XXXVI

Après cet exil ignoré de dix-huit mois à Florence, M. de Metternich

demanda au congrès de Vérone que le prince de Carignan fût exhérédé

du trône de Sardaigne, pour crime de révolte envers son roi, ses

oncles, ses bienfaiteurs. La Russie hésitait; l'Angleterre

temporisait; la Prusse appuyait la sévérité prévoyante de M. de

Metternich.

La France, qui voulait à tout prix, même au risque d'un mauvais

règne, soutenir le dogme de la légitimité, s'opposa à la déposition

du prince de Carignan.

On proposa au prince une expiation plus douce: ce fut d'aller

servir, les armes à la main, contre ses propres amis en combattant

en Espagne cette constitution espagnole des carbonari qu'il avait

proclamée à Turin.

Il s'engagea comme volontaire de la Sainte-Alliance dans l'armée

française qui allait délivrer Ferdinand VII à Cadix; il s'y comporta

en grenadier héroïque.

Devenu roi en 1831, son règne, jusqu'en 1848, fut le plus illibéral,

le plus acerbe et le plus implacable de tous les règnes contre la

liberté moderne, enfin le règne des ombrages autrichiens à Turin; en

religion, ce fut le règne monastique des jésuites, dont il

paraissait moins le roi que le lieutenant temporel dans ses États;

ses rigueurs ne s'adoucirent pas un instant envers ses complices de

1820, proscrits à cause de lui par toute l'Europe. Ces jeunes

officiers des plus illustres maisons de Turin traînèrent, lui

régnant, de Paris à Londres, leur condamnation et leur misère; toute

l'Europe leur compatissait, excepté celui qui avait partagé leur

faute. Sincère ou apparente, sa dévotion, stricte comme une

discipline, faisait de sa cour un couvent armé: des prêtres et des

soldats, des revues et des cérémonies religieuses, c'était tout le

règne; un soldat monacal, c'était tout le roi.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 179 / 215 题