Un mot des chasseresses. Si nous allons à la chasse pour faire de la

coquetterie, du flirt, nous avons bien tort; dans ces réunions,

l'homme s'évanouit, le chasseur reste et voit, souvent d'un mauvais

œil, une femme qui manie un fusil. Habillons-nous avec des bottines

lacées, bien montantes, la culotte de zouave, et, par-dessus, la jupe

plissée, veste courte et lâche, chapeau de feutre, pas de gants; si

nous avons du coup d'œil et si nous sommes bonnes marcheuses, nous

pourrons suivre sans faire gronder les chasseurs du sexe fort.

_Les repas de funérailles._

Ont encore lieu à la campagne et c'est naturel; les gens sont venus

souvent de plusieurs lieues à la ronde, pour rendre les derniers

devoirs à un des vôtres; il est donc du plus élémentaire savoir-vivre

de penser au bien-être de ses hôtes.

On n'est pas forcé, lorsqu'on est proche parent du défunt, d'assister

à de tels repas; un ami ou une amie vous remplace.

Très simple doit être le menu: potage, viandes froides, charcuterie,

vin ordinaire.

_Les banquets._

La table est en fer à cheval, en patte d'écrevisse, en T; le président

est au milieu.

Voici un extrait du protocole:

Roi ou président.

Princes du sang ou sénateurs et députés.

Cardinaux.

Ministres.

Grands-officiers.

Conseillers d'État.

Grands-officiers de la Légion d'honneur.

Généraux de division.

Présidents de cours d'appel.

Archevêques.

Préfets.

Présidents de cours d'assises.

Généraux de brigade.

Évêques.

Sous-préfets.

Présidents de tribunaux de première instance.

Présidents de tribunaux de commerce.

Maires.

Commandants d'armée.

Commandants de Consistoire.

Les titres des personnages sont mis sur leurs cartes.

Monsieur le ministre de l'Intérieur

S. E. l'ambassadeur

S. M. la reine d'Angleterre

Il est presque toujours indispensable de s'adresser, pour

l'organisation d'un banquet, aux fournisseurs «spécialistes».

[Illustration]

_Les vieilles coutumes françaises._

Sont la santé, la chanson, la philippine et le «trinquage».

Commençons par ce dernier, qui est de plus en plus condamné.

Pourtant, si le verre vous était tendu, n'hésitez pas, sinon à le

choquer mais à le toucher avec le vôtre en vous inclinant

gracieusement. On peut encore dire, en levant son verre: Je bois à la

santé de madame ou de monsieur un tel, en s'inclinant; en ce cas les

convives lèvent leurs verres et le vident; les femmes peuvent se

contenter d'y tremper leurs lèvres. Le maître de la maison répond par

une phrase dans le genre de celle-ci: «Et moi je bois à vous tous, mes

chers amis». Lorsqu'on «toaste», coutume anglaise implantée en France,

c'est le maître de la maison qui prend l'initiative, à moins qu'on ne

soit réuni chez lui pour sa fête ou pour un anniversaire; alors c'est

généralement le convive le plus qualifié ou le plus âgé qui porte le

toast. Les femmes ne doivent jamais toaster.

A une noce, lorsqu'on porte la santé des jeunes époux, ils ne doivent

pas répondre, l'émotion peut les en empêcher; c'est le père de l'un ou

de l'autre qui prend leur place. On ne se lève plus pour porter un

toast, si ce n'est dans les banquets officiels ou dans les réunions

ouvrières.

Alors, ce n'est plus un toast mais un discours, et, nous vous en

prions, méfiez-vous de la longueur, ayez pitié des pauvres gens qui

vous écoutent!

Voici dans quelles circonstances on peut toaster:

A une pendaison de crémaillère: l'amphitryon porte la santé de ses

hôtes et leur dit qu'il espère bien les voir souvent dans sa nouvelle

demeure;

A un anniversaire de mariage; ce sont les invités qui toastent; le

mari doit répondre en termes émus;

Au sujet d'une décoration, d'un avancement, d'une promotion, un

convive éminent porte un toast: l'heureux personnage doit répondre en

termes flattés;

A un mariage: j'ai déjà dit que le jeune époux s'abstenait;

A un baptême: le baby ne répond généralement pas, si ce n'est par des

cris, et l'auteur de ses jours prend la parole en phrases attendries.

La philippine n'a plus cours que dans la très grande intimité; elle

amenait un présent obligatoire et une familiarité déplacée.

Donc, ne «philippinons» pas, sauf avec les très jeunes gens des deux

sexes; un bouquet est alors le seul cadeau qu'on peut offrir ou

accepter.

[Illustration]

_Les déjeuners._

Le déjeuner n'est jamais un repas de cérémonie, sauf quand il s'agit

d'un déjeuner de noce ou de baptême; en ce cas, c'est un déjeuner

dînatoire, puisque le potage y figure.

Les déjeuners sont à éviter, ils coupent la journée; mais cela dépend

des occupations qu'on a.

Les hommes viennent en costume ordinaire; les femmes en toilette de

ville; la robe d'intérieur élégante peut être la mise de la maîtresse

de maison, jamais la simple robe de chambre.

Le potage est remplacé par les huîtres ou par toute une gamme de

hors-d'œuvre.

Les biftecks, côtelettes, viandes froides, pâtés, œufs sous toutes

les formes, poissons frits, fromage, gâteaux secs, fruits sont les

éléments d'un déjeuner; on évite les plats à sauce, les gros rôtis,

les glaces et pourtant, quand on veut faire un petit gala, on a

recours à ces diverses choses; du reste, la fantaisie est admise.

On peut prendre le café à table ainsi que les liqueurs.

[Illustration]

_Les bals._

Encore quelque chose de terriblement difficile pour les maîtresses de

maison qui ne disposent ni d'un hôtel, ni d'un très grand appartement.

Il faut d'abord une véritable débauche de lumières; puis beaucoup de

glaces reflétant les lumières, les doublant.

De même pour les fleurs ou plutôt les plantes vertes; mettons-les en

profusion; surtout des palmiers, avec leurs larges feuilles en

éventail qui font si bien ressortir le damas d'une tenture, la

blancheur esthétique d'une statue de marbre, la sévérité grandiose

d'un bronze, le coloris d'un tableau ou le ton doucement ocré d'une

terre cuite.

Une maîtresse de maison un peu artiste doit savoir organiser des

coins, des retraits avec des palmiers.

Les fleurs, orchidées surtout, puisque c'est la mode, doivent garnir

les vases, les potiches.

Je conseille une pièce peu éclairée, où les personnes lassées du bruit

et de la lumière pourront venir se reposer.

Dans une chambre ou dans un petit salon sont disposées des tables de

jeux, avec des cartes, des jetons, des marques, de petits bouts de

table avec bougies allumées et casquées de mignons abat-jour roses ou

verts; des boîtes de cigares ouvertes, des allumettes, des cigarettes

et des pastilles cachou doivent être placées sur un meuble.

Si la salle de jeu est une chambre à coucher, mettez un paravent

devant le lit; c'est plus convenable et plus joli.

Les cartes d'invitation sont lancées au moins quinze jours avant, car

il faut penser aux toilettes que les dames peuvent avoir à préparer,

et deux semaines ne sont pas de trop pour mettre au point la robe de

bal qui est toujours assez compliquée, sinon par elle-même du moins

par ses accessoires.

_Modèle d'une carte d'invitation à un bal._

Monsieur et Madame Alfred V.... prient Monsieur et Madame X. de

leur faire l'honneur de passer avec eux la soirée du lundi 29

mars.

On dansera.

22, rue Saint-Marc.

Une carte de visite doit être aussitôt renvoyée; c'est l'accusé de

réception et le remerciement.

Inutile de prévenir d'un refus; ce n'est pas comme pour un dîner, les

préparatifs sont les mêmes et peu importe l'absence de quelques

personnes de plus. Quelquefois, au dernier moment, on se trouve libre

et si on avait refusé il n'y aurait plus moyen de revenir sur sa

décision.

Lorsqu'on a assisté au bal, on doit renvoyer une carte huit jours

après, puis faire une visite (les hommes n'y sont pas tenus);

avez-vous refusé, il est de bon goût de faire une visite explicative à

la maîtresse de la maison si on est assez lié pour cela; sinon, on

s'abstient.

La toilette de la maîtresse de la maison peut être jolie, mais elle ne

doit pas mettre toutes voiles dehors, afin de ne pas éclipser ses

invitées qui, quelquefois, pourraient lui en savoir mauvais gré: on a

vu des haines de femmes éclore à propos d'un chapeau.

Le grand décolleté, le demi-décolleté, même l'entre-bâillement discret

sont permis dans un bal; la règle n'est plus inflexible comme il y a

quelques années et les personnes souffreteuses peuvent, sans manquer

au savoir-vivre, aller au bal dans une toilette demi-montante.

Les jeunes filles renoncent aux robes de tulle et de tarlatane;

c'était joli, flou, mais cela durait l'espace d'une nuit et, les

façons coûtant cher, la génération actuelle, plus pratique, prend de

léger taffetas, de la bengaline, de la gaze de soie, même du crépon de

laine, qui peut fournir plus d'un bal.

La robe d'une entière blancheur a fait place, elle aussi, à toutes les

teintes délicieusement fausses qui sont en vogue, et les jeunes filles

sont habillées comme les jeunes femmes, sauf le décolleté plus modeste

et l'absence de bijoux.

Les gants doivent toujours être très longs, montant au-dessus du

coude; je préfère les teintes rosées, biscuit, gris clair, au gant

blanc.

La petite palatine de satin piqué ornée de cygne ne se porte plus; on

a tout simplement une gaze, une mantille, qu'on peut jeter sur ses

épaules.

En fait d'accessoires, la femme n'a plus que l'éventail, le mouchoir

et le carnet de bal.

La sortie de bal se laisse au vestiaire.

La toilette des hommes est toujours la même: habit noir, pantalon

noir, gilet noir à cœur, cravate blanche, souliers vernis, gants

blancs, les seuls dont le corsage des dames n'a pas à redouter le

contact. Dans le grand monde, on arbore la culotte courte, les bas de

soie noirs, l'escarpin, l'habit rouge et même, suprême fantaisie,

l'habit en soie glacée, gorge-de-pigeon.

C'est fort joli dans un certain milieu.

Les bals sont généralement indiqués pour dix heures et demie ou onze

heures; on doit être «paré», comme on dit en style maritime, une

demi-heure avant.

Il ne faut pas arriver trop tôt pour voir «allumer les chandelles»;

pas trop tard non plus.

Je n'engagerai jamais les maîtres de maison désireux d'avoir foule

dans leurs salons à donner des invitations en blanc; sait-on qui peut

venir?

Les jeunes femmes ne vont pas seules au bal; il leur faut mari, père,

frère, ami de la famille ou dame sérieuse comme chaperon; pourtant,

une personne n'ayant nul tenant aurait grand tort de se priver d'un

plaisir; elle n'a qu'à arriver des premières et à se placer près de

quelqu'un de connaissance ou près d'une personne avec laquelle la

maîtresse de maison la mettra en rapport.

Les maîtres de maison s'occupent de placer les premiers arrivants;

ensuite, c'est un peu au gré de la fantaisie.

Règle générale, les femmes sont assises dans un bal, les hommes

jamais.

Un des grands soucis pour des personnes donnant un bal, c'est de

réunir le nombre de danseurs, _dansant_, nécessaire.

Pour ce, ils sont forcés de se montrer éclectiques.

La maîtresse de maison doit peu danser; il faut qu'elle s'occupe de

mettre tout le monde en train, de chercher les danseurs pour les trop

obstinément délaissées.

Autant que possible, l'orchestre doit être installé sur une estrade

avec des plantes vertes le dissimulant.

Une remarque. On doit faire distribuer fréquemment des

rafraîchissements aux musiciens, mais pas de liqueurs; à la fin du

bal, on les fait souper ou, s'il n'y a pas de souper, on leur sert du

bouillon, du Bordeaux, du Champagne.

Pour l'organisation d'un orchestre, on peut s'adresser à des facteurs

de pianos, à des marchands de musique; ils vous procureront un

personnel très convenable.

Les invités doivent adresser leur première invitation à la maîtresse

du logis et à ses filles.

Les jeunes filles en entrant au bal marchent seules derrière leur

mère, qui est au bras du maître de la maison ou d'un de ses aides de

camp; elles donnent le bras à leur père, à leur frère ou à l'ami qui

les accompagne.

Les jeunes filles s'asseyent devant ou près de leur mère ou de la dame

qui leur sert de chaperon; un homme veuf conduisant sa fille au bal

doit la mener de suite près d'une personne âgée de leur connaissance.

La jeune fille doit danser dans le salon où est la personne qui

l'accompagne; de même, au souper, elle doit être placée non loin.

L'usage américain qui veut que la jeunesse ait son salon pour elle

seule, soupe seule, a de grands inconvénients et, si j'avais une

fille, je ne le permettrais certes pas.

Un homme doit éviter d'ordinaire de faire danser trop souvent la même

personne.

Pour inviter à danser, le cavalier salue la dame et lui dit, à voix

basse, ces mots sacramentels: «Madame--ou Mademoiselle,--voulez-vous

me faire l'honneur de m'accorder ce quadrille,--ou de danser cette

valse avec moi?»

Celui qui emploierait le mot plaisir en place de celui d'honneur

serait peu correct.

Lorsque la femme accepte, elle s'incline et dit:

«Volontiers--oui,--avec plaisir», également à voix basse; ses phrases

sont devinées plutôt qu'entendues.

Consulter longuement son carnet de bal serait incivil.

Pour refuser, on dit simplement: «Merci, je suis invitée».

Lorsqu'on refuse de danser avec quelqu'un pour une raison ou pour une

autre, on doit rester à sa place.

Si on veut se ménager d'accorder la danse suivante, il ne faut pas

déclarer «qu'on ne danse plus», mais dire: «Je vous remercie, je

désire me reposer un moment».

Le cavalier n'insiste pas; il peut se représenter plus tard, mais si

on le refuse de nouveau, il doit s'abstenir.

Dans le cas où deux messieurs réclameraient leurs droits en même temps

et paraîtraient disposés à tourner à l'aigre, il faut que la danseuse

ait l'esprit de mettre les deux parties d'accord.

Si une dame vous refuse, n'invitez pas de suite sa voisine directe.

Dans un bal, les hommes vont saluer les dames qu'ils connaissent;

s'il y a une chaise libre à côté, ils peuvent s'y asseoir un

_instant_; ne jamais rester devant une femme, debout, à causer; cela

la masque ainsi que ses voisines et peut les empêcher d'être invitées

à danser.

Lorsqu'on a invité une personne pour un quadrille, on prend pour le

vis-à-vis le premier couple qu'on voit en quête de partenaires.

Parler en dansant la valse est non seulement difficile, mais de

mauvais goût.

Peu d'hommes et peu de femmes savent danser correctement.

Voici la tenue exacte citée par la baronne Staffe:

Le cavalier se place à la gauche de la dame, enlace sa taille avec

l'avant-bras et soutient de sa main gauche la main droite de sa

danseuse, qui appuie légèrement sa main gauche sur l'épaule de son

danseur.

Le bras gauche du cavalier doit être assez étendu pour pouvoir

imprimer instantanément les changements de direction. L'épaule droite

du cavalier doit être constamment perpendiculaire à l'épaule droite de

sa danseuse et le corps de celle-ci ne doit pas se trouver en contact

avec le corps de son cavalier.

Si vous tombez sur un mauvais danseur, faites contre fortune bon cœur

et ne lui donnez pas des conseils d'un ton aigre; la réciproque est

vraie.

Il est bon de s'arrêter de danser lorsque les dernières mesures se

font entendre.

Le cavalier reconduit la dame à sa place, reprend son claque (il en

est qui dansent avec, mais c'est gênant), s'incline, la dame en fait

autant; avant, l'homme remerciait.

Les coiffures extravagantes et les décolletés trop... audacieux sont

de mauvais goût.

L'officier qui danse défait son sabre chaque fois et le dépose _droit_

contre la chaise de sa danseuse.

A propos d'officiers, s'ils portent des gants blancs au bal, comme

tout le monde, ils ne sont plus astreints à cette couleur pour la

ville; ils portent journellement le gant peau de chien ou brique, à

piqûres noires.

Lorsqu'on va dans plusieurs soirées, on doit partir sans jamais

prendre congé des maîtres de maison, qui pourraient être vexés de

votre désertion et tenter de vous retenir.

Les bals ne sont pas toujours suivis de soupers; il y a quelquefois un

buffet qui doit être prêt dès la première heure du bal, quoiqu'il soit

de mauvais ton d'y aller dès le commencement de la soirée.

Maintenant que la mode des buffets est en vogue, on ne sert plus de

rafraîchissements entre les danses.

Pourtant je vais donner quelques indications pour le cas où il n'y

aurait pas de buffet: entre chaque danse, si on veut, ou, au moins,

toutes les trois danses, des domestiques chargés de grands plateaux

avec des verres plats remplis aux _deux tiers_ de sirop de groseille,

de grenadine, orgeat, glaces en coquilles, café glacé, chocolat glacé,

petits fours, fruits confits dans leurs collerettes de papier plissé,

doivent circuler dans le salon.

[Illustration]

_Buffets.--Soupers._

Aussitôt les plateaux passés, d'autres domestiques, chargés de

plateaux vides, recueillent verres, coquilles, petites cuillers;

jamais, au grand jamais, ne déposons rien sur un meuble; dans le cas

où vous auriez omis de remettre sur le plateau, il se trouvera

toujours un homme bien élevé pour vous débarrasser de ce qui vous

gêne.

La question des godets de papier contenant des fruits glacés, des

noyaux et des queues a été débattue et, tout dernièrement, d'une façon

charmante par Marie-Anne de Bovet. On sait donc qu'il ne faut pas

avaler les noyaux, ni les jeter subrepticement derrière sa chaise ou

derrière un meuble, ni les mettre dans sa poche, mais bien les

enfermer dans leur enveloppe de papier et déposer le tout sur le

plateau.

Oui, mais si le plateau a passé?

Dans ce cas, messieurs, mettez le corps du délit dans votre poche de

gilet et vous, mesdames, dans un coin de votre mouchoir de poche.

Les verres à sirop sont toujours en cristal uni; les verres à pied ne

sont de mise que pour le punch ou le vin chaud qu'on sert vers une

heure du matin; lorsqu'il n'y a pas de buffet, on sert des tasses de

chocolat chaud, de consommé chaud et froid, vers deux heures du matin;

on peut aussi servir des verres de vin de Bordeaux et des coupes de

Champagne; mais cela est facultatif, ainsi que les sandwichs.

Le buffet doit être très copieusement garni.

Comme il est fort difficile d'organiser un buffet pour un bal, qu'il

faut beaucoup de matériel, des tables à tréteaux, des montants, etc.,

etc., j'engage à s'adresser à une maison de _premier ordre_ pour ce

soin; je dis de _premier ordre_ car, pour une minime différence de

prix, vous risquez d'avoir des fournitures peu fraîches et des vins de

qualité très inférieure.

Les domestiques doivent être debout derrière la table.

Il faut placer un paravent derrière les serveurs; ce paravent

dissimule une table où on envoie vivement la vaisselle sale, les

détritus; on doit laver promptement la vaisselle et lui faire

reprendre sa place; ainsi le buffet n'a pas trop l'aspect d'une ville

mise à sac.

La décoration du buffet est faite par des fleurs et de belles grasses

pièces, galantine, jambon, filet froid, volaille, fruits.

On invente tous les ans d'exquises choses qui sont les bienvenues dans

les buffets: ortolan froid, pris dans de la gelée; coquilles de

homard; bouchées aux crevettes; pâté de saumon; truffes au vin de

Champagne, servies dans de mignonnes coquilles en argent, sandwichs au

jambon, au foie gras, vins de toutes espèces, glaces, sorbets, punch,

bouillon, etc., etc.

Le maître de maison et ses aides de camp doivent conduire tour à tour

les dames au buffet; celles qui dansent y sont menées par leurs

danseurs; il faut veiller aux timides et s'arranger pour qu'elles

aient leur tour.

On ne doit pas conduire sa sœur, ou sa femme au buffet; encore moins,

si on est venu nombreux, s'y rendre en famille. Lorsqu'on fait un

souper par petites tables, sauf celles présidées par le maître et la

maîtresse de la maison et où ils invitent les personnes auxquelles ils

tiennent à faire honneur, chacun se place comme il l'entend.

Le souper doit être court; les danseurs grillent de retourner à la

salle de bal et les personnes qui désirent se retirer verraient d'un

mauvais œil se prolonger le repas.

Sauf le potage (toujours du bouillon), qui est chaud, tous les mets

sont froids: filet de bœuf, volaille, galantine, jambon, pâté de foie

gras, salade de légumes, ananas, fruits, Bordeaux, tisane de

Champagne.

Après le souper, les personnes qui désirent partir, reparaissent au

salon un instant et s'éclipsent pendant le brouhaha de la première

danse.

[Illustration]

_Le cotillon._

Est de rigueur maintenant dans tous les bals et se danse avant ou

après le souper.

Il est de plus en plus aimé des jeunes filles et des femmes parce

qu'il sert de prétexte à distribution d'objets plus ou moins coûteux,

plus ou moins luxueux et toutes les femmes adorent emporter quelque

chose.

Si on veut suivre la mode, point n'est besoin d'avoir un cotillon qui

revient à dix mille francs, car on atteint facilement ce chiffre en

offrant aux danseuses des éventails signés de noms de maîtres, des

boîtes à poudre en argent, des pommes d'ombrelles en Saxe, des bijoux,

enfin les mille fantaisies coûteuses que seule une maîtresse de maison

millionnaire peut songer à offrir.

Il est de petits bibelots gentils, pas chers, qui font merveille; des

japonaiseries, des rubans, des fleurs, les différentes fantaisies qui

éclosent ici et là, sous le nom fameux d'«articles de Paris».

Bien des accessoires peuvent se confectionner chez soi et

l'ingéniosité invente des figures absolument charmantes, pour une

minime dépense.

Mais passons d'abord en revue ce qui s'achète.

=La troïka.=--Est une branche d'arbre qui rappelle le célèbre attelage

russe. Cette branche est ornée de fleurs et de rubans; à ses

extrémités se trouvent deux rubans avec un anneau doré au bout: trois

dames s'attellent à la troïka, que tient la dame du milieu. Les deux

autres tiennent les rubans. Un grand ruban est passé autour de la

taille de la dame du milieu et les extrémités en sont tenues par le

cavalier qui conduit l'attelage. La dame conductrice guide trois

cavaliers attelés de la même façon à une autre troïka. On donne des

colliers aux dames, des flots de rubans aux messieurs. Les deux

attelages font le tour de la salle en sens inverse; au signal donné

par le cavalier conducteur, la course s'arrête et chacune des dames

danse avec le cavalier qui se trouve en face d'elle.

=Le portique.=--Sous un portique orné de roses et de rubans, on

attache une clochette et un petit panier rempli de pétales de roses;

deux rubans qui correspondent à la clochette et au panier sont tenus

par une dame qui, à sa volonté, fait sonner la clochette ou basculer

le panier qui laisse tomber une pluie de fleurs; dans ce cas le

cavalier ne danse pas.

=Les tambourins.=--Le cavalier conducteur et la dame conductrice

distribuent des tambourins ornés de différentes couleurs. Au signal

donné, les dames dansent avec le cavalier portant leurs couleurs.

=Le sistre.=--Le sistre est distribué par les messieurs aux dames de

leur choix; il accompagne l'orchestre d'un charmant bruit de grelots

et de clochettes.

=Le diable au corps.=--On place deux cavaliers et une dame au milieu

du salon. Les deux diables sont passés au cou des deux messieurs:

celui des deux messieurs qui s'en débarrasse le premier en le

détachant du mousqueton, le jette ou le passe à un autre cavalier et

danse avec la dame.

=Le secret de Polichinelle.=--On renferme douze beaux hochets ornés de

têtes de polichinelle de couleurs différentes dans une grosse tête de

polichinelle montée sur un pied; douze autres petites têtes de

couleurs semblables aux premières sont mises dans la grande collerette

de Polichinelle; le cavalier conducteur distribue les hochets aux

messieurs; douze dames viennent prendre chacune une petite tête et

dansent avec le cavalier qui a le hochet correspondant.

=Les fleurs ou le parterre.=--De grandes branches de fleurs,

différentes, sont placées au milieu du salon sur un parterre portatif;

on distribue de petits écrans représentant les mêmes fleurs aux

messieurs, qui choisissent chacun une danseuse et la conduisent au

parterre où elle arrache la branche de fleurs correspondante.

=Aïda.=--On présente un gigantesque écran en plumes de paons, posé sur

un beau pied; les grandes plumes ornées de nœuds de satin différents

sont distribuées aux messieurs; douze petits écrans en plumes et ornés

de nœuds semblables sont distribués aux dames; on range les messieurs

sur une ligne, les dames défilent devant eux et s'arrêtent devant le

cavalier aux nœuds correspondants.

Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre · 第 7 / 17 段