Cette confédération, qui a déjà existé chez vous deux fois, sous la
forme de ligue lombarde ou italique, n'est qu'une tradition de
votre nature et de votre histoire. Quoi de plus facile que de la
renouveler? Trois mois d'un congrès italien y suffisent, et, à
l'exception de l'Angleterre, l'Europe s'y prête, ou par prédilection
pour vous, ou par nécessité. Les vents sont pour l'Italie; ne faites
pas fausse route, et vous surgirez à pleines voiles à votre horizon,
l'indépendance!
Les nationalités diverses de l'Italie respectées comme les vérités
du sol;
Les constitutions intérieures de chacune de ces nationalités
laissées au libre arbitre des divers États, et reliées seulement par
une diète italique à une constitution générale de toute l'Italie;
La Sicile et Naples, unies ou séparées, fournissant à la
confédération leur contingent de députés et au besoin de subsides et
de troupes remis au POUVOIR EXÉCUTIF EXTÉRIEUR de la patrie
italienne;
Rome, livrée à son propre arbitre, réglant sa constitution elle-même
selon les besoins de son administration temporelle et les
convenances de son pontificat spirituel; aucune main armée, profane
et étrangère, interposée entre les souverains et les peuples,
théocratiques, monarchiques ou républicains, à leur gré;
Rome capitale des capitales d'Italie, siége de la diète italique, ou
bien une capitale fédérale alternative;
Florence, souveraine d'elle-même, monarchie, duché ou république, se
gouvernant selon son génie, ou dans l'activité de ses Médicis, ou
par le patriotisme de ses grands citoyens, ou par la douceur de son
réformateur Léopold;
Turin, rentré dans ses limites, monarchie militaire, sentinelle de
l'Italie septentrionale, bouclier de la Péninsule au nord, se
désarmant au midi pour ne pas opprimer ce qu'elle protége,
s'interdisant ses alliances séparées et suspectes avec l'Angleterre,
offrant ses généraux et ses soldats à la défense de la patrie
fédérale;
La Lombardie, principauté ou république, indépendante du Piémont, se
modelant pour son organisation en cantons lombards, semblable à ces
cantons helvétiques dont ce pays a le sol et les moeurs;
Venise, ville hanséatique sous la double garantie de l'Allemagne et
de l'Italie, reprenant sous sa république et sous ses doges non plus
sa place militante et conquérante que la marine de l'Europe ne lui
laisse plus, mais sa place commerciale et artistique que son génie,
plus oriental qu'italien, lui assure; ses provinces de terre ferme
neutralisées comme Venise elle-même, et constituées ainsi pour la
paix, laissant une zone de sécurité et d'inoffensivité inviolables
entre le Tyrol et l'Italie:
Sous le drapeau d'une neutralité européenne, de nouvelles guerres ne
sont nullement nécessaires pour une constitution semblable de
l'Italie. Un congrès constituant de l'Europe y suffit. Ce fut la
première pensée qui jaillit du sang encore chaud de la France après
la victoire de Solferino et la paix de Villafranca. Les premières
pensées sont l'éclair des situations difficiles. La révélation
tardive sortie d'une guerre fatale à tant de braves aurait été aussi
la révélation de la paix; pourquoi la maison de Savoie et
l'Angleterre ont-elles réussi à fausser cette pensée en l'exagérant?
La confédération italique aurait jeté du moins ses racines dans ce
sang. La monarchie piémontaise absorbant l'Italie annexée est la
pensée de l'envie britannique contre la France, de l'ambition sarde
contre l'Italie, pensée folle comme l'ambition, hostile comme la
haine, pensée punique qui trompera bientôt les deux puissances qui
l'ont conçue et qui trompera l'Italie elle-même, qu'elle constitue
sur un perpétuel champ de bataille, au lieu de la constituer en un
faisceau de droits et de libertés.