_Monsieur et Madame R. D.... vous font, avec joie, part de la

naissance de leur fille Marguerite, qui est déjà sage et jolie._

_J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai fait mon entrée en ce

monde le 29 de ce mois de décembre et que ma petite maman et moi

nous nous portons bien._

MARIE D....

_Nous avons le plaisir de vous annoncer la naissance d'un gros

garçon, qui a reçu les noms de Lucien-Léon-Alfred et qui se porte

à merveille._

Monsieur et Madame D....

_Monsieur et Madame Louis D.... ont le plaisir de vous faire part

de la naissance de leur fils, qui a reçu les prénoms de

Raymond-Gontran._

_Parrain: Monsieur Raymond D....._

_Marraine: Madame D....._

_J'ai la joie de vous annoncer mon heureuse arrivée en ce monde;

j'espère y être heureuse et gâtée. Ma petite mère et moi nous

nous portons à merveille et petit père est très content._

LAURE-CÉCILE D....

Autant que possible, quand on va faire ses compliments, ne pas trouver

de ressemblance entre le nouveau-né et tel ou tel ascendant.

Savons-nous si le père ou la mère ne trouvent pas ces personnes-là

affreuses?

A l'occasion d'une naissance, les parentes et les femmes de

l'entourage font un cadeau au baby; ce sont souvent des objets

confectionnés par elles-mêmes: bavoir élégant, une initiale

discrètement brodée dans un coin; brassières, petits chaussons de

laine rose ou bleue, bonnet mignon, voire même bracelet d'or avec une

médaille où sont gravés les prénoms de l'enfant.

Cette mode de bracelets est assez abandonnée depuis quelques années.

Le père offre généralement un présent à la nouvelle maman; c'est

presque toujours un bijou, objet durable, qui perpétue le souvenir de

l'heureux événement.

[Illustration]

_Sur les fonts baptismaux._

J'engagerai toujours à faire célébrer le baptême six semaines ou deux

mois après la naissance et non tout de suite, ainsi qu'on le faisait

il y a quelque vingt ans.

La cérémonie ainsi reculée permet à la jeune maman d'y assister,

d'être avec le chérubin l'héroïne de la fête et, de cette manière,

l'inquiétude étant bannie, on peut être tout à la joie.

Les personnes pieuses qui craignent pour la vie future du baby doivent

le faire ondoyer; mais, je le répète, le baptême étant la fête de

famille par excellence, tout le monde doit y prendre part.

Les parrains et marraines doivent être désignés plusieurs mois à

l'avance. On choisit généralement, pour le premier-né, la grand'mère

maternelle comme marraine et le grand-père paternel comme parrain;

pour le second bébé, c'est l'inverse, grand'mère paternelle et

grand-père maternel.

Faute de ces très proches parents, on prend les frères et sœurs des

époux.

Un frère ou une sœur peuvent très bien être parrain ou marraine de

leur frère ou sœur.

L'Église exige l'âge de sept ans pour pouvoir être parrain ou

marraine, mais, par faveur spéciale, elle admet quelquefois des

enfants plus jeunes, à condition qu'ils aient des répondants.

On nomme, d'ancien temps, «compère et commère» le parrain et la

marraine.

Il importe, pour s'assurer un parrainage, de s'y prendre longtemps à

l'avance.

Lorsque le compère et la commère ne se connaissent pas, il est bon de

les présenter l'un à l'autre avant la cérémonie.

Pour le baptême, les prénoms donnés à l'enfant doivent être inscrits

dans le même ordre qu'à la mairie.

Si la marraine ne connaît ni le parrain ni sa famille, un tiers est

nécessaire, lorsque, le jour du baptême, celui-ci va chercher sa

commère en voiture ou à pied, pour l'accompagner au domicile de

l'enfant.

Quelques jours avant la cérémonie, la marraine envoie la robe, le

bonnet, la pelisse, le chapeau que portera l'enfant. Elle peut

n'envoyer que deux de ces objets, chapeau et pelisse, ou robe et

bonnet.

L'élégance diffère suivant les moyens.

Pour mon fils, voilà ce que sa très aimable marraine a donné: robe de

mousseline à tablier d'entre-deux de valenciennes, sur une robe de

soie bleu pâle faisant transparent; petit bonnet tout en entre-deux de

valenciennes et de plumetis sur nansouk avec grosse ruche de

valenciennes et d'étroites coques de ruban comète en satin crème;

pelisse en cachemire crème, brodée au passé d'une guirlande de fleurs;

effilé de soie crème tout autour, doublure en satin crème, piquée;

capote de satin crème avec la même broderie qu'à la pelisse, garniture

de plumes crème.

Les robes de piqué, les pelisses à carreaux, les capelines en laine

peuvent également s'offrir.

Le parrain, suivant ses ressources, offre à son ou à sa filleule tous

les petits ustensiles à son usage: poêlon à bouillie, petite tasse,

coquetier, petite cuillère, petite assiette, hochet, timbale, rond de

serviette en argent, en vermeil, même en or, ou un seul de ces objets,

ou même un simple hochet en ivoire, en os.

Une robe, une pelisse, une capeline confortable, en _couleur_,

quelques menus objets utiles font le plus grand plaisir aux parents.

Dans la semaine qui précède le baptême, le parrain doit envoyer à la

marraine les boîtes de dragées et un bibelot quelconque.

Il y a vingt ans, le présent était classique: c'était invariablement

une boîte à gants contenant six ou douze paires de gants. Il fallait

donc demander la pointure de la dame, les nuances qu'elle préférait,

etc., etc. Maintenant la mode a renversé cet usage, et on peut offrir

indifféremment un bronze, une jardinière avec des fleurs, un éventail

et même, si le degré d'intimité est grand, un bijou.

Les père et mère de l'enfant doivent, de leur côté, commander des

boîtes de baptême; l'usage veut que le parrain et la marraine leur en

offrent chacun une.

Les boîtes de baptême sont en papier rose ou bleu; on en fait

aujourd'hui d'adorablement jolies: boîte avec le prénom de l'enfant et

la date de sa naissance estampés en relief or ou argent, ou les deux

mélangés; avec les initiales entrelacées en givré or ou argent avec le

nom en diamanté; avec aquarelle représentant un amour peignant le nom

du nouveau-né sur une boîte de baptême; avec un cortège XVIe siècle,

violoneux en tête, parrain et marraine, qui sont un marquis et une

marquise falbalatés, jetant les dragées à un peuple de marmots qui se

bousculent; ou bien des anges posant dans un berceau un petit enfant;

une cloche, laissant tomber le baby, si le baptême se trouve au temps

pascal.

On peut aussi offrir en place de boîte un sac de moire ou de satin à

la marraine et à la jeune maman; en tous cas, elles doivent recevoir

toutes les deux un bouquet.

Le parrain a la charge des cadeaux à la marraine, à la garde, aux

domestiques, à l'enfant de chœur, au curé.

La pièce de cinq, dix ou vingt francs qu'on offre au prêtre doit être

placée dans une boîte de dragées, de même pour les autres personnes,

sauf pour l'enfant de chœur auquel on donne un ou deux francs de la

main à la main.

Pour la garde et la nourrice, on peut varier entre cinq et vingt

francs.

Pour les domestiques, c'est cinq francs, généralement.

Le jour du baptême, le parrain va prendre la marraine chez elle en

voiture ou à pied et l'amène chez les parents de l'enfant.

Si c'est en voiture, la maman et la nourrice portant l'enfant

monteront dans cette voiture pour aller à l'église; elles occuperont

toutes les deux les places du fond; le parrain et la marraine sur le

devant.

On doit s'entendre à l'avance avec le curé pour le jour et l'heure de

la cérémonie. Pour l'entrée à l'église, c'est la personne qui porte

l'enfant qui ouvre la marche.

Le parrain est placé à droite de la personne qui tient l'enfant, la

marraine à gauche.

Le _Pater_ et le _Credo_ qui sont demandés doivent être récités en

français; le cierge est tenu ensemble, de la main droite, par le

parrain et la marraine.

Il ne faut jamais répondre: «oui, monsieur», mais, oui, tout

simplement.

Le parrain et la marraine mettent leurs mains droites _dégantées_ sur

la tête de l'enfant en même temps que le prêtre.

Après la cérémonie du baptême, on se rend à la sacristie pour signer

l'acte.

A la sortie, mais moins fréquemment qu'autrefois, le parrain et la

marraine jettent des dragées et quelques pièces de monnaie aux gamins

assemblés.

Au dîner de baptême, le parrain et la marraine occupent les places du

maître et de la maîtresse de la maison.

Le dîner doit être servi avec cérémonie; des dragées doivent figurer

au dessert.

Jamais la nourrice ne doit y assister; à la fin du repas, ou plutôt

au commencement, il arrive que l'on fait circuler de main en main le

héros de la fête lequel, généralement, désapprouve fort cette façon

d'aller et le témoigne par des cris perçants.

Un mois après le baptême, si la marraine est mariée, son mari doit

inviter à dîner le parrain et les parents de l'enfant.

En cas de nécessité on peut demander un prêtre pour que le baptême ait

lieu à domicile.

Les usages sont les mêmes pour le baptême protestant, sauf en ce qui

touche la cérémonie du baptême qui est, comme tout le cérémonial de ce

culte, réduite à sa plus simple expression.

Comme chez les chrétiens, l'enfant israélite a un parrain et une

marraine.

Le premier jour de sabbat (c'est-à-dire le samedi), le père qui a eu

un garçon doit porter une offrande à la synagogue.

Dans les deux cas, il y a réunion de parents et d'amis à la maison et

le rabbin ou, à son défaut, le père, appelle solennellement les

bénédictions du dieu d'Abraham et de Jacob, sur le nouveau-né.

[Illustration]

_Parrainages._

Si on acceptait à la lettre les devoirs de parrain et marraine, il ne

s'agirait de rien moins que de remplacer le père et la mère pour

toutes choses, en cas de mort.

Sans être aussi rigoriste, nous devons penser que l'enfant tenu par

nous sur les fonts du baptême ne peut, ne saurait être un étranger

pour nous.

On doit lui faire un cadeau au jour de l'an, à sa première communion,

à ses succès d'examens, à son mariage, à sa première épaulette, enfin,

un souvenir, quelque minime qu'il soit, à tous les événements

importants de sa vie, que, du reste, ledit filleul doit annoncer, par

lettre ou par visite, à ses parrain et marraine.

Tout au moins deux fois l'an, il doit aller les voir ou leur écrire.

Si les parrain et marraine sont des parents, cette qualité ne

prévaudra pas, et il est de meilleur goût de dire «grand-père» que

parrain à son aïeul; de même pour ses oncles et tantes, frères et

sœurs.

La position du parrain et de la marraine est-elle très supérieure à

celle du filleul, celui-ci doit garder une certaine réserve, ne jamais

s'imposer et écrire dans les termes les plus respectueux; ne pas dire

simplement: mon cher parrain, ou ma chère marraine, mais bien monsieur

et cher parrain, madame et chère marraine.

_La Nourrice._

Combien vétilleux le choix d'une bonne nourrice, celle qui, si

malheureusement vous ne nourrissez pas, vous remplacera auprès de

votre enfant, cueillera son premier sourire, apaisera ses premiers

cris, sera presque sa mère en un mot.

On doit s'occuper du choix d'une nourrice un mois avant l'événement;

il faut recourir au médecin qui, lui, ne se laissera pas tromper par

les apparences.

Autant que possible n'envoyez pas votre enfant en nourrice à la

campagne, réduisez-vous à tous les sacrifices pour le garder auprès de

vous.

Pour notre nourrice contentons-nous du costume classique, la robe

plate très ample, la vaste pèlerine dans laquelle on peut envelopper

l'enfant entièrement, le petit bonnet, les deux épingles, la couronne

de larges rubans, aux bouts flottants sur les talons et le tablier

blanc orné d'une dentelle ou d'une broderie tout autour.

A la première dent de l'enfant, il est d'usage de donner un cadeau à

la nounou.

Si vous le pouvez, il est préférable de faire déjeuner et dîner la

nourrice à votre table; vous éviterez ainsi bien des dérangements au

baby, dérangements souvent causés par un fruit ou une crudité mangés

subrepticement par nounou.

La boisson de celle-ci doit être de la bière, du vin et de l'eau

d'orge.

Si vous sortez avec votre nourrice, faites-lui toujours prendre la

droite; en voiture, elle doit occuper le fond, de préférence à une

jeune fille ou à un jeune garçon.

Il est de très mauvais genre de faire monter une nourrice près du

cocher, qu'on ait son équipage ou qu'on aille en fiacre.

Pendant les premières semaines qui suivent la naissance, on fera bien

de porter les enfants, qui ne sont encore que de petits paquets

vivants, sur un coussin de plumes et de crin, recouvert de satinette

bleue ou rose, de mousseline ou de tulle brodé.

Le coussin tient chaud et n'échauffe pas l'enfant auquel il faut

donner une position normale; ne pas le coucher et le porter toujours

du même côté, en variant chaque jour.

Le savoir-vivre des tout petits est une science qu'il faut leur

apprendre dès le berceau et toutes les mamans devraient y veiller et

empêcher, dès le principe, Bébé de sucer son pouce, parce qu'il y a à

craindre la déformation «de la bouchette et du petit pouce».

De concession en concession, pour avoir la paix, faibles mères que

nous sommes, nous laissons faire de grosses sottises à nos chers

enfants, et plus tard ce sont des cris et des larmes puis des

corrections lorsqu'il faut faire des êtres civilisés de ces petits

bonshommes et de ces petites bonnes femmes qu'on eût pu, dès le

berceau, éduquer pour ainsi dire en gentlemen ou en ladies du maillot.

[Illustration]

_La première enfance._

Jusqu'à sept ans, un enfant ne dîne pas à table, lorsqu'il y a du

monde, ceci est conforme au système de nursery de nos voisins

d'outre-Manche, dont nous n'avons point à médire, à condition de

pouvoir faire autrement et d'installer, s'il nous plaît, le baby dans

son petit fauteuil.

Et en effet, ces mignons ne sont-ils pas, pour nous autres mères, les

plus grands personnages du monde?

On me fera quelques observations au nom du décorum et de la propreté.

On enfreint parfois quelques règles, et des meilleures. Que la mère

qui n'a point péché me jette la première pierre.

Pour la propreté, si vous craignez le renversement de la timbale ou

les mouchetures de bouillie sur la nappe blanche, ayez la précaution

de placer devant le petit un carré de toile cirée: de cette façon

l'accident sera vite réparé.

Une remarque assez curieuse à faire, c'est que, avant de savoir

parler, l'enfant sait frapper, et le père et la mère, idolâtres et

ravis, baisent le petit poing rose et se font gloire de la vigueur du

coup porté.

Que de fois avons-nous entendu dire: Donne un coup, un grand coup pour

faire voir comme tu es fort. Et l'enfant de s'escrimer.

Aussi plus tard, lorsqu'on voudra lui faire perdre cette sotte et

déplorable habitude, aura-t-on toutes les peines du monde.

Certains trouvent aussi très amusant d'entendre la bouche fraîche de

bébé prononcer des mots risqués.

Etonnons-nous donc que bébé, inconscient mais triomphant, emmagasine

dans son petit cerveau, déjà très subtil, qu'il peut être impertinent

sans danger pour lui!

Aucune de nous ne pense qu'il est bon d'avoir toujours la mine sévère

et grondeuse que nos ancêtres prenaient envers leurs enfants, qu'il

nous faut exiger le «vous» cérémonieux en place du bon tutoiement;

cela regarde au reste chaque mère de famille; mais on s'accorde à

reconnaître que la grande familiarité entre les parents et les

enfants, la camaraderie, en un mot, est plus nuisible qu'on ne le

croit, elle porte atteinte au respect et par conséquent à l'esprit de

famille.

_Vers sept ans._

Dès la prime enfance, il faut habituer l'enfant à être propre, lui

faire essuyer sa petite bouche, ne pas rire quand il a «des

moustaches» en chocolat, exiger qu'il replie sa serviette et qu'il

aille se laver les mains avant de s'asseoir à table, ne pas y mettre

les coudes, ne pas parler la bouche pleine, et ne pas porter la main

au plat.

Lorsque les enfants savent réciter des fables à peu près, ou fredonner

une chansonnette, il n'est plus guère admis de leur demander au

dessert la preuve de leur talent.

Cela ennuie presque toujours les personnes étrangères, et ce n'est que

par excès de politesse qu'elles vous le demanderont, sachant bien vous

faire plaisir.

Il faut interdire aux enfants d'être impertinents avec les

domestiques; une parole polie est aussi vite prononcée qu'une

malhonnêteté.

Un enfant doit toujours se baisser vivement et ramasser l'objet que

son père, sa mère ou un de ses parents a laissé tomber, mettre un

coussin sous les pieds de la grand'mère, aller chercher le journal ou

les lunettes du grand-père, apaiser par une grimace ou une caresse

petit frère ou petite sœur qui pleure (les marmots préfèrent

généralement la grimace), rapporter une fleur à sa petite mère, un

bonbon ou un gâteau à ses frères et sœurs, s'il en a et s'il est allé

déjeuner ou goûter en ville; enfin, avoir ces infiniment petites

prévenances qui _ouatent_ l'existence et font voir qu'on est bien

élevé.

Les enfants, lorsqu'ils sont grondés, ne doivent pas raisonner,

répliquer.

Il faut de bonne heure habituer les enfants à être polis entre eux et

à éviter les taquineries. Comme l'a dit Victor Hugo, «la taquinerie

est la méchanceté des bons».

Ne laissons pas les enfants se trahir entre eux, rapporter, même si

nous désirons savoir quelque chose; rien de plus vil que l'espion.

Faisons-leur ranger leurs jouets, leurs objets personnels; qu'ils ne

s'habituent pas à être servis; qui sait ce que l'avenir leur réserve?

[Illustration]

_La petite fille._

La fille est la petite amie de la maman, bien plus que le garçon que

l'éducation, le tempérament, les besoins d'exercices physiques

éloignent davantage de la maison.

Il faut donc faire de sa fille une compagne, l'initier de bonne heure

aux infiniment petits et aux grands devoirs de la femme.

Moins charmantes que les autres sont les petites filles raisonneuses,

faisant avec un imperturbable aplomb des réflexions au-dessus de leur

âge.

L'essence même de la femme, il faut le reconnaître, est un peu futile.

O mères, prenons-y garde!

Mettons tôt une aiguille dans les mains de la future femme,

faisons-lui recoudre un bouton, raccommoder une déchirure à l'habit de

son frère, intéressons-la aux soins du ménage, faisons-lui faire la

cuisine dans de petits ustensiles qui seront joujoux pour elle, mais

qui l'initieront aux mystères du ménage; enfin préludons de bonne

heure à la mettre en état de diriger «le royaume de la femme».

Une petite fille entrant dans un salon avec sa mère doit aller

embrasser la maîtresse de la maison et faire un gentil salut général;

de même en s'en allant.

Jamais une fillette ne doit rester au salon au jour de sa mère.

Elle vient dire bonjour, si on la demande, et s'en retourne de suite.

Si une petite fille reçoit des leçons d'un professeur homme,

n'eût-elle que quatre ou cinq ans, il est de la plus élémentaire

bienséance que sa mère, ou sa bonne, soit en tiers.

Ce qui s'applique à la petite fille doit être de plus de rigueur

encore pour la jeune fille.

[Illustration]

_Le petit garçon._

L'éducation virile doit être donnée par le mari, mais, à son défaut,

la mère doit se masculiniser un peu et savoir faire réciter au jeune

homme le _De viris_ ou le _Selectæ_.

Habituez de bonne heure le jeune garçon à être poli, prévenant pour

les dames.

L'éducation américaine a son bon côté pour les jeunes garçons qui ne

peuvent pas être surveillés comme les filles.

Il faut leur laisser un peu d'initiative, ne pas trop les élever dans

les jupons de la maman, les laisser faire quelques courses seuls, les

rendre «débrouillards» en un mot.

Plus que jamais, en notre terrible temps de _struggle for life_,

l'homme doit savoir se tirer d'affaire, et ce n'est pas en gardant son

fils claustré au logis qu'on en fera un lutteur pour l'avenir.

Mais si le petit garçon doit être un peu indépendant, il ne faut pas

qu'il fasse montre d'un sans-gêne déplorable. Chaque mère en sait

autant que moi sur ce chapitre.

Un de mes petits amis, un jour dînant en ville pour la première fois,

fut présenté à la marquise de C... et au docteur V.... Alors, l'enfant

leur tendant la main, dit avec une désinvolture adorable: «Enchanté de

faire votre connaissance»!

Un jeune garçon doit offrir _de lui-même_ le bras à une petite fille

ou même à une dame, lorsque celle-ci manque de cavalier pour passer du

salon à la salle à manger.

S'il dîne à table, il ne doit se mêler que très discrètement à la

conversation, et surtout ne pas l'émailler du jargon collégial.

Si sa mère est assez bonne pour lui faire réciter ses leçons, il doit

chercher à ne pas transformer en supplice ce peu récréatif exercice.

Les mensonges au sujet des places, des devoirs sont odieux et

méprisables.

L'homme qui ment est un fléau. Le mot: «Parole d'honneur», doit être

sacré; défendons à nos fils de le dire à propos de rien.

Il faut que l'honneur soit la grande leçon de conduite des hommes même

en herbe, et qu'ils s'habituent à le respecter profondément.

[Illustration]

_Précepteurs et professeurs._

Les parents doivent toujours parler avec respect du professeur et ne

pas supporter que les enfants le raillent ou s'en moquent.

Si le professeur ou la maîtresse donne une punition à l'enfant, il

faut se garder de la lever, car son autorité serait diminuée.

Au jour de l'an, il est bon de donner un souvenir au professeur qui,

pendant de longs mois, s'évertue à faire entrer dans les petites

cervelles les éléments de syntaxe, de grammaire ou les hauts faits

d'Alexandre le Grand.

Ce souvenir peut être un portefeuille, un porte-monnaie, un parapluie,

une canne, une garniture de bureau, une épingle de cravate, des

mouchoirs, une petite broche, un manchon, un sac à main; cela dépend

de la position et des moyens qu'on a.

Souvent les professeurs, homme ou femme, sont besogneux et la valeur

de l'objet, en argent, leur ferait plus de plaisir; si on sait cela,

on peut bien offrir la somme qu'on eût consacrée à l'achat d'un

bibelot. Mais il faut bien se garder de leur donner de la main à la

main, comme le salaire d'un domestique; on doit mettre ladite somme

dans une petite boîte de fantaisie, un porte-monnaie ou, tout au

moins, une enveloppe fermée.

Il ne faut pas croire qu'en payant régulièrement un professeur et en

lui offrant un souvenir au jour de l'an, on soit quitte envers lui; il

faut encore lui témoigner beaucoup d'égards et de politesse. Il peut

arriver que les maîtres soient en faute; ils ne sont ni impeccables ni

infaillibles; mais on doit se garder de les blâmer devant les enfants;

pour cela on doit les prendre à part.

Les enfants doivent aller au-devant de leur professeur, le débarrasser

de son parapluie, etc., surtout ne jamais le recevoir assis.

Au départ, ils doivent le reconduire jusqu'à la porte de l'appartement

ou de la maison.

Ne pas les interrompre, rire ou se moquer pendant qu'ils parlent.

Avec leurs camarades, ils ne doivent pas relever les ridicules des

maîtres (qui n'en a pas?), encore moins les affubler de sobriquets:

tout cela est du dernier mauvais goût.

Si vous invitez un professeur de chant ou de musique à dîner ou à

passer la soirée, ne lui demandez pas de jouer ou de chanter quelque

chose; cela aurait l'air de lui faire payer l'hospitalité.

Lorsque les enfants sont externes dans un collège, ils ne sont pas

tenus à faire une visite le jour de l'an; étant demi-pensionnaires,

ils doivent la faire, seuls, ou accompagnés du père ou de la mère.

Pensionnaires, cette visite est obligatoire pour l'enfant et pour les

parents.

Pour les filles, la mère doit faire une visite; le père vient ou

envoie sa carte.

Les professeurs qui donnent des répétitions à domicile peuvent

simplement envoyer leur carte; les parents de l'élève renvoient la

leur.

La grande politesse du professeur doit être l'exactitude. Il lui faut

aussi une grande modération dans ses expressions, se tenir en garde

contre la familiarité et contre l'excès de sévérité.

Étant en voyage, un enfant doit écrire au moins une fois à un

professeur.

Lorsque vous avez un précepteur ou une institutrice à demeure et que

l'élève et le maître dînent ou déjeunent seuls ensemble, ce dernier

doit avoir le plus d'honneur et être servi le premier, il a le droit

d'attendre toutes les marques de respect qu'on doit aux parents.

A la table de famille ou dans un dîner en ville où le professeur est

convié avec son élève, il est servi après les autres, mais avant

l'enfant.

En voiture, le professeur est placé devant avec l'enfant.

Lorsque les enfants ne paraissent pas aux grands dîners, les

professeurs mangent avec eux, à part.

Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre · 第 3 / 17 段