Ainsi arriva jusqu'à nos jours la papauté politique. La réforme
l'affaiblit considérablement dans son ascendant sur l'empire
germanique et dans son protectorat de l'Italie. L'Italie perdit en
sécurité, à cette époque, tout ce que les papes perdirent en respect
sur l'Angleterre, l'Allemagne, la Prusse, le nord de l'Europe. Du
moment où les papes ne furent plus spirituellement sacrés et
inviolables pour ces souverains, pour ces peuples, pour ces armées
et pour la Germanie, ils furent temporellement plus faibles pour
protéger l'Italie.
La philosophie accrut encore, dans le dix-huitième siècle, cette
décadence des papes. Les cours les plus catholiques s'affranchirent
avec des respects extérieurs, mais avec des révoltes hardies, de
leur vassalité romaine: les ministres d'Aranda, à Madrid; Pombal, en
Portugal; Tannuci, à Naples; Choiseul, à Paris; l'empereur Joseph
II, à Vienne; le grand-duc Léopold, en Toscane; le vice-roi
Firmiani, à Milan, refoulèrent les prétentions papales de Rome dans
le sanctuaire; les milices même de ce sanctuaire furent hardiment
licenciées par l'autorité politique de ces cours, les jésuites
expulsés, ou les ordres monastiques dissous, leurs propriétés
confisquées, la séparation du temporel ou du spirituel nettement
formulée.
Bossuet, ce catéchiste éloquent, mais rebelle aux papes pour
complaire au roi, avait couvert sa rébellion de génuflexions et de
respects; mais il avait en réalité affranchi les trônes de la chaire
de saint Pierre. La philosophie n'avait qu'à puiser dans l'arsenal
catholique les armes de l'indépendance même spirituelle contre les
papes. L'Église dite _gallicane_ les prend, ces armes, des mains de
l'évêque de Meaux. S'il y a une Église gallicane, que devient
l'Église romaine? et s'il n'y a plus d'Église romaine, que devient
l'unité? Au point de vue sérieusement catholique, Bossuet, tout en
persécutant, au nom du roi, le protestantisme, a détrôné le
pontificat romain.