XXXIII

Le carbonarisme napolitain comptait peu de sectaires à Rome, point

en Toscane, un petit nombre à Turin, et presque exclusivement parmi

la jeunesse noble et militaire. Le prince de cette jeunesse était le

prince de Carignan, depuis Charles-Albert.

Ce jeune prince, issu d'une branche indirecte de la maison de

Savoie, avait été appelé à l'hérédité du trône par le vieux roi

Victor-Emmanuel, sans enfants.

Le frère du vieux roi, le duc de Génevois, sans enfants aussi, avait

acquiescé à cette adoption. Ces deux vieux princes devaient

attendre de leur jeune parent, associé au trône, une reconnaissance

plus que filiale.

Il n'est pas permis à l'histoire sommaire et rapide d'entrer dans le

secret des coeurs et dans la controverse des faits, plus ou moins

authentiques, qui accusent ou disculpent le prince de Carignan

d'initiative et de complicité avec le carbonarisme de Turin. Ce qui

est certain, c'est que le plus grand nombre de ses jeunes favoris

militaires, fils des plus hautes familles du Piémont, furent les

premiers à débaucher une partie de l'armée du roi et à proclamer la

constitution espagnole, qui le détrônait moralement.

La garnison d'Alexandrie, au nombre de dix mille hommes, et celle de

Tortone, s'ameutèrent à la voix de quelques-uns de ces jeunes

officiers, et proclamèrent à la fois la constitution espagnole et la

guerre à l'Autriche.

Ces révoltes soldatesques furent couvertes, comme à Cadix et à

Naples, d'expressions respectueuses pour le roi. On lui donnait le

sceptre de roseau en le violentant.

Les troupes de Turin, embauchées par la jeunesse dorée du prince de

Carignan, imitèrent celles d'Alexandrie.

Le roi, au lieu de feindre un consentement que sa loyauté envers

l'Autriche et que sa conscience monarchique lui interdisaient,

abdiqua la couronne; il se retira provisoirement avec la reine à

Nice.

Le prince de Carignan, libre et seul, proclama la constitution

insurrectionnelle dans la capitale abandonnée; il accepta la régence

des mains de l'armée. En changeant de rôle, il n'eut point à changer

d'entourage et d'amis: il donnait ainsi un chef à la révolution

consommée.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 176 / 215 题