Napoléon tombé, la maison de Savoie sort de son île et se précipite
aux pieds des congrès de Paris et de Vienne pour obtenir non pas
seulement sa propre restauration, mais ses annexions habituelles aux
dépens des nationalités et des libertés des États voisins, convoités
par sa soif insatiable de territoires. La seule usurpation récente
et criante de territoire et de liberté commise par le congrès de
Vienne est un crime de la force contre l'indépendance d'une illustre
république italienne (Gênes). On donne Gênes à la maison de Savoie,
qu'on lui épargne la peine de conquérir, et avec _Gênes_ un port,
des citadelles, une marine, une population d'aventureux marins qui
vont sous ses lois rivaliser avec Toulon et avec Marseille.
Cette usurpation violente de la république de Gênes par la main de
l'Europe au profit de la maison de Savoie, au moment où l'Europe en
armes restituait tout au droit des trônes et des peuples, est un des
actes les plus iniques commis en pleine paix pour exproprier une
nation illustre et innocente de tout crime envers l'Europe. La
convoitise de Turin, voilà le seul crime de Gênes! Là, comme
ailleurs, il n'y a pas un pouce de sol qui ne se soulève sous les
pas du Piémont.
Gênes proteste deux fois par l'insurrection désespérée de ses
citoyens contre ses nouveaux maîtres. La protestation, éteinte par
le canon des forts occupés par les Piémontais, fut étouffée dans le
sang des Génois. Vous qui faites, quand cela convient à votre
ambition, appel au droit des nationalités exprimé au fond d'une urne
et compté par des questeurs armés, interrogez donc Gênes sur son
annexion au Piémont, et osez donc lui poser la question d'abdiquer
son nom, sa gloire et sa liberté sous un roi des Alpes! Éloignez vos
bataillons, enclouez vos canons, et attendez la réponse!