On sait comment Charles-Albert, sans tenir aucun compte de ces
conseils, lança les Piémontais en Lombardie, fut mal reçu et plus
mal secondé par les Lombards, combattit en intrépide soldat, fut
vaincu, n'osa reparaître à Turin sous le coup de sa témérité et de
sa déroute, abdiqua le trône, s'éloigna sous un nom d'emprunt de
l'Italie, et alla mourir de sa déception et de sa douleur en
Portugal. Infidèle à tous les partis et à lui-même, ce prince ne fut
un héros que sur le champ de bataille. Son malheur patriotique lui
fut imputé à vertu par le parti de l'ambition piémontaise et de
l'unité monarchique en Italie. Son nom repose défendu par sa mort,
mort trouvée à la poursuite de ce rêve obstiné de la maison de
Savoie; coupable ou non, il est beau de mourir, même de douleur,
pour sa patrie!