Depuis Bossuet, les papes n'ont pas cessé de déchoir en puissance
publique en Italie d'autant de degrés que Bossuet les a fait déchoir
en autorité religieuse par l'Église gallicane. L'Angleterre
maudissait le papisme, et désirait le voir dépouillé de sa royauté
italienne autant que de sa vice-royauté divine; la Prusse le
haïssait, la Russie le regardait avec les yeux jaloux de son
patriarche russe, aspirant à lui opposer une seconde fois un
patriarcat d'Orient; les États protestants de l'Allemagne
triomphaient de s'en être affranchis.
La révolution française, en poussant la réaction philosophique au
delà de la liberté, favorisa, sans le savoir, la double autorité
spirituelle et temporelle des papes.
Pie VI, arraché à ses États, comme prisonnier de guerre, par des
armées françaises, mourut détrôné et captif en France. Aussitôt
après ses victoires d'Italie, Bonaparte rétablit le pape dans Rome,
non-seulement comme pontife, mais comme souverain italien.
Il appela Pie VII à Paris pour le sacrer, comme un autre
Charlemagne.
Plus tard il voulut, dans un mouvement d'impatience, renverser de
nouveau le trône pontifical qu'il avait rétabli; il fit de Rome une
ville conquise, annexée, sous le nom de département du Tibre, à
l'empire. Le pape, arraché brutalement à son palais par des
gendarmes français, fut traîné de Florence à Turin, de Turin à
Savonne, de Savonne à Fontainebleau, comme un captif embarrassant
qu'on renvoyait de prison en prison.
Quand Bonaparte sentit l'empire échapper par grands lambeaux de sa
main avec la victoire, il se hâta de rendre les États pontificaux au
pape et de renvoyer respectueusement le pontife à Rome comme un gage
de restitution et de paix à l'Europe.
Les traités de 1815, dont on parle souvent sans les connaître, ne
furent pas autre chose que le reflux de toutes les puissances dans
leur territoire respectif après le débordement épuisé de la France
napoléonienne.
Ces congrès et ces traités, dans lesquels les puissances non
catholiques étaient en majorité, reconnurent la souveraineté telle
quelle du pape, non comme un droit religieux, mais comme un fait
politique; ils ne remanièrent pas la carte déchirée du monde
anténapoléonien, ils la recousurent.
Pie VII gouverna par la main du cardinal Consalvi avec sagesse,
libéralité et modération, les États romains. Il n'y eut ni réaction
ni excès sous son règne; il fut le Louis XVIII de l'Église. Il
mourut le plus tolérant des pontifes et le plus regretté des
princes. Les règnes suivants furent sans caractère et sans
vicissitudes jusqu'au pape actuel.