coquetterie, du flirt, nous avons bien tort; dans ces réunions,
l'homme s'évanouit, le chasseur reste et voit, souvent d'un mauvais
œil, une femme qui manie un fusil. Habillons-nous avec des bottines
lacées, bien montantes, la culotte de zouave, et, par-dessus, la jupe
plissée, veste courte et lâche, chapeau de feutre, pas de gants; si
nous avons du coup d'œil et si nous sommes bonnes marcheuses, nous
pourrons suivre sans faire gronder les chasseurs du sexe fort.
_Les repas de funérailles._
Ont encore lieu à la campagne et c'est naturel; les gens sont venus
souvent de plusieurs lieues à la ronde, pour rendre les derniers
devoirs à un des vôtres; il est donc du plus élémentaire savoir-vivre
de penser au bien-être de ses hôtes.
On n'est pas forcé, lorsqu'on est proche parent du défunt, d'assister
à de tels repas; un ami ou une amie vous remplace.
Très simple doit être le menu: potage, viandes froides, charcuterie,
vin ordinaire.
_Les banquets._
La table est en fer à cheval, en patte d'écrevisse, en T; le président
est au milieu.
Voici un extrait du protocole:
Roi ou président.
Princes du sang ou sénateurs et députés.
Cardinaux.
Ministres.
Grands-officiers.
Conseillers d'État.
Grands-officiers de la Légion d'honneur.
Généraux de division.
Présidents de cours d'appel.
Archevêques.
Préfets.
Présidents de cours d'assises.
Généraux de brigade.
Évêques.
Sous-préfets.
Présidents de tribunaux de première instance.
Présidents de tribunaux de commerce.
Maires.
Commandants d'armée.
Commandants de Consistoire.
Les titres des personnages sont mis sur leurs cartes.
Monsieur le ministre de l'Intérieur
S. E. l'ambassadeur
S. M. la reine d'Angleterre
Il est presque toujours indispensable de s'adresser, pour
l'organisation d'un banquet, aux fournisseurs «spécialistes».
[Illustration]
_Les vieilles coutumes françaises._
Sont la santé, la chanson, la philippine et le «trinquage».
Commençons par ce dernier, qui est de plus en plus condamné.
Pourtant, si le verre vous était tendu, n'hésitez pas, sinon à le
choquer mais à le toucher avec le vôtre en vous inclinant
gracieusement. On peut encore dire, en levant son verre: Je bois à la
santé de madame ou de monsieur un tel, en s'inclinant; en ce cas les
convives lèvent leurs verres et le vident; les femmes peuvent se
contenter d'y tremper leurs lèvres. Le maître de la maison répond par
une phrase dans le genre de celle-ci: «Et moi je bois à vous tous, mes
chers amis». Lorsqu'on «toaste», coutume anglaise implantée en France,
c'est le maître de la maison qui prend l'initiative, à moins qu'on ne
soit réuni chez lui pour sa fête ou pour un anniversaire; alors c'est
généralement le convive le plus qualifié ou le plus âgé qui porte le
toast. Les femmes ne doivent jamais toaster.
A une noce, lorsqu'on porte la santé des jeunes époux, ils ne doivent
pas répondre, l'émotion peut les en empêcher; c'est le père de l'un ou
de l'autre qui prend leur place. On ne se lève plus pour porter un
toast, si ce n'est dans les banquets officiels ou dans les réunions
ouvrières.
Alors, ce n'est plus un toast mais un discours, et, nous vous en
prions, méfiez-vous de la longueur, ayez pitié des pauvres gens qui
vous écoutent!
Voici dans quelles circonstances on peut toaster:
A une pendaison de crémaillère: l'amphitryon porte la santé de ses
hôtes et leur dit qu'il espère bien les voir souvent dans sa nouvelle
demeure;
A un anniversaire de mariage; ce sont les invités qui toastent; le
mari doit répondre en termes émus;
Au sujet d'une décoration, d'un avancement, d'une promotion, un
convive éminent porte un toast: l'heureux personnage doit répondre en
termes flattés;
A un mariage: j'ai déjà dit que le jeune époux s'abstenait;
A un baptême: le baby ne répond généralement pas, si ce n'est par des
cris, et l'auteur de ses jours prend la parole en phrases attendries.
La philippine n'a plus cours que dans la très grande intimité; elle
amenait un présent obligatoire et une familiarité déplacée.
Donc, ne «philippinons» pas, sauf avec les très jeunes gens des deux
sexes; un bouquet est alors le seul cadeau qu'on peut offrir ou
accepter.
[Illustration]
_Les déjeuners._
Le déjeuner n'est jamais un repas de cérémonie, sauf quand il s'agit
d'un déjeuner de noce ou de baptême; en ce cas, c'est un déjeuner
dînatoire, puisque le potage y figure.
Les déjeuners sont à éviter, ils coupent la journée; mais cela dépend
des occupations qu'on a.
Les hommes viennent en costume ordinaire; les femmes en toilette de
ville; la robe d'intérieur élégante peut être la mise de la maîtresse
de maison, jamais la simple robe de chambre.
Le potage est remplacé par les huîtres ou par toute une gamme de
hors-d'œuvre.
Les biftecks, côtelettes, viandes froides, pâtés, œufs sous toutes
les formes, poissons frits, fromage, gâteaux secs, fruits sont les
éléments d'un déjeuner; on évite les plats à sauce, les gros rôtis,
les glaces et pourtant, quand on veut faire un petit gala, on a
recours à ces diverses choses; du reste, la fantaisie est admise.
On peut prendre le café à table ainsi que les liqueurs.
[Illustration]
_Les bals._
Encore quelque chose de terriblement difficile pour les maîtresses de
maison qui ne disposent ni d'un hôtel, ni d'un très grand appartement.
Il faut d'abord une véritable débauche de lumières; puis beaucoup de
glaces reflétant les lumières, les doublant.
De même pour les fleurs ou plutôt les plantes vertes; mettons-les en
profusion; surtout des palmiers, avec leurs larges feuilles en
éventail qui font si bien ressortir le damas d'une tenture, la
blancheur esthétique d'une statue de marbre, la sévérité grandiose
d'un bronze, le coloris d'un tableau ou le ton doucement ocré d'une
terre cuite.
Une maîtresse de maison un peu artiste doit savoir organiser des
coins, des retraits avec des palmiers.
Les fleurs, orchidées surtout, puisque c'est la mode, doivent garnir
les vases, les potiches.
Je conseille une pièce peu éclairée, où les personnes lassées du bruit
et de la lumière pourront venir se reposer.
Dans une chambre ou dans un petit salon sont disposées des tables de
jeux, avec des cartes, des jetons, des marques, de petits bouts de
table avec bougies allumées et casquées de mignons abat-jour roses ou
verts; des boîtes de cigares ouvertes, des allumettes, des cigarettes
et des pastilles cachou doivent être placées sur un meuble.
Si la salle de jeu est une chambre à coucher, mettez un paravent
devant le lit; c'est plus convenable et plus joli.
Les cartes d'invitation sont lancées au moins quinze jours avant, car
il faut penser aux toilettes que les dames peuvent avoir à préparer,
et deux semaines ne sont pas de trop pour mettre au point la robe de
bal qui est toujours assez compliquée, sinon par elle-même du moins
par ses accessoires.
_Modèle d'une carte d'invitation à un bal._
Monsieur et Madame Alfred V.... prient Monsieur et Madame X. de
leur faire l'honneur de passer avec eux la soirée du lundi 29
mars.
On dansera.
22, rue Saint-Marc.
Une carte de visite doit être aussitôt renvoyée; c'est l'accusé de
réception et le remerciement.
Inutile de prévenir d'un refus; ce n'est pas comme pour un dîner, les
préparatifs sont les mêmes et peu importe l'absence de quelques
personnes de plus. Quelquefois, au dernier moment, on se trouve libre
et si on avait refusé il n'y aurait plus moyen de revenir sur sa
décision.
Lorsqu'on a assisté au bal, on doit renvoyer une carte huit jours
après, puis faire une visite (les hommes n'y sont pas tenus);
avez-vous refusé, il est de bon goût de faire une visite explicative à
la maîtresse de la maison si on est assez lié pour cela; sinon, on
s'abstient.
La toilette de la maîtresse de la maison peut être jolie, mais elle ne
doit pas mettre toutes voiles dehors, afin de ne pas éclipser ses
invitées qui, quelquefois, pourraient lui en savoir mauvais gré: on a
vu des haines de femmes éclore à propos d'un chapeau.
Le grand décolleté, le demi-décolleté, même l'entre-bâillement discret
sont permis dans un bal; la règle n'est plus inflexible comme il y a
quelques années et les personnes souffreteuses peuvent, sans manquer
au savoir-vivre, aller au bal dans une toilette demi-montante.
Les jeunes filles renoncent aux robes de tulle et de tarlatane;
c'était joli, flou, mais cela durait l'espace d'une nuit et, les
façons coûtant cher, la génération actuelle, plus pratique, prend de
léger taffetas, de la bengaline, de la gaze de soie, même du crépon de
laine, qui peut fournir plus d'un bal.
La robe d'une entière blancheur a fait place, elle aussi, à toutes les
teintes délicieusement fausses qui sont en vogue, et les jeunes filles
sont habillées comme les jeunes femmes, sauf le décolleté plus modeste
et l'absence de bijoux.
Les gants doivent toujours être très longs, montant au-dessus du
coude; je préfère les teintes rosées, biscuit, gris clair, au gant
blanc.
La petite palatine de satin piqué ornée de cygne ne se porte plus; on
a tout simplement une gaze, une mantille, qu'on peut jeter sur ses
épaules.
En fait d'accessoires, la femme n'a plus que l'éventail, le mouchoir
et le carnet de bal.
La sortie de bal se laisse au vestiaire.
La toilette des hommes est toujours la même: habit noir, pantalon
noir, gilet noir à cœur, cravate blanche, souliers vernis, gants
blancs, les seuls dont le corsage des dames n'a pas à redouter le
contact. Dans le grand monde, on arbore la culotte courte, les bas de
soie noirs, l'escarpin, l'habit rouge et même, suprême fantaisie,
l'habit en soie glacée, gorge-de-pigeon.
C'est fort joli dans un certain milieu.
Les bals sont généralement indiqués pour dix heures et demie ou onze
heures; on doit être «paré», comme on dit en style maritime, une
demi-heure avant.
Il ne faut pas arriver trop tôt pour voir «allumer les chandelles»;
pas trop tard non plus.
Je n'engagerai jamais les maîtres de maison désireux d'avoir foule
dans leurs salons à donner des invitations en blanc; sait-on qui peut
venir?
Les jeunes femmes ne vont pas seules au bal; il leur faut mari, père,
frère, ami de la famille ou dame sérieuse comme chaperon; pourtant,
une personne n'ayant nul tenant aurait grand tort de se priver d'un
plaisir; elle n'a qu'à arriver des premières et à se placer près de
quelqu'un de connaissance ou près d'une personne avec laquelle la
maîtresse de maison la mettra en rapport.
Les maîtres de maison s'occupent de placer les premiers arrivants;
ensuite, c'est un peu au gré de la fantaisie.
Règle générale, les femmes sont assises dans un bal, les hommes
jamais.
Un des grands soucis pour des personnes donnant un bal, c'est de
réunir le nombre de danseurs, _dansant_, nécessaire.
Pour ce, ils sont forcés de se montrer éclectiques.
La maîtresse de maison doit peu danser; il faut qu'elle s'occupe de
mettre tout le monde en train, de chercher les danseurs pour les trop
obstinément délaissées.
Autant que possible, l'orchestre doit être installé sur une estrade
avec des plantes vertes le dissimulant.
Une remarque. On doit faire distribuer fréquemment des
rafraîchissements aux musiciens, mais pas de liqueurs; à la fin du
bal, on les fait souper ou, s'il n'y a pas de souper, on leur sert du
bouillon, du Bordeaux, du Champagne.
Pour l'organisation d'un orchestre, on peut s'adresser à des facteurs
de pianos, à des marchands de musique; ils vous procureront un
personnel très convenable.
Les invités doivent adresser leur première invitation à la maîtresse
du logis et à ses filles.
Les jeunes filles en entrant au bal marchent seules derrière leur
mère, qui est au bras du maître de la maison ou d'un de ses aides de
camp; elles donnent le bras à leur père, à leur frère ou à l'ami qui
les accompagne.
Les jeunes filles s'asseyent devant ou près de leur mère ou de la dame
qui leur sert de chaperon; un homme veuf conduisant sa fille au bal
doit la mener de suite près d'une personne âgée de leur connaissance.
La jeune fille doit danser dans le salon où est la personne qui
l'accompagne; de même, au souper, elle doit être placée non loin.
L'usage américain qui veut que la jeunesse ait son salon pour elle
seule, soupe seule, a de grands inconvénients et, si j'avais une
fille, je ne le permettrais certes pas.
Un homme doit éviter d'ordinaire de faire danser trop souvent la même
personne.
Pour inviter à danser, le cavalier salue la dame et lui dit, à voix
basse, ces mots sacramentels: «Madame--ou Mademoiselle,--voulez-vous
me faire l'honneur de m'accorder ce quadrille,--ou de danser cette
valse avec moi?»
Celui qui emploierait le mot plaisir en place de celui d'honneur
serait peu correct.
Lorsque la femme accepte, elle s'incline et dit:
«Volontiers--oui,--avec plaisir», également à voix basse; ses phrases
sont devinées plutôt qu'entendues.
Consulter longuement son carnet de bal serait incivil.
Pour refuser, on dit simplement: «Merci, je suis invitée».
Lorsqu'on refuse de danser avec quelqu'un pour une raison ou pour une
autre, on doit rester à sa place.
Si on veut se ménager d'accorder la danse suivante, il ne faut pas
déclarer «qu'on ne danse plus», mais dire: «Je vous remercie, je
désire me reposer un moment».
Le cavalier n'insiste pas; il peut se représenter plus tard, mais si
on le refuse de nouveau, il doit s'abstenir.
Dans le cas où deux messieurs réclameraient leurs droits en même temps
et paraîtraient disposés à tourner à l'aigre, il faut que la danseuse
ait l'esprit de mettre les deux parties d'accord.
Si une dame vous refuse, n'invitez pas de suite sa voisine directe.
Dans un bal, les hommes vont saluer les dames qu'ils connaissent;
s'il y a une chaise libre à côté, ils peuvent s'y asseoir un
_instant_; ne jamais rester devant une femme, debout, à causer; cela
la masque ainsi que ses voisines et peut les empêcher d'être invitées
à danser.
Lorsqu'on a invité une personne pour un quadrille, on prend pour le
vis-à-vis le premier couple qu'on voit en quête de partenaires.
Parler en dansant la valse est non seulement difficile, mais de
mauvais goût.
Peu d'hommes et peu de femmes savent danser correctement.
Voici la tenue exacte citée par la baronne Staffe:
Le cavalier se place à la gauche de la dame, enlace sa taille avec
l'avant-bras et soutient de sa main gauche la main droite de sa
danseuse, qui appuie légèrement sa main gauche sur l'épaule de son
danseur.
Le bras gauche du cavalier doit être assez étendu pour pouvoir
imprimer instantanément les changements de direction. L'épaule droite
du cavalier doit être constamment perpendiculaire à l'épaule droite de
sa danseuse et le corps de celle-ci ne doit pas se trouver en contact
avec le corps de son cavalier.
Si vous tombez sur un mauvais danseur, faites contre fortune bon cœur
et ne lui donnez pas des conseils d'un ton aigre; la réciproque est
vraie.
Il est bon de s'arrêter de danser lorsque les dernières mesures se
font entendre.
Le cavalier reconduit la dame à sa place, reprend son claque (il en
est qui dansent avec, mais c'est gênant), s'incline, la dame en fait
autant; avant, l'homme remerciait.
Les coiffures extravagantes et les décolletés trop... audacieux sont
de mauvais goût.
L'officier qui danse défait son sabre chaque fois et le dépose _droit_
contre la chaise de sa danseuse.
A propos d'officiers, s'ils portent des gants blancs au bal, comme
tout le monde, ils ne sont plus astreints à cette couleur pour la
ville; ils portent journellement le gant peau de chien ou brique, à
piqûres noires.
Lorsqu'on va dans plusieurs soirées, on doit partir sans jamais
prendre congé des maîtres de maison, qui pourraient être vexés de
votre désertion et tenter de vous retenir.
Les bals ne sont pas toujours suivis de soupers; il y a quelquefois un
buffet qui doit être prêt dès la première heure du bal, quoiqu'il soit
de mauvais ton d'y aller dès le commencement de la soirée.
Maintenant que la mode des buffets est en vogue, on ne sert plus de
rafraîchissements entre les danses.
Pourtant je vais donner quelques indications pour le cas où il n'y
aurait pas de buffet: entre chaque danse, si on veut, ou, au moins,
toutes les trois danses, des domestiques chargés de grands plateaux
avec des verres plats remplis aux _deux tiers_ de sirop de groseille,
de grenadine, orgeat, glaces en coquilles, café glacé, chocolat glacé,
petits fours, fruits confits dans leurs collerettes de papier plissé,
doivent circuler dans le salon.
[Illustration]
_Buffets.--Soupers._
Aussitôt les plateaux passés, d'autres domestiques, chargés de
plateaux vides, recueillent verres, coquilles, petites cuillers;
jamais, au grand jamais, ne déposons rien sur un meuble; dans le cas
où vous auriez omis de remettre sur le plateau, il se trouvera
toujours un homme bien élevé pour vous débarrasser de ce qui vous
gêne.
La question des godets de papier contenant des fruits glacés, des
noyaux et des queues a été débattue et, tout dernièrement, d'une façon
charmante par Marie-Anne de Bovet. On sait donc qu'il ne faut pas
avaler les noyaux, ni les jeter subrepticement derrière sa chaise ou
derrière un meuble, ni les mettre dans sa poche, mais bien les
enfermer dans leur enveloppe de papier et déposer le tout sur le
plateau.
Oui, mais si le plateau a passé?
Dans ce cas, messieurs, mettez le corps du délit dans votre poche de
gilet et vous, mesdames, dans un coin de votre mouchoir de poche.
Les verres à sirop sont toujours en cristal uni; les verres à pied ne
sont de mise que pour le punch ou le vin chaud qu'on sert vers une
heure du matin; lorsqu'il n'y a pas de buffet, on sert des tasses de
chocolat chaud, de consommé chaud et froid, vers deux heures du matin;
on peut aussi servir des verres de vin de Bordeaux et des coupes de
Champagne; mais cela est facultatif, ainsi que les sandwichs.
Le buffet doit être très copieusement garni.
Comme il est fort difficile d'organiser un buffet pour un bal, qu'il
faut beaucoup de matériel, des tables à tréteaux, des montants, etc.,
etc., j'engage à s'adresser à une maison de _premier ordre_ pour ce
soin; je dis de _premier ordre_ car, pour une minime différence de
prix, vous risquez d'avoir des fournitures peu fraîches et des vins de
qualité très inférieure.
Les domestiques doivent être debout derrière la table.
Il faut placer un paravent derrière les serveurs; ce paravent
dissimule une table où on envoie vivement la vaisselle sale, les
détritus; on doit laver promptement la vaisselle et lui faire
reprendre sa place; ainsi le buffet n'a pas trop l'aspect d'une ville
mise à sac.
La décoration du buffet est faite par des fleurs et de belles grasses
pièces, galantine, jambon, filet froid, volaille, fruits.
On invente tous les ans d'exquises choses qui sont les bienvenues dans
les buffets: ortolan froid, pris dans de la gelée; coquilles de
homard; bouchées aux crevettes; pâté de saumon; truffes au vin de
Champagne, servies dans de mignonnes coquilles en argent, sandwichs au
jambon, au foie gras, vins de toutes espèces, glaces, sorbets, punch,
bouillon, etc., etc.
Le maître de maison et ses aides de camp doivent conduire tour à tour
les dames au buffet; celles qui dansent y sont menées par leurs
danseurs; il faut veiller aux timides et s'arranger pour qu'elles
aient leur tour.
On ne doit pas conduire sa sœur, ou sa femme au buffet; encore moins,
si on est venu nombreux, s'y rendre en famille. Lorsqu'on fait un
souper par petites tables, sauf celles présidées par le maître et la
maîtresse de la maison et où ils invitent les personnes auxquelles ils
tiennent à faire honneur, chacun se place comme il l'entend.
Le souper doit être court; les danseurs grillent de retourner à la
salle de bal et les personnes qui désirent se retirer verraient d'un
mauvais œil se prolonger le repas.
Sauf le potage (toujours du bouillon), qui est chaud, tous les mets
sont froids: filet de bœuf, volaille, galantine, jambon, pâté de foie
gras, salade de légumes, ananas, fruits, Bordeaux, tisane de
Champagne.
Après le souper, les personnes qui désirent partir, reparaissent au
salon un instant et s'éclipsent pendant le brouhaha de la première
danse.
[Illustration]
_Le cotillon._
Est de rigueur maintenant dans tous les bals et se danse avant ou
après le souper.
Il est de plus en plus aimé des jeunes filles et des femmes parce
qu'il sert de prétexte à distribution d'objets plus ou moins coûteux,
plus ou moins luxueux et toutes les femmes adorent emporter quelque
chose.
Si on veut suivre la mode, point n'est besoin d'avoir un cotillon qui
revient à dix mille francs, car on atteint facilement ce chiffre en
offrant aux danseuses des éventails signés de noms de maîtres, des
boîtes à poudre en argent, des pommes d'ombrelles en Saxe, des bijoux,
enfin les mille fantaisies coûteuses que seule une maîtresse de maison
millionnaire peut songer à offrir.
Il est de petits bibelots gentils, pas chers, qui font merveille; des
japonaiseries, des rubans, des fleurs, les différentes fantaisies qui
éclosent ici et là, sous le nom fameux d'«articles de Paris».
Bien des accessoires peuvent se confectionner chez soi et
l'ingéniosité invente des figures absolument charmantes, pour une
minime dépense.
Mais passons d'abord en revue ce qui s'achète.
=La troïka.=--Est une branche d'arbre qui rappelle le célèbre attelage
russe. Cette branche est ornée de fleurs et de rubans; à ses
extrémités se trouvent deux rubans avec un anneau doré au bout: trois
dames s'attellent à la troïka, que tient la dame du milieu. Les deux
autres tiennent les rubans. Un grand ruban est passé autour de la
taille de la dame du milieu et les extrémités en sont tenues par le
cavalier qui conduit l'attelage. La dame conductrice guide trois
cavaliers attelés de la même façon à une autre troïka. On donne des
colliers aux dames, des flots de rubans aux messieurs. Les deux
attelages font le tour de la salle en sens inverse; au signal donné
par le cavalier conducteur, la course s'arrête et chacune des dames
danse avec le cavalier qui se trouve en face d'elle.
=Le portique.=--Sous un portique orné de roses et de rubans, on
attache une clochette et un petit panier rempli de pétales de roses;
deux rubans qui correspondent à la clochette et au panier sont tenus
par une dame qui, à sa volonté, fait sonner la clochette ou basculer
le panier qui laisse tomber une pluie de fleurs; dans ce cas le
cavalier ne danse pas.
=Les tambourins.=--Le cavalier conducteur et la dame conductrice
distribuent des tambourins ornés de différentes couleurs. Au signal
donné, les dames dansent avec le cavalier portant leurs couleurs.
=Le sistre.=--Le sistre est distribué par les messieurs aux dames de
leur choix; il accompagne l'orchestre d'un charmant bruit de grelots
et de clochettes.
=Le diable au corps.=--On place deux cavaliers et une dame au milieu
du salon. Les deux diables sont passés au cou des deux messieurs:
celui des deux messieurs qui s'en débarrasse le premier en le
détachant du mousqueton, le jette ou le passe à un autre cavalier et
danse avec la dame.
=Le secret de Polichinelle.=--On renferme douze beaux hochets ornés de
têtes de polichinelle de couleurs différentes dans une grosse tête de
polichinelle montée sur un pied; douze autres petites têtes de
couleurs semblables aux premières sont mises dans la grande collerette
de Polichinelle; le cavalier conducteur distribue les hochets aux
messieurs; douze dames viennent prendre chacune une petite tête et
dansent avec le cavalier qui a le hochet correspondant.
=Les fleurs ou le parterre.=--De grandes branches de fleurs,
différentes, sont placées au milieu du salon sur un parterre portatif;
on distribue de petits écrans représentant les mêmes fleurs aux
messieurs, qui choisissent chacun une danseuse et la conduisent au
parterre où elle arrache la branche de fleurs correspondante.
=Aïda.=--On présente un gigantesque écran en plumes de paons, posé sur
un beau pied; les grandes plumes ornées de nœuds de satin différents
sont distribuées aux messieurs; douze petits écrans en plumes et ornés
de nœuds semblables sont distribués aux dames; on range les messieurs
sur une ligne, les dames défilent devant eux et s'arrêtent devant le
cavalier aux nœuds correspondants.