Il ne faut pas non plus ne paraître qu'aux heures des repas, s'isoler

des heures dans sa chambre, faire de longues promenades tout seul; on

doit le tribut de sa présence, de sa conversation, à ceux dont on

accepte l'hospitalité.

On doit être d'une exactitude mathématique pour l'heure des repas de

part et d'autre.

La toilette doit être très soignée et ce, dès le matin.

On ne doit pas rester plus longtemps que le terme fixé, mieux vaut

même partir un peu avant. Ainsi, si vous êtes invité pour une

quinzaine, le savoir-vivre veut que vous partiez le douzième ou

treizième jour. Il est préférable de laisser des regrets; on insistera

toujours afin que votre séjour soit plus long.

Il est bon de se montrer généreux envers les domestiques.

[Illustration]

_Les cadeaux d'étrennes._

On doit un présent convenable aux dames chez qui l'on va dîner

plusieurs fois chaque année.

On ne fait jamais de cadeaux à des supérieurs à l'occasion du jour de

l'an, mais dans le courant de l'année, on peut envoyer une bourriche

de gibier, des fruits, des fleurs rares.

Les étrennes se divisent en plusieurs genres:

Les étrennes utiles;--Les étrennes superflues;--Les étrennes

d'argent;--Les étrennes d'amitié.

Les étrennes utiles se donnent entre parents, entre amis intimes;

elles sont toujours agréables, car elles répondent à un besoin, à un

désir, soit pour votre intérieur, soit pour vous-même.

La série serait longue à énumérer; on peut offrir argenterie, service

de table, robe de velours, de laine, draps, serviettes, fourrure et

même la modeste demi-douzaine de mouchoirs de poche.

Le costume d'enfant, le bronze qui manque sur votre cheminée, le tapis

de table, le chapeau, etc.

Lorsqu'on donne des étrennes utiles, on est sur le pied d'une telle

familiarité, qu'on peut fort bien dire: «J'ai l'intention de vous

offrir telle et telle chose; tirez-moi donc d'embarras, et dites ce

que vous préférez.»

Les étrennes superflues mais agréables sont les bijoux, les bibelots,

les jouets.

Pour les enfants déjà un peu grands, les livres sont préférables.

Dans l'ordre des étrennes superflues, il y a toute la gamme des

japonaiseries, des petits livres, des meubles volants.

Le bijou offert par le mari à la femme, par l'oncle à la nièce, par la

marraine à la filleule, peut être une bague de mille écus ou la montre

en nickel.

Les amis hommes envoient fleurs et bonbons, c'est classique: j'engage

seulement à donner les uns et les autres en plus petite quantité et à

les offrir dans un bibelot _durable_, car une fois bonbons croqués et

fleurs fanées que reste-t-il du souvenir de l'ami?

Les étrennes d'argent, les plus agréables, ne peuvent s'offrir que de

mari à femme, de parents à enfants, de maîtres à serviteurs.

Les étrennes d'amitié sont les petits ouvrages faits par les jolis

doigts de la donatrice, le dessin, le pastel, le tableautin peint par

l'artiste de la famille; le portecrayon échangé entre camarades, enfin

moins que rien; mais ces étrennes-là sont les plus touchantes: on a

pris de son temps, de sa vie pour confectionner cette bagatelle.

Lorsqu'on nous apporte des étrennes, il est de mauvais goût de ne pas

ouvrir le paquet de suite et de dire merci simplement, sans regarder.

Celui qui se dérange a droit aux remerciements et aux exclamations de

plaisir que son présent doit provoquer.

Même si la chose n'est pas à notre gré, il faut avoir l'air ravi.

Ne raillons jamais le cadeau de l'un devant l'autre; ne l'évaluons

pas.

Ne faisons pas de parallèle entre ce que nous recevons et ce que nous

donnons.

Si nous avons déjà reçu un présent semblable, n'en exprimons pas le

regret.

Il est du savoir-vivre de témoigner plus de reconnaissance à une

personne qui nous offre un objet modeste qu'à celle qui nous fait un

cadeau splendide: la première est quelquefois honteuse de la

médiocrité de son présent, la seconde a conscience de la valeur du

sien.

Si on nous envoie un présent par un domestique, l'usage veut qu'on lui

remette une pièce d'argent, variant de cinquante centimes à cinq

francs; jamais plus, car on aurait l'air de vouloir rendre la valeur

de l'objet.

On doit écrire un mot de remerciements, si on ne peut faire une visite

dans la huitaine.

Un cadeau qui peut fort bien se faire, entre hommes, est une caisse de

cigares de bon _choix_.

Le petit enfant doit écrire aux parents éloignés et réciter un

compliment à ceux qui sont près de lui.

On doit un présent d'argent aux facteurs, concierges, domestiques,

télégraphistes, frotteurs, etc.; c'est l'impôt forcé auquel nul n'a le

droit de se soustraire.

La nourrice de nos enfants a également droit à un petit souvenir, en

nature ou en argent, si nous sommes encore en relations avec elle; et

aussi les anciens instituteurs et institutrices et les serviteurs de

nos parents.

[Illustration]

_La politesse dans la rue._

On voit des personnes, parfaitement polies dans un salon, devenir

parfaitement incorrectes, sitôt qu'elles foulent l'asphalte d'un talon

vainqueur.

Il faut toujours prendre sa droite, on évite ainsi les heurts et les

chocs.

Dernièrement, trottant très affairée, je me croise avec un monsieur

qui avait l'allure d'un parfait gentleman; il passa près de moi, non

seulement en me bousculant, en me regardant d'une façon malhonnête,

mais encore m'envoya la fumée de son cigare dans le visage. Un mot vif

était prêt à m'échapper, je le contins heureusement; qui sait ce que

ce monsieur eût pu répondre?

A quelques pas de là, une grosse voiture de camionneur était arrêtée,

son conducteur accoté fumait une énorme pipe, qu'il retira d'entre ses

dents lorsque je passai près de lui; puis, voyant la mèche du fouet

qui ballottait et qui pouvait m'effleurer le visage, il l'arrêta d'un

geste poli.

Le savoir-vivre était inné chez cet homme et le gentleman méritait

l'épithète pensée.

Savoir se ranger à l'occasion, sous une porte cochère, pour laisser

passer sans encombre une femme ayant un bébé sur le bras, est une

marque de savoir-vivre qu'on apprécie fort sur nos trottoirs étroits.

Faire p'sst! à quelqu'un pour le faire retourner, qui l'oserait?

Si je tiens mon petit chien en laisse, je fais attention à ne pas

enchevêtrer les jambes des passants dans la laisse du toutou.

S'arrêter soudain pour écouter les boniments d'un marchand ambulant

est à peine permis aux petits pâtissiers, aux petits télégraphistes,

et aux très jeunes «potaches»; un monsieur ou une dame de tenue

correcte continue sa route.

On peut s'informer discrètement de la cause d'un attroupement, mais

lorsqu'on sait ce qui en est, grossir cet attroupement est au moins

inutile, quelle que soit la badauderie parisienne.

Si vous rencontrez un ami et que vous l'arrêtiez pour lui parler,

rangez-vous de côté de manière à ne pas obstruer le passage.

Lorsqu'un homme jette une allumette enflammée, un bout de cigare

allumé, il doit les jeter dans le ruisseau, ou du moins mettre le pied

dessus; en plein trottoir, cela pourrait roussir, sinon incendier, les

jupons des dames.

L'attitude et le geste sont encore à observer pour être bien élevé; on

doit éviter les attitudes trop libres, les airs cavaliers.

En marchant, ne balançons pas nos bras. Une femme a toujours un

maintien, soit avec son ombrelle, soit avec son manchon; privée de ces

objets, elle relève gracieusement sa robe, ou en fait le simulacre, ce

qui occupe suffisamment les doigts.

Une marche sautillante, traînante est disgracieuse; de même faire

résonner ses talons sur le pavé produit un effet singulier.

[Illustration]

_Shake-hand._

Banale, banale, malheureusement et souvent, reconnaissons-le,

maladroite.

La bonne poignée de main amicale, à l'étreinte sincère, a fait place

au _shake-hand_, qui n'est qu'un démanchement d'épaule.

C'est toujours la main droite qu'on présente.

Rien de plus.... anglais que cette secousse sèche.

La poignée de main doit se donner entièrement; celui qui offrirait

trois doigts ou un seul doigt, comme si on le tendait à un oiseau,

serait peu convenable: de même lorsque la main reste molle, ne répond

pas à l'étreinte; encore lorsqu'il y a à peine un effleurement.

On ne devrait pas prodiguer la poignée de main à des inconnus; mais,

maintenant, les femmes même du meilleur monde la banalisent avec la

plus grande désinvolture.

Un homme ne doit jamais tendre le premier la main à une femme.

De même, une jeune fille ou une jeune femme, à une personne âgée.

Il ne faut pas que les jeunes gens tendent la main les premiers, sinon

à des camarades. Je regrette pour les jeunes garçons qu'on ne leur

inculque pas, avec le respect de la femme, l'usage du baisemain;

c'était respectueux et ceux de nos fils qui feraient revivre cette

ancienne coutume auraient tout à fait bon air; malheureusement, les

garçons, nous l'avons dit, ont souvent des manières d'une blâmable

désinvolture.

La poignée de main ne doit pas être prolongée, ce serait inconvenant,

comme celle dite «en sandwich», où votre interlocuteur place votre

main entre les deux siennes.

Lorsqu'on présente un homme à un autre, l'usage veut qu'on ne lui

serre la main qu'en le quittant, mais beaucoup passent là-dessus.

Si vous rencontrez un monsieur et une dame, il est de rigueur de

donner d'abord la main à celle-ci.

Les jeunes filles devraient ne pas donner de poignée de main aux

jeunes gens.

[Illustration]

_Au restaurant._

Lorsqu'on va dîner au restaurant, dans la salle commune, il y a mille

nuances à observer. L'homme, en entrant, soulève son chapeau et le

remet ensuite sur sa tête pour traverser la salle.

On n'essuie plus ostensiblement son verre, son assiette.

Il est regrettable d'interpeller les garçons à haute voix, de se

plaindre si fort que les voisins entendent; de se servir du cure-dents

ostensiblement; d'emporter la moindre des choses de la desserte,

fût-ce un macaron.

Le pourboire doit être décent, même si l'on n'est pas satisfait du

service.

Les femmes n'enlèvent jamais leur chapeau au restaurant, même en

cabinet particulier.

Rire aux éclats est très déplacé; nous nous devons au décorum. En

sortant, Monsieur, toujours, marche devant Madame, mais s'efface et la

laisse passer après lui avoir ouvert la porte de sortie.

[Illustration]

_Au spectacle._

C'est au théâtre que nous passons le plus volontiers la soirée quand

nos obligations mondaines nous le permettent.

On n'a plus, si ce n'est dans quelques théâtres, tels que l'Opéra,

l'Opéra-Comique, la Comédie-Française et les scènes élégantes du

boulevard, de toilettes dites «de théâtre»; on peut y aller en robe

simplement élégante, pourvu qu'on ait un chapeau et des gants frais.

Les gants clairs ne sont pas de rigueur.

Les toilettes décolletées sont mal portées dans les petits théâtres.

Les dames ne vont pas faire de visites dans les loges des personnes

qu'elles connaissent. Elles ne doivent quitter leur place que pour

aller au foyer, avec les messieurs qui les accompagnent.

Les hommes donnent un très léger coup de chapeau aux personnes qu'ils

peuvent connaître dans la salle; les femmes répondent par une petite

inclination de tête; jamais de sourires ou de signes avec l'éventail.

Un homme ne doit jamais laisser seule dans sa loge la dame qui est

avec lui.

Une femme lorgne la scène, mais doit à peine lorgner dans la salle,

surtout jamais fixement.

Un homme bien élevé ne lorgnera pas non plus avec obstination.

On peut s'amuser franchement au théâtre, mais non rire aux éclats.

On ne doit pas non plus faire des réflexions pouvant gêner ses

voisins, ni bavarder de telle manière qu'on les empêche d'entendre la

pièce.

Si on a déjà vu la pièce, rien de plus fâcheux que de déflorer le

plaisir de la ou des personnes qui sont avec vous, en la leur

racontant.

Lorsque nous avons des places aux fauteuils ou aux stalles,

arrangeons-nous pour arriver à l'heure ou dans un entr'acte, afin que

notre venue ne trouble pas un rang entier de spectateurs. A ce propos,

une «leçon de choses»; un croquis fantaisiste qu'on nous pardonnera à

cause de son exactitude.

Dans un théâtre où les passages sont très étroits, arrive une grosse

dame, rouge, essoufflée, qui se trouvant placée juste au milieu du

rang, a une quinzaine de personnes à déranger; elle s'avance et

commence par faire pousser un «aïe!» de douleur à une jeune femme;

elle s'excuse, continue à marcher, heurte les genoux d'un vieux

monsieur peu endurant et peut-être goutteux, qui se fâche: troublée,

la dame s'empêtre dans un petit banc et fait un bruit épouvantable

pendant que, d'une voix douce et pâmée, la jeune première disait des

choses très intéressantes à un acteur en perruque bien frisée; la

grosse dame arrive alors devant une autre dame qui n'a pas la

précaution de lever son fauteuil pour faciliter le passage, et il se

produit une collision.

Enfin elle arrive à sa place. Myope, elle se penche pour voir le

numéro de son fauteuil, et elle écrase à demi un ravissant petit

chapeau en fleurs porté par une jeune fille placée au rang devant

elle; celle-ci l'appelle maladroite et lui fait les yeux d'une

demoiselle à laquelle on abîme un chapeau neuf, jugez, mesdames! La

dame s'excuse encore à haute voix: des «chut» énergiques se font

entendre. Pensez donc, le traître va sortir son poignard et le père

noble sort une grande tirade! La dame s'assied, prend sa jupe dans le

ressort du fauteuil, se lève, lutte désespérément pour retirer

l'étoffe, reste debout et masque ainsi la scène à un petit garçon qui

pousse des cris de paon parce qu'il «ne voit plus les belles dames».

«Assis, assis!» crie-t-on de toutes parts. Encore plus rouge, la

spectatrice s'assied enfin; elle tire sa jumelle, en fait tomber

l'étui, se baisse, fouille sous les fauteuils et gêne encore ses

voisins; comme elle a plus chaud qu'en arrivant, elle s'évente avec

son mouchoir et pousse des ouf. Pendant l'entr'acte, elle appelle le

marchand de programmes et, au lieu de s'être précautionnée de monnaie,

elle lui fait changer une pièce de vingt francs; celui-ci va chercher

la monnaie; comme il reste un peu longtemps, qu'il s'arrête en route

pour vendre d'autres programmes, la grosse dame l'interpelle à haute

voix. Ce fut son dernier exploit.

Qu'on nous pardonne ce fantaisiste tableau un peu poussé à la charge.

Mais pareil voisinage est un fléau, n'est-ce pas! Et, malheureusement,

combien fréquent!

A moins d'être dans une loge, on ne doit prendre ses vêtements qu'en

sortant; sans cela, on incommode ses voisins.

_En aucun cas_ on ne doit manger d'oranges au théâtre.

Les pourboires à l'ouvreuse doivent être décents; généralement, on

donne cinquante centimes pour deux places, un franc au minimum pour

une loge.

Un homme qui accepte une place dans une loge doit apporter des

bonbons; jamais de fondants qui s'écrasent et poissent les gants,

plutôt des acidulés dans une petite boîte de fer-blanc qui les

conserve frais; il doit donner à l'ouvreuse, et reconduire la ou les

dames en voiture si elle ou elles sont seules. Si un monsieur les

accompagne, il peut les quitter à la porte. Souvent il offre quelque

chose de chaud dans un café-restaurant. C'est maintenant admis.

Jamais on ne doit manger de glaces ou boire dans une loge.

Il est interdit par le code théâtral d'avoir un bouquet de fleurs

naturelles sur le devant de sa loge.

Si on se trouve dans une avant-scène, on doit remonter à demi les

écrans pendant les entr'actes.

Si une dame invite une autre dame à venir au théâtre avec elle, cette

dernière paie l'ouvreuse, mais n'apporte pas de bonbons.

Il est indifférent que ce soit l'une ou l'autre des dames qui

reconduise l'autre en voiture ou à pied.

Un impôt forcé, auquel il est impossible de se soustraire, est la dîme

de deux sous qu'on donne à l'ouvreur de portière qui se trouve

toujours là.

Les enfants eux-mêmes ne doivent pas sucer de sucre d'orge dans les

théâtres.

Il est bon de ne pas laisser de papiers importants dans les poches de

son pardessus.

Ne blâmons jamais tout haut tel ou tel artiste.

N'applaudissons pas à tout rompre, ne trépignons pas, quel que soit

notre enthousiasme, ne crions pas bravo, surtout jamais: _brava,

bravissima_; cela vous donne un air faux dilettante du plus haut

comique.

Les spectatrices doivent éviter de critiquer toutes les artistes,

comme le font malheureusement quelques-unes d'entre elles, qui ne

manquent jamais, si on dit qu'une femme est jolie, de supputer le

nombre des ans, comme si le talent n'était pas toujours jeune, ou

encore de débiter les petites chroniques scandaleuses en cours.

Ayez soin de ne pas oublier un accessoire quelconque dans votre loge,

car il est fort peu agréable pour votre mari de retourner tout courant

chercher l'objet ou de venir le lendemain faire une réclamation; ayez

un sac _ad hoc_, un peu grand, où vous pouvez enfouir tout ce qui vous

est nécessaire.

Les hommes sont toujours nu-tête au théâtre; les très vieux messieurs

peuvent avoir une petite calotte de soie noire.

On ne doit pas emmener de très jeunes enfants au théâtre; outre que ce

n'est pas leur place, que l'air n'est pas bon pour leur santé, ils

peuvent, par leurs cris, troubler les spectateurs.

Les enfants doivent toujours être placés en devant de loge.

Si vous êtes une dame et que vous invitiez deux amies, votre place est

derrière; mais vos amies vous céderont leur place à tour de rôle.

Les hommes ne devraient être admis à l'Opéra qu'en habit noir et

cravate blanche, et le débraillé de la tenue devrait être laissé aux

touristes anglais et américains qui s'étalent sans vergogne aux

meilleures places, vêtus d'un complet à carreaux et coiffés d'un

feutre mou.

Pour les théâtres de second ordre, le costume ordinaire, mais toujours

une chemise de blancheur éclatante et des gants; si, par hasard, un

homme hésite à emprisonner ses mains toute une soirée, il est admis

qu'il place ses gants à l'ouverture du gilet.

Si vous êtes enrhumé, abstenez-vous du théâtre; rien d'ennuyeux comme

d'entendre une toux opiniâtre ponctuant une tirade à effet.

Les dames ne doivent pas faire un éventaire du rebord de la loge en y

installant le programme, l'éventail, la lorgnette, le mouchoir, les

bonbons, la voilette, la mantille qu'elles mettront en sortant.

Les jeunes filles ne vont jamais dans les petits théâtres.

[Illustration]

_Le chapitre des chapeaux._

Ce n'est pas celui d'Aristophane, mais il a bien son utilité dans la

vie mondaine.

Donc, à propos de chapeaux, ne faites jamais une visite à une dame

avec laquelle vous êtes sur un pied un peu cérémonieux, coiffé d'un

chapeau plat ou mou.

Vous devez déposer votre pardessus et votre parapluie dans

l'antichambre et garder votre chapeau et votre canne si vous en avez

une. Vous tenez le chapeau sur les genoux en évitant, bien entendu, de

faire voir la coiffe; ne le placez jamais sur un meuble.

Pour les visites entre hommes, pareille étiquette n'est pas exigée.

Le vilain claque d'antan, lourd, disgracieux et qui avait l'air,

lorsqu'il se détendait, d'un hérisson fâché, a fait place à un claque

de faille qui est léger et élégant. On le porte doublé de teintes

claires et douces, mauve, gris-perle, mais jamais rouge ou vert-pomme;

les armoiries ou initiales sont placées dans un coin; il se porte

indifféremment en soirée ou au théâtre.

Au bal, le danseur peut garder son claque ou le déposer sur la chaise

de sa danseuse; je préfère ce dernier mode; mais il faut se hâter de

le reprendre.

Un jour, un jeune homme frais sorti du collège venait de reconduire

une dame à sa place; celle-ci s'assied, sans prendre garde au chapeau

du malheureux éphèbe qui reste tout interdit, planté devant elle.

«Que désirez-vous, monsieur? finit-elle pas dire, impatientée de cette

contemplation.

--Je voudrais, je voudrais, balbutia le pauvre, avoir mon chapeau, qui

a l'honneur d'être assis sur la même chaise que vous!»

Ne tournez jamais, messieurs, votre chapeau entre les doigts; cela

vous donne un air particulièrement embarrassé; jamais, non plus, ne le

faites tourner au bout de votre canne et encore moins ne le portez au

bout de ladite canne, si vous avez trop chaud.

Le chapeau doit être posé bien droit; incliné sur le côté, cela vous a

un petit air retour de Suresnes qui est ridicule et que,

malheureusement, les très jeunes gens aiment à adopter; placé en

arrière, vous ressemblez à un berger ébahi; enfoncé sur les yeux, il

vous a les allures du sombrero d'un traître de mélodrame. Le juste

milieu, comme en toute chose.

Pour aller au bal il est absolument impossible de se produire avec un

chapeau haut de forme; si vous n'avez pas de claque, laissez votre

couvre-chef au vestiaire.

Ce chapitre des chapeaux est spécial aux messieurs, mais il pourrait

aussi s'adresser aux dames, qui devront éviter de porter de ces

immenses chapeaux si en vogue quand elles vont au théâtre, soit aux

fauteuils, soit surtout dans une loge où il y aura des messieurs

derrière. Avec ces empanachements à la mode, les malheureux sont

forcés de se tenir sur les pointes s'ils veulent apercevoir le minois

de la soubrette ou de se donner le torticolis, s'ils désirent

contempler le visage de l'ingénue, à moins que, victimes passives, ils

ne se résignent à rester assis mélancoliquement, en contemplant les

panaches de plumes d'autruches qui se balancent devant eux.

[Illustration]

_Canne, parapluie, éventail._

Ces petits objets sont pour ainsi dire nos compagnons inséparables et

ils ont chacun un petit code à leur usage.

La canne est un objet de nécessité ou de luxe.

Dans le premier cas, elle sert à s'appuyer, cela se fait donc tout

naturellement.

Dans le second cas, il ne faut pas la porter sous le bras, on risque

ainsi de crever l'œil à quelqu'un; ne pas la tenir non plus comme un

fusil, encore moins faire des moulinets avec ou la serrer contre son

cœur comme une nourrice tient son poupon, ou encore l'accrocher à la

boutonnière de son vêtement; la brandir comme une trique, ou en

frapper le sol, avec le martèlement sonore d'un suisse de cathédrale.

Ces observations s'appliquent également à l'ombrelle et au parapluie

fermés.

Pour l'ombrelle ou le parapluie ouverts, tenir cet objet bien droit en

faisant attention de ne pas l'empêtrer dans la voilette.

L'éventail, ce sceptre de la femme, doit se manier avec le nonchaloir

des Espagnoles et des Italiennes qui ont toujours ce petit meuble en

main; si on ne s'en sert que par hasard, on a presque toujours l'air

un peu gêné; il faut donc s'en servir l'été, et l'hiver ne le sortir

du tiroir que les jours de bal ou de théâtre.

Ne nous éventons pas à coups pressés, ne battons pas la mesure avec

notre éventail sur notre main ou sur le rebord de la loge; ne nous en

cachons pas à demi le visage.

Nos aïeules donnaient volontiers de petits coups d'éventail sur les

doigts des hommes en les appelant de certains noms badins que le

XVIIIe siècle autorisait.

Notre savoir-vivre a supprimé ce laisser aller.

Le mouchoir de poche, qui a joué un rôle prépondérant, est maintenant

sagement remisé au fond de la poche.

Il y a une quarantaine d'années, le grand genre était, pour une

élégante, de tenir précieusement à la main un mouchoir richement garni

de dentelles et de broderies, pour aller en visite, au spectacle ou au

bal; il est bon de dire qu'elle en avait un autre plus ordinaire en

réserve pour l'usage intime, imitant en cela les Japonais, qui

enfournent dans leurs immenses manches toute une série de mouchoirs de

poche en fin papier de riz. Dans le pays où fleurit le chrysanthème,

on ne se sert _qu'une_ fois de son mouchoir.

[Illustration]

_Élégances._

_Fantaisies pour repas champêtre._

Nappe en toile bise avec images de fleurs des champs brodées en coton

de couleurs vives; service en faïence campagnarde avec coq et vives

enluminures; gerbes de fleurs des champs avec du blé dans un petit

charriot.

Chaque convive a un petit bouquet des champs devant lui.

Les verres doivent être sans pied en gros cristal.

Nappe en toile de Hollande, garnie de dentelle de Venise chemin de

table en Venise doublé de satin rose; petites jardinières basses en

vieil argent faisant le tour de la table et garnies de violettes de

Parme; groupe en Sèvres ou en Saxe au milieu de la table.

Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre · 第 11 / 17 段