Je sais que Rome est la grande difficulté d'une constitution
indépendante de l'Italie moderne; je ne crains pas de l'aborder face
à face avec vous, cette difficulté.
Les papes, humainement considérés, sont une dualité dans un même
homme: comme pontifes, ils représentent un principe religieux aussi
durable que la foi qui s'attache à leur mission surnaturelle; comme
souverains, ils représentent un prince électif possédant de droit
immémorial la ville et l'État romain au centre de l'Italie. Ces deux
caractères de pontife et de prince dans un même homme ne se
confondent pas, quoi qu'on en dise avec plus de politique que de
foi. Le prince pourrait subsister sans être pontife; le pontife
pourrait subsister sans être prince. Le prince est prince de droit
public, le pontife est pontife de droit divin. De tout temps on a
essayé de confondre ces deux natures dans les papes, de tout temps
le bon sens a protesté; à chacune de ces deux natures son attribut,
voilà le vrai.
Nous concevons parfaitement pourquoi les politiques et les fidèles
ont en tout temps essayé de confondre ces deux natures: nous sommes
étonnés seulement que ni les uns ni les autres n'aient trouvé
jusqu'ici la principale explication politique d'une souveraineté
temporelle assez sérieuse et assez vaste affectée au pontife romain
dans la hiérarchie des souverainetés européennes. Cette
justification, selon nous, la voici: