La chambre de celui qui fait l'éducation d'un enfant doit être

contiguë à la sienne.

[Illustration]

_Catéchisme et première Communion._

L'acte important de la jeunesse, celui dont on garde au fond du cœur

le souvenir embaumé. Étape fleurie où, dégagé des limbes de l'enfance,

on risque les premiers pas conscients sur la route de la vie, qu'on

voit alors prismée de rose et de bleu et qui, souvent marâtre, vous

flagelle si cruellement! Mais, au moment de la première communion, on

est heureux et on a coutume de dire: «Le plus beau jour de la vie».

Donc pour ce jour solennel où la petite âme a recouvré la blancheur

baptismale, il faut une fête de famille qui le grave dans l'esprit du

jeune néophyte.

C'est généralement un dîner où on réunit parents et amis; je ne

conseillerai pas de donner une soirée; emmener l'enfant au théâtre

serait de la plus haute inconvenance.

L'entourer de trop de petits camarades est également à éviter; j'ai vu

une fois un enfant, très recueilli le matin, qui, au contact de ses

jeunes camarades, s'était peu à peu dissipé et qui terminait cette

belle journée par un pugilat en règle!

Pareil accident n'est pas à craindre avec les jeunes filles, mais il y

a un autre écueil à éviter, celui de la coquetterie: elles pourraient

faire admirer à leurs amies les présents, les bijoux qu'on leur a

donnés, et l'on en a vu qui essayaient des effets de robe longue!

La première communion se fait, généralement, entre onze et douze ans.

L'instruction du catéchisme est obligatoire pendant deux années, un

an de petit catéchisme, une fois par semaine, un an de grand

catéchisme, deux fois par semaine.

L'acte de baptême est la seule pièce à produire.

On peut avoir _gratuitement_ cet acte à la paroisse où l'enfant a été

baptisé; l'usage veut qu'on donne un franc ou deux à l'employé de la

sacristie, bedeau ou suisse, qui vous le remet.

Si l'enfant fait son éducation chez lui, sa mère ou une personne de

confiance doit le conduire au catéchisme, l'attendre et le ramener;

si, au contraire, l'enfant est au collège ou à la pension, ce sont les

chefs d'institution qui sont chargés de ce soin.

Voici le costume pour un petit garçon:

Une chemise de batiste à plastron uni ou à petits plis.

Cravate lavallière en soie blanche ou nœud tout fait en satin blanc.

Chaussettes de fil ou de soie, blanches, bottines vernies; costume en

fin drap noir, forme veste, ou, si l'enfant est dans un collège ou

dans une institution, l'uniforme de ladite maison.

Brassard en faille ou en moire blanche; gants de peau blancs, chapeau

anglais ou casquette d'uniforme.

La toilette de la petite fille est plus compliquée, pourtant elle ne

doit jamais se départir d'une simplicité élégante.

Chemise, pantalon de batiste avec ou sans nœuds de soie blanche; bas

de soie ou de fil d'Écosse blanc, souliers de satin ou de chevreau

blanc, corset blanc, jupon blanc amidonné un peu raide; robe de

dessous en soie blanche ou en percaline glacée; robe de dessus en

mousseline blanche bien fine; grand ourlet surmonté de cinq, sept,

neuf ou onze petits plis lingerie; corsage tout plissé avec les

manches que réclame la mode ou bien froncé à la vierge, avec les mêmes

manches; ruche de mousseline de soie au cou, aux manches, ceinture

molle en surah, dont on fait le nœud soi-même; petit bonnet de

mousseline à ruche de tulle illusion; voile de mousseline retenu par

de minuscules épingles à tête de perle fine.

Dans certains pays, le voile est remplacé par une couronne de fleurs

blanches qui est cent fois plus jolie, mais il faut se conformer à

l'usage de sa paroisse.

Une aumônière genre «Marguerite de _Faust_» en surah blanc, attachée à

la ceinture, est préférable au petit sac passé au bras, qui embarrasse

et qu'on risque de perdre. Gants de peau blancs, mousquetaires, ne

strangulant pas le poignet; cierge uni. Comme boucles d'oreilles, une

perle vissée à l'oreille.

Garçon et fille ont chacun un chapelet passé au bras gauche, assez

souvent; maintenant ce sont des chapelets en grenat, en lapis-lazuli,

en agate, montés en or ou en argent.

Pour le livre, on se conforme aux usages de la paroisse qui recommande

soit un paroissien, soit un manuel de catéchisme.

Le paroissien est ou en ivoire, ou en nacre, en cuir de Russie ou en

maroquin.

Les communiants offrent à leurs amis des images plus ou moins belles

qu'on nomme «souvenirs de première communion», qu'ils portent

eux-mêmes aux intimes et que leurs parents envoient, sous enveloppe

_cachetée_, aux personnes qui sont en rapports moins directs avec la

famille; celles-ci doivent renvoyer une carte _aux parents_, avec un

mot affectueux pour l'enfant.

Ces images peuvent être en simple papier avec les emblèmes

eucharistiques, en parchemin genre byzantin ou en gélatine avec

derrière les mots suivants: Souvenir de la première communion de......

célébrée le....

On fait aussi des images au revers desquelles sont simplement gravés

des versets de la Bible ou de belles pensées. Il est de bon goût de

faire le lendemain une visite au prêtre qui a préparé l'enfant et de

lui porter un cadeau.

Cet usage n'est nullement de rigueur à Paris.

A la campagne, on ne pourrait y manquer sous aucun prétexte; on peut

offrir un bronze de piété, un volume rare ou même un objet de

mobilier.

Voici une liste de cadeaux qu'on peut offrir à un petit garçon, ou à

une petite fille; j'engage seulement les personnes qui les donnent à

ne les apporter que le lendemain si ce sont des bijoux, afin que le

tic tac de la première montre ou le chatoiement des premiers joyaux

n'éveillent pas dans le cœur des jeunes néophytes des pensées peu en

rapport avec l'acte qu'ils viennent d'accomplir:

--Statuettes en vieil argent, livres de piété, crucifix, porte-monnaie

en écaille, en cuir de Russie ou en maroquin écrasé avec les initiales

entrelacées en or, en argent, ou frappées; comme pour le livre de

messe, le portefeuille assorti.

--Une épingle de cravate en or et perle, une garniture de boutons de

chemise en or mat, une montre, une chaîne, des boucles d'oreilles,

bracelet, rang de perles, bagues; pour les cadeaux plus modestes,

signet avec agneau pascal en argent, petite croix en or émaillé,

médaille avec peinture sur ivoire, bénitier, crayon ou porte-plume en

or, argent ou nickel, dé argent ou or, mouchoir de soie blanche.

Le matin de la première communion, l'enfant doit demander la

bénédiction de ses parents.

On n'invite pas au dîner le prêtre qui a préparé l'enfant; du reste,

si on le faisait, il devrait refuser, car ayant eu tout un troupeau de

petits fidèles, il ne peut faire une exception qui blesserait les

autres.

Il ne doit pas y avoir de soirée après le dîner.

Les visites de première communion doivent se faire dans les trois

jours, l'enfant revêtu de son costume, et la mère en toilette de

cérémonie.

Le père n'est pas forcé, à Paris, de faire ces visites; dans certains

pays, sa présence est obligatoire.

[Illustration]

_Second mariage._

La veuve doit, d'après le code, attendre dix mois révolus avant de

contracter union.

Le veuf peut contracter mariage aussi promptement qu'il le veut;

toutefois s'il n'attend pas six mois au minimum il agit d'une façon

inconvenante.

Le veuf peut entourer sa seconde union du même éclat que la première;

la veuve, au contraire, se remarie toujours avec discrétion.

Une dame veuve qui se remarie ne retire pas sa première alliance; elle

la porte avec la seconde, au même doigt.

La toilette de la veuve qui se remarie consiste en une élégante robe

de ville; à part le rose, on choisit la nuance qui va le mieux au

teint et à l'âge de la personne, avec un chapeau assorti.

Si, pour une raison quelconque, on trouve plus pratique une robe

foncée ou même une robe noire, il sera de bon goût dans ce cas

d'égayer la toilette par un chapeau clair et élégant.

On met quelquefois sur la tête une mantille de dentelle noire ou

blanche, attachée par un piquet de fleurs: cet usage tend à

disparaître de plus en plus.

La toilette de l'homme est la même qu'à un premier mariage.

Lorsqu'une veuve se remarie, il n'est pas d'usage de donner un bal; à

peine une soirée et encore mieux vaut un dîner ou un déjeuner.

_Mariage d'une demoiselle âgée._

Les cérémonies sont les mêmes, mais il y a certains détails de

toilette à observer.

Une demoiselle qui se marie à trente-cinq ou quarante ans s'habille

exactement comme une mariée plus jeune.

Quand on a plus de quarante ans, on met une robe claire et on se

coiffe d'un chapeau assorti dans l'ornement duquel on fait entrer

quelques brins d'oranger.

Dans ce cas, on doit toujours choisir ce qui est le plus en rapport

avec l'air de la personne, et la situation qu'elle occupe.

Lorsque la mariée est un peu âgée, il n'y a pas de demoiselle

d'honneur.

Les réjouissances excessives ne sont pas de mise.

_Les noces d'argent._

Les noces d'argent se célèbrent après vingt-cinq ans de mariage.

C'est une fête de famille des plus touchantes.

On va à la messe en cortège, le mari et la femme se donnant le bras.

La mariée porte une toilette claire et tous ses diamants. Le marié a

la tenue officielle, habit noir, cravate blanche.

Les enfants doivent offrir un cadeau à leurs parents.

Quelquefois il y a un dîner et un bal.

Le père l'ouvre avec sa fille aînée ou la femme de son fils, la mère

avec son fils aîné ou le mari de sa fille.

_Noces d'or._

Le cérémonial est le même.

La mariée porte ordinairement une toilette de nuance violette; elle a

un bouquet de pensées et tous les assistants en ont à leur boutonnière

ainsi que le marié.

Il n'y a généralement qu'un dîner.

[Illustration]

_Dîner de Noces._

Il y a un peu de latitude pour le choix des places et ce n'est plus

forcément que la mariée occupe la place d'honneur auprès de son père

et le marié la place auprès de sa belle-mère.

Une coutume jolie, qui tend à se généraliser, est celle qui met les

jeunes époux l'un près de l'autre et les garçons et les demoiselles

d'honneur près d'eux.

La mariée doit toujours être servie la première.

L'usage des toasts persiste, dans certaines familles; il est à

remarquer que ce sont les parents qui répondent; les mariés se

contentent de lever leurs verres.

Les compliments en vers débités aux jeunes époux, les chansons de

circonstance sont également tombés dans l'oubli, mais il faut toujours

tenir compte des usages locaux. Quelques-uns sont assez touchants.

_Lunch._

L'habitude la plus répandue est maintenant d'offrir un lunch à ses

amis au sortir de la messe de mariage.

Il y a une quinzaine d'années, c'était un déjeuner dînatoire.

Arrivée chez ses parents, la mariée doit distribuer les fleurs de son

bouquet à ses jeunes amies.

Bien entendu, on ne va au lunch que si on a été invité par écrit ou

verbalement; celui qui s'imposerait se montrerait mal élevé.

A moins que le départ des mariés ne soit précipité par l'heure du

train, ils ne doivent se séparer des parents que lorsque le dernier

invité est parti.

Je ne veux pas recommander aux mères de ne pas pleurer; il est

toujours cruel, ce moment de la séparation, elle est terrible cette

heure où l'enfant cesse de vous appartenir.

_Bal de noces._

La mariée ouvre le bal avec l'homme qui occupe la plus haute

situation; le marié agit de même pour sa danseuse.

La seconde danse de la jeune femme appartient à son mari.

C'est la mariée qui envoie inviter ses danseurs.

La mode étant à présent que les mariés ne partent plus en une fuite

éperdue et restent au contraire jusqu'au départ du dernier invité, il

est de bon goût de prendre congé de bonne heure, deux heures du matin

au plus tard.

[Illustration]

_Les voyages de noces._

Il y a quelques années, le bon ton exigeait que les jeunes mariés

partissent immédiatement en voyage, imitant en cela nos voisins

d'outre-Manche qui s'en vont, sitôt la cérémonie terminée, sous une

grêle de riz et de souliers de satin blanc.

Aujourd'hui, plus sages et plus pratiques, les mariés s'en vont tout

simplement chez eux et font leur voyage de noces un mois ou six

semaines plus tard.

Je sais qu'il est des partisans du départ précipité qui disent que

l'intimité vient plus vite en voyage.

Possible. Mais à côté de cela que d'inconvénients!

N'y a-t-il pas une sorte de barbarie dans cet acte d'enlever ainsi

brusquement une jeune fille, souvent presque une enfant, à son milieu,

à ses habitudes?

L'affection des époux se trouvera-t-elle augmentée par les

désagréments forcés des voyages?

Je ne le crois pas et j'estime que les premiers moments de tête-à-tête

avec son époux, c'est-à-dire avec un étranger qu'on connaît

d'ordinaire depuis quelques mois seulement, doivent se passer dans le

«home» et qu'il est doux pour la jeune femme de pouvoir aller, dès le

lendemain, embrasser ses parents.

Si le mari a du tact, il préviendra ce désir.

On lui saura gré de cette attention.

Lorsqu'on part en voyage de noces pour visiter, par exemple, des

parents âgés qui n'ont pu assister à la cérémonie, on doit éviter

l'air «jeunes mariés»; ne pas se tenir la main, ne pas se regarder

dans le blanc des yeux, en un mot ne pas attirer l'attention sur soi

par des démonstrations de tendresse bonnes pour le huis-clos.

L'homme pour voyager portera un costume complet, un chapeau mou, des

gants brique; la jeune femme un costume de lainage beige, un petit

chapeau de feutre (que ce soit l'été ou l'hiver, on le porte de même),

un voile de gaze blanche formant tour de cou, des gants clairs,

puisque c'est la mode.

Que dans sa joie d'être _Madame_ elle ne porte pas de diamants et

surtout qu'elle ne juge pas bon de prendre des allures évaporées qui

donneraient triste opinion d'elle au futur compagnon de sa vie.

Je recommanderai aux jeunes filles de ne pas se mettre de suite en

familiarité avec leur mari; qu'elles «tâtent» un peu son caractère et

qu'elles fassent bien attention de ne pas lui faire mille confidences

de linotte qu'il jugera adorables les premiers jours et assommantes

après.

Le tutoiement est général entre époux; mais ce que je préfère c'est la

coutume mixte qui réserve le _vous_ cérémonieux devant les étrangers

et le doux _tu_ pour l'intimité.

[Illustration]

_Les visites de noces._

Les visites de noces se font quinze jours après le mariage, si on ne

va pas en voyage; au retour, seulement, si le jeune couple est parti.

Le mari va seul chez ses amis célibataires.

La toilette de cérémonie est de rigueur.

Ces visites durent à peine quelques minutes; c'est en somme une

présentation du nouveau membre de la famille aux amis et

connaissances.

Il est bien entendu que les jeunes gens ont écrit pour remercier les

personnes leur ayant envoyé un présent; mais cela ne les dispense

nullement de leur faire une visite de noces.

C'est au cours de ces visites généralement que les personnes font

leurs invitations aux jeunes mariés, soit pour un dîner, soit pour un

bal, donné en leur honneur; on appelle cela «le rendu de noces» et les

nouveaux mariés y occupent la place d'honneur.

La visite est rendue dans la quinzaine.

Si on ne désire pas entrer en relations avec le jeune couple, on se

contente d'envoyer sa carte.

[Illustration]

_Les invitations à dîner.--Les repas._

Ces invitations se doivent envoyer huit jours à l'avance ou être

faites de vive voix dans ce même laps de temps.

Je préfère l'invitation écrite, qui permet de refuser par lettre et

non soi-même, ce qui est toujours désagréable.

Je sais des personnes qui, pour éviter cet ennui, acceptent toujours

les invitations, se réservant d'écrire la veille ou le jour même, qu'

«une circonstance imprévue», etc., les empêche de se rendre à

l'aimable invitation, ou mieux encore envoient au dernier moment un

petit bleu. Rien de plus désagréable pour la maîtresse de la maison

qui est forcée de remanier l'ordonnance de sa table, de défaire le

couvert, de changer la place des convives.

On doit répondre dans les trois jours qui suivent l'invitation.

Le silence équivaut à un consentement. Qui ne dit mot....

Entre amis intimes et avec un célibataire, les cérémonies ne sont pas

nécessaires et on peut fort bien inviter la veille pour le lendemain,

le jour même, à la rigueur.

Nulle raison de se montrer froissé, si on est invité au dernier moment

pour parer à une défection.

Si on apprend qu'une ou qu'un de nos invités a un parent, un hôte de

passage chez lui, on doit l'inviter également, même si on ne le

connaît pas.

L'on n'invite jamais une dame seule à un dîner d'hommes.

Si on a à dîner une seule femme, avec son mari, et que le reste des

convives appartienne au sexe fort, il est d'usage de faire prendre à

cette dame la place de la maîtresse de la maison.

Cette invitation jadis n'était point admise; mais avec les idées plus

larges et plus intelligentes de nos jours, il n'y a pas de célibataire

qui ne réunisse à sa table ses amis mariés, avec leurs femmes.

Je trouve cela très bien; car inviter seulement et régulièrement le

mari, c'était condamner madame à rester au logis et exposer le pauvre

homme à s'entendre reprocher maintes fois «ces dîners d'hommes, où on

ne sait jamais ce qui se passe».

On n'invite _jamais_ les enfants et les très jeunes gens aux dîners

tant soit peu cérémonieux.

Disons en passant que, même si on n'accepte pas l'invitation à un

dîner, on doit une visite dans les huit jours; c'est une règle peu

observée, malheureusement.

Les invitations se divisent donc en cinq catégories.

1º Les invitations de grande cérémonie imprimées sur carte et ainsi

libellées:

Monsieur et Madame Pierre de V.... prient Monsieur, Madame et

Mademoiselle de M.... de leur faire l'honneur de venir dîner avec

eux, le mardi 20 novembre 1894.

7 heures 1/2.

_Adresse._

R. S. V. P.

2º Les invitations de cérémonie, entre amis, écrites à la main.

Monsieur et Madame Raymond D.... prient Monsieur et Madame D....

de leur faire le plaisir de venir dîner chez eux le samedi 24

novembre 1894.

8 heures.

R. S. V. P.

3º Les invitations à un dîner sans cérémonie entre amis, écrites sur

une lettre et envoyées sous enveloppe; jamais sur une carte postale ou

une carte-lettre.

Chère madame,

Mon mari et moi espérons que vous serez libres et pourrez venir

dîner avec nous, jeudi prochain, 1er décembre. Nous comptons

absolument sur un oui.

Recevez, chère madame, l'expression de nos meilleurs sentiments

et veuillez me rappeler au bon souvenir de monsieur Dorval.

Mon mari joint ses compliments aux miens.

M. R....

4º Invitation du jour au lendemain entre amis intimes.

Ma chère amie,

Venez donc demain manger avec nous un périgourdin truffé, très

intéressant.

Mille amitiés.

JEANNE S....

Remarquez que l'heure n'est pas mentionnée au bas de ce billet; on

sait la personne au courant des coutumes de ses hôtes.

Il est à observer aussi que, sauf les invitations de cérémonie, les

autres sont toujours faites par la femme et si, pour une raison ou

pour une autre, c'est le mari qui écrit, il commencera toujours ainsi:

«Ma femme me prie», etc.

5º Les invitations pour le jour même à des personnes avec lesquelles

on est en relations d'intimité et d'amitié; invitations qu'on peut

écrire sur une carte de visite.

Ma chère Julie,

Viens donc dîner ce soir avec ton mari, tu nous feras plaisir.

Je t'embrasse.

SIMONNE J....

Pour ces trois dernières catégories d'invitation, le style peut être

très fantaisiste et l'esprit se donner libre cours.

J'ai vu des invitations rédigées en langage nègre, ou avec les termes

des châtelains moyenâgeux; c'était, quand même, très gentil.

Les réponses doivent être simplement rédigées; par exemple:

Chère madame,

C'est avec grand plaisir que nous acceptons, mon mari et moi,

votre gracieuse invitation.

Tous nos compliments.

R. S.

Les refus doivent être soigneusement motivés et donner de bonnes

raisons ou du moins de vraisemblables:

Madame,

Votre gracieuse invitation m'a fait le plus grand plaisir et je

l'accepterais volontiers si je ne m'en trouvais absolument

empêché. J'ai promis, il y a huit jours déjà, à madame X. de

dîner chez elle (ou toute autre excuse valable).

Veuillez agréer, madame, avec mes sincères regrets, mes

compliments très respectueux et très empressés.

A. B.

Le célibataire doit de la façon la plus correcte expliquer les motifs

de son refus, par exemple en ces termes qui nécessairement varient

selon les circonstances:

Madame,

Je suis très sincèrement contrarié de me trouver contraint de

refuser votre invitation si flatteuse pour moi.

J'ai attendu jusqu'au dernier moment, espérant n'être pas privé

de la joie que je m'étais promise.

Votre mari sait quelles sont mes occupations et voudra bien, j'en

suis certain, faire valoir près de vous la légitimité de mon

excuse.

Veuillez lui présenter mes regrets les plus vifs et encore une

fois, madame, les agréer vous-même.

Recevez, madame, l'expression de mes sentiments les plus

empressés et les plus respectueux.

L. P.

L'important, je le répète, est de se bien excuser, et lorsqu'on se

trouve tout à fait obligé de contremander une réunion, dîner, bal,

soirée, on ne devrait le faire qu'à la dernière extrémité et en

employant les termes de regret les plus grands.

On écrit alors ou on fait écrire une lettre explicative aux intimes;

pour les personnes à cérémonie, on écrit sur une carte quelques

lignes:

Madame L....

atteinte d'une subite et grave indisposition, se voit, à son

grand regret, obligée de remettre son dîner du 20 courant à une

autre date.

Un accident survenu dans sa famille oblige

Madame S....

à révoquer ses invitations pour mardi prochain. Elle prie de bien

vouloir l'excuser.

Si l'événement arrivait quelques heures avant le repas, on doit faire

envoyer dans les grandes villes des messages téléphonés.

Ces messages, de nouvelle importation, sont beaucoup plus pratiques

que la dépêche ou le petit bleu; les derniers mettent quelquefois deux

heures à parvenir, le message téléphoné ne met que vingt-cinq minutes

à arriver et on peut le faire aussi explicite que l'on veut, son prix,

de cinquante centimes, donnant droit à cinq minutes d'entretien à

l'appareil.

Lorsque vous avez un enfant atteint d'une maladie éruptive assez

bénigne pour vous permettre d'aller au dîner où vous êtes priée, ne

craignez pas, madame, de contrarier vos hôtes en vous excusant même au

dernier moment. Ils seront trop heureux de ne pas vous avoir; soyez

certaine que si vous veniez quand même, ils vous en sauraient plutôt

mauvais gré et, à part eux, vous regarderaient comme un péril.

[Illustration]

_Le dîner.--Habituels usages._

Quelques petites choses à observer, lorsqu'on est maîtresse de maison.

Il n'est plus d'usage que la maîtresse de maison s'habille en

Cendrillon pour ne pas éclipser les hôtes; elle doit au contraire leur

faire honneur d'une jolie toilette, à moins qu'elle ne reçoive à sa

table des personnes qu'elle sait dans une situation plus modeste que

la sienne; en ce cas, le grand tralala serait tout à fait déplacé.

Les invités dames doivent toujours se mettre en frais; elles sont le

plaisir des yeux autour de la table et toute mise négligée serait un

manque d'égards envers ses hôtes.

Il faut éviter d'être treize à table; certaines personnes

superstitieuses pourraient s'en montrer choquées et il y aurait

toujours un convive bien avisé pour faire remarquer ce nombre

fatidique et raconter des histoires terrifiantes.

Ne pas inviter de ministres de religion différente; on leur devrait à

tous deux la préséance et il faudrait un nouveau Salomon pour trancher

la difficulté.

A ce propos, une amusante anecdote.

Un évêque et un rabbin se trouvaient invités dans la même maison;

lorsqu'il s'agit de passer à table, aucun des deux ne voulut prendre

le pas sur l'autre; enfin, vaincu par la courtoisie du rabbin qui

insistait, l'évêque se décida à entrer le premier en disant: «Je passe

devant vous, monsieur, comme le Nouveau Testament devant l'Ancien.»

On n'est pas plus courtois, ni plus spirituel.

_Les grands dîners._

Pour ces dîners, les femmes mettent leurs diamants, rivières,

aigrettes, etc.; elles sont décolletées; en un mot, c'est la tenue de

bal comme façon, mais non comme étoffe, car la robe de tulle, de crêpe

ornée de fleurs ne s'y met pas.

Les plus jolies robes, les plus élégantes, sont en velours de couleurs

foncées, telles que bleu saphir, grenat, vert, noir, garnies de

dentelles.

Pour les hommes, habit noir, cravate blanche, gants clairs, souliers

vernis, les décorations et les plaques, même les grands cordons.

Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre · 第 4 / 17 段