XVI

En 1848, le sursaut que le pape Pie IX avait donné à l'Italie, la

constitution inopinée de Turin, la guerre si inattendue intentée en

Lombardie par Charles-Albert, jusque-là plus autrichien que

l'Autriche, soulèvent les Toscans par contre-coup. Ce peuple, si

accoutumé à la liberté politique, demanda modérément à son souverain

la liberté légale, une constitution.

Il lui demanda de plus de déclarer la guerre italienne à sa propre

maison, et de se liguer avec ses sujets contre sa famille.

L'option, quoique nécessaire, était cruelle. Le prince eut le tort

d'hésiter: il fallait ou trahir son sang ou trahir son trône;

l'abdication franche et entière était nettement indiquée.

En abdiquant et en se retirant dans une neutralité commandée par

cette double qualité de prince de la maison d'Autriche et de

souverain d'une partie de l'Italie en guerre avec l'Autriche, le

prince préservait sa dignité personnelle et peut-être son trône, car

après la guerre il pouvait être rappelé comme un arbitre par ses

sujets, et avoué comme un parent par l'Autriche.

Il n'y a pas de bonne politique contre la nature.

Celle que le grand-duc adopta était ambiguë; elle eut les

inconvénients de l'ambiguïté: l'Autriche l'accusa d'être Italien,

l'Italie le soupçonna d'être Autrichien. Évadé de Florence, rappelé

par une réaction, réinstallé par les armes autrichiennes, il régna

de nouveau, mais en délégué de l'Allemagne plus qu'en souverain

indépendant. L'estime de son peuple lui restait, mais le coeur de

l'Italie était aliéné de lui.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 158 / 215 题