Si une jeune fille rencontre dans le monde un jeune homme dont elle

voudrait bien faire son mari, elle ne doit pas montrer par son

attitude, par ses regards, qu'il lui agréerait; une sage réserve lui

est imposée.

Pourtant, nous ne devons pas condamner les jeunes filles, ces femmes,

ces mères de demain, à une attitude trop indifférente et grave.

La jeune fille doit éviter les petits ragots, les petites

susceptibilités qui rendraient son commerce un peu ennuyeux.

Les grandes démonstrations d'affection et les termes trop chaleureux

ne sont pas de bon goût.

Ne jamais se retourner dans la rue.

Lorsqu'une de ses amies possède un talent quelconque, elle cherchera à

le faire valoir, si l'occasion s'en présente.

Une jeune fille ne doit pas se faire prier pour chanter ou pour se

mettre au piano; la chose se fait simplement et, si on n'apprécie pas

son talent, on apprécie sa bonne volonté.

La jeune fille doit écouter les vieillards avec patience, même s'ils

radotent un peu; elle doit paraître s'intéresser à une anecdote, même

si on la lui sert pour la dixième fois, et savoir sourire aux bons

endroits.

La jeune fille peut être coquette, sans excentricité; c'est de son âge

d'aimer les fleurs et les rubans.

Au cotillon, où il lui est permis de choisir ses danseurs, elle doit

être éclectique, ne pas manifester ses préférences si elle en a.

Accepter toujours le même danseur serait assez inconvenant. Jouer à

l'ignorante est un tort; vouloir passer pour celle qui sait tout, qui

comprend tout, en est un autre.

[Illustration]

_Le prêtre._

Le prêtre doit avoir la première place en tout et pour tout; même si

c'est un simple vicaire, dans un dîner, c'est lui qui ouvre la marche

avec la maîtresse de la maison.

Il faut éviter d'inviter un prêtre dans une réunion où les dames sont

décolletées.

A propos de cela une amusante anecdote me revient à l'esprit.

Un ecclésiastique fut convié à une réunion de gala où les femmes

étaient en grand costume de soirée.

Il arriva au digne prêtre de marcher sur la traîne d'une dame qui

étalait, outre des dentelles superbes, ses épaules. Un accroc se

produisit et la dame, furieuse de voir déchirer son point

d'Angleterre, tourna vers le prêtre un visage courroucé en l'appelant

«fichu maladroit»; celui-ci, sans se déconcerter, se tourna vers la

grande dame et lui dit doucement: «Il me semble que «fichu» serait

plus à sa place sur vos épaules que dans votre bouche, madame.»

En entrant à l'église avec un prêtre, la femme doit lui céder le pas,

même si c'est un très jeune homme.

Inutile de dire que, lorsqu'on a un prêtre à sa table, toutes les

discussions théologiques doivent être évitées; il serait mal de blâmer

quoi que ce soit de la religion.

De son côté, le prêtre qui va dîner en ville a son caractère sacré

doublé du mondain et se met à l'unisson.

Il dit les «grâces» et le «bénédicité» le plus discrètement possible.

_Le médecin._

En voilà un envers lequel on manque de savoir-vivre! Pourtant, il

mérite tous les égards.

Après la visite du médecin, nous devons lui offrir l'eau et lui

présenter une serviette blanche.

S'il a à libeller une ordonnance, mettez de suite à sa disposition

papier, encre et bonne plume.

Dans le cas où il aurait à passer la nuit ou une partie de la journée

auprès d'un malade, invitons-le à dîner et à déjeuner et offrons-lui

quelque chose de temps en temps; si c'est la nuit, un verre de vin

chaud, du bouillon, du chocolat, etc.

Les lettres le demandant doivent toujours avoir un cachet de grand

respect; on peut mettre indifféremment monsieur, monsieur le docteur

ou docteur; les intimes peuvent mettre «Cher docteur».

Il est bien rare que des maladies prennent subitement, sans aucun

prodrome et que vous soyez obligé de déranger le docteur à des heures

indues; n'attendez donc pas le dernier moment et laissez-lui la

latitude de quelques heures.

S'il n'est pas exact, ne témoignez pas votre mécontentement; pensez

qu'il y a d'autres malades et que le médecin a le droit de dormir,

boire, manger, se reposer comme les autres et même d'être, lui aussi,

souffrant.

Si vous changez de médecin, ne lui parlez mal du premier.

Évitons de vanter un homéopathe devant un allopathe et réciproquement.

Quelques personnes trouvent de bonne prise d'extorquer une

consultation à leur médecin, si elles le rencontrent en soirée ou

dans un dîner en ville, voire même dans la rue; ces personnes

mériteraient d'être disqualifiées.

Quelqu'un qui discuterait les honoraires d'un médecin serait

impardonnable; de même celui qui fait attendre le paiement pendant de

longs mois.

Le savoir du médecin est une marchandise morale de laquelle il doit

vivre et, l'ayant reçue, on doit le payer, ni plus, ni moins que le

sucre à l'épicier.

Le bon goût veut qu'en payant la note du médecin on lui envoie un mot

de remerciements et qui montre qu'on ne se croit pas quitte envers lui

parce qu'on lui paye «son dû»; certaines personnes ajoutent même un

cadeau.

Si un médecin amène un confrère en consultation, le malade doit payer

de suite le médecin étranger.

Lors de la naissance d'un bébé, il est du plus élémentaire

savoir-vivre d'envoyer une boîte de dragées au médecin qui l'a assisté

à son entrée dans le monde.

Si les clients ont des devoirs envers lui, celui-ci en a également

envers ses clients: il doit toujours avoir une tenue correcte, ne pas

brusquer les malades, souvent ennuyeux, et se rappeler que la devise

du docteur doit être: «Patience envers ceux qui souffrent.»

Le secret professionnel est de toute rigueur, même pour un mariage; le

médecin doit refuser de dire quoi que ce soit.

Il est inutile de dire que le praticien ne doit jamais blâmer ce qu'a

ordonné un confrère; ne pas parler aigrement et reprocher avec

malveillance les écarts de régime auxquels s'est livré le patient.

Dans cette carrière si noble, toute de dévouement et d'abnégation,

celui qui a accepté la haute mission d'assister ses semblables doit

être à la hauteur de sa tâche et avoir sans cesse à l'esprit que le

médecin guérit quelquefois, soulage souvent et console toujours.

_Les petits jeux._

Dans les salons que les jeux de poker, du baccara ou des petits

chevaux ont encore épargnés, où le flirt n'a pas encore élu domicile,

nous voyons la jeunesse se livrer aux jeux dits «de société» et

tromper ainsi la longueur des soirées ou les ennuis d'une journée

pluvieuse.

Ces jeux encore en vigueur peuvent se diviser en trois parties.

La première partie comprend les jeux que nous appellerons les jeux

remuants, comme le _furet_, la _poste_, le _collin-maillard-bâton_,

etc.

La seconde partie comprend les jeux d'esprit et les devinettes: le jeu

des grands hommes, les homonymes, les petits papiers, les propos

interrompus, la sellette, etc.

Enfin dans la troisième partie nous pourrons faire rentrer tous les

jeux de cartes, cartons, tableaux, jetons ou pions, comme par exemple

les échecs, les dames, le go-bang, le tric-trac, le loto, les jeux de

l'oie, etc., etc.

Nous ne parlerons pas des jeux de cartes, cartons, tableaux, etc., car

de nombreux manuels parus en librairie en ont donné la description et

les règles.

Dans la première catégorie, que nous avons définie les _jeux

remuants_, nous avons parlé de la poste.

Pour jouer à la poste, il suffit de connaître le jeu des quatre

coins: en effet les personnes de la société, après s'être assises en

cercle autour du salon, prennent chacune un nom de ville ou de lieu et

doivent changer de places entre elles à l'appel du nom de la ville

qu'elles ont adopté et d'après le récit du voyage qu'improvise le

meneur du jeu, sans toutefois que leur place soit prise au vol par la

personne qui veille debout au milieu du cercle.

Quand le veilleur a réussi à s'asseoir sur la chaise d'une personne au

moment du changement de place, il prend alors le nom d'une ville à son

tour et laisse au centre le maladroit qui s'est laissé prendre.

Nous avons aussi le jeu de la pincette: ce jeu consiste à faire sortir

une personne et à son retour à lui faire trouver un objet caché ou à

accomplir une action convenue en ne la guidant que par les coups

répétés d'un objet quelconque entre les branches d'une pincette, coups

que le meneur du jeu doit faire d'autant plus forts et plus rapides,

que la personne approche davantage de la cachette ou devine l'action

qu'elle doit accomplir.

On remplace souvent la pincette par un trémolo au piano.

Nous ne décrirons pas le _furet_, car c'est un jeu universellement

connu.

Quant au jeu de collin-maillart-bâton, il est des plus simples: on

bande les yeux d'une personne et on lui met une canne dans la main,

puis la guidant vers les autres membres de la société, ceux-ci, à tour

de rôle, l'arrêtent et doivent répéter le cri ou la phrase que le

pauvre aveugle fait entendre au bout du bâton; celui-ci doit

reconnaître la personne et s'il tombe juste, il est délivré et un

autre prend sa place.

Si nous abordons les jeux d'esprit, nous avons les _petits papiers_,

sous forme de bouts rimés, du jeu des définitions, et des réponses à

des questions.

Pour le jeu des définitions, il peut se jouer de deux façons: la

première en posant à la société le même mot à définir; à chacun d'y

répondre avec son esprit et avec son cœur.

La seconde manière consiste à faire écrire à chaque personne un mot

quelconque dans le haut d'une feuille de papier, à cacher ce mot par

un pli, puis faisant salade de toutes ces feuilles chacun en reprend

une et découvrant le mot inscrit, doit en donner la définition banale

ou spirituelle, générale ou personnelle.

Enfin on joue encore quelquefois à deviner les hommes ou les choses:

pour ce jeu, il faut prier une personne de la société de se retirer

quelques instants dans la chambre voisine. On choisit alors un

personnage mort ou vivant, historique ou figuré, ou bien encore un

objet connu. Nous pouvons donner comme exemples: Cléopâtre, Bayard,

Jeanne d'Arc, ou bien Sarah Bernhardt, Coppée, Carolus Duran, ou même

une personne de la société présente. Comme objet, l'épée de Damoclès,

le miroir de la vérité, ou encore un objet du salon où l'on se trouve.

L'objet choisi, on prie la personne absente de rentrer; elle doit

alors deviner l'objet ou le personnage par des questions multiples

posées à chacun et auxquelles il ne peut être répondu que par _oui_ ou

par _non_ sans le moindre commentaire.

L'habitude de ce jeu et l'intelligence des questions permettent de

deviner assez rapidement les objets les plus bizarres et même les plus

immatériels. Ainsi nous avons vu des personnes deviner l'ombre même

d'une personne, la chaleur rayonnante d'une flamme, etc., etc.

Les homonymes ont aussi leurs adeptes. On joue aux homonymes comme

dans le jeu précédent par une série de trois questions posées à chacun

par la personne désignée pour deviner l'homonyme choisi en son

absence. Ces trois questions sont: 1º Comment l'aimez-vous? 2º Qu'en

faites-vous? 3º Où le placez-vous? en rapprochant les diverses

réponses, on trouve aisément.

Exemple: Nous prenons Lot, qui nous donne le département du Lot, puis

le lot d'une loterie, puis Loth, personnage de l'Histoire sainte; il

est certain que si les réponses ont été dans le sens des suivantes:

j'en fais un département, j'en fais le père des statues de sel, je

l'aime le plus gros possible, je le place entre les mains d'un

obligataire du Crédit foncier, etc., la personne qui doit deviner

trouve en peu de temps le mot _Lot_.

Tous ces jeux demandent un certain nombre de personnes présentes.

A ces divertissements nous joindrons les jeux à gages, comme le gant

jeté en même temps qu'un mot commencé et que doit finir la personne à

qui on jette le gant. Exemple: je lance le gant en disant: «Tou», et

la personne qui reçoit le gant ou la balle doit finir soit par

«raine», ce qui fait Touraine, ou par «pie», ce qui donne toupie, etc.

Une réponse trop tardive, ou qui ne forme aucun nom propre ou commun

paie un gage.

Du reste pour tous ces jeux en général, nous ne pouvons mieux faire

que de renvoyer aux encyclopédies de sport et de jeux qui ont été

faites depuis plusieurs années. Nous citerons entre autres:

l'Encyclopédie des jeux et des divertissements de l'esprit et du corps

par T. de Manlidars, qui contient un très important chapitre sur ces

matières.

Lorsque l'on joue encore aux petits jeux dits innocents, on doit être

fort réservé dans le choix des _pénitences_ et celle à embrassades,

telles le baiser à la religieuse, le dessous du chandelier, doivent

être bannies de toute bonne société. L'une consiste à faire mettre à

genoux deux personnes devant une chaise et elles s'embrassent à

travers les barreaux; l'autre veut qu'on mette un chandelier sur la

tête d'une personne et qu'on embrasse ladite personne.

La liste des jeux innocents est innombrable; il y a les anciens

classiques, le furet, pigeon vole, monsieur le curé n'aime pas les

couleurs, les portraits, etc., etc.

Dans les nouveaux, le jeu des rimes, des silhouettes, des

académiciens, des demandes et des réponses et encore, etc., etc.

Le plus grand tact doit présider à ces jeux qui souvent, sous prétexte

qu'ils sont innocents, donnent lieu à des licences de langage et

d'attitude que toute personne bien élevée blâmera sévèrement.

Ainsi, si un homme a comme pénitence de faire une confidence à une

dame, il ne doit pas lui chuchoter bas à l'oreille, mais bien parler à

demi-voix, de manière à ce que les voisins puissent entendre.

[Illustration]

_Ceux qui nous servent._

Je ne vais pas m'occuper des domestiques de haut parage. Ce genre de

monde est régi par un majordome ou intendant qui se charge de les

gager et les renvoyer, qui veille à ce que le service se fasse

mathématiquement. L'intendant reçoit les ordres et les transmet; c'est

lui qui paye les gages et donne les gratifications.

Les domestiques de haut parage sont des serviteurs bien dressés, qui

entrent, saluent, font leur besogne et se retirent; souvent les

maîtres ne connaissent que le visage de ceux que leur service appelle

immédiatement auprès d'eux.

Lorsqu'une maison est montée sur ce pied, cela suppose une fortune

immense; il y a une hiérarchie établie entre les domestiques et ils

s'appellent entre eux la haute et la basse domesticité.

Les dames sont, de nos jours, beaucoup plus femmes de ménage qu'il y a

trente ans; il n'est plus de bon ton de tout laisser gaspiller.

N'est-ce pas un bel éloge que de s'entendre reprocher son ordre et son

économie?

En effet, mieux vaut se passer une fantaisie, quelque frivole

soit-elle, que de tout laisser au pillage; d'autant, qu'en somme, cela

ne profite à personne.

J'engagerai toujours à dire «s'il vous plaît», «voulez-vous»; c'est le

savoir-vivre des maîtres.

Les serviteurs qui répondent d'un ton aigre, acerbe, sans parler à la

troisième personne, ont bien tort; non seulement ils manquent au

savoir-vivre, mais si en quittant une maison ils ont pris ces

habitudes, ils ne pourront pas se placer dans une autre d'un ordre

plus élevé et, par conséquent, monter en grade.

Sauf les femmes de chambre qui sont nu-tête, les autres domestiques du

sexe féminin doivent toujours avoir un bonnet de lingerie; le tablier

bleu pour faire le ménage, le tablier blanc pour aller en courses et

servir à table, le tablier blanc à dentelle ou à broderies pour les

jours de réception ou pour les dîners où il y a des étrangers.

Une maîtresse de maison n'ayant qu'une bonne ne saurait l'obliger à

prendre le plateau d'argent pour lui présenter les lettres et les

journaux.

Mais, dès qu'on a deux domestiques, cela doit rentrer dans l'ordre des

choses.

N'eût-on qu'une demi-bonne, c'est-à-dire une femme de ménage, on doit

exiger que tout ce qu'elle présente, verre d'eau, tartines aux

enfants, fruits, le soit sur une assiette; c'est une habitude à

prendre, voilà tout.

Il ne faut pas souffrir qu'on discute un ordre, mais on ne doit pas en

donner de contradictoires.

Ne jamais accorder un jour de sortie est cruel.

On donne généralement un jour entier par mois, c'est-à-dire un jour

entier à partir du déjeuner; d'autres maisons accordent deux sorties,

une entière et une jusqu'à l'heure du dîner.

Nous ne nous plaignons jamais de nos domestiques à des étrangers, nous

nous en séparons si leurs services ne nous conviennent pas; en

revanche, il est bon que nos domestiques songent qu'en décriant leurs

maîtres ils se font le plus grand tort à eux-mêmes. Forcément leur

réputation de mauvaise langue transpire et ils ne peuvent plus se

placer par connaissances, car les autres serviteurs, à l'occasion,

répètent ce qu'ils ont dit et ils se trouvent forcés de se placer par

le bureau, ce qui est infiniment moins recommandable et moins

avantageux.

Les gages des domestiques doivent être payés très régulièrement.

Fût-on dans les plus grands embarras d'argent, il vaudrait mieux

remettre tout autre paiement que celui du salaire des serviteurs.

On donne un cadeau au jour de l'an aux domestiques.

Ce cadeau peut être en nature ou en argent.

Le savoir-vivre trouve plus délicat le présent en nature, mais les

domestiques préfèrent l'argent.

Les enfants ne doivent jamais donner d'ordres aux domestiques, et

s'ils en transmettent de la part de leurs parents, ils doivent dire:

«ma mère m'a chargé de vous prier de faire ceci ou cela.»

Des jeux, des taquineries entre les domestiques et les enfants sont du

plus mauvais goût.

Lorsqu'on n'a qu'une seule domestique, elle doit partager notre

nourriture; faire une cuisine à part, cela n'est possible qu'à partir

de deux serviteurs.

En Angleterre, certains domestiques mettent pour condition, en entrant

dans une maison, qu'on ne leur fera pas manger du saumon plus de trois

fois la semaine!

N'imitons pas cet exemple et ne faisons pas manger du bœuf tous les

jours à nos domestiques, sous le fallacieux prétexte qu'il faut

toujours avoir du bouillon sous la main.

Il est bon de fermer ses armoires, sans retirer ses clés avec

ostentation devant les domestiques.

Un domestique qui apporte quelque chose a droit à un remerciement; de

même le maître qui paie les gages à un domestique doit être remercié.

Lorsqu'on a eu un domestique durant plusieurs années à son service et

qu'il se marie, on lui donne un cadeau.

Lorsqu'un serviteur, dont on est content, demande à son maître de lui

servir de témoin, celui-ci ne peut lui refuser sans manquer au

savoir-vivre.

On doit récompenser les travaux extraordinaires.

A l'occasion d'un mariage dans la maison, on doit un cadeau à ses

serviteurs.

Lorsqu'on renvoie un domestique sur le coup, on doit lui payer ses

huit jours.

De même, lorsqu'un domestique s'en va subitement, il devrait payer

huit jours à ses maîtres.

Ce n'est que pour des motifs graves de part et d'autre qu'on s'en va

ainsi: dans les cas ordinaires, on se prévient mutuellement huit jours

à l'avance et le domestique a droit à _deux_ heures par jour, pour

chercher une place.

On n'est forcé de mettre sur le certificat que la date de l'entrée et

celle de la sortie; tous les éloges sont du bon vouloir des maîtres et

le serviteur n'a pas le droit de les exiger.

On ne met pas de choses désobligeantes sur un certificat.

On ne peut se refuser à donner des renseignements sur un serviteur.

Pourtant, lorsqu'il y a un an qu'il a quitté votre service, on peut se

récuser.

Même en parlant d'un enfant très jeune, les domestiques doivent dire

«monsieur» ou «mademoiselle» et non «le petit, la petite».

Les titres civils ne s'énoncent pas; le domestique d'un député dira

seulement «monsieur».

On a le droit de faire ouvrir la malle d'un domestique avant son

départ, mais c'est généralement inutile.

Si un serviteur meurt chez vous, il est d'usage que nous suivions le

corbillard.

On ne doit pas dire le nom tout court aux domestiques de nos amis, on

ajoute «mademoiselle» ou «monsieur».

Lorsqu'un domestique apporte un présent, on lui doit un pourboire,

malgré la guerre faite contre cette coutume depuis plusieurs années;

mais il faut éviter de donner un pourboire excédant la valeur du

présent, cela s'explique.

Ne jamais questionner un domestique sur ses maîtres, sur ce qu'on

fait, sur ce qu'on dit; de même, lorsque nous envoyons un domestique

quelque part, ne le questionnons pas sur ce qu'il a vu.

Ne nous mêlons jamais à des querelles entre domestiques ou entre

concierges et domestiques: il arriverait un moment où, se

raccommodant, ils feraient la paix à nos dépens.

Maîtres et domestiques doivent savoir reconnaître leurs torts

réciproques et se supporter les uns les autres.

Si un domestique est bien payé, bien nourri, a quelques douceurs de

temps à autre, telles que parties de théâtre, gratifications, sorties

supplémentaires, il doit s'estimer heureux et ne pas se laisser aller

au penchant de décrier la maison où il sert.

Si un maître a un domestique probe, laborieux, il doit lui passer

certaines choses et savoir fermer les yeux à l'occasion.

[Illustration]

_La façon de recevoir._

Etait une vertu antique fort bien pratiquée, et dans les peuples qui

sont encore primitifs on la voit érigée en devoir rigoureux, allant

jusqu'à donner à l'hôte tout ce qu'on a de plus précieux.

Si nous invitons quelqu'un à faire un séjour chez nous, faisons

d'avance une toilette complète.

Tout doit marcher droit pendant le séjour d'un étranger sous notre

toit et les rouages intérieurs doivent être si bien graissés, qu'on ne

puisse entendre le moindre grincement.

Je parle aussi bien matériellement, que pour les questions d'un ordre

plus élevé.

Tout doit être au beau fixe; songeons-y et évitons jusqu'à ces infimes

petites chicaneries qui sont le chatouillement désagréable des

relations.

Vous êtes toujours prévenu de l'arrivée de votre invité; vous allez

donc l'attendre à la gare avec ou sans voiture, selon la distance qui

vous sépare de la gare, montrant ainsi l'empressement que vous avez de

l'accueillir dans votre «home».

La chambre de l'hôte doit être l'objet des soins tout particuliers de

la maîtresse de maison.

Les vitres étincelantes, les rideaux blancs, le parquet ciré,

encaustiqué, le lit avec sommier intact, les armoires nettes de tous

objets. Ne jamais recouvrir les planches de papier, c'est démodé; la

table de toilette, qui est dans la chambre, doit être pourvue d'une

pile de serviettes blanches, d'une boîte de savon, d'eau de toilette,

d'eau dentifrice, etc.

Sur un meuble, un verre d'eau avec sucrier, flacon de fleurs d'oranger

ou de rhum, suivant que l'invité est homme ou femme, flacon d'eau de

mélisse, boîte de pastilles de menthe et une boîte de gâteaux secs,

pour le cas des fringales nocturnes.

Une carte, clouée au mur, indique les heures des repas, les heures des

trains, enfin tous les petits renseignements utiles.

Ne pas oublier encre, plumes, papier, enveloppes, enfin tout ce qu'il

faut pour écrire, comme on dit dans les comédies.

Des fleurs sans odeur doivent garnir les vases.

Le premier soin à observer est de demander à quelle heure on désire le

petit déjeuner et ce qu'on a l'habitude de prendre, lait, café au

lait, thé, chocolat, potage.

Le second est d'attendre que l'invité soit un peu reposé avant de lui

faire faire l'inévitable tour du propriétaire.

Les maîtres de maison doivent s'ingénier à rendre leur hospitalité

douce et agréable, à laisser à leurs hôtes quelques heures de liberté,

à leur procurer les distractions que comporte le pays: visites aux

musées, églises, curiosités, sites, promenades, excursions, parties de

pêche, de canot, de chasse, jeux, plaisirs d'intérieur, etc.

Si on a plusieurs hôtes à la fois, il faut s'occuper de tous

également, ne pas marquer de distinctions.

Les repas doivent être servis, sinon luxueusement, du moins

plantureusement.

Si celui qui offre l'hospitalité a des devoirs envers ses hôtes,

ceux-ci n'en ont pas moins envers lui.

Nous devons arriver, sinon d'humeur très gaie, du moins avec un visage

aimable, ayant donné campo à nos soucis, afin de ne pas montrer mine

renfrognée à ceux qui nous reçoivent.

On n'est pas contraint de se répandre en exclamations admiratives,

mais on doit un certain tribut de bienveillance pour tout ce qu'on

vous montre.

Beaucoup de discrétion est nécessaire.

Sans appeler les serviteurs «monsieur» ou «mademoiselle»,

montrons-nous avec eux de la plus grande politesse.

On doit apporter tous les ustensiles de toilette qui sont nécessaires.

Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre · 第 10 / 17 段