XXVII

Et qui empêchera désormais une confédération italienne de devenir la

forme d'une renaissance de la terre qui fut Rome? Les Italiens, si

magnifiquement doués par la nature, sont les mêmes génies et les

mêmes caractères dans un autre milieu européen. La lumière qu'ils

ont autrefois répandue dans le Nord leur revient du Nord comme un

reflet répercuté de leur propre et primitive splendeur; de longues

servitudes n'ont fait que les affamer de plus d'indépendance de sol

et de liberté d'esprit: c'est une grande race dans de petits

peuples, mais ces petits peuples forment de nouveau une grande race.

Encore une fois, réfléchissez, peuples de l'Italie! N'adoptez pas la

forme d'une monarchie unitaire chimérique, qui vous compromet,

contre la forme d'une confédération d'États libres, qui vous sauve!

Absorbés, vous tomberez avec la faible monarchie qui vous enserre;

ligués, vous resterez debout dans toutes les secousses de l'Europe.

On vous respectera d'autant plus que vous aurez plus de noms, plus

de corps, plus de droits nationaux, plus d'alliances traditionnelles

et défensives en Europe. Monarchisés, vous êtes menaçants comme les

armes du cabinet qui vous annexe; confédérés, vous êtes inoffensifs

pour tout le monde, inviolables seulement chez vous! La liberté

constitutionnelle à laquelle vous aspirez sera justement plus

assurée chez vous qu'à Turin; ce n'est plus l'arbitraire d'un roi

soldat qui vous mesurera selon ses intérêts cette liberté

constitutionnelle, et qui vous la changera en dictature militaire au

premier tocsin; c'est vous-mêmes qui vous la donnerez selon vos

moeurs et vos lumières, et qui ne la mesurerez qu'à vos vertus

publiques! Cette confédération, sous le protectorat de la France et

de l'Europe, n'a besoin que de se proclamer pour être reconnue. Si

vous avez besoin d'une épée en attendant que la vôtre ait repris la

trempe de vos temps héroïques, l'épée de la France est plus longue

que celle de la maison de Savoie.

Proclamez donc la constitution fédérative de toutes les Italies

au-dessus et en dehors de toutes vos constitutions intérieures.

Constituez la diète, la _diète_ de la résurrection!

Vous ressuscitez sous tous vos noms, sous toutes vos formes, sous

toutes vos souverainetés nationales; vous ressuscitez dans la

liberté, et non dans l'annexion, forme de la discipline militaire.

De Turin à Reggio ou à Palerme, il n'y a pas un peuple, il y a dix

peuples! Les liguer entre eux, c'est donner à chacun d'eux la force

de tous; les annexer, c'est donner à tous la faiblesse d'un seul!

Supposez le Piémont vaincu dans une seule bataille, que devient

l'Italie annexée à une seule épée?...

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 211 / 215 题