XV

Un prince philosophe, Léopold, grand-duc de Toscane, précurseur des

principes de liberté de conscience, d'égalité civile et de

_gouvernement par l'opinion de 1789_, appliqua le premier ces

principes à la législation et à l'administration de ses peuples

italiens. Plus heureux que Louis XVI, il trouva dans la nation qu'il

voulait régénérer autant de raison que d'élan vers les améliorations

philosophiques dont il était l'initiateur couronné.

Sous Léopold, la Toscane, aussi libre qu'une république, mais

stable comme une monarchie, devint le modèle idéal de tous les États

de l'Europe.

Ses successeurs, malgré les agitations que les secousses de la

révolution française imprimaient à l'Italie, poursuivirent en paix

le système libéral et populaire de Léopold.

Seuls, les grands-ducs de Toscane, quoique de source germanique,

restèrent alliés fidèles de la France sous la république.

Détrônés plus tard par Napoléon, ils emportèrent les regrets de

leurs peuples.

Donnés d'abord par Bonaparte consul à une infante d'Espagne, sous le

nom de royaume d'Étrurie, puis par Bonaparte empereur à sa soeur

Élisa Baciocchi, devenue grande-duchesse de Toscane, ce beau pays

continua à être heureux dans toutes ces mains.

Il portait son bonheur en lui-même, dans son caractère et dans ses

vertus. Les traités de Vienne le rendirent à la maison de Lorraine,

qui y était justement adorée. Les Lorrains y régnèrent en suivant

les traces du premier Léopold; un grand ministre libéral de cette

école, le vieillard _Fossombroni_, y tint jusqu'à quatre-vingt-six

ans d'une main flexible les rênes de l'administration et de la

diplomatie.

Le prince _don Neri Corsini_, son élève et son émule, lui succéda à

la tête des affaires.

Le jeune grand-duc était un autre Léopold pour la Toscane.

Aucun gouvernement représentatif ou républicain en Europe ne

jouissait d'autant de liberté que les Toscans. Ce gouvernement

n'était ni autrichien ni français, il était toscan, il s'était

naturalisé italien. Deux princesses saxonnes, deux soeurs, l'une

duchesse douairière, l'autre grande-duchesse régnante, rappelaient

par leurs grâces et par leur amour des lettres ces princesses

italiennes de la maison d'Este à Ferrare, parmi lesquelles le Tasse

et l'Arioste trouvaient des modèles poétiques ou des protectrices

adorées. J'ai eu le bonheur de résider pendant plusieurs années à

cette cour, et d'assister, dans la familiarité intime du prince, à

tous ses actes, à toutes ses intentions, à toutes ses pensées les

plus secrètes d'amour pour son peuple et de perfectionnement pour

ses institutions; il n'y eut jamais alors plus de libéralisme sur

un trône. Je lui dois ce témoignage devant ses amis comme devant ses

ennemis. Les cours l'accusaient de gâter, par excès de conscience,

le métier de roi.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 157 / 215 题