À cette époque, un coup de vent, qui venait du Midi, souffla tout à
coup sur l'Italie; ce vent avait traversé l'Espagne.
On a vu plus haut qu'une révolution militaire avait tout à coup
éclaté à Naples au mois de juillet 1820; une secte masquée, les
_carbonari_, avait jeté hardiment son masque en Calabre, soulevé les
régiments, marché sur Naples et proclamé la constitution d'Espagne.
Or qu'était-ce que la constitution d'Espagne, proclamée à Cadix par
une insurrection soldatesque aussi? C'était une véritable république
de tribuns des soldats, sans aucun contre-poids monarchique, et ne
conservant un roi nominal à son sommet que pour cacher sa véritable
nature militaire. Une telle constitution masquée était mille fois
plus pleine d'anarchie que si elle avait dit franchement et
courageusement son nom. Il n'y a rien de si révolutionnaire qu'un
mensonge!
L'Europe, à la nouvelle des événements révolutionnaires de Naples,
se rassembla en congrès à Laybach, pour délibérer la guerre ou la
paix en Italie.
L'Autriche, devançant le congrès, fit marcher ses troupes en
Lombardie, prêtes à intervenir, et intimidant déjà les carbonari
dans la péninsule.
L'Autriche est toujours la première à intervenir à main armée pour
le _statu quo_, car c'est sa nature, et c'est son intérêt de
représenter partout le passé. Elle est par essence le temps d'arrêt
des choses dans l'Europe moderne; c'est sa force, et c'est aussi sa
faiblesse.
À l'instant où les carbonari l'aperçurent en armes en Lombardie,
elle devint l'objet des craintes et des imprécations des carbonari;
leur cri unanime fut: Guerre à l'Autriche! Jusque-là elle n'avait
pas été trop impopulaire, depuis 1814, en Italie, et, par une
versatilité habituelle aux peuples qui changent de joug, son retour
à Milan, en 1814, avait été l'objet d'un fanatisme de joie poussé
jusqu'à la férocité contre le gouvernement français que l'Autriche
venait remplacer. L'assassinat du ministre franco-italien _Prina_,
traîné dans les rues de Milan, et martyrisé par le peuple, aux cris
de: Vive l'Autriche! en fut un triste témoignage; mais l'heure de
ces intermittences avait sonné un autre tocsin.