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Cependant les noms des héros de l'aristocratie génoise grandissaient

par les orages mêmes de la république. Les rivages et les flots de

la Sardaigne, de la Sicile, de Naples, de la Grèce, de la mer Noire,

portent leurs noms. Il ne leur manquait qu'une place aussi haute que

leur renommée dans la constitution de la république, pour être aussi

utiles à leur patrie au dedans qu'illustres au dehors.

_Fiesque_, un de ces nobles mécontents, s'allia avec le duc de Milan

contre sa patrie, la surprit par une descente nocturne; il proclama

l'abolition du gouvernement des doges, il remit le pouvoir à un

conseil de hauts justiciers élus par le peuple. Ce gouvernement ne

fut qu'une phase de l'anarchie intérieure; Pierre Frégose, fils du

neveu du doge, fut réinstallé comme chef unique. La république

envoya un de ses plus héroïques amiraux, _Giustiniani_, pour

défendre Constantinople contre les assauts de Mahomet II: une

blessure reçue à côté de l'empereur chrétien, sur les murs de la

ville, lui fit quitter le champ de bataille avant la catastrophe de

la ville. Il acheta l'île de Corse, et en donna les revenus par

hypothèque à la banque de Gênes. Il reconquit Scio, Mitylène,

Rhodes; il s'allia avec la France, protectrice désintéressée de

Gênes, contre le roi d'Aragon et de Naples. Chassé de Gênes par des

rivaux, il est tué sur les murailles en tentant d'y rentrer. La

France intervient de nouveau pour Gênes par un protectorat actif

dans les guerres de cette république contre la maison d'Aragon à

Naples, elle combat pour la maison d'Anjou, qui prétend à cette

couronne. L'archevêque Paul Frégose entre à Gênes avec des bandes de

la campagne pour y venger la mort de son frère. Attaqué par les

Français, qui soutenaient le parti opposé au sien, Paul Frégose

remporte sur eux une des victoires les plus meurtrières pour la

chevalerie française. Deux mille cinq cents morts jonchent les

collines et les vallées de Gênes; un grand nombre d'autres se

noyèrent dans les flots sous le poids de leur armure, en essayant

de regagner leurs vaisseaux. L'archevêque Paul Frégose devient par

sa victoire doge de la république et cardinal. Après lui, la France

resserre son alliance avec Gênes, à titre de maîtresse du Milanais.

Sous cette demi-servitude, l'ordre s'y rétablit; mais la décadence

militaire et commerciale y commence. Pise lui propose de s'annexer à

la république; le peuple veut l'accepter, les nobles s'y opposent

pour complaire à la France, qui redoutait cette annexion. Le peuple,

excité par l'insolence des nobles, se soulève: un Doria est tué sur

la place du Marché; il saccage et brûle les palais des nobles; il

nomme un doge, un ouvrier en soie, Paul de Novi, homme supérieur,

par son esprit cultivé, à sa condition, et opposé aux Français.

Louis XII, irrité de ce que Gênes revendique la protection de

l'empereur Maximilien contre lui, Louis XII marche d'Asti sur Gênes.

Après des combats acharnés sous les murs, il rentre dans Gênes

l'épée à la main; sa magnanimité se refuse à toute vengeance, il

rend la liberté aux Génois. Ils la perdent de nouveau sous les

successeurs de ce prince.

André Doria, leur concitoyen, le plus illustre des hommes de guerre

de son temps, _condottiere_ de mer, qui passait tour à tour du parti

de l'empire au parti de la France, la leur rend. Le seul titre de

libérateur de sa patrie le suit dans la postérité. C'est le

Thémistocle de Gênes.

On lui reprochait d'avoir terni ce service à sa patrie par une ombre

de défection à sa parole donnée à la France. «Hélas!» répondit-il en

soupirant et après un long silence, «un homme peut s'estimer heureux

quand il réussit à faire une belle action, bien que les apparences

n'en soient pas toutes également belles. Si le monde savait combien

est grand l'amour que j'ai pour ma patrie, il m'excuserait d'avoir

bravé quelques inculpations personnelles pour la servir.»

Charles-Quint lui offrit la souveraineté sur sa patrie, avec le

titre de prince de Gênes. Il préféra la gloire à la possession, et

rétablit, sur de sages réformes, la république. Il effaça les noms

des factions; il institua un sénat de quatre cents sénateurs pris

dans toutes familles nobles ou plébéiennes, mais considérées et

propriétaires. Ce conseil nommait le doge. Cette dignité, qui lui

fut offerte, fut encore refusée par lui dans l'intérêt de la liberté

et de son titre d'amiral des flottes de Charles-Quint, titre

incompatible avec celui de duc de Gênes. Rome antique n'a pas de

plus magnanimes abnégations; André Doria est le Scipion des

républiques italiennes. Les Capponi à Florence, les Doria à Gênes,

sont des Romains expatriés, mais encore Romains.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 164 / 215 题