Le carbonarisme napolitain comptait peu de sectaires à Rome, point
en Toscane, un petit nombre à Turin, et presque exclusivement parmi
la jeunesse noble et militaire. Le prince de cette jeunesse était le
prince de Carignan, depuis Charles-Albert.
Ce jeune prince, issu d'une branche indirecte de la maison de
Savoie, avait été appelé à l'hérédité du trône par le vieux roi
Victor-Emmanuel, sans enfants.
Le frère du vieux roi, le duc de Génevois, sans enfants aussi, avait
acquiescé à cette adoption. Ces deux vieux princes devaient
attendre de leur jeune parent, associé au trône, une reconnaissance
plus que filiale.
Il n'est pas permis à l'histoire sommaire et rapide d'entrer dans le
secret des coeurs et dans la controverse des faits, plus ou moins
authentiques, qui accusent ou disculpent le prince de Carignan
d'initiative et de complicité avec le carbonarisme de Turin. Ce qui
est certain, c'est que le plus grand nombre de ses jeunes favoris
militaires, fils des plus hautes familles du Piémont, furent les
premiers à débaucher une partie de l'armée du roi et à proclamer la
constitution espagnole, qui le détrônait moralement.
La garnison d'Alexandrie, au nombre de dix mille hommes, et celle de
Tortone, s'ameutèrent à la voix de quelques-uns de ces jeunes
officiers, et proclamèrent à la fois la constitution espagnole et la
guerre à l'Autriche.
Ces révoltes soldatesques furent couvertes, comme à Cadix et à
Naples, d'expressions respectueuses pour le roi. On lui donnait le
sceptre de roseau en le violentant.
Les troupes de Turin, embauchées par la jeunesse dorée du prince de
Carignan, imitèrent celles d'Alexandrie.
Le roi, au lieu de feindre un consentement que sa loyauté envers
l'Autriche et que sa conscience monarchique lui interdisaient,
abdiqua la couronne; il se retira provisoirement avec la reine à
Nice.
Le prince de Carignan, libre et seul, proclama la constitution
insurrectionnelle dans la capitale abandonnée; il accepta la régence
des mains de l'armée. En changeant de rôle, il n'eut point à changer
d'entourage et d'amis: il donnait ainsi un chef à la révolution
consommée.