aux fauteuils ou aux stalles,
arrangeons-nous pour arriver à l'heure ou dans un entr'acte, afin que
notre venue ne trouble pas un rang entier de spectateurs. A ce propos,
une «leçon de choses»; un croquis fantaisiste qu'on nous pardonnera à
cause de son exactitude.
Dans un théâtre où les passages sont très étroits, arrive une grosse
dame, rouge, essoufflée, qui se trouvant placée juste au milieu du
rang, a une quinzaine de personnes à déranger; elle s'avance et
commence par faire pousser un «aïe!» de douleur à une jeune femme;
elle s'excuse, continue à marcher, heurte les genoux d'un vieux
monsieur peu endurant et peut-être goutteux, qui se fâche: troublée,
la dame s'empêtre dans un petit banc et fait un bruit épouvantable
pendant que, d'une voix douce et pâmée, la jeune première disait des
choses très intéressantes à un acteur en perruque bien frisée; la
grosse dame arrive alors devant une autre dame qui n'a pas la
précaution de lever son fauteuil pour faciliter le passage, et il se
produit une collision.
Enfin elle arrive à sa place. Myope, elle se penche pour voir le
numéro de son fauteuil, et elle écrase à demi un ravissant petit
chapeau en fleurs porté par une jeune fille placée au rang devant
elle; celle-ci l'appelle maladroite et lui fait les yeux d'une
demoiselle à laquelle on abîme un chapeau neuf, jugez, mesdames! La
dame s'excuse encore à haute voix: des «chut» énergiques se font
entendre. Pensez donc, le traître va sortir son poignard et le père
noble sort une grande tirade! La dame s'assied, prend sa jupe dans le
ressort du fauteuil, se lève, lutte désespérément pour retirer
l'étoffe, reste debout et masque ainsi la scène à un petit garçon qui
pousse des cris de paon parce qu'il «ne voit plus les belles dames».
«Assis, assis!» crie-t-on de toutes parts. Encore plus rouge, la
spectatrice s'assied enfin; elle tire sa jumelle, en fait tomber
l'étui, se baisse, fouille sous les fauteuils et gêne encore ses
voisins; comme elle a plus chaud qu'en arrivant, elle s'évente avec
son mouchoir et pousse des ouf. Pendant l'entr'acte, elle appelle le
marchand de programmes et, au lieu de s'être précautionnée de monnaie,
elle lui fait changer une pièce de vingt francs; celui-ci va chercher
la monnaie; comme il reste un peu longtemps, qu'il s'arrête en route
pour vendre d'autres programmes, la grosse dame l'interpelle à haute
voix. Ce fut son dernier exploit.
Qu'on nous pardonne ce fantaisiste tableau un peu poussé à la charge.
Mais pareil voisinage est un fléau, n'est-ce pas! Et, malheureusement,
combien fréquent!
A moins d'être dans une loge, on ne doit prendre ses vêtements qu'en
sortant; sans cela, on incommode ses voisins.
_En aucun cas_ on ne doit manger d'oranges au théâtre.
Les pourboires à l'ouvreuse doivent être décents; généralement, on
donne cinquante centimes pour deux places, un franc au minimum pour
une loge.
Un homme qui accepte une place dans une loge doit apporter des
bonbons; jamais de fondants qui s'écrasent et poissent les gants,
plutôt des acidulés dans une petite boîte de fer-blanc qui les
conserve frais; il doit donner à l'ouvreuse, et reconduire la ou les
dames en voiture si elle ou elles sont seules. Si un monsieur les
accompagne, il peut les quitter à la porte. Souvent il offre quelque
chose de chaud dans un café-restaurant. C'est maintenant admis.
Jamais on ne doit manger de glaces ou boire dans une loge.
Il est interdit par le code théâtral d'avoir un bouquet de fleurs
naturelles sur le devant de sa loge.
Si on se trouve dans une avant-scène, on doit remonter à demi les
écrans pendant les entr'actes.
Si une dame invite une autre dame à venir au théâtre avec elle, cette
dernière paie l'ouvreuse, mais n'apporte pas de bonbons.
Il est indifférent que ce soit l'une ou l'autre des dames qui
reconduise l'autre en voiture ou à pied.
Un impôt forcé, auquel il est impossible de se soustraire, est la dîme
de deux sous qu'on donne à l'ouvreur de portière qui se trouve
toujours là.
Les enfants eux-mêmes ne doivent pas sucer de sucre d'orge dans les
théâtres.
Il est bon de ne pas laisser de papiers importants dans les poches de
son pardessus.
Ne blâmons jamais tout haut tel ou tel artiste.
N'applaudissons pas à tout rompre, ne trépignons pas, quel que soit
notre enthousiasme, ne crions pas bravo, surtout jamais: _brava,
bravissima_; cela vous donne un air faux dilettante du plus haut
comique.
Les spectatrices doivent éviter de critiquer toutes les artistes,
comme le font malheureusement quelques-unes d'entre elles, qui ne
manquent jamais, si on dit qu'une femme est jolie, de supputer le
nombre des ans, comme si le talent n'était pas toujours jeune, ou
encore de débiter les petites chroniques scandaleuses en cours.
Ayez soin de ne pas oublier un accessoire quelconque dans votre loge,
car il est fort peu agréable pour votre mari de retourner tout courant
chercher l'objet ou de venir le lendemain faire une réclamation; ayez
un sac _ad hoc_, un peu grand, où vous pouvez enfouir tout ce qui vous
est nécessaire.
Les hommes sont toujours nu-tête au théâtre; les très vieux messieurs
peuvent avoir une petite calotte de soie noire.
On ne doit pas emmener de très jeunes enfants au théâtre; outre que ce
n'est pas leur place, que l'air n'est pas bon pour leur santé, ils
peuvent, par leurs cris, troubler les spectateurs.
Les enfants doivent toujours être placés en devant de loge.
Si vous êtes une dame et que vous invitiez deux amies, votre place est
derrière; mais vos amies vous céderont leur place à tour de rôle.
Les hommes ne devraient être admis à l'Opéra qu'en habit noir et
cravate blanche, et le débraillé de la tenue devrait être laissé aux
touristes anglais et américains qui s'étalent sans vergogne aux
meilleures places, vêtus d'un complet à carreaux et coiffés d'un
feutre mou.
Pour les théâtres de second ordre, le costume ordinaire, mais toujours
une chemise de blancheur éclatante et des gants; si, par hasard, un
homme hésite à emprisonner ses mains toute une soirée, il est admis
qu'il place ses gants à l'ouverture du gilet.
Si vous êtes enrhumé, abstenez-vous du théâtre; rien d'ennuyeux comme
d'entendre une toux opiniâtre ponctuant une tirade à effet.
Les dames ne doivent pas faire un éventaire du rebord de la loge en y
installant le programme, l'éventail, la lorgnette, le mouchoir, les
bonbons, la voilette, la mantille qu'elles mettront en sortant.
Les jeunes filles ne vont jamais dans les petits théâtres.
[Illustration]
_Le chapitre des chapeaux._
Ce n'est pas celui d'Aristophane, mais il a bien son utilité dans la
vie mondaine.
Donc, à propos de chapeaux, ne faites jamais une visite à une dame
avec laquelle vous êtes sur un pied un peu cérémonieux, coiffé d'un
chapeau plat ou mou.
Vous devez déposer votre pardessus et votre parapluie dans
l'antichambre et garder votre chapeau et votre canne si vous en avez
une. Vous tenez le chapeau sur les genoux en évitant, bien entendu, de
faire voir la coiffe; ne le placez jamais sur un meuble.
Pour les visites entre hommes, pareille étiquette n'est pas exigée.
Le vilain claque d'antan, lourd, disgracieux et qui avait l'air,
lorsqu'il se détendait, d'un hérisson fâché, a fait place à un claque
de faille qui est léger et élégant. On le porte doublé de teintes
claires et douces, mauve, gris-perle, mais jamais rouge ou vert-pomme;
les armoiries ou initiales sont placées dans un coin; il se porte
indifféremment en soirée ou au théâtre.
Au bal, le danseur peut garder son claque ou le déposer sur la chaise
de sa danseuse; je préfère ce dernier mode; mais il faut se hâter de
le reprendre.
Un jour, un jeune homme frais sorti du collège venait de reconduire
une dame à sa place; celle-ci s'assied, sans prendre garde au chapeau
du malheureux éphèbe qui reste tout interdit, planté devant elle.
«Que désirez-vous, monsieur? finit-elle pas dire, impatientée de cette
contemplation.
--Je voudrais, je voudrais, balbutia le pauvre, avoir mon chapeau, qui
a l'honneur d'être assis sur la même chaise que vous!»
Ne tournez jamais, messieurs, votre chapeau entre les doigts; cela
vous donne un air particulièrement embarrassé; jamais, non plus, ne le
faites tourner au bout de votre canne et encore moins ne le portez au
bout de ladite canne, si vous avez trop chaud.
Le chapeau doit être posé bien droit; incliné sur le côté, cela vous a
un petit air retour de Suresnes qui est ridicule et que,
malheureusement, les très jeunes gens aiment à adopter; placé en
arrière, vous ressemblez à un berger ébahi; enfoncé sur les yeux, il
vous a les allures du sombrero d'un traître de mélodrame. Le juste
milieu, comme en toute chose.
Pour aller au bal il est absolument impossible de se produire avec un
chapeau haut de forme; si vous n'avez pas de claque, laissez votre
couvre-chef au vestiaire.
Ce chapitre des chapeaux est spécial aux messieurs, mais il pourrait
aussi s'adresser aux dames, qui devront éviter de porter de ces
immenses chapeaux si en vogue quand elles vont au théâtre, soit aux
fauteuils, soit surtout dans une loge où il y aura des messieurs
derrière. Avec ces empanachements à la mode, les malheureux sont
forcés de se tenir sur les pointes s'ils veulent apercevoir le minois
de la soubrette ou de se donner le torticolis, s'ils désirent
contempler le visage de l'ingénue, à moins que, victimes passives, ils
ne se résignent à rester assis mélancoliquement, en contemplant les
panaches de plumes d'autruches qui se balancent devant eux.
[Illustration]
_Canne, parapluie, éventail._
Ces petits objets sont pour ainsi dire nos compagnons inséparables et
ils ont chacun un petit code à leur usage.
La canne est un objet de nécessité ou de luxe.
Dans le premier cas, elle sert à s'appuyer, cela se fait donc tout
naturellement.
Dans le second cas, il ne faut pas la porter sous le bras, on risque
ainsi de crever l'œil à quelqu'un; ne pas la tenir non plus comme un
fusil, encore moins faire des moulinets avec ou la serrer contre son
cœur comme une nourrice tient son poupon, ou encore l'accrocher à la
boutonnière de son vêtement; la brandir comme une trique, ou en
frapper le sol, avec le martèlement sonore d'un suisse de cathédrale.
Ces observations s'appliquent également à l'ombrelle et au parapluie
fermés.
Pour l'ombrelle ou le parapluie ouverts, tenir cet objet bien droit en
faisant attention de ne pas l'empêtrer dans la voilette.
L'éventail, ce sceptre de la femme, doit se manier avec le nonchaloir
des Espagnoles et des Italiennes qui ont toujours ce petit meuble en
main; si on ne s'en sert que par hasard, on a presque toujours l'air
un peu gêné; il faut donc s'en servir l'été, et l'hiver ne le sortir
du tiroir que les jours de bal ou de théâtre.
Ne nous éventons pas à coups pressés, ne battons pas la mesure avec
notre éventail sur notre main ou sur le rebord de la loge; ne nous en
cachons pas à demi le visage.
Nos aïeules donnaient volontiers de petits coups d'éventail sur les
doigts des hommes en les appelant de certains noms badins que le
XVIIIe siècle autorisait.
Notre savoir-vivre a supprimé ce laisser aller.
Le mouchoir de poche, qui a joué un rôle prépondérant, est maintenant
sagement remisé au fond de la poche.
Il y a une quarantaine d'années, le grand genre était, pour une
élégante, de tenir précieusement à la main un mouchoir richement garni
de dentelles et de broderies, pour aller en visite, au spectacle ou au
bal; il est bon de dire qu'elle en avait un autre plus ordinaire en
réserve pour l'usage intime, imitant en cela les Japonais, qui
enfournent dans leurs immenses manches toute une série de mouchoirs de
poche en fin papier de riz. Dans le pays où fleurit le chrysanthème,
on ne se sert _qu'une_ fois de son mouchoir.
[Illustration]
_Élégances._
_Fantaisies pour repas champêtre._
Nappe en toile bise avec images de fleurs des champs brodées en coton
de couleurs vives; service en faïence campagnarde avec coq et vives
enluminures; gerbes de fleurs des champs avec du blé dans un petit
charriot.
Chaque convive a un petit bouquet des champs devant lui.
Les verres doivent être sans pied en gros cristal.
Nappe en toile de Hollande, garnie de dentelle de Venise chemin de
table en Venise doublé de satin rose; petites jardinières basses en
vieil argent faisant le tour de la table et garnies de violettes de
Parme; groupe en Sèvres ou en Saxe au milieu de la table.