L'impératrice paye cette défection des provinces lombardes, du
Vigevano, du duché de Pavie et du territoire de Plaisance; chaque
annexion à ce royaume rapiécé du Piémont porte la date d'une
alliance troquée contre une autre.
La révolution française la compte au premier rang de ses ennemis
armés. Vaincue d'un revers de nos armes, la maison de Savoie perd
pièce à pièce ses États, comme elle les a reçus. Elle fléchit sous
la nécessité, et la république française la laisse végéter humble et
soumise à Turin, sous le contrôle d'un proconsul plus que d'un
ambassadeur (Ginguené).
Effacée enfin du rang des souverainetés italiennes par Bonaparte,
comme éternelle complice de l'Autriche, elle se relègue elle-même
sur son rocher royal de Sardaigne, où nos ressentiments ne peuvent
la suivre.
La correspondance diplomatique récemment publiée du comte de Maistre
nous montre ses efforts obstinés et naturels alors pour ameuter la
Russie, l'Angleterre et l'Autriche contre la France.
Comme elle n'a plus de force, elle n'a plus de crédit dans les
conseils du monde, elle écoute aux portes des cabinets, elle attend
de la destinée l'heure d'une restauration dans ses possessions
italiennes par la main de la coalition dont elle est le satellite;
son royaume, gouverné par un proconsul français, le prince Borghèse,
et par cinq préfets de la France, s'est complétement et facilement
incorporé à nous. Ses excellents soldats, indifférents à la cause
pourvu que l'honneur, la gloire et la victoire la consacrent, sont
les meilleurs auxiliaires de Napoléon. Ses grands seigneurs,
distingués mais flexibles, accoutumés à changer de maîtres, décorent
les conseils et les palais de Napoléon: les Saint-Marsan, les
Alfieri, les Barollo, les Ghilini, les Salmatoris, les Carignan,
chambellans, juges, sénateurs, généraux, colonels, préfets du
palais, administrateurs, rivalisent de services, de talents et de
fidélité à l'empereur ou à ses lieutenants. Nice, la Savoie, le
Piémont, adhèrent de tout leur patriotisme civil et militaire à la
France; ils sont accoutumés à changer de patrie; ils honorent toutes
celles qu'ils adoptent, pourvu que ces patries les grandissent; la
maison de Savoie leur a inoculé ces moeurs politiques. Grandir est
la loi des petites puissances.