Le salut de l'Italie n'est que dans l'universalité des droits des
nationalités, des souverainetés rajeunies et liguées qui la
constituent.
Là est sa nature, là est son droit, là est sa forme, là seulement
sera son durable avenir.
Une confédération libre de tous les États italiens annexés librement
à l'Italie seule, et non annexés étourdiment à une monarchie
subalpine, voilà l'Italie antique, voilà l'Italie du moyen âge,
voilà l'Italie de l'avenir. On ne prescrit pas contre la nature.
Nous l'avons dit en commençant, l'Italie ne fut jamais et ne sera
jamais une monarchie d'une seule pièce. Sa géographie même proteste
contre l'unité monarchique que veut lui imposer le Piémont. Telle ou
telle partie de l'Italie peut être monarchique comme la Savoie et
Turin; telle, aristocratique comme Venise; telle, démocratique comme
Gênes; telle, helvétique comme Milan; telle, ecclésiastique comme
Rome; telle, constitutionnelle et féodale comme la Sicile; telle,
_muratiste_ ou bourbonnienne comme Naples; telle, ducale ou
républicaine comme Florence. Ces différences de régime intérieur
détruisent-elles la nationalité générale et collective de l'Italie
confédérée? La Suisse est-elle moins la Suisse, une, inviolable,
parce qu'il y a des cantons aristocratiques à Berne, des cantons
démocratiques à Genève ou à Lausanne, des cantons théocratiques à
Glariz, des cantons protestants à Bâle? Non, le corps national,
comme le corps humain, est pétri de ces diversités qui n'ôtent rien
à l'unité de l'être physique ou de l'être politique. La Grèce
antique fut-elle moins la Grèce, parce que les Grecs, unis dans le
nom et dans la gloire hellénique, avaient dix patries distinctes
dans la patrie commune? Non encore, ce fut sa force, car ce fut sa
liberté, cette liberté qui rend la patrie plus sacrée et les
nationalités plus chères!
L'Italie, fût-elle toute construite de monarchies et de papautés
dans ses parties, est républicaine dans son ensemble; une république
de rois, de pontifes, de nations, voilà la nature, voilà l'histoire,
voilà la forme de la Péninsule. La comprimer sous un seul sceptre ou
sous un seul glaive, c'est la mutiler. Elle éclatera entre les
doigts de la maison de Savoie. L'Italie a besoin de protecteurs
étrangers et intéressés à son indépendance, et non d'un maître
intérieur. Un maître devient facilement un tyran. Un allié
intéressé à son indépendance comme la France lui prête, à l'Italie,
ce qui lui manque, des armes, et ne menace aucune de ses
nationalités. La France a reçu du ciel ce rôle. Son protectorat
temporaire ne vaut-il pas celui du Piémont? Le Piémont lui demande
d'être savoisienne, la France ne lui demande que d'être l'Italie.