Après cet exil ignoré de dix-huit mois à Florence, M. de Metternich
demanda au congrès de Vérone que le prince de Carignan fût exhérédé
du trône de Sardaigne, pour crime de révolte envers son roi, ses
oncles, ses bienfaiteurs. La Russie hésitait; l'Angleterre
temporisait; la Prusse appuyait la sévérité prévoyante de M. de
Metternich.
La France, qui voulait à tout prix, même au risque d'un mauvais
règne, soutenir le dogme de la légitimité, s'opposa à la déposition
du prince de Carignan.
On proposa au prince une expiation plus douce: ce fut d'aller
servir, les armes à la main, contre ses propres amis en combattant
en Espagne cette constitution espagnole des carbonari qu'il avait
proclamée à Turin.
Il s'engagea comme volontaire de la Sainte-Alliance dans l'armée
française qui allait délivrer Ferdinand VII à Cadix; il s'y comporta
en grenadier héroïque.
Devenu roi en 1831, son règne, jusqu'en 1848, fut le plus illibéral,
le plus acerbe et le plus implacable de tous les règnes contre la
liberté moderne, enfin le règne des ombrages autrichiens à Turin; en
religion, ce fut le règne monastique des jésuites, dont il
paraissait moins le roi que le lieutenant temporel dans ses États;
ses rigueurs ne s'adoucirent pas un instant envers ses complices de
1820, proscrits à cause de lui par toute l'Europe. Ces jeunes
officiers des plus illustres maisons de Turin traînèrent, lui
régnant, de Paris à Londres, leur condamnation et leur misère; toute
l'Europe leur compatissait, excepté celui qui avait partagé leur
faute. Sincère ou apparente, sa dévotion, stricte comme une
discipline, faisait de sa cour un couvent armé: des prêtres et des
soldats, des revues et des cérémonies religieuses, c'était tout le
règne; un soldat monacal, c'était tout le roi.