aux dames et de petites marguerites de couleurs différentes, en forme
de décorations, aux messieurs. Au signal du cavalier conducteur,
chaque dame tire un à un les pétales de sa fleur; au dernier pétale,
par un mouvement de bascule, le cœur de la marguerite se retourne et
change de couleur. Les couleurs correspondant aux couleurs des
messieurs forment les couples.
=Le rosier.=--Un rosier de grandeur naturelle et garni de six, douze
ou dix-huit roses très jolies de nuances différentes est placé au
milieu du salon. Le même nombre de boutons de rose de nuances
semblables aux premières sont piqués dans une corbeille de mousse;
chaque cavalier conduit près du rosier la dame de son choix; celle-ci
cueille la rose semblable au bouton que le cavalier a placé à sa
boutonnière.
=La courte paille.=--On place une dame et deux cavaliers au milieu du
salon; deux pailles, dont l'une s'allonge beaucoup, mais que l'on
croit semblables, sont présentées aux messieurs par une dame; chacun
des cavaliers choisit une paille et celui qui a la courte paille danse
avec la dame.
A côté des accessoires coûteux il en est, avons-nous dit, beaucoup
qu'on peut faire soi-même et qui ne demandent qu'un peu d'application.
=La pêche.=--Mettez au bout d'un bâton, recouvert de papier d'or ou
d'argent, une ficelle; attachez à cette ficelle un petit four.
Une dame prend cette ligne improvisée et la balance au-dessus de la
tête de ses danseurs agenouillés. Celui qui happe l'appât danse avec
la dame et les autres dansent entre eux.
=La chandelle.=--Une dame monte sur une chaise tenant une bougie
allumée; deux danseurs sautent et essayent d'éteindre la bougie; celui
qui réussit danse avec la dame et le second danse seul auprès en
tenant la chandelle.
=La grosse tête.=--C'est une énorme tête de carton représentant une
figure comique, face de poupée, de Jeannot, rosière de Nanterre, etc.,
etc.; la dame qui tient la tête! la dépose sur celle du danseur
qu'elle choisit et celui-ci danse à l'aveuglette; l'effet est
quelquefois drôle.
=Les sacs.=--Une figure de mon invention, amusante peut-être: on fait
des sacs en papier gris percés de trous de différentes grandeurs; les
messieurs s'en couvrent entièrement la tête et s'alignent sur un rang
afin que les dames choisissent leurs danseurs.
On ne peut les reconnaître à la taille, avec ces sacs de différentes
grandeurs, et, la danse finie, lorsqu'on enlève ce couvre-chef d'un
nouveau genre, on est souvent tout étonnée en voyant le visage du
danseur.
=La poudre de riz.=--Une figure à éviter; elle tache les habits.
Toutefois, comme elle ne coûte absolument rien, il faut l'indiquer.
Deux danseurs se présentent; la dame enfarine le visage de l'élu et
l'autre suit le couple en dansant et en tenant houppe et boîte.
=Le miroir.=--La dame assise tient un miroir et, tour à tour, les
danseurs viennent y mirer leur visage; la dame efface avec son
mouchoir les traits de ceux qu'elle ne veut pas agréer.
Faire défiler tout le bataillon des danseurs serait de goût douteux.
=Le coussin.=--La dame, assise, a un coussin devant elle. Elle pose le
pied dessus, les danseurs vont tour à tour essayer de s'y agenouiller;
si la dame refuse, elle doit retirer vivement le coussin.
=Le verre d'eau.=--Une dame tient un verre d'eau: elle l'offre à celui
avec lequel elle veut danser; celui-ci le donne vide à un cavalier qui
suit le couple en dansant seul et en tenant le verre d'eau plein; il
ne le vide qu'après la valse; rôle vétilleux, demandant beaucoup
d'adresse; figure dangereuse pour les robes des dames.
Le cotillon variant chaque année, je ne peux guère expliquer les
figures; il s'en montre tous les jours.
Bien entendu on peut offrir ce qu'on veut, depuis des pelotes et des
écrans jusqu'à des sachets et des mouchoirs.
[Illustration]
_Les différents bals._
_Bals Cendrillon._
De récente importation est le bal Cendrillon qui finit à minuit, heure
à laquelle l'héroïne des contes de Perrault perdit sa pantoufle.
Ce bal fait le bonheur des personnes aimant se coucher tôt, des
mamans, des papas, voire des maris.
Il commence à huit heures; on passe des rafraîchissements, mais il n'y
a ni buffet ni souper.
_Les bals d'enfants._
Ont lieu dans l'après-midi, de deux heures à six heures; il y a un
goûter assis; on offre des tasses de lait.
L'orchestre, pour ces bals, peut se composer d'un simple piano tenu
par une maman ou une grande sœur complaisante.
A propos d'orchestre, disons en passant qu'on ne doit pas lésiner sur
le nombre des musiciens, que cela ne grossit pas beaucoup la dépense
d'en avoir quelques-uns de plus, et que rien n'est piteux comme de
voir sautiller cent personnages aux sons essoufflés d'un piano
poitrinaire ou d'une petite flûte qui n'en peut mais.
Dans les grands bals, une jolie invention est de faire jouer
l'orchestre en sourdine pendant le souper.
Les airs espagnols sont en vogue.
_Bals déguisés._
Bien jolis et bien agréables; il y a une sorte de laisser-aller où on
peut donner libre cours à son esprit.
Le bal masqué est encore plus gai, plus amusant à la faveur de
l'incognito et avec le tutoiement toléré quelquefois.
Les bals masqués ne sont amusants que dans des maisons particulières,
où on est sûr que tout le monde est correct et que malgré la licence
de l'incognito, des propos déplacés n'auront pas cours.
Les bals déguisés où tous les costumes se coudoyaient dans un
chamarrement joli ont fait leur temps; on veut du nouveau, n'en fût-il
plus au monde, et on inaugure les bals Charles IX où tout le monde est
tenu d'avoir le costume du temps, et on danse la pavane;
Les bals Watteau, avec le menuet;
Les bals républicains, avec gardes françaises et ravaudeuses;
Les bals grecs, fort originaux;
Bals espagnols avec le fandango, bals italiens avec la tarentelle, bal
chinois, bal russe, bal polonais, bal turc, bal suisse, enfin, tous
les pays du monde peuvent être mis à contribution avec leurs costumes
et leurs danses; de même les provinces françaises, le Poitou avec son
ancien costume et le branle; l'Auvergne avec la bourrée, etc.;
Puis les bals de fleurs, les bals d'oiseaux. On donne aussi des bals
déguisés _de jour_; ce sont des bals villageois où on mange simplement
des crêpes et où on boit du cidre; ce ne sont pas ceux où l'on s'amuse
le moins.
Les _bals blancs_ sont ceux où seules les personnes non mariées ont la
permission de danser; les jeunes filles doivent être tout en blanc et
les jeunes gens arborent une fleur de même couleur à la boutonnière.
Les _bals roses_, où peuvent danser les jeunes femmes, sont jolis;
toutes les danseuses portent des robes également roses, et les
danseurs se décorent d'une des roses de la saison.
Les _bals d'été_ se donnent dans les jardins, éclairés par des
lanternes vénitiennes; les musiciens sont juchés sur des tonneaux;
sous des tentes sont dressés des buffets.
_Les bals par souscriptions._
Lorsque, dans ces bals, une femme se présente sans cavalier, un des
commissaires doit lui offrir le bras, la conduire, lui trouver une
place convenable et l'y installer.
On ne doit jamais accepter d'être menée au buffet, payant, dans ces
bals, si ce n'est par ses parents.
Si deux femmes se présentent ensemble et qu'il n'y ait qu'un
commissaire de libre, c'est à la plus âgée que celui-ci doit donner le
bras.
_Quelques conseils pour les bals._
Ne jamais trop faire frotter un appartement: autrement, gare aux
glissades et aux chutes.
Ne mettez pas de fleurs odorantes.
Ayez des bougies très longues, afin de ne pas les renouveler plusieurs
fois dans la soirée.
Ne chauffez pas les salons, mais chauffez fortement le petit salon de
repos et la salle de jeu.
Que les hommes n'enlèvent jamais leurs gants sous aucun prétexte; le
contact d'une main plus ou moins moite sur un corsage ou sur un gant a
une action désagréable et tachante.
[Illustration]
_Les garden parties._
On les nomme aussi Robinson ou Marly; c'est une mode qui vient
d'Angleterre.
Les maîtres de maison vous invitent pour rester dans leur jardin.
Les rafraîchissements, les plaisirs, tout se prend dehors.
On dresse le buffet sous une tente, une tonnelle, un hangar.
On installe des jeux champêtres, des balançoires, des tourniquets.
A propos des parties en plein air, quelques conseils.
Il faut que le lieu du festin ne soit pas trop éloigné de la cuisine,
de manière à ce que les mets n'arrivent pas froids.
Éviter de mettre rafraîchir les bouteilles dans des seaux sous les
yeux des convives.
Il faut avoir un terrain sans pente pour mettre sièges et tables et
caler solidement les uns et les autres.
Faire attention de ne pas se mettre sous les arbres d'où pleuvent les
insectes.
Calculer les mouvements du soleil afin que les convives ne soient pas
aveuglés.
Si le repas en plein air est un dîner, la maîtresse de la maison fera
bien d'avoir une provision de châles légers qu'elle pourra jeter sur
les épaules des frileuses.
Pour l'éclairage on emploie les lampes de jardin à globes fermés.
On peut aussi avoir un éclairage de lanternes chinoises ou
vénitiennes.
Lorsqu'à la campagne on dîne dans la salle à manger et que le café est
servi dehors, les domestiques placent tout ce qui est nécessaire sur
une table et se retirent; le soin de servir est laissé à la maîtresse
de la maison et souvent même on invite les convives à se servir
eux-mêmes.
[Illustration]
_Soirées._
Les soirées dansantes sont plus intimes que les bals; on peut y venir
en robe demi montante; souvent il n'y a qu'un piano pour orchestre, et
ce sont tour à tour des personnes de bonne volonté qui le tiennent.
Ces soirées donnent de graves soucis aux maîtresses de maison; elles
sont forcées d'avoir de l'initiative, de guider les conversations,
d'organiser les jeux, les petits jeux, les intermèdes; elles doivent
ne négliger personne.
Les artistes qu'on peut avoir doivent être largement rétribués, mais
cela n'empêche nullement de les traiter en personnes du monde; si ce
sont des femmes, l'usage veut qu'on leur offre une gerbe de fleurs et
qu'on les fasse reconduire en voiture.
S'il est convenu que tel artiste doit chanter deux ou trois morceaux,
n'insistons pas pour en avoir un autre par-dessus le marché.
Dans un programme musical, des classiques et des modernes.
Les morceaux d'attraction doivent être exécutés au milieu de la
soirée; les invités sont au complet, leur attention n'est pas encore
fatiguée, les nerfs ne sont pas tendus comme au bout de deux heures de
musique.
On ne doit pas entrer pendant l'exécution d'un morceau.
Les rafraîchissements se passent entre chaque «numéro».
_L'accompagnateur et celui qui tourne les pages._
Si on n'a pas pris un accompagnateur de métier, tort grave, il faut
s'adresser à une personne de bonne volonté très expérimentée.
Il faut qu'elle soutienne la voix dont l'émotion glace le talent de la
jeune personne ou du jeune ténor dont les notes tremblent.
Le savoir-vivre ordonne à l'accompagnateur de ménager les mesures si
tel est le bon plaisir du chanteur ou de la chanteuse; de laisser
aller complètement la pensée d'un maître afin de permettre à un
amateur d'escamoter les passages où fatalement il sombrerait, enfin de
s'annihiler complètement.
Bref, être accompagnateur est une mission à éviter si on peut le faire
sans mécontenter ses amis; de même tourner les pages est un petit
supplice.
Il ne suffit pas d'être un bon musicien pour s'acquitter de cette
tâche.
Tel artiste joue de mémoire les dernières mesures de la page, tel
autre les lit jusqu'au bout, il y a des reprises qu'on exécute ou
qu'on saute.
Les uns exigent de vous une précision très grande, d'autres laissent
tourner tranquillement; n'allez pas trop vite en vous acquittant de
votre tâche; vous pourriez faire tomber la musique; feuilletez
d'avance le morceau afin que les feuillets ne soient pas collés les
uns aux autres.
Il est bon de ne pas s'offrir pour cet exercice difficile et
d'attendre que le maître de la maison vous le demande; pourtant, si
vous voyez un exécutant luttant péniblement pour tourner ses pages
lui-même, il serait de bonne charité de lui venir en aide.
On doit nécessairement éviter de chanter après une personne un morceau
similaire; si on lui est inférieur on est écrasé, et si on lui est
supérieur on l'écrase; c'est donc désagréable pour tout le monde, y
compris les maîtres de la maison et les invités.
Lorsqu'on chante et qu'une personne vous accompagne, on se tient
debout près de l'instrument, le visage tourné de trois quarts vers
l'assistance, en tenant à la main le morceau de musique sur lequel on
jette les yeux de temps à autre. Inutile de dire que les grands
gestes, les grands cris font mauvais effet.
[Illustration]
_Le jeu._
On n'invite plus guère à une soirée de jeu; mais après le dîner les
personnes qui ne dansent pas et qui ne font pas de musique aiment
assez ce genre de divertissement.
Il faut établir les tables de jeux dans une pièce assez écartée afin
que le bruit ne gêne pas les joueurs.
La pièce est relativement peu éclairée.
On place sur les tables des bougies coiffées de petits abat-jour verts
et des petites lampes avec globe en verre dépoli également recouvertes
d'abat-jour.
On doit avoir des jeux de cartes _cachetés_. Ce n'est que dans
l'intimité qu'on peut se permettre des cartes ayant servi.
Le vieux savoir-vivre exigeait quelque chose de bien amusant: il
fallait mettre de l'argent sous le chandelier afin de payer les
cartes!
Les maîtres de maison doivent fixer le prix de la fiche, il n'est pas
permis de le dépasser.
L'on se dégante pour jouer, mais on remet ses gants pour rentrer au
salon.
L'on ne doit pas se retirer en gagnant beaucoup.
Les dettes de jeu se payent dans les vingt-quatre heures, au cercle;
dans les maisons bourgeoises, on ne doit jamais jouer sur parole.
La loi ne permet pas de poursuivre une dette de jeu; c'est pour cela
qu'on la nomme une dette d'honneur.
Une femme qui resterait toute une soirée à une table de jeu manquerait
au savoir-vivre.
Les invités qui n'ont rien de mieux à faire, se groupent autour des
joueurs et forment ce qu'on appelle «la galerie»; ils doivent
s'abstenir de conseils, d'appréciations, ne pas prendre parti pour
l'un ou pour l'autre dans un coup douteux, à moins qu'ils ne soient
pris pour arbitres.
Les joueurs qui tenteraient de cacher leur jeu à la galerie, auraient
l'air de suspecter la bonne foi des assistants.
Beaucoup de personnes perdent les plus simples notions du savoir-vivre
lorsqu'elles se voient en présence des cartes et de l'argent.
Blâme aux dames qui profitent des égards qu'on leur doit pour se
montrer d'une humeur massacrante, lorsqu'elles perdent.
La maîtresse de maison ne joue pas.
Le maître peut jouer, mais non s'attabler toute une soirée.
On doit faire passer des rafraîchissements aux joueurs.
Les marques, les fiches, tous les petits accessoires doivent être en
parfait état.
[Illustration]
_La Carte de visite._
Le savoir-vivre, qui exigeait impérieusement jadis qu'on envoyât des
cartes de visite, au premier de l'an, permet maintenant qu'on n'en
envoie plus.
Pour mon compte, je regrette fort cet usage; le petit carré de bristol
venait vous dire: «Petit bonhomme vit encore» et bien des amis
oubliés, des relations dénouées se reprenaient par l'envoi seul de la
carte de visite.
Beaucoup de personnes doivent être, comme moi, fidèles aux vieux _us_
car, malgré le décret «chic», qui vous déclare philistin, si vous
envoyez votre carte, on en confie encore chaque année à la poste un
nombre très considérable.
La carte de visite pour un supérieur ou pour une personne à laquelle
on veut témoigner égards, doit s'envoyer dès le 25 décembre afin
qu'elle arrive le 31 décembre ou le 1er janvier, car les encombrements
sont tels à cette époque qu'il faut fréquemment six jours et plus,
pour l'arrivée des cartes de visite mises à la poste en «carte»,
c'est-à-dire, dans une enveloppe ouverte avec l'affranchissement du
timbre de cinq centimes.
Tout autre est la carte sous enveloppe cachetée et affranchie à 15
centimes; elle arrive comme une lettre, du jour au lendemain.
C'est ce mode que je conseille pour les cartes qu'on a à cœur de voir
arriver exactement.
Depuis 1895, les règlements de la poste permettent d'écrire quelques
mots sur les cartes affranchies à 5 centimes, c'est-à-dire d'ajouter à
son nom: _avec ses bons souhaits pour..._ ou quelque formule
semblable.
Ce sont les plus jeunes personnes qui envoient en premier leurs cartes
aux personnes plus âgées.
Les célibataires et les veufs envoient leurs cartes en premier à leurs
amis mariés; l'homme répond seul à cette politesse; seulement, si le
mari et la femme ont des cartes collectives comme celle-ci on
l'envoie:
Monsieur et Madame L...
Notons que jamais une femme ne met sur sa carte son adresse imprimée;
elle l'écrit à la main si elle a besoin de la faire connaître; mais,
dans les cartes communes, l'adresse y est toujours.
Une demoiselle de trente ans peut avoir sa carte; avant cet âge, elle
écrit son nom sur celle de son père ou de sa mère.
Il y a pourtant une exception à faire pour une orpheline de vingt-cinq
ans; la carte est alors libellée ainsi:
Mademoiselle F....
Le nom de baptême ne figure généralement pas; pourtant, s'il y avait
plusieurs sœurs ou parentes du même nom, la carte serait ainsi
conçue:
Mademoiselle Berthe F....
Une veuve n'indique pas cette qualité sur sa carte, elle mettra
simplement:
Madame R....
et si sa belle-mère vit encore, ou si elle a des belles-sœurs de même
nom, elle mettra le prénom de son mari sur sa carte, tout comme s'il
était vivant:
Madame Edouard R....
Lorsqu'on a plusieurs enfants, ce n'est pas manquer au savoir-vivre
que d'ajouter au-dessous de son nom: et ses enfants.
Une dame ne doit jamais envoyer sa carte à un homme; exception faite
pour les prêtres.
Le vieux savoir-vivre voulait qu'on envoyât autant de cartes qu'il y
avait de membres dans une famille!
Voyez-vous une enveloppe bourrée de sept cartes?
C'était une étrange anomalie car, la carte équivalant à une visite,
vous ne faites pas sept visites, mais une seule collective.
On a tout le mois de janvier pour envoyer sa carte.
Le supérieur renvoie toujours sa carte à un inférieur et ce dans le
plus bref délai.
Les cartes doivent être en très beau carton, ni trop grandes, ni trop
petites, les caractères simples, bien gravés. De fantaisie sont les
cartes en carton de couleur ou en aluminium, ainsi que les cartes à
facettes, les cartes grises à lettres rouges.
La carte glacée est aujourd'hui peu goûtée.
Lorsqu'on est titré, la couronne est placée au-dessus du nom. On met
pour la carte collective des deux époux:
Marquis et Marquise de M....
Jamais le mot «monsieur» devant le nom d'un homme. M. Thiers avait
pourtant des cartes ainsi libellées:
Monsieur Thiers
On pouvait lui passer cela, mais un bourgeois qui mettrait: Monsieur
Durand, serait incorrect.
Une carte encore bien démodée est celle-ci:
Madame M...., née D....
On voit encore quelques cartes où le nom de la femme est mentionné,
mais seulement dans les cartes à éviter.
Gardez-vous d'énumérer vos titres sur votre carte; c'est inutile.
Il existe des cartes grotesques.
J'en ai vu, de mes yeux vu, deux si ridicules que je veux les
transcrire pour faire horreur aux générations présentes et futures.
Elles étaient ainsi conçues:
Joseph R...
abonné du chemin de fer du Nord!
Hippolyte B...
Neveu du général T...., membre honoraire des Sapeurs-Pompiers
et de la Société des Sauveteurs.
Sauveteur lui-même.
Les femmes qui ont «un jour» mettent ce jour sur le coin gauche de la
carte.
La carte sert à de multiples emplois et évite souvent une lettre.
Elle se joint à tout présent.
Elle s'envoie immédiatement à l'annonce d'un événement heureux ou
malheureux, en attendant qu'on aille faire visite.
Elle se dépose, pliée, en cas d'absence.
Elle remercie du bon accueil fait à quelqu'un; d'un objet prêté, en
renvoyant ledit objet.
Elle prévient qu'on accepte une invitation; elle accrédite quelqu'un:
«_Madame D..._ vous recommande chaleureusement le porteur.»
Les enveloppes des cartes doivent être proportionnées: celles qui
ballottent dans la leur, comme pois en cosses, ne sont pas admises;
les toutes petites enveloppes d'où la carte déborde sont encore de
mauvais genre.
[Illustration]
_Les visites._
Les visites sont une des obligations de la vie mondaine, exception
faite pour celles que l'amitié exige.
Les visites dites «de cérémonie» sont celles que se doivent les
officiers d'un même régiment, les magistrats d'un même tribunal, les
fonctionnaires d'un même ministère, les employés à leur patron, etc.,
etc.
Les visites de cérémonie durent environ dix minutes.
Les visites officielles sont rendues dans les huit jours.
Ces visites se font l'après-midi, entre deux heures et demie et cinq
heures et demie.
Les visites de cérémonie se font aussi entre femmes.
Si le délai de huit jours était passé pour les rendre, on pourrait
taxer les retardataires d'impolitesse, à moins qu'il n'y ait une
maladie, un événement imprévu.
Il existe pour les principaux fonctionnaires de l'État certaines lois
de civilité hiérarchique dépendant d'un cérémonial adopté pour chacun
de leurs corps.
On dit qu'il existe des formules obligatoires pour entrer en matière,
lors des visites de cérémonie du 1er janvier: il n'y a aucune
différence ce jour-là, les vœux ne s'offrant qu'aux parents, aux amis
intimes et aux bienfaiteurs.
Les visites intimes sont des visites de sympathie, d'amitié, elles
n'ont pas de règles, ni d'heure, ni de jour.
Votre cœur vous pousse à aller voir une amie à dix heures du matin,
vous ne manquez aucunement au savoir-vivre.
Lorsqu'on part pour un voyage dépassant la durée de quinze jours, on
doit faire une tournée de visites pour en informer ses amis et leur
éviter ainsi un dérangement.
Si on ne les trouve pas, la carte pliée avec le P.P.C. traditionnel
peut suffire, mais il est plus poli de se mettre en frais de lettre
explicative.
Lorsqu'on revient, on fait la même tournée et l'on apprend aux
personnes qu'on reprendra son jour à partir de telle époque.
Lorsqu'on arrive dans un pays, on fait des visites aux personnes avec
lesquelles on désire nouer des relations.
Le magistrat, le maire, le curé, les simples particuliers font de
même.
Ces fonctionnaires ont leurs prédécesseurs pour les présenter dans
quelques maisons et, par ce moyen, la glace est brisée.
Les simples particuliers vont de l'avant et font une première visite,
au cours de laquelle ils ont soin de parler de leurs amis pour
s'assurer si, dans le nombre, il n'en est pas de connus; c'est, en
somme, une référence qu'on donne sur soi-même, car il faut fournir des
renseignements sur son propre compte.
Si on se tenait trop sur la réserve, les personnes les plus honorables
pourraient hésiter à se lier avec vous dans le cours des visites. Si
une personne est absente, vous déposez votre carte non cornée, cela ne
se fait plus, mais pliée en longueur sur le côté gauche et la carte
est comme reçue; si on vous renvoie une simple carte, c'est qu'on ne
désire pas entrer en relations; au contraire, si on vous rend la
visite dans la quinzaine, vous pouvez poursuivre vos avances.
Il arrive aussi qu'on vous rend la première visite, par curiosité, et
qu'on ne vous rend pas la seconde; en ce cas, abstenez-vous d'une
troisième.
Dans certaines villes, l'usage veut que l'arrivant attende les
avances.
En tous cas, il doit une visite au maire, au curé, au notaire, aux
fonctionnaires, et ces derniers ne sont nullement tenus de la lui
rendre.
Lorsqu'il arrive un heureux événement chez des amis, on leur doit une
prompte visite.
Les visites de connaissances sont celles qu'on fait une ou deux fois
par an, aux personnes avec lesquelles on ne veut pas se lier, mais
avec lesquelles on désire rester en relations.
Ces visites doivent être assez vivement rendues.
J'ai parlé des visites de digestion, des visites de noces, des visites
de condoléances, des visites à une accouchée.
Les visites du jour de l'an se font la veille aux grands-parents et
aux parents.
Les hommes vont chez leurs supérieurs le jour de l'an même.
On a tout le mois de janvier pour faire ses visites de jour de l'an.
La grande toilette est de rigueur.
On n'envoie jamais de carte dans les maisons où l'on va faire visite.