Telle fut, sans doute, la pensée du traité sur le champ de bataille
de Villafranca! Cette pensée était tronquée, mais française et
italienne; démentie le lendemain par le Piémont, torturée et
violentée par l'immixtion funeste de l'Angleterre, cette pensée a
sombré dans les négociations. Le Piémont a forcé la main à la
nature; Turin et Londres retournent aujourd'hui, contre la pensée de
la France, le sang de la France versé en Italie. Mais la pensée du
Piémont est courte; la pensée de l'Angleterre mériterait de porter
un nom plus pervers; les souvenirs immortels de chaque glorieuse
nationalité de l'Italie se soulèveront contre ces annexions qui les
confisquent; ces nationalités ne consentiront pas longtemps à perdre
leurs noms, leur histoire, leurs monuments dans le nom et dans les
camps de Turin. Le Piémont aura sa grande et honorable place qu'il a
achetée de son sang dans l'Italie subalpine, mais il ne prendra pas
la place de l'Italie tout entière. Le coup de tête d'un cabinet
sauvé par la France et égaré par l'Angleterre ne prévaudra pas
contre le coup d'État des peuples revendiquant leurs noms, leurs
personnalités, leurs capitales, leur gloire dans la famille
italique. L'Italie reviendra à sa forme italienne, LA CONFÉDÉRATION.
Elle n'aura pour maître que le génie italien, elle n'aura pour
gouvernement général qu'une diète d'États libres, où le droit de
chacun, confondu dans le droit de tous, défiera l'Europe, mieux par
le respect que par les armes, d'attenter à tant d'inviolabilités à
la fois.