Mais c'était le roi de l'imprévu. Tout à coup, en 1846, la voix du
pape actuel, Italien jusqu'à la moelle, réveilla on ne sait quel
carbonarisme sacré en Italie par ses manifestes.
Charles-Albert pressent que l'ébranlement de l'Italie contre
l'Autriche va susciter un mouvement intérieur de liberté, un
mouvement extérieur d'indépendance. L'Italie, sans esprit militaire
au Midi, aura besoin d'une armée toute faite dans l'Italie
subalpine. Il est soldat, il peut être libérateur; le libérateur de
l'Italie peut en devenir le conquérant. L'éclair voilé de sa longue
ambition l'illumine; il proclame une constitution, arme de guerre
légitime et infaillible contre l'Autriche. La constitution à Turin,
c'est l'insurrection prochaine à Milan: cette constitution
piémontaise n'est que la _Marseillaise_ de l'Italie.