XXV

Le salut de l'Italie n'est que dans l'universalité des droits des

nationalités, des souverainetés rajeunies et liguées qui la

constituent.

Là est sa nature, là est son droit, là est sa forme, là seulement

sera son durable avenir.

Une confédération libre de tous les États italiens annexés librement

à l'Italie seule, et non annexés étourdiment à une monarchie

subalpine, voilà l'Italie antique, voilà l'Italie du moyen âge,

voilà l'Italie de l'avenir. On ne prescrit pas contre la nature.

Nous l'avons dit en commençant, l'Italie ne fut jamais et ne sera

jamais une monarchie d'une seule pièce. Sa géographie même proteste

contre l'unité monarchique que veut lui imposer le Piémont. Telle ou

telle partie de l'Italie peut être monarchique comme la Savoie et

Turin; telle, aristocratique comme Venise; telle, démocratique comme

Gênes; telle, helvétique comme Milan; telle, ecclésiastique comme

Rome; telle, constitutionnelle et féodale comme la Sicile; telle,

_muratiste_ ou bourbonnienne comme Naples; telle, ducale ou

républicaine comme Florence. Ces différences de régime intérieur

détruisent-elles la nationalité générale et collective de l'Italie

confédérée? La Suisse est-elle moins la Suisse, une, inviolable,

parce qu'il y a des cantons aristocratiques à Berne, des cantons

démocratiques à Genève ou à Lausanne, des cantons théocratiques à

Glariz, des cantons protestants à Bâle? Non, le corps national,

comme le corps humain, est pétri de ces diversités qui n'ôtent rien

à l'unité de l'être physique ou de l'être politique. La Grèce

antique fut-elle moins la Grèce, parce que les Grecs, unis dans le

nom et dans la gloire hellénique, avaient dix patries distinctes

dans la patrie commune? Non encore, ce fut sa force, car ce fut sa

liberté, cette liberté qui rend la patrie plus sacrée et les

nationalités plus chères!

L'Italie, fût-elle toute construite de monarchies et de papautés

dans ses parties, est républicaine dans son ensemble; une république

de rois, de pontifes, de nations, voilà la nature, voilà l'histoire,

voilà la forme de la Péninsule. La comprimer sous un seul sceptre ou

sous un seul glaive, c'est la mutiler. Elle éclatera entre les

doigts de la maison de Savoie. L'Italie a besoin de protecteurs

étrangers et intéressés à son indépendance, et non d'un maître

intérieur. Un maître devient facilement un tyran. Un allié

intéressé à son indépendance comme la France lui prête, à l'Italie,

ce qui lui manque, des armes, et ne menace aucune de ses

nationalités. La France a reçu du ciel ce rôle. Son protectorat

temporaire ne vaut-il pas celui du Piémont? Le Piémont lui demande

d'être savoisienne, la France ne lui demande que d'être l'Italie.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 209 / 215 题