VII

Est-ce la Rome papale que vous voudriez ressusciter pour lui rendre

à elle seule la domination, le protectorat, la direction souveraine

de l'Italie, comme au temps où Jules II, soldat autant que pontife,

la conduisait de Naples à Milan contre les Allemands, les

Piémontais, les Français, au cri de FUORI I BARBARI! (_Hors de

l'Italie les barbares!_) Mais alors rendez donc à la papauté tout ce

que le _tempus edax rerum_ a usé du prestige temporel, de

l'ascendant politique, de la force des armes de la papauté, depuis

les jours de _Hildebrand_, de Léon X, de Jules II, de ces pontifes

armés de la foudre divine et de l'épée de saint Pierre à la fois.

Sans parler de cette confusion du droit spirituel et du droit

temporel dans leurs mains, oubliez-vous ce que la papauté souveraine

à Rome a perdu d'alliés ou de sujets catholiques depuis Jules II

dans le monde actuel? Oubliez-vous qu'une puissance de soixante

millions d'hommes en Europe et en Asie, la Russie, est née depuis

cette époque, prêtant au schisme grec sous les czars de Russie, sous

les Constantins héréditaires, un appui qui enlève au catholicisme

romain une moitié de son poids dans tout l'Orient?

Oubliez-vous que Henri VIII a déchiré les trois royaumes de la

Grande-Bretagne de la carte pontificale, et que, sur la terre comme

sur la mer, la Rome papale a ses plus acharnés ennemis là où elle

avait ses plus fanatiques défenseurs?

Oubliez-vous que Genève est à Calvin avec les trois quarts de cette

Suisse où Rome avait son recrutement intarissable dans ces montagnes

de l'Helvétie qui étaient pour elle ce que la Dalmatie était pour

les Romains, un grenier d'hommes?

Oubliez-vous que le Nord tout entier, Danemark, Suède, Norvége,

Hanovre, Hollande, sont des branches détachées aujourd'hui du tronc

pontifical?

Oubliez-vous qu'une grande puissance germanique elle-même, la

Prusse, qui forme à elle seule un quart des forces militaires de

l'Europe, a répudié le joug spirituel et à plus forte raison

temporel des pontifes-rois?

Oubliez-vous enfin que, de toutes ces puissances allemandes,

quelquefois auxiliaires, quelquefois ennemies des papes, trois

seules puissances n'ont pas déserté l'obéissance spirituelle aux

papes, et composent, avec la Pologne asservie, le seul domaine

spirituel de la papauté?

Oubliez-vous que l'Espagne catholique de Charles-Quint et de

Philippe II, dont l'infanterie disposait de l'Europe au service de

la Rome papale, n'est plus qu'une puissance de huit millions

d'hommes, qui ne compte plus en Europe que par son grand nom et par

le caractère resté entier de sa chevalerie militaire; puissance

historique plus que politique aujourd'hui dans les combinaisons des

nations? Ressuscitez donc tous ces millions d'hommes déserteurs

successifs de la monarchie temporelle des papes, et rendez-les, si

vous pouvez, au système politique de Jules II! Quand vous aurez fait

ce miracle, alors et seulement alors vous pourrez rendre à Rome le

sceptre monarchique ou la direction républicaine de l'Italie!

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 192 / 215 题