Mais cette souveraineté temporelle des pontifes romains est-elle
assujettie à d'autres lois que les souverainetés profanes
ordinaires? Évidemment non; dans votre droit moderne, cette
souveraineté est purement temporelle, elle subit ou peut subir les
vicissitudes des temps: son nom le dit, temporelle!
Or qu'est-ce que la souveraineté dans le droit public moderne de
l'Europe, depuis la décadence de ce que nous appelions le droit
divin? C'est le droit des peuples de se donner à eux-mêmes le régime
qui leur convient; les Romains ne sont point hors la loi de ce droit
des peuples en ce qui concerne leur forme de gouvernement
intérieur. Si donc il convenait aux États romains de modifier ou
d'abolir chez eux la souveraineté des papes, pour adopter une autre
forme de gouvernement civil, aucune autre puissance ne pourrait leur
ravir ce droit et leur imposer l'allégeance à perpétuité pour cause
de convenance des cultes en Europe; ce sacrifice d'un peuple à la
convenance politique des autres peuples serait une condamnation sans
crime qui révolterait la conscience du genre humain. S'il en était
autrement, il y aurait donc deux droits publics ou deux vérités
contradictoires en Europe: un droit public du monde entier, qui est
le droit des peuples de modifier leur gouvernement; un droit public
des États romains, qui serait la pétrification de la souveraineté
civile dans Rome: c'est absurde!