XVI

Toute souveraineté suppose une responsabilité.

Or, les papes ayant eu jusqu'ici une espèce de _cosouveraineté_

spirituelle avec les souverains temporels des États catholiques, et

les limites de cette cosouveraineté ayant été fixées par les

_concordats_, ces traités mixtes qui règlent l'immixtion du pontife

dans les affaires ecclésiastiquement temporelles des princes ou des

républiques de l'Europe, ces princes et ces républiques ont dû

chercher dans les pontifes romains une responsabilité réelle pour

contenir cette cosouveraineté des papes dans leurs États.

Qui ne sent, en effet, quel trouble, quelle anarchie, quelles

factions, quelles révoltes pourrait jeter dans un État un pontife

turbulent et cosouverain qui y lancerait sans cesse et impunément,

au nom de sa cosouveraineté spirituelle, des manifestes appelés

bulles, ferments de désaffection, de résistance, de soulèvements des

populations contre ces républiques ou contre ce prince temporel?

Le véritable souverain serait évidemment celui qui pourrait à son

gré, et sans répression, incendier l'empire temporel au nom de

l'omnipotence spirituelle.

Le danger d'un tel état de choses a dû frapper de bonne heure les

princes et les peuples: quel remède? se sont-ils dit. Un seul: c'est

de donner à ce pontife irresponsable, s'il n'est que pontife, à ce

tribun inviolable, universel et impalpable des consciences dans nos

États, c'est de lui donner une responsabilité temporelle, un gage

humain dans une possession territoriale quelconque, responsabilité

et gage par lesquels nous puissions le modérer, le saisir et le

punir temporellement comme prince, s'il viole envers nous les

limites de son droit comme pontife.

Or, cette responsabilité réelle, ce gage saisissable, ce corps

palpable, qui répondent aux rois de la mesure et de l'inoffensivité

du tribun sacré appelé pape, qu'est-ce autre chose que sa

souveraineté temporelle?

Par son droit divin sur les consciences, il nous domine, il nous

intimide, il nous tient sous ses bulles et sous ses foudres.

Par sa souveraineté temporelle, nous le modérons, nous l'intimidons,

nous le tenons en respect devant nos armes et devant nos

diplomaties. C'est son cautionnement.

Tournez et retournez tant que vous voudrez la question de la

souveraineté temporelle des papes, vous n'y trouverez à faire valoir

politiquement que cela; c'est la meilleure raison, parce que c'est

la vraie raison, et c'est la dernière que les partisans de cette

souveraineté mystérieuse avaient pensé à faire valoir en faveur de

cette possession d'un coin de terre par les maîtres du ciel.

Nous la donnons ici, cette raison, pour la première fois en

explication du passé: elle est irréfutable pour ceux qui admettent

les concordats; elle est sans valeur pour ceux plus religieux qui

n'admettent comme nous d'autres concordats entre les gouvernements

et les pontifes que le respect mutuel et la liberté absolue des

consciences. Cette liberté absolue des consciences est la dignité

vraie de la religion; elle est plus que la liberté humaine, car

c'est Dieu qu'elle émancipe des lois de l'homme. Qu'est-ce que

l'uniformité de foi par la force? qu'est-ce que la tranquillité des

empires auprès de la liberté de Dieu dans les consciences?

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 200 / 215 题