Et qui empêchera désormais une confédération italienne de devenir la
forme d'une renaissance de la terre qui fut Rome? Les Italiens, si
magnifiquement doués par la nature, sont les mêmes génies et les
mêmes caractères dans un autre milieu européen. La lumière qu'ils
ont autrefois répandue dans le Nord leur revient du Nord comme un
reflet répercuté de leur propre et primitive splendeur; de longues
servitudes n'ont fait que les affamer de plus d'indépendance de sol
et de liberté d'esprit: c'est une grande race dans de petits
peuples, mais ces petits peuples forment de nouveau une grande race.
Encore une fois, réfléchissez, peuples de l'Italie! N'adoptez pas la
forme d'une monarchie unitaire chimérique, qui vous compromet,
contre la forme d'une confédération d'États libres, qui vous sauve!
Absorbés, vous tomberez avec la faible monarchie qui vous enserre;
ligués, vous resterez debout dans toutes les secousses de l'Europe.
On vous respectera d'autant plus que vous aurez plus de noms, plus
de corps, plus de droits nationaux, plus d'alliances traditionnelles
et défensives en Europe. Monarchisés, vous êtes menaçants comme les
armes du cabinet qui vous annexe; confédérés, vous êtes inoffensifs
pour tout le monde, inviolables seulement chez vous! La liberté
constitutionnelle à laquelle vous aspirez sera justement plus
assurée chez vous qu'à Turin; ce n'est plus l'arbitraire d'un roi
soldat qui vous mesurera selon ses intérêts cette liberté
constitutionnelle, et qui vous la changera en dictature militaire au
premier tocsin; c'est vous-mêmes qui vous la donnerez selon vos
moeurs et vos lumières, et qui ne la mesurerez qu'à vos vertus
publiques! Cette confédération, sous le protectorat de la France et
de l'Europe, n'a besoin que de se proclamer pour être reconnue. Si
vous avez besoin d'une épée en attendant que la vôtre ait repris la
trempe de vos temps héroïques, l'épée de la France est plus longue
que celle de la maison de Savoie.
Proclamez donc la constitution fédérative de toutes les Italies
au-dessus et en dehors de toutes vos constitutions intérieures.
Constituez la diète, la _diète_ de la résurrection!
Vous ressuscitez sous tous vos noms, sous toutes vos formes, sous
toutes vos souverainetés nationales; vous ressuscitez dans la
liberté, et non dans l'annexion, forme de la discipline militaire.
De Turin à Reggio ou à Palerme, il n'y a pas un peuple, il y a dix
peuples! Les liguer entre eux, c'est donner à chacun d'eux la force
de tous; les annexer, c'est donner à tous la faiblesse d'un seul!
Supposez le Piémont vaincu dans une seule bataille, que devient
l'Italie annexée à une seule épée?...