L'Europe, en annexant ainsi Gênes au Piémont, en haine de la France,
préparait à l'Angleterre des postes maritimes sur les deux mers
d'Italie. L'Angleterre ourdissait d'avance avec la maison de Savoie
des alliances anti-françaises.
La France, vaincue et refoulée en 1815 par le reflux du monde sur
son territoire, était contrainte de fermer les yeux pour ne pas voir
les forteresses territoriales, maritimes et politiques, que l'on
construisait contre elle en Piémont et à Gênes.
Lyon, Toulon et Marseille étaient sous le canon de Turin.
Cependant l'Europe, même en 1814, sentit qu'agrandir ainsi le
Piémont et démanteler la France d'une partie de la Savoie, ce mur
mitoyen de la nature, pour couvrir la France, c'était un scandale
diplomatique trop criant. On nous laissa alors de la Savoie la
partie militaire nécessaire à notre sécurité.
Mais en 1815, après le fatal retour de Napoléon de l'île d'Elbe,
retour qui coûta tant de sang, tant d'or et tant de liberté à la
France, la maison de Savoie envoya promptement des députés à Paris
pour solliciter aussi sa part de dépouilles. Les alliés lui devaient
quelque chose, puisqu'elle avait envahi la première notre
territoire. Soixante mille Sardes et Autrichiens coalisés avaient
marché, sous le général autrichien Frimont, sur Grenoble et sur
Lyon, tandis qu'une autre armée de dix mille Piémontais, sous le
commandement du général Osasco, marchait sur Toulon et Marseille,
forçant le maréchal Brune, presque sans soldats, à se replier
devant eux.