XVIII

L'impératrice paye cette défection des provinces lombardes, du

Vigevano, du duché de Pavie et du territoire de Plaisance; chaque

annexion à ce royaume rapiécé du Piémont porte la date d'une

alliance troquée contre une autre.

La révolution française la compte au premier rang de ses ennemis

armés. Vaincue d'un revers de nos armes, la maison de Savoie perd

pièce à pièce ses États, comme elle les a reçus. Elle fléchit sous

la nécessité, et la république française la laisse végéter humble et

soumise à Turin, sous le contrôle d'un proconsul plus que d'un

ambassadeur (Ginguené).

Effacée enfin du rang des souverainetés italiennes par Bonaparte,

comme éternelle complice de l'Autriche, elle se relègue elle-même

sur son rocher royal de Sardaigne, où nos ressentiments ne peuvent

la suivre.

La correspondance diplomatique récemment publiée du comte de Maistre

nous montre ses efforts obstinés et naturels alors pour ameuter la

Russie, l'Angleterre et l'Autriche contre la France.

Comme elle n'a plus de force, elle n'a plus de crédit dans les

conseils du monde, elle écoute aux portes des cabinets, elle attend

de la destinée l'heure d'une restauration dans ses possessions

italiennes par la main de la coalition dont elle est le satellite;

son royaume, gouverné par un proconsul français, le prince Borghèse,

et par cinq préfets de la France, s'est complétement et facilement

incorporé à nous. Ses excellents soldats, indifférents à la cause

pourvu que l'honneur, la gloire et la victoire la consacrent, sont

les meilleurs auxiliaires de Napoléon. Ses grands seigneurs,

distingués mais flexibles, accoutumés à changer de maîtres, décorent

les conseils et les palais de Napoléon: les Saint-Marsan, les

Alfieri, les Barollo, les Ghilini, les Salmatoris, les Carignan,

chambellans, juges, sénateurs, généraux, colonels, préfets du

palais, administrateurs, rivalisent de services, de talents et de

fidélité à l'empereur ou à ses lieutenants. Nice, la Savoie, le

Piémont, adhèrent de tout leur patriotisme civil et militaire à la

France; ils sont accoutumés à changer de patrie; ils honorent toutes

celles qu'ils adoptent, pourvu que ces patries les grandissent; la

maison de Savoie leur a inoculé ces moeurs politiques. Grandir est

la loi des petites puissances.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 171 / 215 题